SCÈNE IV
JULES, DE Sainr-Luc ET QUELQUES MILICIENS.
De Sainr-Luc.— Enfin, nous sommes vainqueurs, l’habileté de Lévis et la valeur de nos troupes ont ramené la victoire sous nos drapeaux. Les Anglais sont en déroute complète et ont fui dns la ville pour y cacher leur honte et leur défaite. L'étendard fleurdelisé flottera bientôt sur nos rives et les couleurs de l'Angleterre cesseront de déshonorer les sommets de la citadelle. Sept années d’héroïque résistance ont enfin touché la Providence et nous voyons la fin de nos malheurs. Rientôt l'Anglais désertera le sol de la Nouvelle-France, et nous pourrons réparer nos désastres et faire disparaître les ruines amoncelées par le vandalisme aux braves qui ont acheté la victoire au prix de leur sang ! Honneur à vous, brave d'Haberville ! vos blessures attesteront à jamais votre valeur. Honte au traître qui n’a pas craint de déserter nos drapeaux et de promener la ruine et la dévastation sur les domaines de ceux qui l’accueillirent aux jours de ses malheurs. Je l’ai vu, ce Locheil, faisant des prodiges de valeur à la tête de nos ennemis ; je l’ai vu, s'acharnant à notre perte et donnant l’assaut au moulin Dumont que la valeur de nos troupes avait repris. Je l'ai vu enfin rallier les restes de sa compagnie et prendre la fuite pour se dérober à la fureur de nos soldats.
Juces.—Qu'il fuie, le traître, s’il veut échapper à ma colère. Quand je songe à nos malheurs passés, à la trahison de celui qui se disait mon ami et le vôtre, de ce vil proscrit que nous avons traité comme un enfant du sol, je ne connais plus qu’un seul sentiment, celui de la vengeance.
José.—Cet Arché n’est qu'un misérable qui a éiouffé dans son cœur tous les sintiments de la reconnaissance. Pourtant, je vous avouerai. mon commandant, que sa conduite me surprend, lui qui m'a toujours paru si bon, si reconnaissant.
JULEs.—Mon cher, c’est Ja conduite de l’hypocrite qui flatte ses amis aussi longtemps , . en a besoin et qui les déchire avec la fureur du tigre sitôt qu'il peut se passer d'eux.
Dumas. — Avec votre permission, mon çommandant, je dirai franchement ce que je pense de celui qu’autrefois, vous aimiez comme un frère, et à qui moi, j'ai juré une reconnaissance éternelle, comme à mon sauveur.
JuLEs.—Eh bien ! parlez, Dumais.
Dumais.—Mon commandant, je vous dirai donc L je ne partage pas vos sentiments de haïne et
e vengeance contre Arché. (/wes fait un mouvement de surprise.) Au lieu de le maudire comme un ennemi, un traître, je le plains de tout mon cœur, comme un ami malheureux. Oui, mon commandant, j'en suis certain, Arché n’est pas aussi coupable qu'il paraît. Il a dû être forcé d'agir comme il a fait. Vous connaissez bien les lois de la discipline militaire. L'inférieur doit obéir à son supérieur eu tout et partout. Voilà, je n’en doute pas, la position d’Arché. Il n’a été que instrument involontaire des actes de vandalisme qui ont été commis en son nom par les troupes anglaises. (C’est là ma conviction, je l'ai puisée dans le caractère d'Arché, dans son amour pour notre nation, amour qu'il a porté jusqu’à l’enthousiasme. Soyez certain, mon commandant, que les homme de la trempe d’Arché ne changent pas aussi promptement leurs sentiments.