NAGUERE DE LA PEPINIERE
nelle, 1/2 arpent. — Louis Claud, 1/3, — MM. de la Monnoye, l/l. — Minoret, locataire, 1. — Fredon, 1/2. — Mme Duchesne, 1/2. — Nicolas Fromentin, 1/2. — Les hoirs Fromentin, 1/2. — Fuselier, 1. — Dupré, ou les héritiers Janson, 1/2. — Le Maire, 1 arpent, 66 perches. — La veuve Leroy, 1. — M™* Duchesne, 1/2. — Fuselier, 1. — Gayenne, 1/2. — Gabriel François, 1/2. — A. Brûlé, 1.— J. Offroy, 1/2, avec la barrière de la Petite-Pologne pour encoignure.
Rue Vauvilliers,
NAGUÈRE
du Four-^aint-IIonoré, rue du Four*
Naiiit-Gerinain
et rue du Four-8aint«Jaeques. {i)
Entre les Rues Saint-Honoré et Coquillière. — Entre la Place Sainte- Marguerite et le Carrefour de la Croix-Rouge. — Entre les Rues des Sept- Voies et d'Ecosse.
La rue du Four-Saint-Honoré rappelle un four épiscopal, qui s'y adossait à l'hôtel du grandpanetier de France. En effet, il y eut jadis dans tous les iiefs des fours banaux, prélevant un droit seigneurial pour la cuisson obligatoire du pain ; Philippe-Auguste porta le premier coup à cette boulangerie féodale, en supprimant pour les habitants de Paris l'obligation d'apporter leur farine toute pétrie dans lesdits fours, qui constituaient un revenu au seigneur, soit ecclésiastique, soit laïque, et depuis lors les boulangers obtenaient, à des
(l) Notice écrite en 1861 sous ce titre: Les rues du Four. C'est depuis peu que la rue du Four-Saint-Honoré a pris le nom de l'helléniste Vauvilliers, ' président de la Commune en 1789, qui sauva Paris de la famine. La rue du Four-Saint- Germain, de son côté, s'est élargie et a prêté ses flancs à l'él-argissement du carrefour de la Croix-Rouge et de la rue du Sabot, au prolongement de la rue de Rennes et de la rue de Madame, à la formation de la place Gozlin.
conditions plus lucratives pour le roi, la permission de cuire dans leurs propres maisons. Un autre four, qui exploitait les Halles en vertu d'un privilège accordé par Louis VU, et qui fut l'objet d'une donation aux religieux deSaint-Martiii-des- Champs, sous le règne de Louis VIII, successeur de Philippe-Auguste, était chef-lieu d'un tief de la Râpée et se donna ensuite en location, près le marché aux Poirées et la rue de la Cordonnerie.
Louis XIV fit fermer 28 fours d'un tout autre genre, dans lesquels diverses compagnies de racoleurs et d'entrepreneurs de colonisation lointaine enfermaient les nouvelles recrues destinées à l'émigration ou au service militaire, lorsque ces enrôlés cherchaient à se soustraire aux conséquences d'un engagement signé dans un accès de chagrin ou d'ivresse.
Il n'y avait en ce temps-lh de marquant rue du Foui'-Saint-Honoré que l'hôtel de la Chesnaye, qui devenait ou devint une hôtellerie.
Sous Louis XVI, le bureau de la corporation des Faïenciers, Vitriers et Potiers de terre était dans ladite rue du Four, et vers le n" 37 de notre temps. Entre cette maison et la rue de Vannes, tout a été bâti en même temps que la Halle au-Blé. Du 4 était propriétaire, ainsi que du 12 ou du 14, M. Héricartde Thury, dont la famille appartenait à la robe; il avait donné le jour, en 1776, à l'enfant appelé à devenir un ingénieur et un agronome distingué.
Porte h porte avec le restaurant à l'enseigne du Pied-de-Mouton, même rue, un hôtel de Cherbourg reçoit des voyageurs, en vue des Halles. Napoléon, n'étant encore que lieutenant d'artillerie, a occupé la chambre n" 9, au 3'"" étage de cette hôtellerie, dans laquelle on ne descend ordinairement ([ue si l'on vient à Paris pour aflTaires. Il avait
inscrit son nom, sur le livre présenté aux voyageurs, avec cette orthographe : NapoUone Buonaparte. N'était-ce pas plus italien que français? Aussi bien le grand homme en herbe n'écrivait pas encore dans notre langue selon les règles établies par les maîtres en l'art de bien dire et par l'usage : plus d'une faute d'orthographe aurait pu, par exemple, se relever dans une lettre écrite de sa main, à l'hôtel de Cherbourg, le 9 novembre 1787, et adressée à l'intendant de la Corse.
Dans la rue du Four-Saint-Germain, à l'angle de la rue Neuve-Guillemin (4), avait été le four banal de l'abbé de Saint-Germain-des-Prés. Le commencement du xvn*^ siècle y vit florir l'hôtel de Roussillon, en la possession de Louis, bâtard de Bourbon, comte de Roussillon, petit pays en Dauphiné ; ce n'était qu'un démembrement d'un ancien séjour de Navarre, inauguré au siècle xni, puis remplacé dans tout le reste par la foire Saint- Germain. En 1620, nouveau morcellement. Tous les historiographes de dire, depuis lors, que rien aosolument ne survit de ces deux manoirs de même souche. Néanmoins l'hôtel de la Guette pourrait être légitimé, en quelque sorte, comme enfant naturel reconnu de l'hôtel dans lequel le comte de Roussillon était déjà venu après la princesse Jeanne 1'% qui avait apporté la Navarre à la France en épousant Philippe-le-Bel.
Un seigneur de la Guette s'établit, en effet, à la place qu'avait occupée la princesse, et c'est encore en pleni Saint-Germain-des-Près, avant qu'en un quartier de Paris se convertisse la ville de ce nom, et l'hôtel de la Guette n'est vendu qu'en 1754 par le marquis de Brulart, seigneur de Beaubourg, à Boudet, maître-maçon, qui l'arrange à son gré.
{}) De cette rue Neuve-Guillemin la rue de Rennes u a rien laissé debout.
De là date ce que nous voyons dans la rue au n" 15. Boudet a acheté, en même temps que la maison, non-seulement un passage contigu, qui conduit au préau de la foire Saint-Germain, et qui sert de troisième entrée à ce marché, mais encore une échoppe, adossée au gros mur de l'hôtel et donnant en foire. Le marquis a vendu précédemment une autre maison h Doré et deux au menuisier Chardin, qui tient le coin de la rue Princesse.
Mais nous voici trop près nous-même de la foire Saint-Germain pour n'y pas faire un tour. Le culde-jatte Scarron, qui a été le poète de cette kermesse parisienne, dont une exposition annuelle est le prétexte, ne s'y rendait-il pas en chaise, de plus loin?
Sangle au dos, baston à la main. Portes-chaise que l'on s'ajuste, C'esi pour la foire Saint-Germain, Prenez «arde à marcher bien juste.
Dame! il n'y a que deux foires à Paris, une pour finir l'hiver, une pour finir l'été. Celle de Saint-Germain commence le lendemain de la Chandeleur et ne dure que quinze jours pour les marchands forains ; heureusement elle se continue jusqu'à la veille du dimanche de la Passion, en vertu d'une permission, que le roi ne refuse jamais aux autres intéressés et qui rapporte une gratification à ses valets-de-pied. On vend un peu de tout dans les galeries : bijoux, mercerie, drap, tabletterie, faïences, lingerie et jusqu'à des livres nouveaux, jusqu'à des tableaux d'anciens maîtres ! Lieu de franchise pour les ouvriers insoumis aux jurandes, l'enceinte n'attire pas que. des chalands; elle est aussi lieu de fête, surtout le soir. Le spectacle se donne toujours dans deux loges, quand ce n'est pas dans quatre, et l'opéra-comique, ce genre national, y débute. La Foire sert aussi de
berceau aux théâtres de l'Ambigu, de la Gaîté, des Variétés, bien que les montreurs d'animaux, les gymnastes, les escamoteurs n'y aient jamais manqué de public.
Mais on ne danse pas que sur la corde, dans cette saison de plaisirs pris en commun qui relie le carnaval au carême. Chacun peut danser avec sa chacune, quand les ménétriers sont h leur poste. Pour les cabarets, ils foisonnent, et déjà sous Louis XIII celui que la Du Ryer tenait à Saint-Cloud avait une succursale à la foire Saint-Germain. Il faut même être un garçon sage pour n'y donner dans aucun genre de débauche. En revanche, tous les matins, on dit la messe dans une chapelle, depuis le jour de l'ouverture jusqu'à celui de la clôture. Donc on ne fait pas que se damner en Foire, on y fait aussi son salut.
Quel grand seigneur dédaigne de s'y populariser ! Quel pauvre diable ne s'y invite pas, faute de mieux, au plaisir de frôler une foule qui, en général, est bien mise; au fumet aussi d'une cuisine que les cabarets font de bric et de broc, et qui lui semble meilleure que s'il y goûtait autrement; aux parades enfin des bateleurs, qui ont cela de commun avec l'amour qu'ils donnent toujours gratis ce qu'ils ont de mieux! Les plus petits ménages ne lont-ils ])as d'avance la part de ces jours de gala annuels, dans une tirelire? Est-il une bourgeoise, pourvu qu'elle ait renouvelé à cette occasion sa toilette, qui ne se montre plus souriante, plus alerte, plus curieuse, plus affriandée, plus printannière, par conséquent plus jeune, à la foire Saint-Germain (ju'au logis? Mais il suffit, hélas 1 d'une rencontre, quelquefois souhaitée, plus souvent imprévue, pour que cette transfuge du foyer domestique prête l'oreille tout de suite à des conseils, donnés aussi l)ar le printemps!
Ah ! si d'autres dangers ne menaçaient pas, vous n'auriez encore que faire des conseils donnés, pour vous en prémunir, par le sieur C. N. Nemectz, dans le Séjour de Paris, volume paru en 1727. Homme de précaution, il recommande et qu'on se tienne en garde contre les nombreux voleurs qui exploitent les poches, dans cette cohue de badauds, et qu'on évite d'entrer dans les cafés des petites allées latérales de la Foire, qui franchement sont de mauvais lieux. Malgré cela, le moralisateur ne demande pas l'impossible, il sait son monde et ne se pique pas d'un rigorisme hors de saison. Voici quelle est sa conclusion :
« Si on se peut dispenser de courir beaucoup avec des femmes ou des filles à la foire, tant mieux. On est fort embarrassé avec elles, et on n'en est pas quitte sans laisser de ses plumes. Toutefois quand on s'est une fois embarqué avec elles, on doit être en bonne humeur, et concourir à tout ce que la compagnie trouve de bon. »
Telle est la foire Saint-Germain, de par Louis XI, qui l'a établie et donnée à l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés. Les 140 loges qu'elle comportait depuis l'an 1486 ont été remplacées depuis par un échafaudage, qui laisse pénétrer l'air dans toutes les galeries, bien qu'elles soient couvertes, et multiplie les loges, reliées par une môme enceinte. Un incendie détruit ces admirables halles dans la nuit du 16 au 17 février 1762, et elles sont rebâties dans la même année, mais avec plus d'économie. Les rues des Merciers, des Orfèvres, etc., n'y sont plus ii l'abri de la pluie. Marchands, comédiens et bateleurs ont retrouvé leurs places ; mais le nombre des cafés s'est accru en raison de la diminution du nombre des cabarets, et l'on a réservé au Vauxhall de la Foire deux loges pour le prince de Conli et pour le duc de Chartres. C'est alors que font rage, dans les théâtres forains.
des pièces croustillantes et pleines d'allusions, s'appliquant k des contemporains faciles à reconnaître. Les auteurs dramatiques y prennent plus de licences qu'à la Gomédie-Jialienne, mais ne sont le plus souvent pas autres. Les comédiens de Monsieur et ceux de la Comédie-Italienne finissent même par donner leurs représentations ordinaires dans une des salles de la foire Saint-Germain, depuis le mois d'octobre 1789 jusqu'à la tin de l'année suivante. Puis des apprentis comédiens jouent dans les deux loges foraines des Variétés et de la Liberté. Il ne suffit même pas de 1793 pour reléguer dans les us et coutumes du passé cette fête annuelle ; il reste quelque cbose, comme pour en sauvegarder le principe, bien que les privilèges et franchises du vieux temps fassent litière aux libertés nouvelles. On ne s'y montrerait sansculotte sous la Terreur, tout comme on y était guisard au temps de la Ligue, que si les affaires marchaient bien. Mais loin de là! L'institution foraine de royale origine se soutient avec peine depuis que ses jours se comptent dans le calendrier républicain, et Marinier, médecin, demeure alors au ci-devant hôtel de la Guette; mais elle ne tombe tout-à-fait que vers la fin du Consulat. Le marché Saint-Germain et d'autres constructions remplissent plus tard la place vacante, et le passage que nous avons trouvé près ledit hôtel devient rue Mabillon.
De ce dernier immeuble, en 1850, M. Ledru- Rollin est le vendeur.
En face de la rue Princesse, maison adjugée vers 1691 à Lefébure, conseiller nu Chàtelet, après avoir été saisie sur Catherine Bonenfant, veuve de Régnier; elle a passé en 1747 du sieur Lalouette, y étant établi mercier, à Plé, autre mercier. N" 12 : bureau de confiance de M. Rapin, pour le placement des intendants et domestiques, sous Louis XVI.
N" 26 : hôtel dit Impérial h la même époque. N" 25 : hôtel du président Mole de Champlûtreux, précédemment au sire de Montbrison, acquis en 1793 par le citoyen Vaquez, plus tard trésorier de la cour de cassation, grand-père du médecin qui est propriétaire actuel. N" 32: Tardif, potier d'étain, adjudicataire en 17S2. N" 34: les héritiers Champiat, même date. N" 33 : a été occupé par une communauté religieuse. N° 39: propriété vendue en 1733 par Hugo, marchand, et sa femme, née de Hansy, au séminaire Anglais ; elle est restée en ce temps-ci 5 la disposition des administrateurs des fondations catholiques anglaises et écossaises en France. N" 41 : même origine, confirmée par un h tigurant sur un écusson. N" 70, ou peu s'en faut : Chevillard, épicier, acquéreur en 1668, tenant d'une part à Philippe, d'autre part à Lemausne, et une maison par-derrière, avec l'enseigne de la Chasse, appartient aux Incurables. N" 72 ou 74: Guillotin, sellier, rue de Sèvres, achète en 1749. N" 73 approximativement : les Morel vendent ù Bonneau, année 1723.
En ce temps-lc'i les images du Soleil-d'Or, des Trois-Rois, de la Nativité, du Pavé-Rompu et du Roi-Francois pendent encore ci d'autres portes de la rue du Four-Saint Germain. Quant au n''43, il dépend du couvent des Olles de la Miséricorde, que remplaceront plus tard des francs-maçons en loge. Par-là, dans le principe, s'est ébaudie la Cour tille de l'abbaye.
Le 63 a conservé pour orneiiient extérieur un bas-relief en pierre, qui représentait autrefois plus clairement la Chaste-Suzanne. Une tradition locale fait de l'immeuble un des anciens logis de la reine Blanche; mais on a regardé aussi Gabrielle d'Estrées comme y ayant demeuré. C'était, dans tous les cas, au milieu du XVIP siècle, une académie d'équitation sous la direction du sieur Del Capo,
avec des bâtiments et une porte sur la rue du Vieux- Colombier. Je ne serais pas étonné qu'on y eût caserne de véritables mousquetaires, comme un roman d'Alexandre Dumas en a placé, rue du Vieux-Colombier, dans une maison du XIII* siècle qui n'est pas de son invention, puisque vous la voyez encore derrière notre 63, dont elle a fait partie.
Un pharmacien, bon professeur, a laissé le nom de Boudet, enseigne recommandable, à l'établissement dans lequel il avait succédé h son père. Mais, cette rue du Four-Saint-Germain, d'où vient qu'elle est fertile depuis longtemps en notabilités pharmaceutiques? Bayen, apothicaire-major des camps et armées nationales, y demeurait sous la Constituante et sous la Convention. Habert, syndic en charge des apothicaires des maisons royales, y faisait des cours de chimie dans son laboratoire, sous Louis XIV.
La petite rue du Four-Saint-Jacques ou Saint- Hilaire, dite aussi rue du Petit-Four et rue Guillard, devait sa principale qualification au four du curé de l'église Saint-Hilaire. La plupart des maisons qui la composent appartinrent au collège de Reims et au collège Saint-Barbe, avant de faire retour h l'État; l'institution Sainte-Barbe en a repris la moitié en location depuis.
Rue Princesse, (i)
Elle fut tracée, ainsi que la rue Guisarde, sur le territoire de l'iiûtel Roussillon, où la lille du duc de Guise, faite duchesse de Montpensier par son mariage avec Louis II, avait réuni les partisans de la Ligue, dits les Guisards, avant que ce fût au Petit-Bourbon. Le souvenir de cette gestation n'était pas pour la rue Princesse un titre de gloire h faire valoir au moment où elle reçut la dénomination de rue de la Justice, qui l'emporta de 1793 à 1807. Il doit pourtant rester dans cette rue quelque chose des dépendances de l'hôtel de Roussillon, peut-être même de l'hôtel de Navarre, duquel il s'était détaché.
Une jolie mansarde, diadème prétentieux pour une maison haute, mais étroite, le n" 10, accuse une origine aussi ancienne pour le moins que la rue : faut-ir y voir une pièce rapportée? Des balustres en chêne dans un escalier modeste, n" 3, nous ont l'air d'une date encore antérieure. Celte dernière propriété appartenait conjointement au marquis de Ricliereau et à l'hospice des Incurables, dans le milieu du xvni« siècle ; la communauté de M""' Cossart, fondée h Reims en 1679 par De la Salle, chanoine, pour donner quelque éducation aux filles pauvres, s'était établie provisoirement à Paris dans ladite maison, avant que de passer rue Notre-Dame-des- Champs. Quel était l'hôtel du Grand-Moise, connu dans cette rue Princesse, près la rue Guisarde, au même siècle et dans le premier quart du suivant? nous n'en savons pas davantage. Claude
(1) Notice écrite en 1861.
20 RUK PRINCESSE.
Pajot, bourgeois de Paris, cédait en 1699 aux fds mineurs do Damaillan de Lesparre, marquis de Lassaye, et de Françoise Pajot, sa femme, une maison de la même rue, avec porte cochère et petit jardin, tenant par-derrière .h la foire Saint- Germain, et occupée par M. de Massigny.
La quelle se trouvait habitée par une princesse de théâtre en 1762? M"*' Clairon, rue Princesse, pouvait-elle être déjà margrave d'Anspaclj? Elle se bornait encore à avoir assez de talent pour que Garrick, le grand acteur anglais, qui vint à Paris l'année suivante, assistât aux représentations de la Comédie-Française avec une prédilection marquée quand elle y jouait. Le 19 février 1762, cette tragédienne produisait un effet inaccoutumé lorsqu'elle prononçait ces deux vers:
On dépouille Tancrède, on l'exile, on l'outrage... C'est le sort des héros d'être persécuté.
De bouche en bouche volait, au milieu de force applaudissements, le nom de Broglie, maréchal en disgrâce, qui venait d'être exilé dans ses terres. L'ù-propos saisi par le public entraînait une interruption dans le spectacle. Aussi fut-il défendu jusqu'à nouvel ordre de donner la pièce de Voltaire dont un passage prêtait à cette allusion politique.
M"« Clairon eut pour voisin, si près de la Foire, le poëte de Belloy, un des quarante de l'Académie- Française. Cet auteur du Siège de Calais fut attaqué, dans la rue dont il s'agit, d'une maladie de langueur, à laquelle n'étaient étrangers ni la misère ni le chagrin causé par la chute de Pierre le- Cruel. Les comédiens donnèrent une représentation à son bénéfice, et le roi envoya oO louis au bénéficiaire. Néanmoins De Belloy mourut, dans la même année que Louis XV, auquel on avait appliqué l'un des vers de ce poëte:
Il sait être héros jusque dans ses plaisirs.
Rue (lu Vieux-Colombier, (i)
Pourquoi la reine Blanche, Gabrielle d'Estrées, les mousquetaires et l'académie tenue par Del Capo, dont nous venons de parler, seraient-ils demeurés plus étrangers au 24 de la rue du Vieux-Colombier qu'au 63 de la rue du Four-Saint-Germain? La disjonction des deux immeubles ne remonte sans doute qu'à la seconde moitié du grand siècle. C'avait été l'hôtel de Luynes, nom que garda une grande hôtellerie, qui s'y forma vers le milieu du règne de Louis XIV, mais qui se contenta probablement du vieux bâtiment seigneurial de la rue du Vieux- Colombier. Les voyageurs cessèrent d'y descendre quand ce fut l'hôtel Balincourt. L'ère républicaine vit s'installer au même endroit un pensionnat, sous la direction des citoyens Crenot et d'Autun, dont les élèves suivaient les cours de l'école centrale des Quatre-Nations. Le siège d'une société archéologique, mais il n'en existe de sérieuse qu'en province, serait on ne peut mieux placé dans cet immeuble, où se trouve seulement le bureau de la société Géologique.
La loge du Grand-Orient, ci-devant rue du Potde-Fer, s'installa également pendant la République dans le ci-devant couvent des Augustines-de-la- Miséricorde, aliéné par la Nation en l'an IV, le 8 thermidor, entre la rue du Four et la rue du
(1) Notice écrite eu LSGl. La rue dont elle ébauche l'histoire a depuis lors sacrilié des maisons à l'extension que prenaient les rues de Rennes et de Madame ; mais elle-même s'est élargie aux dépens de ses rives et de ses affluents.