RUE RICHER
tenaient à des propriétaires dont voici le tableau complet :
Côté des numéros impairs:
La présidente Gilbert.
Le marquis de Saint- Georges.
L'abbé Larcher.
Brière.
Saulnier.
Brière.
Les héritiers Bourgeois.
L'Hôtel-Dieu.
Raoul.
Côté des numéros pairs :
Leclerc.
Lépine ou ses hoirs.
Saulnier.
Les hoirs Taussier, avec Lachambre pour locataire.
L'abbesse de Montmartre.
Dru père.
Les Quinze-Vingts.
Bedan et Saulnier.
Les hoirs Haran.
Les hoirs Cliquet.
Lanoix.
Girard.
Gaillon.
Rue Coquillière. (i)
Les Hôtels de Flandre, Dupin, de Soissins, Bvllion, Chamillard, Witmer, Crisenoi. — La mère Proudhon. — Le Jeu de Paume au Serment. — 1705. — Talma. — Deux Farceurs abusant de la Réputation du Sultan. - Fleury.
L'hôtel de Flandre restait en-dehors du Paris de Philippe-Auguste, dont une porte, la porte Coquillière, ouvrait entre les rues actuelles de Grenelle-Saint-Honoréet Jean-Jacques-Rousseau (2). Coquillier, qui avait vendu l'une de ses maisons au comte de Flandre, était d'une famille dont on peut citer plusieurs Parisiens des xir et xm" siècles, par exemple Robert et Adam Coquillier, comme signataires de plusieurs actes, et Odeline Coquillière, pour avoir fondé une chapelle à l'église Saint- Eustache en 1262. Porte et rue devaient leur nom au propriétaire Coquillier. Les confrères de la Passion donnèrent pendant sept années des représentations de leurs mystères à l'hôtel de Flandre, avant sa démolition, qui date de 1547. Sur une portion du terrain de cet hôtel, le fermier-général Claude Dupin eut un hôtel à deux portes, rue Coquillière et rue Plâtrière ; il écrivait des livres, sans les signer, avec le concours de sa femme. L'éducation de leur fils fut confiée quelque temps à Jean-Jacques Rousseau, et ce grand précepteur, dont la rue Plâtrière porte le nom depuis la Révolution, n'empêcha pas l'élève de désoler d'abord
(1) Notice écrite en 1859.
(2) Deux rues qui n'en font plus qu'une, sous la. dernière dénomination.
RUE COQUILLIÉRE.
ses père et mère par son inconduite. En la propriété de Claude Dupin, une tour survivait à l'enceinte du xue siècle : une exhumation postérieure a mis à jour des antiquités romaines dans cet immeuble, ou dans un de même provenance.
D'autre part la même porte urbaine était flanquée d'un séjour qui, tour-à-tour, porta les dénominations de Nesles, de la Reine, de Bohême, des Files-Pénitentes et de . Soissons. Jean de Nesles, sous le règne de saint Louis, en fit hommage à la reine BÎanche, dont le dernier soupir s'y rendit ; Philippe-le-Bel en gratifia Charles de Valois, son frère ; puis Philippe-de-Valois, en 1327, c'est-à-dire avant de prendre le sceptre, en favorisa Jean de Luxembourg, roi de Bohême. La fille de ce prince. Bonne de Luxembourg, épousa Jean de France, qui monta sur le trône de son père, Philippe de Valois. Le palais de Bohême, par ce mariage, revenait à la Couronne : on y voyait clair par des fenêtres grillées de fils d'archal et presque étroites comme des meurtrières. Son grand luxe était la sculpture ; son jardin, pourvu d'un bassin, avec l'agrément d'un 'jet d'eau, qui était alors peu commun, s'étendait depuis la rue d'Orléans jusqu'à Saint-Éustache à-peu-près ; sa chapelle, dite de la Reine, faisait coin sur la rue de Grenelle. La maison de Savoie, puis la maison d'Anjou disposa du royal manoir, qu'on se passait comme une bague au doigt ; Charles VI le racheta, pour en faire présent à son frère, le duc d'Orléans. Plus tard Louis XII accorda aux filles Pénitentes une portion de ce séjour, pour y établir leur maison ; plus tard encore, Catherine de Médicis transféra ces religieuses rue Saint-Denis et elle fit contribuer les grands artistes de son temps au rétablissement du palais, pour y fixer sa résidence. Cet hôtel de Soissons fut légué par la même reine à sa petite-fille, Christine de Lorraine ; la testatrice, par malheur, avait laissé
des créanciers, qui le firent vendre à Catherine de Bourbon, la sœur de Henri IV. Thomas-François de Savoie, prince de Carignan, fut le 'dernier propriétaire ; ses créanciers requirent, en 1748, la démolition du palais qui avait tant de fois changé de mains sans déroger. M. de la Voypière, sous Louis XVr, possédait un hôtel bâti avec les pierres de l'hôtel de Soissons, sur un point du même sol, à l'angle de la rue du Four-Saint-Honoré (1).
En ce temps-là M. de la Granville avait presque en face, entre la rue du Jour et la rue Plâtrière, un autre hôtel, que M. Aguado acquit en dernier lieu ; François Mansart avait créé pour Charles de l'Aubespine, marquis de Château neuf, cette résidence, passée à la famille de Laval en 1765. En interrogeant les personnes qui habitent les maisons édifiées à sa place, et dont l'alignement n'a été pris qu'en 1850, mais en vertu d'uno ordonnance royale de 1847, notre éditeur a fait la connaissance de la portière du 14, qui, lorsqu'elle a vu jeter bas l'œuvre de l'architecte de Louis XIV, ne s'appelait encore ni fille ni femme Proudhon. Aucune alliance, aucun degré de parenté que nous sachions avec le sophiste, seul homme de talent révélé par la révolution de Février, ne justifie pareille conjonction ; mais les oreilles de la bonne femme lui tintent depuis que sa maison fut un club, et elle raconte incessamment que si le tumulte des frères et amis de Sobrier et de Proudhon l'a étourdie pour le restant de ses jours, du moins les citoyens clubistcs avaient pour elle plus d'égards et lui montraient moins d'exigences que les locataires d'à-présent, qui sont portés à se croire tout permis depuis qu'on augmente leurs loyers. En foi de quoi tout le quartier lui a voté, à l'unanimité, le sobriquet de mère Proudhon.
Une plaisanterie d'un autre genre faisait traiter
(1) Rue Vauyilliers actuelle.
de ci-devant hôtel de Casse-Noisette, sous le Directoire, une propriété dont s'arrondit encore l'angle de la rue du Bouloi, avec un balcon pour ceinture, également nouée sur la rue Coquillière, et où siégeait la ive municipalité. Avec le temps on a pris au sérieux la désignation de Casse- Noisette, qui avait de quoi nous dérouter. D'anciennes écuries de la maison ont été transformées, il est vrai, en une pharmacie ; mais, au lieu de broyer les noisettes au moyen d'un petit étau, les droguistes les passent au pilon, et d'ailleurs cette pharmacie, fondée vers 1750 au n° 22 de la même rue, n'est au 25 que depuis 1804. Des pièces inédites nous ont appris heureusement que cet hôtel, paraissant annexé à l'hôtel de la Douane sur le plan de Turgot, ainsi que les nos 21 et 23 actuels, appartenait du temps de Louis XVI au fermier-général Gigot de Crisenoi, et nous avons deviné une corruption progressive de Crisenoi dans Brise-Noix, Casse-Noix, Casse-Noisette. Ce financier était-il parent du marquis de Chauvelin, ambassadeur à Gênes, et de de son frère, chanoine de Notre- Dame, siégeant au parlement ? Louis Chauvelin de Crisenoi, dès le milieu du xvne siècle, était receveurgénéral des domaines et bois de la généralité de Paris.
Le Domaine de l'État n'en a pas moins pris possession de l'hôtel Crisenoi à l'époque révolutionnaire. Puis la maison a été cédée aux héritiers de Jacques Vaussy, en échange du Jeu de Paume où avait commencé par un serment l'ère nouvelle et regardé pour cela même comme un monument national, en exécution de la loi du 23 messidor au vu, conformément à un arrêté consulaire du 19 prairial an ix et par décision du ministre des Finances du 12 messidor même année. Les héritiers Vaussy étaient les mineurs Langlois, Mnie Molènes, née Alison, Mlle Vaussy et Angélique-Nicole Langlois, épouse de Jacques-Joseph Talma. Permis de croire,
par conséquent, que le crédit du tragédien Talma chez le premier-consul n'avait pas nui à la conclusion de l'affaire qui intéressait sa femme et qui demeurait en suspens depuis le 20 juin 1789. A l'audience des criées, le 8 floréal an x, l'architecte Lemoyne se faisait adjuger l'immeuble attribué à ladite succession, ancien hôtel Grisenoi, dont une aile tenait alors à Fouché et le fond à la compagnie Saint-Simon. M. Tiolier, graveur-général des monnaies, fut en 1808 l'acquéreur de Lemoyne.
Au-delà de la rue du Bouloi, sur la même ligne, l'année 1705 voyait se suivre comme propriétaires :
Les carmélites (plusieurs maisons, ne comptant que pour une encore). — Darboulin (2 portes cochères). — Mm« Felsot de la Tour-Saint-Wasi, à l'Epée-de-Bois. — Mm« Yvon (porte cochère), au Roi-d'Angleterre, — MU« Pornet (porte cochère). — Dubois et consorts. — Fleury, à l'Amandier-Fleuri.
Sur la ligne opposée, dans toute la longueur de la rue, même date:
Chevalier (coin de la rue du Jour). — La fabrique de Saint-Eustache. — Parquet, tapissier. — Le même, au Grand-Apollon. — Be:rier (porte cochère). — De la Thouanne (porte cochère). — Dieufinois, médecin, aux Trois-Bouteilles (coin de la rue Plâtrière). — De Bullion. prévôt de Paris, à la Gerbe-le-Fromert (autre encoignure). — Le môme. — De Beauyais, notaire (2 portes). — De Bullion (porte cochère). — Le même.
— Le même, à Saint-Jean (coin de la rue Coq-Héron).
— Le duc de Gesvres (porte cochère), autre encoignure.
— Le même (porte cochère). — Le même. — Le même (simple mur). — Malo (porte cochère). — M000 Lafayette.
— Béchet. — Aubert, introducteur des ambassadeurs (2 portes cochères). — Guyeux, procureur (coin de la rue des Vieux-Augustins (1). ) — De Beauvais, notaire (son étude et domicile, autre encoignure). — Chevalier.
(1) En ce temps-ci rue d'Argoul.
RUE GOQUILLIÈRE.
L'hôtel bâti en l'année 1630, sur le plan de Levau, pour le surintendant des finances Bull ion, donnait aussi rue Coq-Héron, mais principalement rue Plâtrière. Ses dépendances sur la rue Goquillière n'étaient pas toutes du même jet. Dans cette région, le n° 22, qui manque trop de profondeur pour avoir surgi seul, garde un escalier à balustres pour témoigner d'un âge plus avancé. L'hôtel Bullion s'est consacré aux ventes publiques en 1780; mais les priseurs et les enchérisseurs n'avaient que faire de la totalité; deux belles galeries se convertissaient donc en une loge maçonnique et la grand'salle servait à donner des concerts; il y avait, en outre, des locataires. Talma lui-même demeurait à l'hôtel Bullion lors de ses débuts aux Français.
Un petit nombre d'années après, le comité des halles et marchés tenait des séances au ci-devant hôtel Witmer. Ainsi s'appelait un fermier-général dont l'ancienne propriété était sous la Restauration au général baron de Bal tus, mais s'exploitait déjà en hôtel-garni sous le premier empire : c'est encore l'hôtel Coquillière.
Du 29 et de cinq autres maisons à la suite furent en possession les carmélites, qui toutefois aliénèrent plusieurs lots de leur couvent de la rue du Bouloi et de la rue Goquillière, après l'avoir quitté. Ce que le duc de Gesvres eut vis-à-vis faisait aussi plus ou moins corps avec son hôtel de la rue Coq-Héron, qui fut pareillement celui de Michel de Chamillard, contrôleur-général des finances et ministre de la Guerre sous le même règne.
A l'ancienne Épée-de-Bois ou à l'ancien Roid'Angleterre cohabitaient, en un temps moins reculé, les filles Dumoulin et Viriville. Ces deux impures fréquentaient, en toilettes voyantes, les promenades à la mode ; mais une fois elles n'y firent la conquête que de deux mystificateurs, les
acteurs Musson et Dugazon, qui leur offraient, de la part du Grand-Turc, un engagement de sérail pour trois ans : l'un se donnait pour le médecin, l'autre pour l'essayeur des odalisques. Rien ne manquait plus à l'édification des deux agents quand ils sortirent, afin de rédiger le rapport favorable qu'attendait Sa Hautesse ; mais le secret s'en garda si mal que, le lendemain, les deux futures pensionnaires du harem étaient montrées au doigt dans le jardin du Palais-Royal, où elles n'osèrent plus reparaître.
Le comédien Fleury avait son logement, en l'an vin, dans une autre maison, que distinguent sa cour illustrée de sculptures, une rampe en 1er tordu dans l'escalier et le chiffre 44 dont la porte est guillemettée. La distinction de ses manières à la scène, dans Y École des Bourgeois, Y Homme à bonnes Fortunes et le Chevalier à la Mode, faisaient de Fleury un modèle, tant il excellait à copier ceux qui donnaient le ton à l'ancienne cour ! Mais il avait failli, sous la Terreur, être traité absolument comme un homme de condition et jouer un rôle qu'on ne saurait répéter. Par ordre de Collotd'Herbois, Fleury, Larive, Dazincourt, M,le Contât et Mlle Raucourt avaient été mis en jugement, à la suite des représentions de Y Ami des Lois, et ils eussent succombé assurément si M. de Russierre, qui ne pouvait les sauver que par un moyen de comédie, n'avait soustrait le dossier de l'accusation au comité de sûreté générale, dont il se trouvait l'employé.
La rue, en fin de compte, n'a guère l'air d'être du xue siècle. Mais elle comptait sous Louis XIV 42 constructions et 17 luminaires ; c'est approximativement le même nombre qu'à-présent. Une croix y surgissait près Saint-Eustache, au droit de la rue du Jour.
Boulevard Contrescarpe, rue Mazet,
NAGUÈRE
Contresearpe-Dauphine, et rue Blainville,
NAGUÈRE
Contresearpe-Saiiit-MareeL (4)
Feuillets cï histoire posthume pour les fortifications de trois anciennes portes de la ville.
Trois voies de communication portent encore ce nom de Contrescarpe qui nous rappelle d'anciennes portes de Paris, dont elles contournaient l'escarpe.
La porte Saint-Antoine, construite sous Henri II et que décoraient des sculptures de Jean Goujon, fut sacrifiée dès l'année 1777 à la formation d'une petite place de la Porte-Saint-Antoine, fondue depuis dans celle de la Bastille. La mise eu communica-
(1) Notice écrite eu 1859. La rue Contrescarpe-Dauphine était aussi indirectement voisine de l'école de Médecine que la rue Contresc*rpe-Saint-Marcel du Jardindes-Planies; leur accouplement, dû à l'identité d'origine et maintenu par Tordre alphabétique, n'a été dissous que depuis. Un médecin et un naturaliste de la première moitié de notre siècle sont maintenant leurs patrons respectifs. Seulement la rue Blainville a perdu ce qu'avait la rue Contrescarpe-Saiat-Marcel entre la rue MoufTetard et la rue de Fourcy, maintenant Thouin : retranchement qui profite à la rue du Cardinal-Lemoine, naguère des Fossés-Saint-Victor.
tion de la rue du Faubourg-Saint-Antoine avec la chaussée de Bercy rétrécissait le fossé de la Bastille, en 1781, et supprimait quelques échoppes, se donnant en location, pour lesquelles l'état-major de cette place-forte se contenta d'une légère indemnité, payée par le bureau de la Ville. L'alignement de la rue Amelot, qui se trouvait ainsi continué, avait reculé dans le fossé la contrescarpe du bastion détaché de la demi-lune de la Bastille. Mais plus encore de murailles et de fossés auraient été impuissants à défendre la forteresse elle-même contre le vent qui se déchaîna pour l'abattre. Il n'en restait plus que l'emplacement, dont Charles V avait agrandi Paris en élevant ce monument de défense, devenu celui des lettres de cachet. La rue sortie en 1790 de l'ancienne contrescarpe a un boulevard pour seconde édition, corrigée et augmentée vers la fin du règne de Louis- Philippe par l'édilité parisienne.
Une rue Contrescarpe-Dauphine ou de Saint- André s'était ouverte, dans la zone de l'enceinte de Philippe-Auguste, en aile de la porte Buci; on l'appelait néanmoins de la Basoche en 1636, c'est-à dire trente-six années avant qu'on démolît la porte, qui avait aussi bien cessé de s'ouvrir et de se fermer que la porte Saint-Denis à notre époque.
Cette rue courbe, sur le plan de 1714, accuse 10 maisons, qui sont les mêmes que de nos jours, et dès-lors elle se rétrécit sensiblement pour se planter, comme une corne, dans le liane de la rue Saint-André-des-Arts. Des fenêtres à coulisses et à petits carreaux, voire même plusieurs œils-de-bœuf, ne dissimulent pas que le côté droit aura quelque chose à nous dire; mais il semble que l'autre côté donne à choisir le siècle, avant d'y reporter le curieux qui l'interroge. Par-là tournait avec la contrescarpe un séjour de Navarre, en marge rue Saint-
André-des-Arts. Il appartint â la reine Jeanne qui, tout en étant la femme de Phiiippe-le-Bel, conserva personnellement l'administration de la Navarre et de la Champagne, états qu'elle tenait de son père et qu'elle délivra à main armée de leurs envahisseurs. L'hôtel devint Buci ; mais c'est sans doute avant que Charles VII fît murer la porte voisine, dont Périnet-Leclerc avait livré les clefs, par trahison, aux troupes du duc de Bourgogne. Cette pénitence matérielle ne fut levée que par François Ipr pour la porte Saint-Germain, anciennement Buci. Les archevêques de Lyon ne nous semblent avoir pris possession de la résidence qu'au XVIme siècle. Plusieurs maisons contiguës h leurs grand et petit hôtels, renouvelés de celui de Navarre, ont appartenu aux mêmes prélats.
Quelque Notre-Dame de Fourvière, devant laquelle on se signait, rayonnait sans doute dans la niche en souffrance du n° 11. Le 7 n'est plus au rez-de-chaussée qu'une remise de voitures à bras et il n'en porte pas moins la tête haute ; ce matériel de petit roulage ne rappelle guère que l'auberge du Cheval-Blanc, qui a gardé tout à côté une physionomie si pittoresque, était sous Louis XIV un point de départ et d'arrivée pour les voyageurs, à l'enseigne des Carrosses-d'Orléans. Au milieu du règne suivant, le service avait déjà dû s'améliorer; mais il y avait encore peu de voyageurs. Les carrosses et messageries de ce bureau desservaient Orléans, Vendôme, Bourges, Tours, La Rochelle et Bordeaux; il partait une seule voiture par semaine pour chacune de ces destinations ; le prix était de 96 livres pour Bordeaux, nourriture comprise, avec 6 sols de supplément par livre de bagages. Des bâtiments que vous voyez formaient leur carré sur une cour dès l'année 1652; mais ils dépendaient toujours de l'hôtel de Lyon, qui se maintenait principale-
ment rue Saint-André-des-Arts, d'après Gomboust. Par contre, un plan de 1743 ne marquait plus le même hôtel qu'en la rue Conlrescarpe-Daupliine.
Le service général de la Poste aux Chevaux y remplaçait des services partiels de diligences quand M. de Veymerange l'ut nommé intendant des Postes et Relais. L'université de Paris avait joui d'un privilège de messageries et de postes, remplacé en 1719 par le 28me de ce que rapporteraient les Messageries et Postes royales: part qui s'élevait d'abord à 120,000 livres et qu'avait dû grossir l'augmentation croissante du bail. Fallait-il pourtant que M. de Veymerange gagnât de l'argent î II était si gros joueur que M. de Choiscul lui en avait retiré l'emploi de commissaire des guerres; mais la disgrâce de ce ministre avait permis à sa victime de revenir sur l'eau et d'obtenir, avant de prendre les Postes, jusqu'à l'intendance de l'armée qui devait passer en Angleterre. Il n'en était d'ailleurs pas quitte avec M11" Àdeline, de la Comédie- Italienne, à moins de 10,000 livres par mQis. Encore cette beauté à hôtel et à équipage osat-elle tromper avec un maquignon l'intendant de la Poste aux Chevaux ! Sa seule excuse était que le protecteur n'avait pas craint de marchander, pour le lui offrir, un attelage, qui n'avait été livré par le fournisseur que moyennant ce pot-de-vin en nature. Tout en faisant â Adeline l'honneur de croire que c'était par trop cher, M. de Veymerange rompit net avec elle.
Les murs du fossé de Paris avaient été doubles également et séparés l'un de l'autre par une contrescarpe près la porte Saint-Marcel. Messhv de Fourcy, prévôt-des-marchands, reçut en 1685 l'autorisation de débarrasser la voie publique de cette porte, pour donner une pente plus douce aux a,bords des maisons qui se comptaient qèslors rue Contrescarpe - Saint - Marcel et qu'on
reprit en sous-œuvre, à 15 pieds de l'ancien niveau, en donnant une indemnité à leurs propriétaires. Sous Louis XIV étaient aussi comblés les derniers des fossés creusés depuis cinq siècles entre les portes Saint-Victor et Saint-Jacques, ligne dont avaient fait partie ceux sur lesquels régnait ladite rue.
Elle n'avait en ce temps-là que deux propriétés qui ressortissent du quartier de la place Maubert. Nous estimons celles qui répondent aux premiers chiffres impairs antérieures au changement de niveau opéré sous les auspices de Fourcy. Mais le 2, dont les étages font nombre, a dû s'asseoir sur la pente adoucie, ainsi que le 4 et le 6, aux constructions basses qui servent d'ateliers.
Le côté gauche de la rue commençait, en 1663, par les Deux-Aigles, maison et jeu de paume sous la même clef. Venaient après les Deux-Bouteilles, dont Michel Santeuil était propriétaire. Ensuite, le Puits-Tartare, à Nicolas Bouvier.
Notre n° 7 appartenait à Claude Coustellier et se vendit plus tard, en 1740, à Baptiste Bouillé, officier, dont l'héritier fut Michel Rouillé de Fontaine, conseiller honoraire au parlement. Un jeu de paume y était mitoyen avec le Puits- Tartare, au XVII Ie siècle; mais d'autre part s'y rattachait, à l'angle de la rue Mouffetard, le cabaret qui avait arboré le premier une Pomme-de-Pin. Ce tournebride, qu'on ne regardait pas comme plus jeune que le mur d'enceinte, servait dans l'ancienne contrescarpe de salle d'attente aux domestiques, aux porteurs de chaise et aux montures des personnages qui ne faisaient pas à pied leurs visites de curiosité ou de famille au collège de Navarre ou à l'abbaye de Sainte-Geneviève. Rabelais, en en vantant les agréments, n'avait-il pas signé les lettres d'anoblissement d'une' taverne, devenue bientôt celle de la Pléiade de Ronsard ? La même
invocation fut prise par d'autres cabarets, notamment par celui de la rue de la Juiverie qui se flattait de faire suite au premier, et où Racine, Molière, Chapelle, Lafontaine se réunissaient. Une autre buvette risquait la même enseigne à la Vallée-de-Misère, quai de la Mégisserie : c'était la Pomme-de-Pin des racoleurs. La bravoure en bouteilles se débita aussi, du temps de Louis XVI, chez un concierge du jardin des Tuileries, à l'extrémité de la terrasse du bord de l'eau : Pomme-de- Pin encore, Pomme-de-Pin! Et j'en passe. Étiquette, célèbre, à coup sûr. et qui méritait d'autant mieux de survivre aux révolutions que celles-ci ont multiplié jusqu'à l'abus ces sortes d'établissements, qui tendent à devenir aussi bêtes qu'on y avait de l'esprit quand ils restaient encore clairsemés ! De l'immeuble s'est retranchée son encoignure, qui n'a plus rien d'ancien que pour mémoire : une inscription en lettres gothiques indique exactement la place qu'occupait le mémorable cabaret. Toutefois le dernier exploitant de ce fonds de commerce historique a cédé lui-même son enseigne a un marchand-de-vin, dont la boutique se trouve en face de l'inscription, grâce à une place qui n'a été formée qu'en 1853. Pierre Dupont fait acte d'apparition de temps a autre, comme un fantôme du curé de Meudon, dans cette buvette au vin parfumé de souvenances qui enorgueillissent le buveur et où une toile, en regard du comptoir, représente cette porte Saint-Marcel dont nous rappelions tout-à-l'heure l'exécution.
Le 15, qui plie sous les années, est aussi l'endroit où fait coude Pavant-bras de la rue Contrescarpe-Saint-Marcel, qui dépendait du quartier Saint-Benoît, pour 11 de ses maisons, peu de temps après Paplanissement relatif de la voie. Les nos 12, 14, 17 et 19 semblent d'un âge plus avancé que le 21, maison à quatre portes, et
que le 23, qui compte huit étages, dont cinq d'escalier à balustres, filature de coton sous le premier empire. A cette dernière propriété est contiguë une maison à façade percée d'une niche ; vers la fin du siècle précédent, un charpentier y demeurait. Plusieurs de ces immeubles faisaient corps, nous dit-on, avec la caserne de la rue Neuve-Sainte-Geneviève (i), annexe de la caserne de Lourcine ; mais on serait porté à les prendre de préférence pour un ancien couvent, et il nous revient d'autre part qu'une communauté de Sainte- Perpétue a siégé par-là.
Pas moyen de dire plus au juste à quel n° de la même rue habitait Catherine Théos, visionnaire exaltée, dite la Mère de Dieu. Un arrêt du tribunal révolutionnaire la fit exécuter avec dom Gerle, la marquise de Chatenois et Quéviemont, médecin du duc d'Orléans, le 27 prairial an h, d'après M. Girault de Saint-Fargeau. Mais M. Bouillet la fait mourir à la conciergerie.
(] \ Maintenant rue Tourneforl.
Hue de Courcelles. (4)
Les Folies de-Chartres. — Autres Folies plus dissi~ mulées. — L'hôtel Choi seul-Gou filer . — L'Hôpital. — La Princesse Borgliêse. — Vers inéOits. — Delorme. — La Princesse Mathilde.
Delille a célébré en vers les charmes du parc de Monceau, dont la dénomination rappelle seule un château habité près de Meaux par Catherine de Médicis. Les Folies-de-Cbartres, dont les Irais étaient faits en 1778, sur le territoire du village de Monceau, tout près de Paris, par le duc de Chartres, prince d'Orléans, plus tard Philippe- Égalité, n'ont verdoyé littéralement en ville que quand les fermiers-généraux eurent ceint Paris du nouveau mur qui se convertissait en fossé sur la lisière de cet enclos princier , afin de ne pas gêner la vue, tout en gênant la contrebande. Terrain nu et aride, habilement transformé en un jardin anglais, où l'eau était amenée
(1) Notice écrite en 1859. La rue de Courcelles commençait seulemnnt à être passée au crible. Trois voies nouvelles s'y faisaient déjà jour ; mais aujourd'hui e lles sont huit: les rues de Labaume, Rembrandt, de Lisbonne, Murillo- Van Dyck et de Vigny, le boulevard Haussmann, d'abord boulevard Beaujon, et l'avenue de la Reine-Hortense, d'abord boulevard Monceau. La rue lardée par tard de percements s'est, de plus, élargie à partir du boulevard Haussmann. Le paie Monceau, qui la longeait, s'est morcelé ; il n'en reste plus qu'un tiers, maintenant livré a1.» public, dont Ja rue Vau-Dyok fait partie. Mais aussi, depuis que la barrière est recu'ée, la rue de Courcelles qui y finissait absorbe la rue du même nom qui venait après, dans le hameau de Courcelles, et se pour suit en conséquence jusqu'aux Fortifications.
RUE DE COURCELLES
en abondance, et ingénieusement accidenté sur un plan qui faisait honneur à l'imagination de l'auteur dramatique Garmolitelle, que le prince avait pour lecteur. En parsemant de fabriques le paysage, cet ordonnateur avait su isoler avec art, afin de s'en montrer moins prodigue, nymphées, tombeaux, forts crénelés, obélisques, temples, pagodes, kiosques et grottes. La verdure séparait un château . en ruines d'un moulin à vent hollandais, dont le souffle faisait frissonner desvignes plantées à l'italienne. Ces amoureuses du soleil, qui l'attendaient échevelées, en eussent mieux reçu les visites dans le pays dont elle suivaient la mode ; toutefois leurs pieds frileux n'auraient pas tenu à la chaleur d'une pompe à feu, qui fonctionnait plus loin pour donner la vie de la nature aux aquarelles de l'album si merveilleusement réalisé ! Les pavillons étaient plusieurs : celui du prince, le bleu, le jaune, le transparent, le blanc et le chinois. Un temple de Mars et un bassin, disposé pour le bain, que des statues décoraient, se dégageaient, comme deux des principaux motifs, de la ritournelle des rochers, des cavernes, des pyramides égyptiennes, des ruines grecques et gothiques, des péristyles, des jeux de bagues, des rivières, des cascades, des balançoires et des jardins d'hiver. Gomment vous dire toutes les pièces disparues de ce speclacle pittoresque, dont Carmontelle était le machiniste! Dans ce qui reste on remarque la Naumachie, vaste bassin ovale, bordé d'une colonnade corinthienne, et un autre bassin, de marbre blanc, où figurait un charmant groupe. Houdon y avait représenté une femme au bain, derrière laquelle une autre femme, exécutée en plomb et peinte en noir, figurait une négresse, tenant d'une main une draperie, de marbre blanc également, et de l'autre main une aiguière d'or, dont elle
RUE DE COURCELLES
répandait, sur le corps de sa belle maîtresse, l'eau qui retombait en nappe dans le bassin.
Un décret de la Convention (lloréal an n) affecta les ci^devant Folies-de-Chartres à divers établissements d'utilité publique. Puis on y remit quelques jeux en vigueur, en y donnant des bals d'été, qui ne furent pas longtemps suivis. Napoléon Ier gratifia de cette propriété Cambacérès, qui la lui rendit ensuite à cause des frais d'entretien que la jouissance en exigeait. Louis XVIII la restitua à la famille d'Orléans, qui en fut légalement propriétaire jusqu'aux décrets présidentiels de janvier 1852, bien que la révolution de Février en eût fait précédemment le quartier-général de ses Ateliers nationaux.
Sur la rue de Courcelles, quels étaient les visà-vis du duc de Chartres? Une tour pavoise le jardin du 77, disposé pour un grand seigneur, qui en fit sa petite-maison quand les Folies étaient en quelque chose le palais de la spécialité. La sagesse ne passe pas davantage pour avoir séché les plâtres d'une villa qu'habitait dernièrement M. Nisard, de l'Académie- Française, et que vient de réduire la formation d'un boulevard Monceau. Le 61, au lie cottage, fut acquis en 1848 des héritiers de M. Daingremont, officier supérieur, par M. Artaud, vice-recteur de l'Académie de Paris. Jusque-là rien qui fît absolument contraste. Mais le derrière de l'hôpital fondé en H84 par le financier Beaujon était loin de renvoyer aux pavillons princiers du parc l'écho de leurs gaielés nocturnes. La chapelle et le jardin de l'hospice y ont leurs portes, et voilà celle d'une sorte de purgatoire pour les dépouilles mortelles, pendant le laps où elles peuvent être réclamées. Tout corps dont ne prend souci personne est attendu dans un amphithéâtre, où le lit de la clinique posthume est encore plus froid que l'alité.
RUE DE COURCELLES
Une succursale des écuries de l'empereur occupe d'anciennes dépendances des Folies-de-Chartres, où l'on a supprimé depuis peu un corps -de-garde. Là commençait naguère la rue de Chartres, qui s'était appelée de Mantoue depuis l'an vi jusqu'à la rentrée des Bourbons en commémoration de l'évacuation de cette ville par les Autrichiens (14 pluviôse an v). Mais avant que le prince y fût propriétaire, la rue de Chartres s'était qualifiée chemin de Courcelles et elle avait fait suite à la rue de Villiers, dite de Courcelles en 1769.
Un bas-relief, qui est un antique, décore la façade du 40 depuis que cet immeuble et le 38 font deux pour le cadastre. M. le comte de Castellane achetait celui-ci, eu 1838, de la famille du comte de Vichy, qui lui-même l'avait acquis, le 3 pluviôse an x, de François de Belle, général d'artillerie, et la division était postérieure à la Révolution. Tout appartenait donc, en!792r à Jacques- Ezéchiel de Tréinouille, conseiller du roi, nommé président de la cour des Monnaies en 1781 ; son beau-père, M. d'Émery, qui était mort porte-manteau honoraire du duc d'Angoulême, fils du comte d'Artois, avait fait élever l'hôtel sur un terrain à lui vendu par les héritiers de Lebouteux, maîtrejardinier; mais l'ofTicier de la maison princière n'avait pas plus habité rue de Courcelles que son gendre, le président.
Il y a lieu de croire que leur propriété servait aux menus-plaisirs d'un personnage qui n'appartenait pas moins à la noblesse couronnée que le prince des Folies voisines et qui avait aussi plus d'une petite-maison. Preuve accablante : une chaise à bascule a été retrouvée dans les greniers, avant même que les médecins fissent usage de cette trappe mobilière dans leur cabinet de consultations. Fi l'horreur ! Un mari lui-même serait blâmé d'avoir recours, ne fût-ce qu'une fois, à l'expédient de
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ruse et de violence qui sera permis au médecin, pour si peu que la même pudeur en revienne à ses hésitations du premier jour. D'Émery et Trémouille eurent ensuite pour locataire la" marquise de Choiseul jusqu'à la mort de l'illustre duc du même nom, ancien ministre de Louis XV, puis le marquis de Gouffier, mestre-de-camp de cavalerie, et leur alliance fut scellée dans l'hôtel par la signature du contrat de mariage de la fille du marquis avec le comte qui, sous le nom de Choiseul-Gouflier, joua depuis lors un assez grand rôle. Antonio de la Cerda è Veraa, marquis de la Rosa et de la Mota de Treco, premier maître d'hôtel du prince des Asturies, succéda sur les lieux au marquis de Gouffier en l'année 1788.
La princesse Borghèse, sœur de Napoléon, occupa sous l'Empire le même hôtel, dont l'état délabré, en ce qui regarde le n° 38, attend encore sa propre restauration. On y remarque une salle-àmanger, qui a dû être fort jolie; les murs et le plafond en revêtent un paysage sylvatique, où des glaces figurent l'eau qui dort dans le lointain et où des nervures capricieuses, qui parcourent le cristal, jouent le rôle de roseaux. Le jardin suisse sur lequel s'éclairait la pièce a été, par malheur, réduit et transformé en cour ; il en reste toutefois quelques arbres. Un beau portrait de Pauline Borghèse figure encore dans le plus grand salon, où d'autres portraits de la famille Bonaparte l'accompagnaient sous le premier empire ; il est signé Goubaud et . daté de 1811. Ce millésime rappelle pourtant l'année où l'empereur exila de la cour cette même princesse Pauline, qui avait été loin de montrer des égards à la seconde impératrice. La même date se rapporte encore à une belle statue de Ganova, modelée sur la princesse et qui fut envoyée au prince Borghèse, en Italie : seul rapprochement que celui-ci
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crut possible ! Pauline se contentait alors de cette maison, faute de l'Elysée ; elle y recevait, comme au château de Neuilly, des gens de lettres et des artistes, cour qui remplaçait l'autre, et le musicien Blangini y charmait d'indiscrets échos. La veuve do Mural, en 1837, revint en pèlerinage visiter cette habitation, qu'elle avait fréquentée du temps de sa sœur, Pauline; son émotion fut vive quand se rouvrit pour elle la porte de la chambre blanche, et des souvenirs assoupis se réveillèrent que ni l'absence ni la mort n'avait entièrement refroidis.
Sous la Restauration et sous Louis-Philippe, mais à des dates différentes, cet hôtel de la rue de Gourcelles servait encore de séjour : à la princesse de Gantacuzène, laquelle y épousa le marquis de Bedmar ; à Charles Dickens, le romancier anglais ; à sir Henry Lylton Bulwer, ambassadeur d'Angleterre à Constantinople, et au duc de Cambacérès. Mais ne dirait-on pas que les maisons subissent elles-mêmes une destinée ? La mauvaise étoile de celle-ci a voulu qu'un maître-de-pension en fût dernièrement le locataire, pendant un certain nombre d'années. Le temps n'allait pas assez vite au gré des jeunes élèves qui en dégradaient à plaisir tous les ornements intérieurs. On sait cet âge sans pitié !
Au n° 34 habite Mme Rousset, qui est nonagénaire. Les vertus et l'esprit de cette cousine du maréchal Moncey ont inspiré à M. de Saint-Geniès les vers suivants :
De vous garder longtemps l'espoir nous est permis. Pour conserver vos jours veillent des dieux amis, L'Esprit qui, toujours jeune, est toujours sûr de plaire,
La Grâce, unie à la Raison, L'Amitié courageuse, éclairée et sincère, La Bonté, qu'on chérit, la Vertu, qu'on révère,
Et le Bonheur, leur compagnon.
Ces habitants de la céleste sphère
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Daignent rarement la quitter :
Ils viennent peu nous visiter.
Ainsi, votre présence au monde est nécessaire ;
Car ces aimables dieux, pour les représenter, Ont besoin de vous sur la terre Et vous ordonnent d'y rester.
Or le 34, le 32 et le 30 sont un groupe de charmants cottages tout empreints de villégiature, occupés par M'ne la duchesse douairière de Poligiiac, M. Edouard Thayer, sénateur, M. le comte Joachim Murât, député, M. Uiric Guttinguer, homme de lettres, etc. M. le comte de Persigny a liguré également parmi les locataires de ces villas, situées au point de section du nouveau boulevard de Beaujon, qui va l'aire disparaître les unes et déranger les dispositions prises par les autres. M. Delorme a fait bâtir presque toute cette cité ; le reste est de M. Belle, présentement architecte du Théâtre-Italien.
Ce Delorme, ex-avocat au parlement de Nancy, fut pourvu, à ce qu'on dit, d'un titre de marquis, sans le porter davantage que M. Thiers son titre presque inconnu de bart>fï, et le moyen de lui en vouloir de cette abstention peu commune! Il édifia en 1808 la galerie qui perpétue son nom dans un autre quartier et pour la* construction de laquelle il utilisa les matériaux du château de Villegénis, qu'il jetait bas pour le refaire à neuf et puis le vendre au prince Jérôme. L'ancienne salle-de-spectacle de la rue de la Victoire fut achetée en 1816 par le même spéculateur, puis démolie et remplacée par un immeuble de grande importance, où depuis lors s'exploitent des bains. Il avait affiché ses opinions politiques en choisissant son jour, le 21 mai 1815, pour offrir à laPatrie une rente de 6,000 francs, avec le sacrifice de sa personne, et d'autres libéralités prouvaient que ce galant homme était aussi un homme galant. Il
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résida dans le plus grand hôtel de la rue de Courcelles, avec le marquis de Tamisier, dont il était le beau-père, et il y eut pour successeur le général Herrera, ex-président de la République du Pérou. La reine-mère d'Espagne, Marie-Christine, en a fait sou palais sous Louis-Philippe, puis S. A. I. la princesse Mathilde. L'immeuble avait coûté un million à Delorme, et la reine l'avait obtenu a moitié prix : l'empereur actuel l'eut pour 800,000 fr. et il en dota sa cousine, qui habitait d'abord le n° 12 de la rue.
Si nous passons ici le n° 16 et la pension y établie, c'est que nous en avons parlé suffisamment dans notre Histoire du Lycée Bonaparte, collège dont les cours sont suivis par les élèves de ladite pension.
Rue des Coutures-Saint-Gervais. (4)
Les Coutures. — V École-Centrale. — Les Mémoires salés. — M. Le Camus. — M. de Villeroi. — La Camargo. — V Archevêque de Paris.
La rue des Coutures-Saint-Gervais s'ouvrit en l'an 1620, ainsi que celle Saint-Gervais, sur les cultures des religieuses hospitalières de Saint- Gervais, marais qui avaient fait partie d'un clos Saint-Ladre et de la Courtille-Bai bette. Mais la rue Saint-Gervais fut dite aussi des Morins, parce qu'elle conduisait à des chantiers qui étaient en la possession d'une famille pareillement appelée, et l'autre portait en 1653 le pseudonyme de rue de l'Hospice-Saint-Gervais.
Des hôtels de robe courte et des maisons bourgeoises du xvnc siècle occupent tout un côté de ladite rue ; deux de ces propriétés ont dû se rattacher, corps-de-bàtiments latéraux, aux hôtels Caumartin et Villedo, qui sont visibles rue Vieille-du-Temple sur le plan dressé par Gomboust, mais que remplace dans celui de Turgot uniquement l'hôtel d'Épernon.
De l'autre côté, un petit palais se cache, dont le Magasin pittoresque a parlé plus sciemment que les livres spéciaux sur Paris ; en cette propriété de M. Roussilhe siège depuis 1830 l'école centrale des Arts-et-des-Manuîactures, après une pension de l'Université. L'angle de la rue Vieille-du-Temple conserve des pans de maison sans rapport ar-
(1) Notice écrite en 1859.