‹ Les anciennes maisons de Paris sous Napoléon IIIChapitre 23 sur 66 · SERVANDONI ET PALATINE · texte numérisé non relu

SERVANDONI ET PALATINE

A l'opposite, le procureur Jacob avait acquis des créanciers du duc de Bouteville les n"' 18 et 20, sur lesquels avaient eu des droits les Chàtillon, par suite d'une alliance avec la famille de Meslay, introducteur des ambassadeurs, et postérieurement à l'adjudication de 1717 au profit de la comtesse Rouillé de Meslay, née Commans d'Astry. Cette propriété avait appartenu plus anciennement à M. de la Boissellerie, y tenant au commissaire Chevalier et à M'"'^ Dubois. L'un de ces deux voisins se trouvait remplacé, du temps de Jacob, par la veuve de l'avocat Mercadé, dont la maison touchait une plus grande maison àOirouard.

liiie du Kegai'cl. (i)

Les carmes déchaussés que Marie de Médicis établit en l'année 1836 rue de Vaugirard, y furent tout de suite en communication, par une porte latérale, avec un chemin herbu dont la rue du Regard n'avait pas encore fait son lit. Les constructions manquaient alors du côté des numéros pairs; mais le sol était divisé, et M. de Ivlontrouge, propriétaire au coin (ie la rue du Cherche- Midi, était suivi par M. de Rochefort; puis venait un lieu dit la Fosse-Lausmonier, à l'endroit où se trouvent de nos jours les bureaux de tA7ni de la Religion, dont les colonnes donnent au public la primeur de cette chronique ; une terre h l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés occupait l'autre extrémitr. Les carmes avaient, du côté opposé, un bien originel, qui s'était appelé la Planche, avec sortie vers le milieu du chemin; au-dessus de cette ouverture s'élevaient déjci trois maisons, et les mêmes religieux possédaient le terrain d'encoignure venant après. Des fossés que la ville s'était donnés par-là pour limites, faciles à reculer, n'eurent pas été plus tôt comblés que l'herbe du chemin, foulée aux pieds ou rasée, disparut : première toilette que fait toute rue nouvelle! Aussi bien le baptême de cet enfant de plus pour la carte de Paris ne traîna pas: une véritable fontaine, dite Je Regard, coulait déjà au point ou la rue de Vaugirard tient à la rue Notre-Dame-des-Champs. Le chemin

Notice écrite en 18G0. La rue depuis a été raccourcie, surtout du côté gauche, par Je prolongement de la rue de Rennes, qui Ja prend en écharpe.

dégrossi enleva son nom h la fontaine, que les carmes changèrent, par la vertu de leurs aromates, en une source d'eau de mélisse.

Dans une ou deux des maisons précitées furent mis en nourrices des enfants confiés par le roi aux soins de M'"'' de 3Iaintenon, qui habitait alors la rue d'Enfer, et ils n'é-taient pas tous au même endroit. Elle s'en allait b. pied et en secret, dans les commencements, passer en revue, d'alvéole en alvéole, cet essaim de nourrissons qui grandissaient lentement : emblème et gage de son crédit.

Des trois premières constructions de la rue, une seule est venue jusqu'il nous; les carmes n'en firent pas les frais d'établissement, mais elle fut en leur possession, et M. de la Guiche en disposait au commencement delà Révolution. Celuici eut pour acquéreur, en l'an xii, M, d'Aligre, qui revendit au bout de trois années à M. Devillas, un des fondateurs de l'entrepôt de Bercy. Cet ancien négociant était presque nonagénaire lorsqu'il établit dans sa demeure, en 1835, un hospice de 30 lits, qui porte encore son nom, mais que le prolongement de la rue de Rennes ne tardera pas à reporter ailleurs. A l'immeuble donné par M. Devillas s'est ajouté, de seconde main, l'ancien atelier de David, le statuaire, avec un jardinet.

Contigu est l'ancien hôtel de la Guiche proprement dit, édifié en 1711, h la place d'une autre maison, pour la tille du marquis de Montataire et de Marie-Thérèse de Rabutin, qui veaait d'épouser sou neveu, Léon Madaillan de Lesparre, comte de Lassay. Quarante-trois ans se passèrent avant que le comte de la Guiche s'y installât : il avait épousé, en 1740, Henriette de Bourbon, appelée M"e de Verneuil, fille naturelle légitimée du prince de Condé. Son fils, colonel du régiment de Bourbon, puis M''« Chastenay de Lanty, née La Guiche, eurent ensuite la propriété. Une école

égyptienne y précéda, de notre temps, les dames de Saint-François-Régis. L'orphelinat voisin occu{fe lui-même un ci-devant petit hôtel de la Guiclie,

Darlons, secrétaire d'un autre Bourbon-Gondé, s'était rendu adjudicataire d'une maison à porte cochère, qui avait appartenu à l'Hôtel-Dieu et qui séparait du jardin des carmes une maison au marquis de Cossé.

Ces religieux commandèrent à Victor Daîlly, après la mort de Louis XIV, quatre hôtels pour la rue du Regard. Le frère Jean-Pierre de l'fmmaculée-Conception, prieur, et les frères Pauldu-Saint-Sacrement, P'' discret, Epiphane-de-Saint- Joseph, 2" discret, Laurent-de-Jésus, 3« discret, Magloire-de-l'Ascension, provincial, ainsi que les destinataires de ces habitations nouvelles, en approuvèrent à l'avance les dessins. La vicomtesse de Beaune occupa, la première, celui desdits hôtels qui passa après elle au prince de Robeck, grand d'Espagne; c'est-à-dire le n° 7. On y retrouve de beaux appartements et un agréable jardin, auquel s'arrête par discrétion l'éloge : M"^" la marquise d'Hautefeuille rajeunit, et de plus d'un siècle, par sa gracieuse présence, cette maison, que son premier mari, le marquis de Bellune, tint du maréchal de Bellune.

La famille de Chevet, le marchand de comestibles, paye l'impôt foncier pour le 5, qui fut assez longtemps hôtel de Croy. On y vit le prince de Croix, qui épousa la fdle du prince régnant de Salm-Kirchbourg, succéder à son père, qui avait combattu h Fontenoy. L'inaugurateur de leur hôtel avait été M. de Rothenbourg, général prussien qui avait servi dans les armées françaises : son neveu avait hérité de ses richesses, puis épousé la fille du marquis de Parabère. Le ministre de l'intérieur ordonnait, le 17 fructidor an IV, à l'architecte Signy d'établir le devis des

travaux à faire dans les ci-devant hôtels de €roy et de Robeck pour y transporter le gardemeuble national de la place de la Concorde ; mais l'année subséquente vit abandonner ce projet.

Comme M. de Rothenbourg, M'"^ Du Gué s'en remit aux carmes du soin de faire bâtir son hôtel, qui était n" 3 : elle avait pour intermédiaire M, de Paris, dans tous les arrangements à prendre avec les frères. Ce fut ensuite la maison de ville des évéques-comtes de Ghâlons.

Le petit hôtel de Vérue sortit aussi du crayon de Victor Dailly ; il avait pour aîné le grand hôtel même nom, plus tard de Toulouse, aujourd'hui des Conseils de guerre, qui donne rue du Cherche-Midi. La comtesse de Vérue, célèbre par sa beauté, par son esprit, par ses soupers, par les curiosités que réunissait sa galerie, avait eu son mari tué à la bataille d'Hochstett. Elle avait francisé la cour d'Amédée II, duc de Savoie et puis roi de Sardaigne, mieux que n'y était parvenue l'influence légitime d'une nièce de Louis XIV. La cour galante dont M""" de Vérue demeurait la reine h Paris, n'appliquait-elle pas en détail h des intrigues d'un autre genre une politique encore plus versatile, mais moins tortueuse, moins dangereuse que celle qui tourmenta si fort le premier règne de la maison de Savoie? Plutôt que d'abdiquer l'ombre du pouvoir de ses charmes, la comtesse aurait cessé de vivre avant l'année 1731, qui ne l'emporta ni trop tôt ni trop tard. Sa fille était princesse de Carignan.

Ne se pourrait-il pas que le comte de Toulouse, fils de M'"* de Montespan, fût venu vers la fin de sa vie habiter la rue du Regard, oîi son enfance avait été bercée? Les dates ne disent pas non: M. de Toulouse, marié secrètement avec M"*^ de Noailles, veuve du marquis de Gondrin, a

survécu (le six années à la comtesse de Vérue.- Mais un Toulouse-Lautrec, colonel du régiment de Condé, député aux États-Généraux, fut dit aussi comte de Toulouse. D'autre part, un des deux hôtels de la comtesse de Vérue était habité, sous Louis XVI, par le comte de Scarnasis, ambassadeur sarde. Le plus petit a dû aussi de la notoriété au D'" Récamier : ce beau-frère de la femme illustre du même nom en avait fait l'acquisition en 1821, et sa famille s'y retrouve.

Sur l'autre ligne de la rue, un hôtel Montréal était en tiers dans les beaux joui's des hôtels de Croy et de Chalons. Nous croyons eu revoir la haute porte, avec une demi-lune d'avant-cour; seulement les indigènes y soutiennent mordicus que ce furent uniquement les communs de l'hôtel d'en face.

Rue de Vau^irard. (i)

L'Opéra. — L'Académie à Cheval. — VOdéon. — Le Grand et le Petit-Luxembourg . — Le Parcaux-Cerfs du Citoyen Marino. — Les Dames du Calvaire. — Les Hôtels de Beaufort, de la Trémoille, d'Elheu^f, de Guistel, de Bau/fremont, de Périgny, de Jaucourt ou de Soyecoi^rt et Foucault. — Le Mariage du Critique. — Les Filles du Précieux Sang. — Les Carmes. — Les Filles de Sainte- J'hêcle. — Les Fleurs du M'^ de Gouvernet. — Les Religieuses de Noire-Dame-des- Prés. — La Pension de Madame. — Les Hôtels de Santé.

La maison où est mort Lekain et l'hôtel de Bussy vienneat de disparaître de fond en comble; le procès n'a pas été long que leur a tait le saint-oftlce de l'alignement à tout prix. Ton tour viendra, pauvre n" 9, qu'on a connu liôtel de Larochefoucauld-Bayers et dont une imprimerie démocratise en vain l'aristocratie de naissance. Le temps n'est plus où toute maison honnête espérait mourir seule et de sa belle mort: la paix en rase plus souvent que la guerre et lait de plus larges trouées! La poussière des décom-

(1) Notice écrite en 1861. La nouvelle rue de Médicis, le prolongement des rues de Rennes, iSaint-Plai^ide ei des Missions, naguère Saint-Maur, et un tronçon isolé du nouveau boulevard d'Enfer ont i'ail perdre ullérieurement à la rue de Vaugirard bon nombre d'immeubles. Mais l'adjonction de la Graude-rue-de-Vaugirard, depuis l'ancienne barrière jusqu'aux fortilications, lui en a rapporté bien davantage.

bres, qui t'enveloppe et te ronge, comme ne l'a jamais fait le temps, monte et remontera jusqu'à ce que tu mordes la poussière à ton tour.

Une salle de spectacle, construite en cet endroit pour l'Opéra sur le jeu de paume du Bel-Air, ouvrit le 15 novembre 1672 par la représentation des Fêtes de V Amour et de Bacchus, pastorale de Quinault; mais ce n'était qu'une salle provisoire. LuUi obtint, l'année suivante, l'autorisation d'établir l'Académie royale de musique, dont il avait le privilège, dans le théâtre que la mort de Molière venait de rendre vacant au Palais-Royal. L'Opéra de la rue de Vaugirard se convertit en une académie d'équitation, 4<^'it l'imprimerie occupe justement le corps-de-logis principal. M. de la Guérinière et un écuyer du roi avaient la direction de cette institution royale, à l'usage des fils de famille, dont les principaux maîtres en 1720 étaient: pour les mathématiques, M. de Grimarets; pour les armes, M. Pilliard; pour la danse, M. Lecointre ; pour l'exercice militaire, M. Poitiers, sergent d'affaires de la compagnie du chevalier d'Orsay, capitaine aux gardes-françaises. Il y avait alors à Paris deux autres académies du même genre, sous la protection du roi et sous les ordres du prince Charles de Gharolais, grand- écuyer de France. La Guérinière et d'Abzac, sous Louis XV, étaient les princes du manège, les modèles de l'aisance et de la bonne tenue qui font le cavalier accompli.

Le Théâtre-Français a inauguré presque en face, le 9 avril 1781, la salle de spectacle qui, sans changer de troupe, est devenue théâtre de la Nation, théâtre Egalité. A la suite des représentations d'une comédie de François de Neufchâteau, tous les acteurs, à l'exception de Mole, sont mis sous les verroux par ordre du comité de Salut public, en 1793. Quand le 9 thermidor les rend à la liberté, ils trouvent leur place prise par une troupe d'opéra-

RUE DE VAUGIRIRD. 19»

comique, avec laquelle leur association n'a pas longue durée. Le conseil des Cinq-Cents s'assemble ensuite, puis une commission militaire, en ce théâtre, qui reste inoccupé avant de rouvrir en 1798 sous la direction de Dort'euille. Son nouveau titre d'Odéon est d'abord justifié par la représentation d'opéras et de pièces mêlées de chants; mais la comédie avaut peu reprend le dessus. Incendié le 18 mars 1799, l'Odéon ne ressuscite que neuf années après, en qualité de tljéàlre de l'Impératrice, et c'est alors que Picard y préside à des alternatives de comédie et d'opéra-butta. La rentrée des Bourbons en fait le théâtre royal de l'Odéon; mais les pièces qui s'y donnent sont encore toutes du criî. L'ancien répertoire du Théâtre- Français ne devient commun â l'Odéon, érigé en second Théâtre-Français, qu'à la réouverture du 30 septembre 1819, après un nouvel incendie. Puis la direction Éric-Bernard monte des opéras traduits, tels que Robm-des-Bois, et plus d'un succès en résulte. Mais aussi que de déceptions !

La grande scène du faubourg Saint-Germain a essayé plusieurs fois d'être lyrique; la troupe des Italiens s'y réfugiait en 1838, chassée de la salle Favart par l'incendie, et jamais de plus grands talents n'ont été réunis ailleurs. Malgré cela, l'honneur de l'Odéon est, avant tout, d'avoir bien mérité de la littérature et de s'être prêté, plus souvent que tout autre théâtre, depuis le Mariage de Figaro, aux tentatives qui veulent de l'audace. Les directeurs Harel, d'Épagny, Lireux, Bocage, Altaroche et Alphonse Royer ne s'y sont pas plus enrichis que M, de Larounot; le Théâtre-Français lui même n'a pas fait de meilleures affaires lorsqu'il a essayé de prendre pour amiexe l'Odéon, entre deux clôtures imposées par finsuirisance des recettes. Le public s'y montre moins facile à attirer, à contenter qu'ailleui'S ;

c'est, en revanche, le théâtre du monde où le succès a le plus de retentissement.

Paris n'en montre pas encore de plus beau ; Bordeaux seul est en possession d'un monument de ce genre qui l'empoi'te, et la construction en remonte à la même époque. D'autres salles, par exemple, contiennent en ce temps-ci un plus grand nombre de spectateurs, mais encore moins que les amphithéâtres romains. Quand le Théâtre-Français qui est devenu l'Odéon ouvrait ses portes au public, la salle se décomposait de cette manière :

Orchestre, pour les hommes

seulement 180 places à G livres.

1res loges 108 » id.

Balcons ....... 80 » id.

Galeries tournantes. . . . 120 » à 4 livres.

gmis loges <i4 • à 3 >'

ornes loges 48 » à 2 «

Amphithéâtre des 3'"es loges. 300 • à 1 livre JO s.

Petites loges à l'année . . 515 Parquet, pour les hommes

seulement 500 » à 2 livres 8 s.

Total 1915 places.

L'édifice n'était pas entièrement isolé ; il communiquait avec deux maisons au moyen de deux ponts jetés sur les rues latérales et sous lesquels on descendait de voiture à couver-t. L'auteur de la Petite ville n'est assurément pas le seul directeur de ce théâtre qui, en demeurant à côté, n'ait pas même eu besoin de traverser la rue pour se rendre dans la salle ou sur la scène.

En l'une de ces deux rues, la rue Corneille, se jeta du cinquième étage sur le pavé le nommé Saucerotte le 5 juillet 1796; un billet attaché à sa veste empêchait d'accuser personne de l'avoir

jeln par la fenêtre. Cet homme passait pour le père de M"*" Raucourt, la tragédienne, et le fait est que, comédien de campagne, il était venu débuter h Paris sous le même nom qu'elle, avec beaucoup moins de succès; mais, établi d'abord maîtrc-de-poste, il avait fait faillite avant d'emmener l'une des quatre filles d'un pauvre chirurgienbarbier, la petite Clairien, dite ensuite Saucerotte et Raucourt, dont le talent s'était révélé de bonne heure. Royaliste, elle avait subi un emprisonnement de six mois; puis elle s'était mise à la tête du théâtre Louvois, que le Directoire supprimait vers le temps où le désespoir mit fin aux jours de son prétendu père.

Le siège de ce gouvernement était précisément le Luxembourg, dont la République avait déjîi fait, au nom de la Liberté, l'une de ses nombreuses maisons d'arrêt. Comme il avait fallu brûler des grains d'encens, pour chasser le mauvais air de geôle, à l'arrivée du délicat Rarras et de trois de ses collègues, déjà le palais était reconnaissable.

La Révolution avait bien agrandi le jardin et y avait tracé l'avenue de l'Observatoire; mais à Monsieur, comte do Provence, étaient dues des allées dans le voisinage de la jolie maison que ce prince avait donnée à M""' de Baibi, ^ur le jai'din et sur la rue de Madame. Avant lui, la reinedouairière d'Espagne et la duchesse de Brunswick avaient été châtelaines au Luxembourg, et, avant elles deux, la duchesse de Berri. Quel mal ne diton pas de cette fille du régent ! Elle épuisa, comme son père, la coupe du plaisir, mais si vite que quatre ans de mariage et cinq de viduité ne la menèrent pas au-delà de vingt-quatre ans de vie. Ce palais, qui avait fait retour à la Couronne pour que Louis XVI pût le donner à son frère, était antérieurement pour Louis XIV un présent de M'"'- Elisabeth d'Orléans, duchesse de Guise et d'Alenyon, sa

bellc-sœur. Quand Mademoiselle, duchesse de Montpeasier, le tenait de son père, Gaston d'Orléans, c'était déjà un palais d'Orléans, au lieu du château royal de Luxembourg. La construction en avait été laite et le jardin planté pour Marie de Médicis, à la place de l'hôtel du duc de Piney-Luxembourg, aux dépendances duquel on avait ajouté en achetant la ferme du pressoir de l'Hôtel-Dieu et le clos Vigneray, qui appartenait aux chartreux, ainsi qu'un terrain détaché des fermes d'Antoine Arnaud, seigneur d'Andilly. Des peintures de Rubens et de Philippe de Champagne distinguent encore la chambre de la reine, et la fontaine de Médicis est un chef-d'œuvre de la même génération. Ajouter à ce qui précède que l'hôtel de Luxembourg s'est appelé de Neuf et que Robert de Harlay de Soucy en disposait au milieu du xvi« siècle, n'estce pas reprendre en sous-œuvre jusqu'à la première pierre du palais affecté au sénat?

Mais le cardinal de Richelieu inaugura le Petit- Luxembourg, avant le Palais-Royal, et y fut remplacé par la duchesse d'Aiguillon, sa nièce. Un prince de Rourbon-Condé laissa plus tard cette résidence à sa veuve, la princesse palatine Anne de Bavière. Celle-ci fit bâtir en face, à l'angle de la rue Garancière, un hôtel sur le plan de Boisfranc pour les officiers de sa maison. Outre de belles écuries, il s'y trouvait une cuisine comme on n'en avait pas encore vu, avec la cheminée au milieu, et le service de la table était fait par une galerie souterraine, qui reliait l'office au palais. M"'^ de Clermont, princesse de Bourbon-Condé, Marie-Anne de Savoie et puis le comte de Mercyd'Argenteau, ambassadeur de Joseph II, qui succédèrent â la princesse palatine, disposèrent pareillement de l'annexe du Petit-Luxembourg.

Ce fut en 1793 le repaire de Marine, directeur de l'immense prison du Luxembourg, ancien peintre

sur porcelaine, membre de la Commune, qui lit aussi la police des spectacles. Ce geôlier n'eut-il pasjusqu'à 3,000 prisonniers, dans ce qu'il appelait lui-même son magasin à guillotine? Oh! que c'était un temps propice pour imputer tous les crimes de la terre aux anciens habitants du palais ! Ne rougissaiton pas pour la tille du l'égent des moindres fautes de sa courte vie? Toutefois Marino ralfinait sur les roueries de l'ancien régime, en ce que la surprise jouait un rôle nouveau dans ses expéditions galantes. Il faisait arrêter dans les théâtres ou dans la rue des femmes honnêtes, la plupart du temps petites bourgeoises, quelquefois la mère et la fUle, en les accusant de s'être livrées clandestinement à la prostitution, et elles en avaient tant de honte que la promesse de les tirer d'affaire rendait rarement nécessaire de recourir à la violence.

Le iO décembre 1797, le Directoire fêtait au palais du Luxembourg le traité de Campo-Formio, et le héros de cette fête changea deux ans après la forme du gouvernement. Le premier-consul s'installait de prime-abord au Petit-Luxembourg", et cela fut ensuite l'hôtel de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne et des Indes. Plus tard on y garda le maréchal Ney, traduit devant la cour des Pairs, qui succédaient aux sénateurs, et puis la déchéance de Charles X fit détenir et juger de même ses derniers ministres. Néanmoins le Petit est déplus longue date la résidence d'un des grands dignitaires du Luxembourg. L'encoignure de la rue Garancière a été donnée en location i\ des particuliers et n'a que depuis peu repris son service d'annexé du palais.

Le comte de Provence, tout en embellissant le jardin public, avait aliéné le terrain où s'était ultérieurement percée la rue de Madame. La place qu'y avaient perdue les promeneurs n'a-l-elle pas été regagnée et au-dclk par la démolition successive

des maisons qui se trouvaient devant ? L'une d'elles était rancieri monastère des dames du Calvaire. Ces bénédictines, établies à Poitiers en 1617 par le père Joseph, confesseur du cardinal de Richelieu, par M""' Antoinette d'Orléans-Longueville et par Marie de Médicis, n'avaient pas tardé à s'implanter plus radicalement dans l'enceinle même du Luxembourg. La chapelle de ce couvent a survécu, et des peintures de maître s'y révèlent sous le badigeon extérieur; elle a fait partie au Petit-Luxembourg d'une prison, élevée à la place d'un bâtiment monastique et destinée aux prévenus de crimes d'État mis en jugement devant les pairs.

Entre la rue Garancière et celle de ïournon, une propriété était acquise en l'année 1705 par Cheuvry, capitaine ordinaire du duc d'Orléans. Possible que ce soit le n" 34, hôtel de Beaufort sous Louis XVI.

En regard de l'entrée principale du jardin et au coin de la rue Molière (i), un autre immeuble se couronne de l'appartement qu'habitait Jules Janin au moment de son mariage. Un feuilleton des Débats en était la lettre de faire-part. Maison de verre que celle du sage !

Achat, en 1736, d'une maison au coin de la rue Pérou par Jean-Noël Limojon de Saint-Didier: les Archives nous en donnent le renseignement. D'anciens documents imprimés indiquent à cette hauteur de la rue de Vaugirard un amoureux pied-à-terre de Lauzun, où le maréchal de Richelieu donna aussi des rendez-vous à M"" Maupin et la combla de présents. A cette extrémité de la rue Pérou, l'origine commune des deux angles a été attestée par une arcade ; mais la propriété s'est mise en deux avant la suppression du trait-d'union qui

(1) Mai 11 te liant rue Rotroi

semblait encore la faire une. On a dit la seconde moitié hôtel de la Trémoille dans le cours du xynf siècle; mais cela pouvait être à titre rétrospectif et s'appliquer de la sorte à la totalité. Lh aussi, ou II deux pas, l'un des enfants de M""' de Montespan, légitimés de France par Louis XIV, a été mis en nourrice et surveillé par M'"*^^ de Maintenon: il y en avait d'autres rue du Regard.

Entre la rue Férou et celle du Pot-de-Fer, aujourd'hui Bonaparte, est marqué sur le plan de 1714 l'hôtel d'Elbeuf, qui avait été Kervencau ou Kervessan, vendu en 1750 par Emmanuel-Maurice de Lorraine, duc d'Elbeuf, moyennant 86,000 livres comptant et 7,500 de rente, à Robillard, trésorier des troupes de la généralité de Rouen. Deux années plus tard, ce dernier cédait i\ Pierre-Charles de Villette, trésorier-général de l'extraordinaire des guerres, qui, en se tixant rue de Beaune, a fait bail près du Luxembourg i\ In famille de Rastignac. Le trésorier a laissé une grande fortune à son fils, le marquis de Villette, poète léger, qui fut grand ami de Voltaire, et dernièrement un arrêt a cassé le testament du petit-fds, dont la maison de ville, portant le n" 56 en cette rue, vient d'être acquise par le séminaire Saint-Sulpice.

M. Boulay de la Meurthe, vice-président de la République en 1840, habitait le 58, ancien hôtel Guistel.

Plusieurs maisons font suite qui ont appartenu aux filles du Précieux-Sang, bernardines établies primitivement rue du Pot-de-Fer, au coin de la rue Mézières, sous l'invocation de sainte Cécile. Pour désintéresser des créanciers, elles avaient abandonné leur couvent ; puis, après deux ans de fermeture, elles s'étaient réunies à loyer rue du Bac ; enfin- les libéralités des architectes Gabriel et Hardouin-Mansart, des marquis de Laval et de Montault, de Pierre Sauger, de M"'« de Bidière

et de la duchesse d'Aiguillon, la châtelaine du Petit- Luxembourg, avaient permis à ces religieuees d'acheter, rue de Vaugirard, les trois maisons des frères Bonigalle, en 1658, et de les faire restaurer. Leur ancien domaine est divisé par une rue percée en 1824.

L'église' des Carmes dépendait d'un couvent fondé en 1631 par la reine mère Marie de Médicis, qui, les jours de grande fête, s'y rendait, de son palais, dans la chapelle de la Vierge. Les carmes déchaussés de la rue de Vaugirard débitaient une eau de mélisse très-salutaire, dont le secret n'a pas été perdu, s'il faut s'en rapporter à des prospectus et annonces qui se reproduisent incessamment. Ces religieux étaient, dans le milieu du dernier siècle, au nombre de 50, sans compter les novices, qui payaient 400 livres de pension annuelle et dont la dot, quand ils faisaient profession, n'avait rien que de volontaire. Les bénétîces réalisés sur l'eau de mélisse avaient permis de bâtir des hôtels, par spéculation, près du couvent. D'aucuns de croire, en conséquence, qu'on eût pu s'y passer de frères quêteurs et ne plus marcher pieds-nus.

En 1791 on enferma dans l'ancien monastère des Carmes les prêtres qui refusaient de prêter le serment constitutionnel ; on y ajouta ensuite des laïques. M'"« de Beauharnais était sortie de celte prison, par boniieur, peu de jours avant les massacres de Septembre : Maillard et sa bande y égorgèrent deux cents prêtres.

La tache de ces horreurs n'étant ineffaçable que dans l'histoire, la comtesse de Soyecourt en est venue à bout sur les lieux mêmes ; elle y a ramené dès 1706 des carmélites,, auxquelles succèdent des dominicains. D'autre part, l'ancien territoire conventuel, qui s'étendait jusqu'il la rue du Regard, a vu créer près de la rue d'Assas

une institution déjà célèbre, qui forme des élèves pour les écoles Polytechnique, Saint-Cyr et Forestière, sous la direction de savants ecclésiastiques. Le supérieur et fondateur de l'école des Carmes vient d'être nommé évêque de Marseille. Les tilles de Sainte-Tliècle, qui se contentèrent d'abord d'une maison appartenant aux carmes, dans notre rue, succédèrent, vers l'an 1700, à des filles de la Mort, établies par Mony, prêtre de Saint- Sulpice, au second coin de la rue Notre-Damedes-Ghamps. Ces dames donnaient asile aux femmesde-chambre sans place. Elles vendirent, au bout de vingt ans, leurs deux corps-de-logis et leur jardin à Languet de Gergy, curé de Saint-Sulpice, pour l'orphelinat de sa paroisse. A très-peu de distance de cet établissement, le marquis de Gouvernet avait un beau jardin, présentant la réunion de toutes les variétés de Heurs, qu'on allait voir comme une merveille à une époque dont lit partie l'année 1742.

Un peu plus haut encore, mais plus tard, pension de Madame : en d'autres termes maison d'éducation pour les demoiselles sous le patronage de Madame, comtesse de Provence. Des carmélites y ont été placées h une époque moins éloignée, avant de passer avenue de Saxe, et M""' de Soyecourt, carmélite elle-même, y a rétabli une chapelle. Aujourd'hui une société de patronage recueille dans cette maison, dirigée par des sœurs, les jeunes filles détenues, au moment de leur libération.

Du côté des numéros pairs, l'hôtel de BaulTremont ne venait pas beaucoup avant l'hôtel de Clermont-Périgny. Le fermier-général Bouret de Vézelay avait eu celui-ci pour petite-maison de Aiubourg. La légation américaine y siégait en 1816; ce fut ensuite la pension Vincent, dont les élèves suivaient les cours du collège Saint-Louis, puis l'hôtel d'une autre ambassade et présente-

208 RUfe DE VAUGIRARD.

ment une pension de demoiselles. A M. de Clermont- Périgny faisait face M. de Jaucourt ou de Soyecourt, dont l'hôtel n'est pas moins facile à reconnaître.

Au premier angle de la rue de Bagneux, la communauté des religieuses de Notre-Dame-des- Prés fut supprimée en 1741, n'ayant duré qu'un demi-siècle. Un des cimetières de Saint-Sulpice occupait la seconde encoignure, et la terme de l'hospice des Incurables en était séparée alors par la barrière. La rue de Vau,î?irard prenait k cet endroit le nom de Grande-rue-de-Vaugirard.

On y qualifiait hospice de santé, quelques années avant la Révolution, le 150, présentement habité par des franciscains. Lii Colombier, médecin, dont la spécialité est rappelée de nos jours par celle de Ricord, recevait les femmes atteintes de la lèpre des temps modernes, et les traitait, fussent-elles enceintes, ainsi que les enfants, fussent-ils nouveaux-nés, qu'alïligait héréditairement le même mal. Une autre maison, dite hôtel de santé, était située moins près de la précitée que d'un hôtel Dubois de Lamotte, qui se rapprochait plus encore de l'hôtel Périgny.

Le conseiller d'État Foucault avait réuni, au commencement du xvn* siècle, une belle bibliothèque, avec un cabinet de médailles et d'antiquités, clans son hôtel de campagne, au-delà des barrières de la rue de Vaugirard.

Rue de Sè%i'es. (i)

Tahlc.au des principales tnaisons de la rue de Sèvres, c?i 1787, avec rappel de tordre numéric/ue suivi à cette époque :

de Panciennc barrière à la Croi\-Kouge : —

no 29, hôtel du Cliayla; 41, les Incurables; au coin de la rue de la Chuiso, les Petites-Maisons; 85, l'Abbaj'caui-Bois : M'"e (/<? Mézièrex de Bcihisy, abhesse ;

de la Croix-Ronge à l'ancienne barrière t — no 119, hôtel Camille de Rolian ; 120, hôtel de Ravel; 129, les filles de Saint-ïhomas-de-Villeneuve; 135, hôtel de l'Aubespine ; 145, hôtel de Saint-Eiupéri ; 157, hôtel d'Estrehan ; 166, hôtel de Crussol; 171, hôtel de Bourdftille : 174, hôtel de Lorges.

entre la barrière et le boalevard : — maisons des orphelins militaires, Imues jxir le chevnlier Paulet.

entre le boulevard et le nouveau mur d'enceinte:— [ï° 1, hospice de l'Enfant- Jésus; 2, hospice Necker; 7, institution de l'abbé Morel ; 24, institution de l'abbé Roi lin;

La rue de Sèvres s'appela d'abord de laMaladrerie, puis des Peliles-Maisons, à cause d'un hôpital alîectë aux lépreux, supprimé sous François I^', et k la place duquel on construisit les Petites-

(1) Notice écrite en 1861, avant la translation des Petits- Ménages à Issy. Cet hospice est remplacé rue de Sèvres et rue de la Chaise par un square, par le prolongement de la rue de Babylone, par l'amorce de la rue Cliomrl et par la nouvelle rue Velpeau. La rue des Saints-Pères également a été continuée jusqu'à notre rue de Sèvres, qui, d'ailleurs, au lieu de s'annexer une autre rue en conséquence du dernier agrandissement de Paris, a pris le nom de Lecourbe à partir du boulevard.

Maisons. Des mendiants, des gens de mauvaises mœurs et des fous y Turent enfermés ; néanmoins l'étalDlissement se divisa, en demeurant surtout un liôpital. C'est l'asile des Petits-Ménages depuis l'année 1801.

L'hospice des Incurables avait pour fondateur le cardinal de Larochefoucauld, en 1634. On y recevait les deux sexes, bien que les infirmités de l'un différent souvent des infirmités de l'autre. N'est-ce pas qu'on eût trouvé cruel de les séparer lout-ii-fait ? L'incurabilité, inexorable clause fondamentalement imposée, condition à remplir avant toute admission, autorisait sans doute une consolation et une distraction prévues, dans ce rapprochement suprême, qui pouvait paraître d'humanité mieux entendue qu'une séparation absolue. Tous les lits de l'htispice de la rue de Sèvres sont absorbés aujourd'hui par les femmes; les hommes sont relégués rue Popincourt, après l'avoir été aux Récollets.

Dans le cours du règne de Louis XV, le marquis de Lassay eut, près des Incurables, une maison entourée d'un jardin, et M. de Gaignières, vis-àvis du même hôpital, un hôtel à fronton. Entre lesdits Incurables et la barrière, en regard de la rue Saint-Placide, se hérissait de croix l'un des cimetières de Saint-Sulpice.

L'Abbaye-aux-Bois, fondée en 1207 dans le diocèse de Noyon, s'établit à Paris sous les auspices de Charlotte de Bavière, veuve du duc d'Oi'léans el mère du régent. Cette abbaye royale, de l'ordre de Cîteaux, avait porté le titre des Dix-Vertus au xvn'' siècle. L'abbesse en était d'ordinaire une grande dame, et dans le dernier siècle elle s'appela de Harlay, Richelieu, Chabrillan, Mézières. Pour chaque demoiselle dont l'éducation était confiée à ce couvent, sa famille payait par année 600 livres. Mais il y avait dès-lors dans

RUE DE SEVRES. 5ill

cette maison religieuse des appartements atfermés h des dames, telles que M""= de Poissy, M"'* de Mérode, M""' de Vintimille, M"'' de Ravignan.

Des veuves et des demoiselles d'un âge rassurant y prennent pareillement leurs invalides, en notre siècle, chez des chanoinesses de Saint- Augustin, congrégation de Notre-Dame, qui tiennent aussi un pensionnat nombreux et une classe gratuite d'externes. M""' Récamier y a passé dans une retraite peu rigoureuse le dernier quartier d'une vie qui lui avait donné l'éclat de la jeunesse, de la beauté et d'un grand train de nmison h l'époque du Directoire. Son parloir était un salon, ouvert de midi à minuit, et le cours des réputations n'y était jamais stationnaire ; les élections académiques n'avaient, pour ainsi dire, plus d'autre foyer. Quelle audace il fallait à un candidat pour ne pas faire à l'Abbaye-aux-Rois la première de ses visites et pour ne pas s'en tenir là s'il avait été reçu froidement ! Jusqu'à sa dernière heure, qui a sonné en 1849, M""' Récamier a prouvé que l'attrait de l'esprit d'une femme et le charme de sa société n'ont pas d'âge.

Les prémontrés réformés, dits du Saint-Sacrement, entraient principalement chez eux par la rue du Cherche-Midi. On reconnaît toutefois leur ancien édifice conventuel dans l'aile droite du n" il de la rue de Sèvres. Ces religieux ne durent pas tout aux libéralités d'Anne d'Autriche ; ils s'agrandirent successivement au moyen d'acquisitions et ils donnèrent en location des maisons qu'ils avaient fait bâtir eux-mêmes sur une rue ou sur l'autre. Mallet, tailleur d'habits, vendit le 2 juillet 1748 auxdits chanoines réguliers de l'ordre des prémontrés et de la maison du Saint-Sacrement, sise rue de Sèvres, un bâtiment et un petit jardin, contigus dans ladite rue à leur couvent, et que

212 RUE DE SEVRES.

la femme de Mnllet tenait de La Violette, marchand de cidre, son père.

La suppression générale des congrégations religieuses atteignit, comme de juste, les hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve; on assure néanmoins qu'au fort de la Révolution nombre de malades étaient soignés encore par ces sœurs, qui n'avaient perdu que l'habit et les revenus de leur maison. Toujours est-il que nous les retrouvons dans la propriété qu'elles ont acquise en l'année 1700 de M"- Jeanne de Sauvaget, dame de Villeneuve. Le père Proust les avait réunies en Bretagne et introduites dans la grande ville ; à sa mort, elles avaient élu pour supérieur le curé de Saint-Sulpice. La métropole de l'institut des sœurs de Saint-Thomasde-Villeneuve a toujours été rue de Sèvres; elles y pansaient tous les jours, à dix heures du matin, les plaies des indigents, et elles y servaient h dîner à ceux qu'elles avaient saignés. OEuvre de charité poursuivie depuis lors avec un zèle toujours nouveau !

Quant aux hôtels donnés pour voisins à cette maison religieuse par un livre d'adresses de 1787, ils portent tous un siècle et des étages de plus, qui ne les défigurent pas trop. En face des Petites- Maisons, une propriété peu importante avait été achetée en 1675 par Leroy, chirurgien du roi et chirurgien-major de ses armées, qui habitait déjà une maison attenante ; une autre à trois corpsde-logis, avec jardin, avec chantier, avait été vendue par Chauveau, avocat, à Christophe André, secrétaire du roi, en 1692. La compagnie de Jésus occupe depuis l'année 1823 l'ancien hôtel de l'Aubespine, qui fait partie du même pâté de maisons.

A l'année 1666 on a fait remonter l'arrivée dans la rue Saint-Maur (i) des dames de Saint-Maur, qui

(l) A présent rue des Missions.

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forment des élèves et des institutrices. C'est, en effet, pour s'agrandir qu'elles ont acquis, de notre temps, l'ue Saint-Maur l'hôtel Jumilliac, et rue de Sèvres, 83, un hôtel de Prunelay, qui a du porter d'autres noms. Gepe:?dant Va'lin de l'Orberie, hls et héritier de Vallin, secrétaire du roi, a vendu, le 22 juin 1747, h M"'' Catherine de Bosredon, pour la fondation faite pai" elle des écoles charitables sous le titre d'Hospice ou Noviciat des jeunes filles qui se destinent à l'instruction des jeunes filles pauvres et au soulagement des malades, la maison à l'enseigne de la Fleur-de-Lys-d'Or, située rue de Sèvres, tenant au sieur Dutron et à ladite demoiselle de Bosredon. Ces dames, au surplus, avaient été établies à Saint-Maur, avant de former la maison dont la rue a recule nom par ricochet.

Au n° 95, ancien hôtel du duc de Lorges, une pension a été remplacée en 1816 par la congrégation des prêtres de la Mission, dits lazaristes, qui avait été supprimée par la Révolution au séminaire de Saint-Firmin, rue Saint-Victor, Une procession h laquelle assistaient dix-sept évoques, tout le clergé de Paris et, pour ainsi dire, du diocèse, les frères des écoles chrétiennes, les sœurs de la Charité et les enfants-trouvés, eut lieu le 29 avril 1830, pour la translation des reliques de saint Vincent-de-Paul dans la chapelle des lazaristes. C'est la plus belle solennité religieuse dont les rues de Paris aient été le théâtre depuis les grandes processions de la châsse de sainte Geneviève.

Sur ce informons-nous de ce qu'est devenu un hôtel de Choiseul, qui a marqué dans la rue de Sèvres, sous Louis XV, et dont un sieur Gobier avait eu les prémices. Le plus grand ministre de ce règne n'a pas attendu le suivant pour se contenter d'une résidence plus modeste que les hôtels dont sa famille et lui disposèrent près du boulevard qui devint bientôt celui des Italiens. La rue de

%U RUE DK SEVRES.

Sèvres, par bonheur, élail sur le cliemin de Versailles. D'après une Iradiiion, le roi lui-même y aurait donné une maison à M'"'" de Giammont, sœur du duc de Ghoiseul. Un voisinage inquiétant n'en donnait pas moins à craindre une disgrâce autrement éclatante que l'exil de Clianteloup. Féron, salpétrier du roi, s'était rendu adjudicataire en 1752 d'une maison déjfi occupée par Laval, autre salpétrier, et sise rue de Sèvres, près de l'hôtel Ghoiseul. A une telle proximité d'un magasin à poudre, tout le monde a peur de sauter, et surtout un premier ministre! Ne nous étonnons plus que les Ghoiseul aient pris en grippe cette habitation, et qu'on ait condamné la porte qui ouvrait sur la rue de Sèvres. Mesure de précaution qui a tourné au protit de la rue Saint-Romain, puisque cette rue y gagne l'immeuble répondant au n"4! Aussi bien quelque Saint-Simon y résida du vivant même de M, de Ghoiseul, puis M'"'- de Kérouanne, ou de Querhoënt, à la lin de l'ancien régime, puis M"'« Adanson, veuve du naturaliste, dans les commencements de la Restauration.

Au milieu de l'avant-dernier siècle il y avait eu entre cette rue Saint-Romain et celle Saint-Maur, mais plus près de la première, une caserne de gardes-françaises.

Le bureau, dit de Sèvres, pour la perception des droits d'entrée, etc., vient, sur la carte de Paris en 1714, un peu avant la rue de la Rarouillère. On lit après cette rue, sur le plan de 1739 : Combat des Animaux. Ce Spectacle donnait les jours où les théâtres ordinaires faisaient relâche, notamment pendant la semaine sainte. Des affiches annonçaient d'avance qu'on verrait des animaux domestiques et sauvages se battre les uns contre les autres ou contre des dogues. Dans l'arène, les jours de grande fête, il était tué non -seulement des taureaux, mais encore des lions, des tigres, des

RUE DE SEVRES. 215

loups OU des ours. Le spectacle tiuissait par le diverlissemeiit du P<?ecam, mettant les chiens aux prises avec un âne, et par un houryari, apothéose canine, quelquefois couronnée par un feu d'artifice. Le cirque de la rue de Sèvres sauta vers 1778 par-dessus tout Paris, pour exploiter, près de l'hôpital Saint-Louis, la barrière qui lui dut d'être celle du Combat.

Les cris des bêtes féroces donnaient d'étranges aubades au prince de Rohan-Guéménée dans sa petite-maison de la barrière de Sèvres. Cet accompagnement ne manquait jamais à ses soupers de filles, où la profusion et la licence rappelaient aussi les mœurs des Romains de la décadence. Les incessantes prodigalités de ce Rohan ne le poussèrent-elles pas jusqu'à la plus scandaleuse des faillites? Plusieurs asiles de ce genre lui étaient ménagés à la fois dans les quartiers excentriques. Réduit à faire si souvent les mêmes folies, il changeait du moins de complices et de lieu de rendez-vous pour s'y tromper lui-même, sous prétexte de dépister l'indiscrétion ! A ce bout de Paris il prenait sans doute ses ébats dans l'hôtel qui fut ensuite au duc de Lorges et que l'intervertissement des numéros fit descendre du 174 au 94 entre les années 1787 et 1813.

L'orphelinat militaire qui eniretenait aux frais du chevalier Paulet 150 enfants, et qui leur donnait un état, avait pour siège un angle de la rue Mayet, à moins que ce ne fût le couvent actuel des Oiseaux. La maison qui a dû un si joli surnom à une volière en vue du boulevard, ou bien à une volée d'oiseaux peints h l'intéiieur d'une salle, appartenait au célèbre sculpteur Pignlle. Elle s'est convertie en ambulance pour i-ecevoir des blessés français et étrangers en 1814 ou 15. Des chanoinesses de la congrégation de Notre-Dame en ont pris possession trois ou quatre ans plus tard. Tout

tl6 RUE DE SEVRES.

le secret de' la réputation du pensionnat à la tête duquel sont ces dames, consiste à inspirer longtemps d'avance à chaque élève un sérieux désir d'y amener sa fille.

Entre le chemin de Sèvres et le chemin de Vaugirard, le clos Galland avait mesuré ses 10 arpens et comporté une maison à deux ouvertures. Cette propriété avait appartenu h Auguste de Galland, membre des conseils d'État et privé, puis à sa veuve, Marie Delorme ; Simon Hénot s'en était rendu adjudicataire en 1657; ensuite étaient venus les Thomas, puis l'avocat Lejeune de Franqueville. On avait tracé, de la rue de Sèvres à celle de Vaugirard, le boulevard du Midi sur l'ancien clos Galland : le boulevard du Mont-Parnasse et celui des Invalides sont deux tronçons du boulevard du Midi.

Portion du même terrain l'ut occupée d'abord par la communauté des Gentilshommes, maison d'éducation pour les tilles de la noblesse pauvre. On y donnait aussi du travail et des vivres aux femmes indigentes de la classe ouvrière. Cette institution fit place, en 1735, h l'établissement hospitalier des filles de l'Ent'ant-Jésus, créé par le curé de Saint-Sulpice el mis sous la conduite des dames de Saint-Thomas-de- Villeneuve. C'était à la fois un asile et un hospice ; on n'y reçoit plus que des enfants malades depuis 1802.'

jyjme Brissonnet, veuve de Letonnellier, membre du grand-conseil, avait doté une communauté naissante de 3 arpens 1/^2 de territoire au lieu dit le jardin Olivet, ce qui pouvait bien avoir été le premier nom du clos Galland. La supérieure de ladite maison céda la place aux bénédictines de Notre-Dame-de-Liesse, antérieurement rue du Vieux-Colombier. Louis XVI, M"'' de Necker et le curé de Saint-Sulpice substituèrent à ce couvent l'hospice des paroisses Saint-Sulpice et du Gros-

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Caillou, desservi par des religieuses. L'une d'elles administrait, au nom de la femme du ministre, qui avait pris les lieux à bail: le roi y payait une rente de 42,000 IVancs, pour 120 lits.

La République lit de cet établissement l'hospice de l'Ouest; mais elle ne retira pas à la première sœur, fenime très-entendue, la confiance qu'elle méritait. Un prêtre constitutionnel venait dire une messe, à laquelle n'assistait plus la religieuse, qui continuait seulement à tenir propres et à remplir ' les burettes de l'autel. Un jour que le citoyen prêtre avait éprouvé un malaise, après avoir vidé le calice destiné à 1a consécration du vin, on le soupçonna un peu vite de n'avoir pas ofticié à jeun; il s'en vengea en accusant la sœur d'avoir voulu l'empoisonner. Le comité du Bonnet- Rouge, section de la ci-devant Croix-Rouge, fit arrêter iniiL édiatement l'hospitalière et saisir les burettes. Le reste du contenu, soumis à l'analyse de Boudet père, pharmacien, fut reconnu de l'absinthe pure. On ne faisait encore usage qu'en médecine de ce qu'on appelait le vin d'absinthe. Boudet déclara hautement que ce breuvage, bien loin d'être un poison, puriliait la masse du sang, tout en dégageant l'estomac; il fit rsinsi la réputation des qualités apéritives de celte liqueur, et la sœur reprit son service.

La rue Masseran, qui débouche vis-à-vis l'hospice des Enfants, est de création moderne et porte le nom d'une famille sarde. Le prince Masseran y est mort dans un hôtel édifié sous l'Empire et que des Roban ont aussi habité. N'y devons-nous pas voir, en mettant d'accord une certitude historique avec les on-ditdu quartier, la maison de campagne du duc do Cellamare, chef d'une conjuration contre le régent? Il est vrai que le 90, rue de Sèvres, n'a fait qu'un par le territoire avec l'hôtel cL la rue Masseran, et qu'une maison ancieniie

RUE DE SEVRES.

y survit à une autre. L'abbé Rollin, maître de pension, n'est certainement venu qu'après l'ambassadeur d'Espagne. Les dames de la Visitation, maintenant rue de Vaugirard, ont occupé l'ancienne pension Rollin, avant les sœurs de la Croix-de- Saint-André.

L'extrémité actuelle de la rue de Sèvres, à partir des boulevards des Invalides et du Mont-Parnasse, se divisait en 1768 de cette manière :

(Eôté gauclje

€ôté îiïoit

M. M. de la Sorbonrie, bienj Giroux, 2 maisons. — Ba-

lural, aflTermé à un maraî cher. — Hôtel de l'Enfant Jésus, appartenant au sieur Lejcune, maître de pension.

— Les bénédictines de Notre-

chelier, avocat, maison et jardin. — Le même, avec un jardinier pour locataire.

— Marais appartenant à un jardinier. — Autre marais à

Dame-de-Licsse. — Ga]le1,|un autre jardinier. — Dutfoj'', bourgeois. — 10 pièces deijardinier. terre, dont plusieurs aux jar-i diniers Dutfoy. '

Place Vendôme, (i)

Circonvolution locale et historique.

Aux deux extrémités de la rue Neave-des-Petits- Cliamps sont la place des Victoires et la place Vendôme, qui n'ont pas que ce trait-d'union. Ne peut-on pas les dire sœurs? L'aînée sur la cadette n'avance que d'un petit nombre d'années et le dessin en émane du même Mansart. De plus, deux figures du grand roi les apparient, à l'origine, et les premiers occupants des hôtels qui s'enguirlandent sur l'une et sur l'autre ont également des noms à comparer.

La place des Conquêtes, autrement dite des Victoires, où se font les publications de paix, comment se trouve-t-elle habitée, dans les dernières années du )ègne qui a donné de cette façon deux pôles à une nouvelle sphère parisienne? Si nous commençons h main droite, en partant de la rue Groix-des-Petits-Champs, le tour de la place des Victoires, le cercle de ses propriétaires va se décrire comme il suit : Crozat, Cormery, le fermier-général Hénault, Prudot, Pomponne, Clérambault, Nivet, Roland, dame Pelet, dame de Mailly, Raquin, dame Normando, Jérémie, dame Pelet, Legras.

L'autre place, pourvu qu'on la passe en revue dans le même sens, de la rue Saint-Honoré à la rue Saint-Honoré, donne pour les trois premiers de ses hôtels le trio que voici : Delpech, Aubert, La Fare. Saluons, avant de passer outre, dans le

(IJ N'ut'ce rcrite (3n isno.

marquis de La Fare un maréchal de France, frère d'un évêque el fils d'un poëte, qui lui-même aurait pu produire d'excellents états de service militaire. Celui-ci a aimé M""' de Caylus et M""' de la Sablière, auxquelles il a adressé la plus grande partie de ses poésies légères, que nous avons toujours vues imprimées avec celles de son ami Chaulieu.

Une place à bàlir sépare encore La Fare d'Hertault, et un autre arc pareillement est vide entre Hertault et Botrrand, contigu h Noce : là iînit le premier hémisphère de la place. Inutile de vous présenter Gei-main Boffrand : nous remettons trop souvent sa signature sur des façades pour que la connaissance ne soit pas faite. M. de Noce est premier gentilhomme de la chambre du régent.

La seconde moitié du cercle commence par un lot en expectative d'édifice. Un des frères Crozat, linanciers, dispose subséquemment de deux hôtels. Est-ce le duc Antoine-Charles de Gramont qui réside à l'hôtel d'après, ou bien le marquis de Grammont, lieutenant-général ? Pas l'un avec l'autre, car ils sont de deux familles différentes: celle d'origine fraiic-comtoise porte au milieu de son nom un m de plus que celle de la Basse-Navarre. Le fermier-général Villemarais, son confrère Luillier et Jules Hardouin-Mansart, avec x, pour un ou deux lots vacants, nous complètent le pourtour de la place octogone. Le même Mansart, deuxième du nom, a donné le modèle des façades, uniformément décorées d'un grand ordre corinthien en pilastres, qui comprend deux étages, et de lui seul est tout son hôtel ; mais il ne faudrait pas lui attribuer jusqu'au dernier gradin de cet amphithéâtre d'appartements qui respirent l'ambition. Boffrand a bâti sa maison eh 1703, et pourquoi serait-ce la seule de sa façon? Deux autres au moins ont pour auteur Bullet.

Le projet de Louvois était d'abord de faire carrée cette superbe place Louis-le-Grand, qu'eussent encadrée les grandes académies, la Bibliotlièque du roi, l'hôtel des Ambassadeurs extraordinaires et la Monnaie. A cette tin avait été acquis un hôtel que la fille du duc de Mercœur avait apporté en mariage à César Monsieur, titre porté de son vivant par le duc de Vendôme, fils légitimé de Henri IV et de Gabrielle. Or la duchesse de Mercœur avait fait ériger ledit hôtel, en 1603, à la place de celui des ducs de Retz. Le couvent des Capucines avait changé de place, afin d'arrondir celle que la démolition de l'hôtel de Vendôme rendait disponible, et les travaux étaient en bonne voie, avant que la mort du ministre Louvois en motivât la suspension. Les prévôt et échevins en reprenaient l'exécution, huit ans après, en conséquence d'une concession royale, mais sur un plan réduit et modifié, qui fermait par des pans coupés les angles du carré primitif, pour le ramener à une forme octogone irrégulière. La statue de Louis XIV avait été inaugurée en grande cérémonie, le 13 août 4699. Il n'y avait à cette date que des façades sans maisons sur la place et toutes ne jouaient pas la pierre avec du bois et de la toile peinte, à la façon des décorations de théâtre ; plus d'une était déjà du haut en bas ce que nous la voyons. Elles avaient l'air de ne se tenir droites, comme un gigantesque paravent, que grâce h des angles formés par leurs châssis incomplètement ouverts. Chacune des maisons de la place peut encore se démolirde fond en comble sans qu'une seule pierre tombe de sa façade, qui forme avec les autres façades une œuvge collective de Mansart, un tout dont il est défendu de défigurer les parties. Les particuliers dont nous venons de faire l'appel n'en avaient pas moins élevé des maisons h leurs frais sur des lots de terrain mis en vente par la Ville.

Dès le principe, on se logeait plus à l'aise place Louis-le-Grand que place des Conquêtes, et l'on y jouait de plus grands personnages. Jetons un coup-d'œil sur la population que d'autres générations y ont amenée dans ses propres carrosses depuis le règne de Louis XIV.

Le marquis de Bourgade, sous le règne suivant, était propriétaire de l'hôtel étrenné par M. Delpech, au coin de la rue Saint-Honoré. M. Le Peletier de Saint-Fargeau, conseiller au parlement, fils d'un contrôleur des finances, a succédé de plus près encore h Aubert, dans ce qui est maintenant l'hôtel du Rhin, avant qu'y demeurât sa fille, devenue princesse de Chimay et nommée en 1758 dame pour accompagner Mesdames. Cette femme d'esprit, qui jouait avec passion, aimait à-peuprès tous les jeux : elle était surnommée à la cour dame de Volupté, après la charmante comtesse de Vérue, et elle ne mettait de moitié dans son jeu M. Daigreville, sous-lieutenant de chevaulégers, que si la veine était favorable, sauf à faire des économies, dans le cas contraire, avec une manière d'abbé, M. de Talleyrand-Périgord, aumônier du roi. Le conventionnel Le Peletier de Saint-Fargeau, neveu de cette princesse de Chimay, vota la mort du roi sans appel et sans sursis, mais fut bientôt assassiné en ville par un ci-devant garde-du-corps. On exposa son corps ensanglanté sur le piédestal même d'où avait disparu la statue de Louis XIV, et le cortège de ses funérailles défila sur la place Vendôme, dite en ce temps-là des Piques.

L'ancien hôtel Lafare, pan coupé sud-est delà place, était habité avaflt la Révolution par la Beauvoisin, qui a ruiné le financier Saint -James. Les héritiers de M'"'' de Reaumont, sous Louis XVI, avaient des droits sur le 14. L'immeuble mitoyen appartenait alors au marquis de la Soiuie ;

il est échu plus tard i\ Deserre, quelque temps directeur du théâtre de la Porte-Saiut-Martin. M. Daiiival, contemporain de La Sonne, possédait le 18, vendu postérieurement par la baronne de Feuchères à la famille Aguado de Las Marismas; il avait pour second voisin M. delà Garde. M. de Curzay, après Boffrand, mais avant le financier Magon de "la Balue, a joui de l'hôtel actuel de l'état-major de la garde-nationale. Tous les matins il y a table ouverte chez le général marquis de Lawoëstine : les officiers de service audit élatmajor et quelques-uns de leurs soldats au choix déjeunent avec le commandant en chef. ■

Cette table-d'hôte citoyenne aurait fait, sous le premier empire, une terrible concurrence au restaurant de la place Vendôme. Billiotle et Berly le tenaient, dans une propriété qui avait dû appartenir aux religieux jacobins de la rue Saint-Honoré, vis-h-vis de la Chancellerie, où le grand-juge résidait alors. Un libraire-éditeur et un marchand de lapis ont été établis depuis au rez-de-chaussée et M'"'' Barenne, marchande de modes, trône encore au premier étage. L'indication commerciale qui la concerne survit à une période de tolérance révolutionnaire ; mais elle n'est pas d'ordonnance, elle contrevient à la règle imposée, pour l'uniformité de la tenue, à tous les côtés de la façade polygone. Aussi bien les jours sont comptés de cette enseigne, qui va disparaître. Ne sembleraitil pas, à première vue, que le même palais règne tout autour de la place? Le gouvernement de l'État ne s'y réserve qu'une partie officielle, tout comme au " Moniteur^ et le premier-venu des millionnaires peut y avoir ses fenêtres aussi bien que le garde-des-sceaux ou le commandant de là P"^ division militaire. Les hauts-barons de la finance ont toujours vu figurer un des leurs, pour le moins, dans ce monde à part, qui fait beaucoup d'aflaires et

qui reçoit aussi bien une mercière retirée qu'un ancien notaire, mais qui tient k distance le commerce en activité. Il est vrai que des gens du peuple trouveraient eux-mêmes aussi difficilement une mansarde à louer place Vendôme qu'aux Tuileries.

Par exception, la foire de Saint-Ovide attira des marchands et le peuple autour de la statue de Louis-le-Grand, quelques années de suite. Le Saint- Père avait envoyé dès 1665 le corps de saint Ovide au couvent des Capucines, où l'exposition de cette relique attirait beaucoup de monde chaque année, le jour de la fête du saint. Des marchands en ayant profité pour encombi'er de leurs étalages les abords de l'église, une ordonnance de police les avait obligés en 1764 h s'établir sur la place même, dans des baraques en planches, et la foire du même coup s'était organisée. Elle commençait le 30 août, et comme elle avait, non contente de ses bateleurs, deux troupes de comédiens forains, son tapage ne finissait pas avant minuit. Odieuse promiscuité pour des hôtels qui ne briguaient aucun genre de popularité ! Aussi transféra-t-on à la place Louis XV le charap-de-foire, sur la plainte des habitants de l'autre place: leur crédit l'emportait sur celui des marchands et des saltimbanques intéressés à ne pas déménager.

Depuis que les capucines avaient quitté l'emplacement qui provenait de fancien hôtel de Retz, et qu'elles tenaient de la duchesse de Mercœur, la façade de leur église faisait suite à la rue Neuve-des-Petits-Champs ; mais elle regardait assez la place Vendôme pour faire partie de sa décoration. Les religieuses avaient pris possession dès l'année 1688 du monastère dont celte église dépendait, et les maçons avaient été moins vile en besogne autour de la place même.

Il y restait encore quelques lots à vendre, sous

la Régence ; le contrôleur-général s'en rendit acquéreur, et l'agiotde la rue Quincampoix changea de quartier-général. Le marché aux hillets prenait ainsi les devants sur le marché forain pour attirer des foules bruyantes à la porte du chancelier, qui s'en formalisa, ainsi que ses voisins, et le lait est que la cupidité mettait aux prises avec le Système encore moins de grands seigneurs que de coquins de bas étage. On obtint que ce nouveau genre de commerce allât jouir de son reste à l'hôtel de Soissons. .La déconfiture s'ensuivit, et le flnancier inventeur, qui avait su donner une valeur incroyable à du papier, n'échappa que par la fuite à des porteurs d'actions en voulant h ses jours. L'hôtel qu'il avait habité sur la place fut vendu par ses créanciers, en 1728, à M. de Boulogne, premier commis des finances, intendant des ordres du roi.

Lancret, Watteau, Boucher enrichirent alors de peintures, qui se sont conservées, les appartements dans lesquels M. Boucher, trésorier-général des linances d'Amérique, succéda à M. de Boulogne, puis M. de Montbreton à M. Boucher. Le dernier de ces propriétaires tenait de part et d'autre h la comtesse de Coigny et à M. Dornay, dont les propriétés respectives avaient été sous le même séquestre que la sienne.

Aussi bien des hommes à citer ont habité l'ancienne maisan Dornay (n" 24) : 1" Joubert, trésorier des États du Languedoc, formateur d'un riche cabinet d'histoire naturelle ; 2" L'Héritier de Brutelle, savant botaniste, enfermé dans sa propre maison sous la Terreur, mais pouvant encore se promener avec deux gardiens sur la place, où l'herbe poussait de toutes parts, ce qui lui a permis d'écrire sa Flore de la place Vendôme ; 3" Ferdinand Berthoud, horloger-mécanicien de la marine et membre de l'Institut, qui est mort en 1807 dans cet hôtel;

4^' le marquis de Méjanes, grand bibliophile et ancien syndic de la noblesse de Provence.

Au logement du président de la Chambre des députés a été alfecté assez longtemps le n" 19, où le maréchal de Broglie avait eu pour prédécesseurs le comte da Cunha, anibassadeur de Portugal, et un Bouillon, comte d'Évreux, colonelgénéral de la cavalerie-légère, gouverneur de l'Ilede-France. Celui-ci, h qui Law donna 800,000 livres du comté d'Évreux, avait épousé la tille d'Antoine Crozat, marquis du Chàtel, qui avait t'ait construire par l'architecte Bullet ledit hôtel, h côté de celui qu'il h?bitait. La comtesse d'Évreux, avant que de se marier, avait accepté la dédicace de la Géographie de l'abbé Le François, laquelle n'a jamais eu d'autre raison pour s'appeler Géographie de Crozai.'Le père de la comtesse cessa de vivre en 1738. Il avait été receveur des finances de Bordeaux, privilégié du commerce de la Louisiane et trésorier de l'ordre du Saint-Esprit.

De toutes les maisons de la place, celle occupée par Crozat du Châtel avait été achevée la première : le peintre Mattéi en avait décoré la galerie en l'année 1703. La célèbre collection de tableaux et dessins qu'un des hls d'Antoine fit graver, lut léguée par lui à son irère, le marquis du Chàtel, en 1740. La comtesse de Béthune, qui était née Crozat, comme la maréchale de Broglie, possédait, quarante ans après, ledit hôtel, dont les Schikler jouissent à notre époque, et qui a gardé un jardin. Du temps de M"'« de Béthune, le Lauzun du XVIIP siècle était locataire de l'aristocratique habitation transformée aujourd'hui en bureaux du Crédit-Mobilier.

Les traitants Villemarais et Luillier et le sous-traitant Poisson de Bourvalais furent saisis dans leurs

biens, en 1717, faute de paiement d'une taxe imposée il leurs malversations en chambre de justice, et deux des hôtels qui leui' appailenaient devinrent par ce retour à l'État le siège de la Chancellerie, préfecture de Paris sous le Directoire et le Consulat, puis résidence du grand-juge. La société d'Agriculture a tenu sa première séance, en l'an VI, "dans cette préfecture de Paris, dont a repris possession la Chancellerie, qui ne faisait pas encore qu'un seul département avec le ministère des cultes.

Saint- Amand, fermier-général, si la justice révolutionnaire lui fut encore plus rigoureuse, a pour consolation posthume de se voir remplacé, dans l'immeuble adjacent, par un des plus beaux hommes et des plus haut placés en ce temps ci, le maréchal Magnan, commandant la I'" division militaire. L'intendance de la liste civile, au moment de la révolution de Février, occupait encore cet ancien hôtel du maréchal d'Estrées, qui avait appartenu au comte d'Évreux et auquel avait travaillé Bullet.

L'état-major de la place de Paris a pour siège une maison en pan coupé que s'est édifiée Mansart II l'an 1703, et où depuis ont séjourné M. Le Bas de Montargis, garde du Trésor royal, M. de la Grange, y demeurant porte à porte avec le comte de Durfort, et le célèbre girondin Vergniaud. L'abandon où était tombée la place des Piques n'empêchait pas cinq ou six députés d'y demeurer.

Le prince Gorsini et les comtes Venturi et Fossombrini avaient à leur tour des croisées sur la place Vendôme quand fut inaugurée, le 15 août 1810, la colonne de la Gi'ande-Armée : le socle mutilé de l'ancienne statue n'avait pas encore disparu quand Napoléon avait conçu le dessein d'élever à la même place le plus triomphal monument du monde. Quoi de plus national

que cet immense trophée ! Puisse ne jamais venir le jour où il en sera refait des canons !

A l'époque où la place Vendôme s'en enrichit, ii y avait n" 1 une maison de jeu autorisée, mais aristocratique à sa manière : le peu de monde qui la fréquentait n'était reçu que sur des cartes d'instroduction distribuées avec discernement.

Ruc.^ l\^euve-des-ï*o<î<s-Cliauiii>» ei lVeiive-tl©S"Cai)uci«ies. (i)

Inventaire de ce qui y date d'un siècle et demi.

Un des personnages de la comédie du Menteur dit:

L'univers entier ne peut rien voir d'égal

Aux superbes dehors du Palais-Cardinal : Toute une rille entièrp, avec pompe làtie, Semble d'un vieux fossé par miracle sortie.

De pareils vers se gardent bien de passer par la bouche du héros de la comédie, puisque ce personnage doit mentir. Rien de plus naturel que de se prendre alors d'admiration pour la merveille du jour, le Palais-Cardinal, et Corneille peut en faire l'éloge avec d'autant plus d'impartialité que le premier ministre ne l'a pris en cette œuvre aucunement pour collaborateur. La mesure des voies de communication qui servent de cadre à ce tableau de maître a été prise sur trois carrosses : n'est-ce donc pas assez de marge ? Les rues trop grandes rapetissent les monuments ; d'ailleurs, les piétons contemporains de Corneille tiennent encore à éviter les places sans arcades, les rues trop larges, les quais et les boulevards, chaque fois qu'ils y ont ii craindre le soleil, la gelée, le vent, la pluie, la poussière ou l'ennui. Les maisons où l'espace manque donnent presque toujours par-derrière sur la cour ou le jardin

(1) Notice écrite en ISGO.

d'un palais, d'un hôtel, d'un collège, d'un couvent, et la somme d'air y gagne d'être plus considérable que s'il était pris par-devant. Ainsi raisonnent les premiers habitants de la rue Neuvedes-Petits-Champs, ouverte en 1634, et sa dénomination est encore justillée en 1652 par des cultures qui restent çli et là de la bordure originaire. Le plan de 1714 n'y désigne lui-môme que trois hôtels nominativement ; nous allons lâcher de mieux l'aire, en remontant à la même date, sans perdre le présent numérotage de vue.

N" 1 : demeure de M. de Beaumont ; 2 : M. Fondre, receveur-général des finances ; 6 : M. de Colbert, archevêque de Rouen, y succédant à Colbert, le ministre, pour lequel a été refait par Levau cet ancien hôtel Bautru-Serran. Avant peu s'y établiront les écuries du duc d'Orléans, puis le bureau des Domaines du roi, puis les caisses de la Dette publique et la galerie Colbert, comme celle Vivienne, sans compter un magasin de nouveautés h. l'enseigne du Grand-Colbert. Tout le monde sait que le grand homme de cette famille est le ministre. Son neveu, sur les ordres de qui a paru le Catéchisme de Montpellier, quand il était évêque de cette ville, et dont la cour de Rome a condamné les écrits jansénistes, serait-il néanmoins devenu archevêque ?

Leur devancier Bautru, ce bel-esprit que ses bons mois ont mené ù l'Académie, en a fait, comme ambassadeur, à Bruxelles, à Madrid, h Londres. Mazarin, en le patronnant, suivait l'exemple de Richelieu.

Ensuite, sur la droite, le palais Mazarin, que M. le duc Mazarin a hérité du cardinal, et l'exhôîel ïubeuf, appartenant à M. de Varennes, au premier coin de la rue Riclielieu. Jacques Tubeuf, président à la cour des comptes, qui a pris femme dans la famille Talon, a joué son hôtel

au piquet avec le cardinal, et l'esprit de courtisanerie lui a fait perdre volontairement la partie. Mazai'in, sur les dépendances de cet hôtel, a élevé son palais, et le président, resté l'un de ses favoris, était encore chez lui presque toujours dans sa dernière maladie. Après le cardinal, la moitié de son palais est échue au duc de la Meilleraie, qui doit h son mariage avec l'une des nièces du défunt d'être aussi duc de Mazarin.

Cet hôtel Mazarin sera acquis au nom du roi, en 1719, pour la compagnie des Indes, dont le Trésor occupera plus tard la place. La Bourse, dès 17:24, s'intallera dans la même enceinte, mais avec une entrée particulière rue Vivienne, en vertu d'un arrêt du conseil d'Etat du 24 septembre, et ce sera la première introduction légale entre quatre murs d'un marché qu'une ordonnance de Philippe-le-Bel ;ivait exposé, pour les opérations de change, à toutes les intempéries du pont au Change. Cette première Bourse fermera le 27 juin 1793. L'autre moitié du palais que le ministre du temps de la Fronde a laissée à son autre neveu, Mancini-Mazarin, duc de Nevers, s'est dite hôtel de JXevers ; la hanque de Law y aura ses bureaux avant que la bibliothèque du Roi en prenne possession, pour englober ensuite l'ancien Trésor et l'ancienne Bourse, avec l'ancien hôtel Tubeuf.

Des maisons plus modestes font vis-îi-vis ; la plupart ont vue par-derrière, ainsi que la maison Beaumont, sur le jardin du Palais Royal. L'enseigne de l'une d'elles trahit la buvette en ces termes: i^ la Bonne-Vendange.

Sophie Arnould habitera la plus belle de ces maisons, avant que la réduction du jardin les mette h cheval sur deux rues, et la spirituelle actrice y tirera de ses fenêtres, du côté des arbres et des Heurs, un feu d'artifice pour fêter la naissance du duc de Valois, prince d'Orléans, frère de Louis-

Philippe. Mais elle n'y sera pas propriétaire, comme le seront alors en plus d'un lieu M"''' Laguerre et Guimard. De son temps, toutes les maisons de la rue Neuve-des-Petils-Cliamps bordant aussi le jardin appartiendront h:

M. de Brainville, ancien secrélnire du roi, propriétaire de Taccienne maison Beaumont; JI. Leblanc; M. Tourtot, ancien receveur-général des finances; M. Teillagory, maître en fait d'armes ; M"'« veuve SaJiard; M. Collignon ; Mme veuve Dubois; le marquis de Taiaru; M. Lesprit, libraire; M. Jardin, architecte ; M. de Laroche, notaire ; Boite], pâtissier, presque à l'angle de la rue Richelieu.

L'un des susdits noms, celui de Teillagory, appartiendra à un maître d'armes partageant avec Donadieu l'honneur de l'emporter sur tous les autres en réputation et faisant partie, comme lui, de l'académie d'Armes. Or Louis XIV a accordé pour armoiries à cette compagnie de 20 maîtres eii fait d'armes : le champ d'azur à deux épées mises en sautoir, les pointes hautes; les pommeaux, poignées et croisées d'or, accompagnés de 4 lleurs-de-lys, avec timbre au-dessus de l'écusson et trophées d'armes autour. Les membres de ladite académie acquièrent, par 20 années d'exercice de leur art, la noblesse pour eux et leurs descendants.

Les Chabanais de Saint-Pouange, branche de Colbert, sont propriétaires avant la Régence du 20, lequel dépend alors d'un grand hôtel sur lequel s'ouvrira en son temps la rue Chabanais.

M'"" Lulli dispose des n°-' 45 et 47, où une boutique brandit déjà l'image de l'Epée-de-Bois et que son mari lui a laissés en 1687. Lorsque le grand musicien avait commandé à Gittard le plan de la première de ces maisons, décorée de pilasti'es d'ordre composite, il était déjà devenu riche, et une charge de secrétaire à la Chancellerie l'avait, de plus, fait gentilhomme. Les trois hls de M. de

Lulli cultivaient le même art que lui, mais en élèves respectueux, qui restaient bien loin de leur maitre. Il avait épousé la lille de Lambert, musicien éclipse par son gendre, mais qui avait eu son temps de vogue : la 3'"'' satire de Boileau parle de lui et ses œuvres ont été recueillies. Cette pauvre M"'° Lulli, dès que la santé de son mari s'était détériorée, en avait accusé bien plus les plaisirs de la table que l'excès du travail, et elle en avait ' lait reproche à tous ceux qui les partageaient, sans exemption pour le bon La Fontaine, que Lulli avait tant prié de lui écrire des livrets d'opéra et qui s'était enqumaudé par affection pour le compositeur. Au chevalier de Lorraine, son autre ami, dont les soupers allaient beaucoup plus loin, la ménagère s'en était prise avec plus de raison ; par malheur, il était trop tard, et Lulli, quoique très-malade, s'était relevé sur son séant, en convive reconnaissant, devant M. de Lorraine, n'en pouvant mais. — C'est chez vous, lui avait-il dit, (|ue je me suis grisé la dernière fois ; eh bien 1 si j'en réchappe, je vous donnerai la préférence le

premier jour que cela m'arrivera La semaine

suivante on avait gwavé sur un mausolée, dans l'église des Petits-Pères, l'épitaphe composée par Santeuil pour le musicien.

En regard de M""" Lulli, 3L Thévenin. Puis hôtel de Pontchartrain, ex-Lionne,- qui deviendra hôtel des Ambassadeurs extraordinaires. Contrôlegénéral, ministère des Finances et par contrecoup administration de la Loterie. Le comte Phélypeaux de Pontchartrain est chancelier, et M. de Lionne n'a pas eu moins que le portefeuille des affairesétrangères : leur maison, dès le.principe, est donc ministérielle. L'aliénation par l'État en sera faite dans l'année 1826, en même temps que d'un ancien hôtel Lambert, ex-3Lazarin, plus anciennement Lenglée et Sérouges, se rapprochant de la rue

2;n RUES NEUVE-DES-PETITS-CHAMPS

Gaillon, avec une sortie sur cette rue ; en même temps aussi que d'une autre maison ancienne au milieu de ladite rue Gaillon. La Loterie d'alors tient ses bureaux h l'hôtel Lambert, près de l'hôtel du ministre qui a sous ses ordres l'administration de la banque du hasard. Cette communauté de mise en vente n'avait-elle pas pour aînée une communauté d'origine ?

A M. Cesbron de Bonnegarde, 51, 53, 55. Enseigne de la Côte-Rôtie au n" 59, et celle des Trois-Entonnoirs au premier coin de la rue Saint- Roch, presque en face de l'hôtel Sérouges. Sur la ligne de nos nombres pairs : M. de l'Espine, 3I""> Routard, M. de Mazières.

Le n" 83, qui' n'est pas encore l'hôtel de Coigny, appartient tout bonnement au sieur Girard, ami du peintre Rigault, et le Van-Dick français a pris luimême un appartement de l'antre côté, un peu plus bas. La ville de Perpignan, en vertu d'un droit qui n'est reconnu à aucune autre ville, a depuis peu conféré la noblesse à Rigault, pour l'avoir vu naître, et puis le roi l'a fait chevalier de Saint- Michel.

En vue, ou peu s'en faut, de ce maréchal de Coigny, que célébreront les vers de Gentil-Rernard, son secrétaire, une dame résidera qui aurait pu donner h ce poète des conseils, lorsqu'il écrivait YArt d'aimer: La marquise de Rellegarde fera bien des jaloux au marquis de Chabanais, en soupant avec lui presque tous les soirs; mais la gourmande s'arrangera de manière à les en consoler l'un après l'autre. Son hôtel de la rue Neuvedes-Petits-Champs sera habité sous Napoléon III par deux célèbres avocats, M« Rerryer, M" Marie, engagés comme hommes politiques dans deux partis tout dilTérents, mais revenant parfois bras-dessus bras-dessous au rez-de-chaussée de l'un ou au premier de l'autre, après l'audience du Palais ou

la séance du Corps-Législatif. Berryer cL Mr.rie ne sei'oiil-ils pas jusqu'à la liu une paire de vieux amis?

La rue Neuve-dcs-Pctits-Cliamps, lors de louverture de la place Veudômc, prend le nom de i-ue des Capucines à partir de la rue Louis-le- Grand. D'autres hôtels surgissent en ce temps-là du côté des chilîres impairs. Que s'ils gardent encore poui- nous l'incognito, redescendons afin de lever leur masque au commencement du règne de Louis XVI : n'y sont-ils pas dits Kerderen, Bréda, Périnet, 3Iontpezat, Dumas, Saint-Pré, Hocquart de Cueilly et Chabannes? A l'opposite, les numéros pairs sont alors à M""' d'Etienne, qui succède à M. de Coste (deux particules nobiliaires assez drôles!), à M""^ de Monlmagny et à la famille Tubeuf, qui s'est fixée depuis un siècle au n'' 82.

Le couvent des Capucines avait eu pour premières bienfaitrices Louise de Lorraine, veuve de Henri III, et Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur, sa belle-sœur; il s'était d'abord établi dans ce qu'on regardait comir.e le faubourg Saint-Honoré, vis-à-vis ^Ics Capucins de la rue Saint-Honoré et tout près de l'hôtel Mercœur, ensuite Vendôme. La construction de la place Vendôme ayant nécessité le déplacement du monastère leminin, quatre-vingts ans après sa fondation, les religieuses étaient passées en 1688 à l'extrémité de la rue Neuve-des-Petits- Cliamps. Leur nouvelle église était riche; Louvois, le maréchal de Créqui et M""" de Pompadour ont eu leurs mausolées dans ses chapelles. Ces capucines, au nombre de 40, observaient sévèrement la règle de leur institut; elles marchaient piedsnus. Leur couvent, sous la Bépublique, a servi d'hôtel des Monnaies pour la fabrication de cinquante milliards d'assignats. Puis le physicien Robertson a conveiti l'église en un petit spectacle, où la fantasmagorie jouait le rôle capital, et le

jardin, devenu pour les jeux de toute espèce une Ibire permanente, a fini par avoir son cirque, tenu par Franconi, son tliéàtre des Jeunes-Comédiens et son panorama. Presque tout fut enlevé, au milieu d'un nuage de poussière, par le tracé de la belle rue de la Paix, dite Napoléon jusqu'en 1814, qui vit appliquer h l'administration du Timbre d'anciens bâtiments conventuels, encore intacts sous Louis-Philippe.

La rue Neuve-des-Capucines, percée au commencement du xvni« siècle, ne commence plus qii'h la rue de la Paix. Une patrouille d'hôtels a pris son temps pour s'y former entre le couvent et le rempart; mais si le guet, en la croisant, avait osé demfiuder : Qui vive? elle aurait assurément craint de s'encanailler au point de répondre : Amis. — Faquins ! aurait-elle plutôt dit, passez au large!

L'hôtel de Cotte, quoique élevé en l'année 1713 pour l'architecte de ce nom, n'avait lui-même envie de se commettre en aucune sorte. Tavenot en en avait dessiné deux ultérieurement, qui voulaient aussi tenir leur rang: celui-ci pour M. Castanier, directeur de la compagnie des Indes, celui-là pour le fermier-général Desvieux. Fils d'un avocat au conseil du roi, Desvieux l'avait été lui-même avant que d'enti-er dans les fermes ! Maintenu en 1726 par M. Le Peletier des Forts dans la place lucrative qu'il occupait depuis cinq années, il dut Il un caractère susceptible l'originalité de mourir de chagrin avec plus de trois millions de bien, (rois jours après une scène que lui avait faite l'intendant des finances Fagon, fils du médecin en vogue, pour avoir nommé ii un emploi vacant un candidat de son propre choix, au lieu du candidat recommandé par son supérieur. Ce Vatel de la finance était le père d'un président aux requêtes du parlement de Paris ; l'une de ses

filles avait pour épouse M. Joly de Fleuri, avocatgénéral près la même cour,

M. de Laborde, autre matador de la rue Ncuvedes-Capucines, n'était-il pas un favori et le premier valet-de-chambre de Louis XV? Il cultiva, d'ailleurs, les lettres et les beaux-arts, mit isn musique plusieurs pièces de théâtre et lit imprimer avec luxe plusieurs ouvrages de sa façon. Entin le premier occupant de la principale maison de la rue était le ministre d'État Bertin, qui y avait formé un cabinet d'histoire naturelle et de chinoiseries.

M. de Meulan, receveur-général de la généralité de Paris, occupait au milieu du même siècle la maison de Cotte, et il y eut pour successeur M. Legendre d'Armini. Rappelons à la même, comme un titre de gloire, qu'elle a logé le général Bonaparte, après le 13 vendémiaire. Également y a résidé le ministre du Trésor sous le premier empire, puis le duc de Montmorency, ancien député aux États-Généraux, minisire sous la Restauration, et puis M. Rethmont, qui a été ministre de la seconde république.

Les bureaux du Crédit-Foncier remplissent deux immeubles, dont l'un, ancien hôtel Mazade et Villequier-d'Aumont, avait probablement commencé par être Castanier, et dont l'autre, acquis de M. le baron de Septeuil, aurait appartenu à Desvieux. Ce grand établissement, dont les tuiances courent moins d'aventures que tant d'autres, se rend, qui plus est, acquéreur d'un d'es liôtels Crozat, qui a été d'Estrées, pour avoir sur la place Vendôme ses grandes entrées. La voiUi donc plus alfairée que jamais cette maison du chevalier Crozat, dit le pauvre par égard pour son frère, mais qui n'en laissa pas moins le grands biens à son neveu, le marquis Crozat du Chàtel ! Le père du riche et du pauvre était le Crozat qu'on avait vu venir en sabots ; le comte d'Evreux, un

Bouillon, avait assez perdu au jeu pour épouser la lillc de ce parvenu, et comme elle n'était âgée que de douze ans, ses deux millions de dot se mangèrent pendant qu'elle apprenait encore à lire et à chanter. La mère de la comtesse d'Evreux de celte fabrication avait reçu de telles visites, h l'occasion du mariage, qu'elle n'osa même pas les rendre, dans la crainte d'ajouter aux sacrifices d'amourpropre qu'avait déjji dû coûter la première épreuve aux personnes que sa modestie dispensait de la seconde.

A noire compte, Laborde aurait été prédécesseur, dans une maison disparue, de M. Lenoir, lieutenantgénéral de police, qui organisa le Mont-de-Piété et qui abolit la torture. M. Thiroux de Crosne, qui succéda h Lenoir dans' ses fonctions et dans sa résidence, avait révisé, en qualité de maîtredes-requêtes, l'arrêt rendu à Toulouse contre Calas. Sa mère, la présidente Thiroux d'Arconville, avait écrit des ouvrages historiques. Il fut une des victimes de la Révolution, après avoir donné son nom h une rue du quartier, maintenant fondue dans la rue Caumartiu. L'hôtel de la Lieutenance de police devint en 1789 celui de la Mairie de Paris. Bailly et Pélhion l'occupèrent l'un après l'autre, pour hnir aussi mal que le dernier chef de la police royale. La maison fut ensuite livrée au ministère des affaires étrangères, pour ses archives, et M. i^lignet, l'historien, y demeura, comme directeur desdites archives, sous le règne de Louis-Philippe.

Ce ministère lui-même siégeait à l'angle de la rue Neuve-des-Capucines et du boulevard, substitué il l'ancien rempart, que longeait le jardin du ministre. Berthier, prince de Wagram, maréchal de l'Empire, avait eu le même hôtel, originairement Berlin. A la porte même du ministère une fusillade militaire, liabilement provoquée par un

coup de pistolet républicain, a commencé la révolution du 24 Février.

La duchesse d'Orléans, comtemporaine de M. de Meulan, avait eu ses écuries aux ir' o, 7 et 9.

liiie ]^eiivc«8aiiii"Aii§^ii!!«tiii.

L'Ancien Panorama. — Giroclet. —z Les Hôtelleries. — Le Marchand de Vin et le Plombier. — V Architecte Gabriel. — La Place Gaillon. — Les Censives. — Les Hôtels d'Anti^i^ de Larges^ de Pons, d'Uxelles^ Robert, Desmarets, de Grammont, d.'i Grancey, Ménars, de Moiiy, de Lionne, de Tresmcs, de Pomponne et de Bragelonne.

Le premier cirque Franconi s'iristalla, au commeuceirient de noire siècle, clans le jardin, devenu public, des ci-devant religieuses capucines, et ce jardin prenait de notre rue Neuve-Saint- Augustin nonseulement son extrémité {\ partir de la rue de la Paix, mais encore un espace équivalent à la moitié de celui-là, sans solution de continuité. De la ^même foire ont fait partie uii petit théâtre et des jeux de toutes sortes, voire même un panorama, qui a pu succéder au cirque. Avant que lesdites religieuses eussent quitté la rue Saint- Honoré pour s'établir entre la place Vendôme et le rempart, leur jardin était occupé par un immense marché aux chevaux. Or la rue Neuve- Saint-Augustin aboutit depuis 1806 au boulevard des Capucines, et un panorama, qu'il soit ou non la transformation de l'ancien Franconi, a fait place en 1830 aux deux maisons qui portent dans la rue les n'"^ 58 et 60.

(1) Notice écrite en 18<J0. Depuis lors la rue Monsigny s'est prolongée au-delà de la rue Neuve-Saint-Augustin, que doit aussi traverser une avenue nouvelle, qui n'y (ionne encore que d'un seul coté, à l'cndroil où la croise déjà la rue Louis-le-Grand.

Le peintre Girodet s'est fait bâtir, n" 60, une jolie maison, de laquelle nous avons parlé dans notre Histoire de l'ancienne Sainte-Barhe et du Collège Rollin, parce que ce grand peintre avait fait ses humanités à Sainte-Barbe. C'est par originalité que l'aitisle se contenta d'ébaucher l'intérieur de son habitation : sa chambre n'eut jamais de papier. Girodet y rendit son dernier soupir le 9 décembre 18:24. David, dont il était l'élève, avait dit de lui : — C'est mon plus bel ouvrage !

Aussitôt que la démolition d'une maison de l'autre siècle eut permis h. la rue Neuve-Saint- Augustin de s'étendre jusqu'au boulevard, de nouveaux hôtels garnis servirent d'attaches, pour ainsi dire, au nouvel appendice. Bientôt le groupe s'en trouva principalement composé de l'hôtel Chatham, qui depuis n'a qu'il peine changé de place, et des' hôtels de l'Amirauté, Rasiadt et de l'Empire. Néanmoins en 1807 un autre hôtel dit de l'Empire était, dans la rue Cérutti, l'ancienne résidence de Laborde, où Laffitte s'installa plus tard. Paris n'avait alors que quatre hôtelleries princières, et celle-là en était une, où descendissent les voyageurs que suivait un train de maison, un incessant besoin de représentation ; chacune d'elles s'était arrangée d'une demeure aristocratique, abandonnée dans la Révolution. L'hôtel Beauvau, Faubourg-Saint-Honoré, s'appelait ainsi du Princede-Galles ; l'hôtel Pinon portait le nom de la rue Grange-Batelière, parce qu'il y était situé ; mais l'hôtel Richelieu, rue Neuve-Saint-Augustin, n'avait eu recours à aucun pseudonyme pour mettre jusqu'à la cliambre à coucher du maréchal, neveu du cardinal, au service de plus d'un croquant qui chez lui-même n'aurait été reçu que pour y dîner à l'oiïice.

Sur la porte d'un marchand de vin, au coin de la rue Louis-le-Grand, on lit ces mots ; Maison

Ravaut fondée en 1640. Alors elle a connu l'époque où la partie septentrionale de la rue Gaillon, dite de Lorges, passait par-lîi, au lieu de la rue Neuve-Saint-Augustin, qui n'allait pas encore si loin, et de la rue Louis-Ie-Grand, qui avait encore à la croiser. Quel malheur que de l'hôtel Richelieu, anciennement d'Antin, pas une seule piei're n'ait été équarrie avant l'année n07 ! L'immeuble dont le rez-de-chaussée est e.Kploité par le comptoir d'étain qui se llatle d'avoir désaltéré des partisans du duc de Beauibrt ou du coadjuteur, paraît à coup sûr moins ancien que le IG de la rue Louis-le-Grand, un des restes de cet hôtel. Par exemple, le marchand de vin tient, du côté de notre rue, ii l'établissement d'un plombier dont la l'umée s'en va par un tuyau presque aussi haut que la colonne Vendôme, et ce plombier serait fondé à mettre ^ur le devant rabougri de sa bicoque : Ancienne basse-cour de Vhùtei Richelieu. Les écuries étaient au 45, mais à l'époque du duc d'Antin, La basse-cour taisait l'ace h un quartier d'infanterie alors qu'elle fournissait aux laits- de-poule du maréchal, qui leur devait sans doute en quelque chose d'être le plus infatigable des galants.

En 1824 cette propriété fut encore mise en vente sous son titre suranné d'hôtel ; le jardin carré qui en dépendait alors projetait des feuilles mortes par -dessus un mur de la rue du Port- Mahon, qui avait été dite de Lorges et Chamillard. Cette rue s'était ouverte avant celle de Hanovre : les estampilles de l'une et de l'autre nous rappellent deux victoires du duc de Richelieu, dont nous revoyons le pavillon de Hanovre à l'angle de la rue Louis-le-Grand et du boulevard. L'hôtel s'était sans doute étendu, dans le principe, jusqu'à la porte Gaillon, N'est-ce pas encore un de ses bâtiments qui relie le carrefour de ce nom à la

RUE NEUVE-SArXT-AUGUSTIN\ 2J3

rue Neuvc-SaiiU-Âugusliii ? La caisse hypothécaire avait là ses hureaux quand Olinde Rodrigue et Enfantin, qui appartenaient à cette administration, en firent, à l'entresol, le berceau du saintsimonisme.

Le tinancier Lacour des Chiens avait demandé h Pierre Levée le plan de l'hôtel vendu en sa sixième année au duc d'Anlin. Ce duc, dans sa prévenance de courtisan, avait rasé en une nuit, à Fontainebleau, tout un pan de forêt, qui gênait la vue de Louis XIV ; à Paris, les Champs-Elysées lui devaient, au contraire, assez d'ombrages pour qu'une avenue y lut ii sa dédicace. iNe ht-il pas encore mieux rayonner autour de sa demeure son nom ducal, qui est resté à une rue et que le boulevard limitrophe, en prenant la suite du Cours, portait d'abord? Tout un quartier n'a-t-il pas eu pour souche, par-delà ce boulevard, une cliaussée d'Ântin ? Le passage de Michel de Chamillard dans la même résidence laissa bien moins de traces. Piichelieu n'en prit possession qu'en IToT, pour y procéder tout de suite à de nombreux embellissements.

Aussi bien deux balcons jumeaux feraient rugir les grosses têtes de lion qui les soutiennent, si nous passions devant les n"» 47 et 49 sans leur en faire nos compliments. L'architecte Gabriel prénommé Jacques-Ange s'est donné cette résidence, où le peintre du même nom demeurait aussi sous Louis XV. Comme celte famille a fourni plusieurs architectes de suite, désignons mieux encore celui dont nous parlons en rappelant deux de ses ouvrages : la double colonnade de la place Louis XV et l'École-Militaire»

Chamillard, contrôleur-général des finances, a disposé également, dans la rue, d'un hôtel édifié par Mansart pour Froment, fermier-général. Guy de Durfort-Duras, comte de Lorges et de Quintin,

maréchal de France, en avait été le second propriétaire et y avait annexé une place triangulaire, sur laquelle s'était élevée la porte Gaillon, et dont l'adjudication avait été prononcée à son profit, le 10 juin 1G88, par le bureau de la Ville. Donc ce comte ne pouvait pas être le Durfort-Duras duc de Lorges qui a commandé en Guienne quand le maréchal de Richelieu n'était pas à son poste de gouverneur de cette province. S. A. S. la princesse douairière de Bourbon-Conti, qui s'est accommodée de cette maison à la ville, était veuve de Louis-Armand de Bourbon, prince de Conti, qui avait épousé en elle M"'^ de Blois, Marie-Anne,, lillc légitimée de Louis XIV et de M"e de Lavallière. Aussi l'hôtel étaitil Lavallière en l'année 1739. Le duc de Lavallière, héritier de la princesse, y a vendu en 1767 h Christian IV, duc régnant de Deux-Ponts, prince palatin du Rhin, duc de Bavière.

La formation de la rue de la Michodière reprit ensuite h l'hôtel de Deux-Ponts plus que le terrain de l'ancienne porte de ville n'y avait ajouté, et toutefois ne le détruisit pas entièrement. Les communs, la cuisine, l'ofiice et le garde-manger ont dû sauter; mais d'autres bâtiments ont probablement résisté tant du côté de la nouvelle rue, où la basse-cour avait chanté le point du jour, que sur la i'ue Neuve-Saint-Augustin, dont l'alignement était dépassé par la cour^ d'entrée, précédant une plus grande cour. D'après un état qui tenait compte de l'ouverture de la rue delà Michodière, le carrelbur Gaillon a mis absolument en regard du duc de Richelieu le marquis de Pons, comme lui proiM'iélaire d'un hôtel avec jardin au coin de la rue Neuve-Saint-Augustin.

Dans l'origine, un marais suburbain, près de la porte Gaillon, appartenait h. l'abbé de Saint- Victor et à ses religieux. Cette abbaye avait, en outre,

dans sa censive quelques-unes des maisons de la rue, bien que le plus grand nombre d'icelles relevassent de rArchevêclié, quelques-unes du fief Popin, d'autres de la Grange-Batelière et l'hôtel de Lorges de la Ville. La rue Xeuve-Saint-Augustiu avait même été Saint-Victor, d'après un registre censuel de 4663; elle laisait alors suite à une rue Saint-Augustin qui régnait le long d'un mur du couvent des Petits-Pères, augusliiis réformés. On ne l'a .dite de Lorges que près de l'hôtel de ce nom.

Le partisan Cotte-Blanche avait fait bâtir une maison qui n'attendit pas notre, siècle pour former deux propriétés, le n" 22 et le n" 24 de la rue Neuve-Saint-Augustin. Le comte d'Estrées et de Cœuvres, grand d'Espagne, maréchal et vice-amiral de France, qui contribua puissamment à assurer la couronne d'Espagne au petit-llls de Louis XIV, et le cardinal d'Estrées. qui fut de l'Académie- Française, celui-ci usufruitier, celui-là nu-propriétaire, vendirent les deux maisons indivises, en 4707, à Charles de Ferriol, ambassadeur de France à la Porte ottomane. Deux domestiques de ce diplomate ont donné le jour au fermiergénéral Bouret de Vézelay.

Le 24 fut gardé plus longtemps que l'autre par la famille de l'ambassadeur. Néanmoins Reiiouard de la Touanne, trésorier de l'extraordinaire, qui mourut vers la fin du règne de Louis XV, avait eu le temps d'y réunir uu cabinet de curiosités. Vint ensuite le marquis de Pons. Mais pour qiie sa propriété fît retour sur la place Gaillon, ne fallait-il pas qu'elle eût empiété sur riiôlel de Deux-Ponts? Quel que lut l'agrandissement, un nouveau morcellement permettait avant peu de bâtir ou de rebâtir à l'angle du carrefour.

Le 22 fut la maison mortuaire du maréchal d'Uxelles, qui avait fait partie des sociétés de

246 RUE NEUVE-SAINT-ArjGUSTI>J.

M"'« (le Lafayette oL de M"^'^ de Sévigaé, et dont les biens avaient passé, faute d'enfants, dans la maison de Beringhen. Uxelles, ayant eu toute sa vie de l'éloignement pour le mariage, s'en était excusé par cette déclaration : — Je n'ai jamais rencontré un homme tel que je voulusse être son père.... Toutefois le fermier-général Lallemantde Belz, seigneur de Nanteau, achetait, le 23 juin 1730, ce n" 24, qui tenait par-derrière au mur du rempart ; ses vendeurs étaient MM, Augustin de Ferriol, président honoraire au parlement de Metz, x\ntoine Ferriol, comte de Pont-le-Veyle, lecteur du roi, poète et auteur de comédies, ami de M'"'' du Detlant, et Charles-Augustin Ferriol, comte d'Argental, frère cadet de Pont-de-Veyle, ardent admirateur et correspondant de Voltaire, auteur présumé du roman Le Comte de Comminges, qui parut sous le nom de sa tante, la fameuse M""' de Tencin. Au fermier-général succéda rue Ncuve-saint-Augustin M'"" de Marsan, et le même immeuble eut, dans ce siècle, pour locataires à citer, M"*-' Mars, l'architecte Visconti.

Charmant séjour que le n° 20, sans qu'on s'en doute par-devant ! Un fabricant de tleurs artificielles y jouit d'une moitié de jardin, élevé en terrasse sur l'ancien mur de la ville et sur des écuries; une séparation à claire-voie en laisse voir l'autre moitié, qui dépend d'un corps-de-logis donnant sur la rue de Hanovre. Possible que M'Je Guimard ait profité de cette double issue, un passage en sous-sol paraissant des mieux faits pour parer aux indiscrétions qu'auraient commises, même en été, les éclaircies des ombrages du jardin ! Toujours est-il que Robert Douilly, receveurgénéral des finances ii Poitiers, avait joui de cet hôtel ; que messire Louis Robert, président à la cour des comptes, y avait fait peindre, dès 1679, trois plafonds par Jean Jouvenet, et que Desmarais,

grand-fauconnier de France, gendre du président Robert, y fut mitoyen avec les Ferriol, La comtesse de Clioiseul-Beaupré a disposé plus tard du même hôtel et des deux encoignures de la rue de Choiseul.

Un hôtel d'Arles, marqué sur le plan de Paris en 1714, était-il autre que celui dont nous venons de parler? Le n" 3 de la rue de Choiseul n'en a-t-il pas lui-même fait partie, d'après le plan de 1739, bien que celte rue ne fût pas encore tracée ? De toute façon le 3 Choiseul a été aux Grammont, qui ont principalement donné leur nom à l'ancien hôtel du partisan Monerot, formant saillie sur notre rue b. l'endroit où s'y est ouvert postérieurement celle de Grammont. Les familles Choiseul et Grammont avaient contracté, d'ailleurs, une alliance que deux rues jumelles nous rappellent. Auxdits Grammont appartenaient aussi le 8 et le 6 de la rue Neuve-Saint-Augustin. Le 4 n'élait-il pas la demeure de M. de Grancey, avant que le président Ménars y disposât de nombreux rayons pour la bibliothèque de Thou? Comme le jardin de Thévenin, que Sauvai a décrit, cette maison a fait partie sûrement de l'hôtel Ménars, qui avait plusieurs portes rue Richelieu.

De l'autre côté, avant la mort de Louis XIV, Frémont d'Auteuil avait une maison ; reconnaissons-la dans le fond des n"* ^29 et 31. L'hôtel de Mouy n'était pas autre à l'époque où le marquis de Mouy, mari d'une Crozat, avait pour vis-ii-vis M'"" de Marsan et le marquis de Pons.

Le ministère des finances, entre les rues Neuvedes-Petits- Champs et Neuve-Saint-Augustin, avait été l'hôtel du Contrôle-général, des Ambassadeurs extraordinaires, de Pontcharlrain et de Lionne. La division des Eaux-et-Forêts y avait encore ses bureaux, rue Neuve-Saint-Augustin et rue Marsollier, quand le théâtre Ventadour se bâtissait

248 RUE NEUVE-SAINT-AUGU.STIN.

sur l'ancien jardin du ministre, vers le milieu du règne de Louis-Philippe.

De l'hôtel de Lionne avait pu sortir, en totalité ou en partie, celui de Boisfranc, ensuite de ïresmes, que le duc de Tresmes affermait, sous la Régence, au comédien Poisson, avec une permission de jeu, moyennant 10,000 livres par mois. Une grande salle y retentissait du bruit de castagnettes fêlées que produisaient incessamment les dés en sautillant dans les- cornets, et c'était comme l'antichambre de l'appartement où recevaient le pharaon et le lansquenet; les salons du trictrac et de la toccadille venaient au-deUi, puis une pièce où quantité de tables se dressaient pour le jeu d'à l'ombre. Là résida bientôt le duc de Gesvres, gouverneur de Paris. Nous croyons que cet hôtel de Gesvres a légué le gros-œuvre de sa porte et le fronton qui la surmontait au passage Choiseul ; nous ne doutons même pas qu'il ne reste plus encore de cet hôtel au-dessus du passage, près de ladite entrée, dans un ou deux immeubles de la rue Monsigny, par-là parallèle au passage.

A la veuve du marquis de Louvois, lequel avait perdu la vie au moment même où le pouvoir lui échappait, le n» 43 appartenait en 1692, avec deux maisons contiguës: l'hôtel Louvois de la rue Richelieu n'avait-il pas eu là comme une aile ? Ah ! que de grands noms défilent en celte parade ! Le 5 est lui-même, à n'en pas douter, un hôtel de l'ancien régime, qu'on a refait en diminuant de moitié l'élévation de ses étages. Enfin le 1, dans le cours de l'autre siècle, a eu pour habitante la marquibC de Villarceaux. Nous savons, d'ailleurs, qu'en l'an de grâce 1754 l'hôtel sur cette ligne le plus voisin de la rue Richelieu était au marquis de Pomponne, descendant d'Arnauld d'Andilly, et un autre, entre celui-là et celui de Tresmes, à M. de Bragelonne.

RUE NEUVE-SAINT-àUGUSTIN. 2-19

0 rue d'agents de change et d'avoués, de dentistes et de layetiers, de modistes et de couturières, qui te croirait dans le passé aussi ministérielle et aussi patricienne, aussi puissante et d'aussi bonne maison? Je t'aimais, et pardessus toutes, avant de soupçonner ton aristocratie native. Ne se cache-t-elle pas au fond d'écuries transformées en boutiques tant surlarueque sur la cour, ou derrière des croisées bariolées d'écriteaux et dans des escaliers où chaque porte a sa plaque indicative, avec un bouton qui tourne en sonnant? Faut-il que je m'y sois trompé, moi qui croyais si bien connaître la rue! Ma famille l'habitait déjà quand je faisais mes classes et ne l'a pas encore quittée.

Rue Viviciiiic. (i)

Comme quoi elle ne. doit rien que nous sachions à sainte Vivienne, vierge martyrisée à Rome sous Julien-V Apostat et honorée par V Église le 2 Décembre.

« Avant la Révolution, dit Prud'homme en 1809 {Miroir de Paris, tome V), pas une boutique rue Vivienne; à présent elles affluent et brillent par l'élégance. » Le commerce, depuis lors, n'a fait que croître et embellir dans cette avenue des galeries du Palais-Royal, auxquelles nuit la rivalité du boulevard sans que la rue Vivienne s'en ressente. Il y aura tantôt un siècle que les écussons de ses hôtels se doublent d'enseignes.

La Tynna dit, de son côté, dans son dictionnaire de nos rues, que le passage du Perron fait partie de la rue Vivienne depuis 1806. Mais aujourd'hui les numéros commencent au deh^i de la rue Neuvedes-Petits-Champs, et nous doutons qu'ils soient jamais partis de la rue Beaujolais, qui borde la galerie Beaujolais.

Nos n°' 2 et 4 ont fait partie de l'hôtel Colbert, substitué rue Neuve-des-Petits-Champs à celui de Bautru, comte de Saint-Serran, l'un des membres originaires de l'Académie. Le ministre y avait en vue l'ancien hôtel de Mazarin, dont il avait été l'intendant et qui, à l'article de la mort, l'avait recommandé h Louis XIV. Colbert, tout en mettant de l'ordre dans les hnances, remplissait mieux au

(1) Notice ccrile en 1860.

service de l'État que des fonctions d'intendant : il donnait autant d'impulsion et d'encouragements aux lettres qu'aux sciences, aux arts qu'il l'industrie. Le duc de la Meilleraie-Mazarin, neveu par alliance du cardinal, avait hérité de la portion de son palais qui bordait les rues Neuve-des-Petits-Champs et Vivienne; cela devenait ensuite l'hôtel de la compagnie des Indes, et peu d'années après on y réserva à la Bourse une galerie, qui la retint jusqu'en 93 et que remplace présentement un parterre, séparé de la rue Vivienne par une grille. Colbert, archevêque de Rouen, avait succédé, de son côté, au ministre, son oncle, dans l'hôtel d'en face, oui fut celui des écuries du duc d'Oiléans avant de passer à l'administration des Domaines du roi. La dette publique y avait ses bureaux quand Tannée 182G le vit mettre en vente, ainsi que l'hôtel du Trésor, anciennement de la compagnie des Indes, leurs deux services se réunissant au nouveau ministère des finances.

Dès 1666 Colbert avait acheté des héritiers de Bautru deux maisons, voisines de la sienne, pour y transférer la Bibliothèque du roi, qui lui devait d'être tout-à-fait publique et trop de richesses littéraires pour s'en tenir au local qu'elle encombrait rue de la Harpe, derrière Saint-Côme. 11 y avait adjoint le cabinet des Antiques, formé au Louvre par nos rois. Sans compter que l'une au moins des académies donf. il était le fondateur, celle des Sciences, tenait ses assemblées dans une autre chapelle du même temple, consacré à la religion universelle de l'esprit. Les acquisitions d'imprimés et de manuscrits faites à l'étranger par ordre de Louvois, continuateur de l'œuvre, avaient rendu à son tour insuilisante la double maison, n"5 8 et 10, dont l'archevêque de Rouen était aussi le détenteur, et le grand dépôt de livres changeait encore de place sous la Régence. L'hôtel de Nevers,

(lui le recevait rue Richelieu, était la portion du palais Mazaria dans laquelle Law avait établi les bureaux de &a banque, mais qu'il avait achetée secrètement des tonds de l'État, en vue d'y fixer définitivement la Bibliothèque. Celle-ci n'a ramené que plus tard à l'unité les bâtiments dont s'était composée la résidence du cardinal, pour s'y mettre encore plus à l'aise.

L'une des deux maisons que la Bibliothèque avait laissées vacantes, du côté droit de notre rue, était habitée sous Louis XV par M. Bourgevin de Saint-Morris, conseiller au parlement, dont la collection de dessins était estimée, et le trésorier des États de Bretagne y avait aussi ses bureaux. Dans l'autre fonctionnait la Caisse d'escompte, rétablie par arrêt du conseil en 1776 et dont les billets circulaient, comme ceux de notre Banque de France, bien que le cours n'en fût pas plus forcé.

Le grand Colbert n'ayant pas dédaigné de faire pour son propre compte des spéculations sur les terrains dans le quartier, îi ses dépens s'était élevé ce que vous voyez entre la grille de la Bibliothèque et la rue de l'Arcade-Colbert (i). Ne dirait-on pas, qui plus est, que toute la rue Vi vienne fît partie de sa succession ? De l'immeuble dans lequel s'exploite de longue date l'hôtel des Étrangers h la rue de l'Arcade l'archevêque Colbert encore a été propriétaire, comme si son oncle n'avait pas eu des fils, qui ont eux-mêmes pris part aux affaires. L'ainé de ceux-ci, Colbert, marquis de Seignelay, qui a été ministre de la marine et h qui Despréaux a adressé l'une de ses épîtres, a disposé, nous ne l'ignorons pas, de l'autre angle de la rue de l'Arcade ; mais il n'a pas survécu plus de sept ans l\ son père.

[l) Aujouid'Jiui rue Culberl.

Au commencement du xvnr siècle, M'"" Desmousseaux avait le n" 12, que M. de Bonneval, brigadier des armées du roi, hérita de son oncle en 17oo ; la sojur de celui-ci, femme du marquis Talaru de Chalmazel, la'ssa la même propriété à son fils, M. de Talaru, qui vendit à M. de Baulny, receveur des domaines. La maison, en 1800, n'était-elle pas le théâtre d'un crime ? Le domestique du banquier Conlentin, locataire du premier étage, coupa son maître par morceaux et puis le mit dans un panier. M. de Baulny, deux ans après, vendait l'immeuble à M. Durand père.

Le n" 14, qui donnait h M""" Desmousseaux pour voisin M. de la Noue, avait appartenu à la famille Vivien. Or Vivien, notaire et secrétaire du roi, seigneur de Saint-Marc-sous-Dammartin et du fief de la Grange-Batelière, qui vivait sous Louis XII, eut pour fils Pierre Vivien, procureur-général en la cour des aides, qui épousa Claude Leprévost. Cette dame perdit son mari en lo9l2 et vécut sept années de plus. Leur fils, René Vivien, conseiller du roi et général des monnaies, mourut au mois d'avril de l'année 1630. Pierre était dans la force de l'âge au milieu du \\n° siècle ; alors venait au monde la rue Vivien, sa filleule ou sa fille, dont le sexe ne fut reconnu par une désinence féminine qu'après de longues hésitations. Cette rue se prolongeait déjà jusqu'à la rue Feydeau quand les filles Saint-Thomas la raccourcirent, pour agrandir leur domaine conventuel.

M. de Jonquières, secrétaire du roi, demeurait vers 1710 au n" 15, plus tard hôtel Boston. En ce temps-là les autres propriétaires des numéros impairs jusqu'à la rue des Filles-Saint-Thomas étaient: Anjorrand, Boucher, le duc d'Estrées et

M"** Barrois. Le duc d'Estrées n'habitait pas les lieux.

En revanche, on nous montre chez un marchand de tapis, n" 16, au rez-de-chaussée, une pièce où a travaillé le marquis de Torcy, autre neveu, de Colbert. Cet ambassadeur qui fut ministre d'État et président de l'académie des Sciences, épousa la tille du marquis de Pomponne et mourut en 1746 h un âge avancé ; il fut remplacé rue Vivienne par le maréchal de Bezons. L'hôtel de Torcy avait été bâti, sur le tracé de Pierre Le Muet, pour Jacques Tubeuf, surintendant des bâtiments de la reine Anne d'Autriche.

Contigu est un bel hôtel qu'occupa Desmarets, encore un neveu, de Colbert ! Il n'était encore que conseiller d'État, il devint contrôleur-général des finances. Sa place fut prise rue Vivienne par le fermier-général Melchior de Blair, puis par son fils, conseiller au parlement qui chargea Boffrand de rétablir l'édifice, puis par l'abbé Boismont, prédicateur du roi, mais h titre desimpie locataire.

Ce dernier n'avait pas encore pour collègue à l'Académie-francaise l'abbé de Voisenon lorsqu'un quiproquo se produisit, dû aux rapports phoniques de leurs deux noms. Certain doyen de Valenciennes, auquel Boismont devait servir une pension sur un bénéfice, mais qui n'en recevait pas un sou, iinit par venir à Paris, pour réclamer ses arrérages, et se rendit tout droit rue de Vaugirard, où il croyait trouver son débiteur; mais celui-ci avait changé d'adresse et un nouveau portier ne savait môme plus où renvoyer une visite aussi retardataire. Un officieux qui passait indiqua par méprise le domicile de Voisenon, qui était alors îi Belleville. Un petit voyage de plus fut donc fait par le créancier qui, par malheur, se présenta en l'absence du maître du logis et ne

put annoncer que par un billet l'objet de sa démarche. Voici quelle fut la réponse:

« Je suis fâché que vous ne m'ayez pas trouvé, Monsieur; vous auriez vu la différence qu'il y a entre monsieur l'abbé de Boisraont et moi. Il est jeune, et je suis vieux; il est fort et robuste, et je suis faible et valétudinaire ; il a une grosse et riche abbaye, et j'en ai une très-mince : il s'est trouvé de l'Académie sans savoir pourquoi, et l'on me demande pourquoi je n'en suis pas : il vous doit une pension enfin, et je n'ai que le désir d'être votre débiteur.

Je suis, etc.

Vois EN ON.

Sur un sermon prononcé par l'abbé de Boismont dans une assemblée de charité, la quête produisit 150,000 livres pour la fondation d'un hospice militaire et ecclésiastique à Montrouge. Ses oraisons funèbres étaient pourtant loin d'effacer celles de Fléchier. Du reste, il aimait beaucoup le monde, faisait des vers, jouait même la comédie. En 1786 M. de Boismont, comme il sentait sa fin approcher, reçut le visite de l'abbé 3Iaury qui, plusieurs fois, dans la conversation, ramena le malade sur des circonstances de sa vie, dont il demandait le détail. Un pareil interrogatoire, bien qu'il le subît de bonne grâce, arracha au patient cette exclamation : — Voilh un candidat qui prend mesure d'un discours de récipiendaire!

Le 20, dans l'origine, a du faire corps avec le 22. Le premier a pourtant appartenu isolément à Debrieux, maître- d'hôtel chez le grand roi. Le second a été l'habitation du marquis de Lionne, puis de Lempereur, échevin, qui y réunissait une galerie de tableaux, et il est depuis longtemps dans la famille de M. le baron d'Ancourt.

Au coin de la place de la Bourse, M. Onslow, le musicien, est maintenant propriétaire d'un

hôtel qui coûta 100,000 écus à Brioult d'Ailly, receveur-général des finances à Poitiers, avant qu'y résidât Louis Phélypeaux de Pontcliartrain, que sa nomination de cliancelier en tira au mois de septembre 1699. Le marquis de l'Hospital, qui occupa le même hôtel après M. de Pontchartrain, pouvait être le mathématicien de ce nom, auteur de ÏAnalyse des infiniments petits, qui s'enferma quatre mois avec Jean Bernouilli pour étudier le calcul différentiel, que Leibnitz venait d'inventer. Si ce n'est lui-même, c'était son fils. Vint ensuite le savant Bignon, bibliothécaire du roi, dont le grand-père avait rempli les mêmes fonctions, après celles d'avocat-général au parlement de Paris. Quand fut démoli le couvent des filles Saint- Thomas, dont la porte faisait vis-à-vis depuis cinquante ans à notre rue, celle-ci pour la seconde fois se continua jusqu'à h rue Feydeau. Elle poussa jusqu'au boulevard Montmartre en fannée 1829: M. Achille Pêne, propriétaire du terrain, s'était chargé, moyennant un million, d'opérer ce dernier prolongement. Un corps de bâtiment de l'ancien hôtel de Montmorency était resté debout au milieu des constructions neuves ; le duc d'Orléans, fils du roi, en fit son cercle particulier: il y recevait principalement des officiers. Un café, depuis la mort du prince, profite d'un grand salon qui a été sculpté et doré pour les Montmorency.

Rue Villedo. (i^

Les journaux qui insèrent, avant qu'elles aient paru dans la première édition de nos Anciennes Maisons de Paris sous Napoléon III, quelquesunes des notices dont se compose cette publication historique, tiennent toujours à choisir les bonnes rues. Ainsi les mauvaises portent, pour commencer, la peine des immoralités publiques; mais elles finissent par trouver grâce devant un public indulgent, qui nous saurait Ibrt peu gré d'une pruderie habile à passer sous silence tout ce qui n'est pas édifiant. De compagnie vont le bien et le mal, à travers une grande ville. La rue Villedo, elle principalement, s'est perdue de réputation à voisiner avec les galeries de Bois, d'où tous les soirs les robes les plus courtes et les plus décolletées lui revenaient, suivies de près par des bottes, ou bien par des souliers à boucles.

L'entretien d'un pareil commerce d'amitié ne laisse guère le temps de regarder les étoiles qu'en plein midi ; car elles ne luisent, la nuit, dans aucun ciel de lit. A ce point de vue n'était pas déplacé, en la rue Villedo, un Spectacle uranographique des phénomènes de tunivers, qui réprésentait, ad cornmencement de l'Empire, la nature dans ses merveilles : cette description des corps célestes avait pour auteur Charles Roy. La plupart des maisons voisines eussent compromis une demi-vertu, et rarement la plus honnête fille poussait la naïveté et l'innocence jusqu'à ne pas éviter cette rue par un détour, au risque d'allonger

(1) Notice écrite en 1864.

son chemin. On y prenait le passant au collet, tout en le complimentant sur sa bonne mine, aussitôt que le réverbère s'allumait à chaque extrémité de la rue, et deux laitières y commençaient à peine, le lendemain, à remplir des tasses de faïence, que déjà les croisées s'entr'ouvraient pour faire: — Pstt!... Une lois exilées des galeries du Palais-Royal, les bergères d'Amathonte tinrent bon, faute de mieux, dans les rues d'alentour ; M. Prudhomme, en garde national, dit encore à plus d'une, après 1830: — Permettez-moi de vous appeler Cypris... Courtoisie dont ne se plaignaient pas, rue Villedo, deux chefs de parties en renom : la Legrand, alors n*^' 10, et la Delille, que remplace au n" 4 une nouvelle femme Legrand.

A ce dernier numéro près, unus multorum, la rue Villedo s'est rangée, après un demi-siècle d'égarements, lesquels n'avaient plus pour excuse le besoin d'essuyer les plâtres.

Oh y rencontrait sous Louis XVI, à main droite, la manufacture de plomb laminé de Laurent et le bureau de Dufresne, agent-de-change; îi main gauche, l'hôtel d'Agoult. Le vicomte d'Agoult était sous-lieutenant aux gardes-du-corps, puis mestre-de-camp, et son frère, évêque de Pamiers. Dans la suite, l'officier devint lieutenant-général et gouverneur du château de Saint-Cloud. Les Crussol avaient eu leur hôtel à l'un des angles de la rue Richelieu ; mais je crois que c'était sous la Régence.

Toute une famille qui a marqué dans les fastes de la chorégraphie demeurait au n" 3, en 1771 : elle se composait de Gardel père, ancien maîtredes-ballets à la cour de Stanislas, qui ne dédaignait pas de figurer tout simplement à l'Opéra; de Gardel aîné, danseur et maître-des-ballets au même théâtre ; de Gardel cadet, doublure de son frère et figurant dans les chœurs de la danse, et de M"^ Gardel, danseuse. Les représentations de l'Opéra

avaient eu lieu pendant six ans dans la salle des Machines aux Tuileries, pendant la reconstruction de la salle incendiée en 1763 entre le Palais- Royal et la cour des Fontaines. Gardel jeune, bien que déjà attaché au corps de ballet, prenait encore des leçons de violon et de lalin : il avait 14 ans à peine. Homme de bonne compagnie par son éducation, il n'en grandit que mieux dans cet olympe de la chorégraphie mytholo,i;ique, dont il devait écrire les derniers livrets et mimer le chant du cygne. Son frère mourut, et il lui succéda, comme chef d'emploi, comme compositeur, comme pi'emier maître ii l'école de la danse: il habitait alors la rue Saint-Roch. Vers le même temps. M"'- Houbert, dite Miller, passait premier sujet. Un jour, on alla jusqu'à dire de cette remplaçante de W^" Guimard : « Elle est à la danse ce que la Vénus de Médicis est à la sculpture. » Gardel pouvait-il donc mieux faire que d'épouser M"*' Miller, en 1795 ? Les amis de leur maison étaient une société choisie. Peu de temps après les Cent-Jours, M. et M"'« Gardel se retirèrent tout-à-fait du théâtre ; mais, depuis vingt années, Gardel dansait rarement, il se contentait de faire danser. Chef d'école débordé par des idées nouvelles, qui partout reniaient l'art classique, il n'en survécut pas moins un quart de siècle à son enseignement, et quelque huit ans à sa femme.

Guillaume et François Villedo, généraux des bâtiments du roi et des ponts-et-chaussées de France, avaient acquis sur la butte des Moulins, le 24 décembre 1667, des maisons et une grande place. François, l'un des deux, avait assisté personnellement Louis XIV, le 17 octobre 1655, dans la pose de la première pierre de la colonnade du Louvre, en sa qualité de maître-ès-œuvres de maçonnerie. N'était-ce pas une raison de plus pour donner son nom à un chemin, tracé dès

1639, sur un versant de la butte des Moulins ? Toutefois on en fait honneur h Michel Villedo, en regard du millésime 1655, Cet autre général des œuvres et bâtiments du roi succédait comme tel à Michel Villedo, son père, maître-maçon d'abord, qui avait demeuré rue du Vert-Bois. Un des Michel de cette famille, mari de Marguerite Hanicle, se qualifiait secrétaire du roi, en 1683, dans l'acte par lequel il abandonnait à Jean Hanicle, architecte royal, un terrain entre les rues de Poitou et du Pont-aux-Choux, dont le quart lui avait été donné par le roi et le reste vendu par deux valets-de-chambre du chancelier Boucherat. Nous savons aussi qu'un Villedo eut pour gendre Michel Delavigne, docteur-régent de la faculté de Médecine de Paris, dont l'hôtel était rue Saint-Antoine, derrière l'église Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers.

Le génie de la race était Michel Villedo, premier du nom. Il avait proposé de former un canal entre le bastion de l'Arsenal et la porte de la Conférence, qui eût été un canal de ceinture, mais non pas un canal de l'Ourcq, et la signature de deux traités avait préludé i\ l'exécution probable du projet, le 29 janvier 1636, le 3 octobre 1637, sous les auspices du père Joseph, confesseur du cardinal de Bichelieu et capucin, qui devait plutôt y pressentir des commodités que des avantages pour les religieuses qu'il avait établies au couvent des Filles du-Calvaire. Mais tout en était resté là, par l'elîet de la résistance opiniâtre de Claude de Bullion, le surintendant des finances, qui en voulait au père Joseph, Sans l'opposition quand même de ce ministre, un Villedo méritait, aussi bien que Riquet, à qui le canal du Languedoc était dû, que la postérité lui érigeât une statue !

Iitipaj^se fin Coq. (i)

Un décret impérial du 31 janvier iSoi, en déclarant d'utilité publique la suppression de la rue du Coq-Saint-Jean, a permis d'élever une maison qui la ferme complètement du côté de la rue de Rivoli ; toutefois, ii l'angle de celle de la Verrerie, l'écriteau municipal la donne encore pour une rue, en 1864.

Le mathématicien Clairaut y demeurait au xvnr siècle, près la rue de la Tixéranderie. Ce membre de l'académie des Sciences- avait composé ses Eléments de Géométrie pour M""^ du Chàtelet, qui le suivait jusque dans ses recherches sur les comètes, sur la lune. Son ancienne habitation doit se retrouver au fond du cul-de-sac, où survit l'ordre numérique de la rue décapitée ; par conséquent, c'est au n" 8, ou bien c'est au \\° 3, qui s"honore traditionnellement d'avoir abrité Mazarin.

Il n'y avait dans cette rue, tout ii la lin du règne de Louis XIV, que 8 maisons, et il en reste 6 ; mais l'une d'elles porte le chiffre 14, et un petit escalier à balustres y remonte certainement au règne d'un Valois. Il est vrai qu'on portait au compte de la rue de la Verrerie une maison d'encoignure, appartenant aux héritiers de Forcadel, conseiller aux aides, bien qu'elle eut sur la rue du Coq une petite porte.

Jean Sala, bourgeois de Paris, habitait une grande maison contiguë, qui lui avait été vendue par la famille Dujardinetqui aboutissait par-derrière

(1) Notice écrite en 18<J-i.

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