‹ Les anciens Canadiens [microforme] (volume 4)Chapitre 17 sur 37 · HUIT MME · texte numérisé non relu

HUIT MME

bonne demi-lieue ie ‘st entendu que celui. de paon |

e n- ST on "ts

Les Anciens Canadieris "759

nn % père lui sera présenté à six heures du matin ; et, si tu ne nt veux rien. perdre de cette intéressante cérémonie, il est ré temps de t’habiller. ? Je t’avoue que je crois tout le te mande cemme moi, aimant tout ce qui nous rapproche ns de nos bons habitants : je ne connais rien de plus toua à chant que cette fraternité qui existe entre mon père et à | ses censitaires, entre notre famille et ces braves gens. au D'ailleurs, comme frère d'adoption, tu auras ton ’ôle à fut jouer pendant un spectacle que tu n’as pas encore vu.

e à. | Dès que les jeunes gens eurent fait leur toilette, ils nne | passèrent de leur chambre dans une de celles qui donde | naïent sur la cour du manoir, où une scène des plus lant animées s’offrit à leurs regards. Une centaine d'habitants tau disséminés ça et là par petits groupes l’encombraient, ser Leurs longs fusils, leurs cornes à poudre suspendues au bat- cou, leurs casse-tête passés dans la ceinture, la hache don: riait | ils étaient armés, leur donnaient vlutôt l'apparence de run gens qui se préparent à une expédition guerrière, oue our celle de paisibles cultivateurs, |

De Locheill, que ce spectacle nouveau amusait beaucoup, voulut sortir pour se joindre aux groupes qui entouraient le manoir, mais Jules s'y opposa en lui disant que c'était contre Pétiquette ; qu'ils étaient tous censés ignorer ce qui se passait au dehors, où tout était mouve-

1 DORE mers ainsi nommé à l’occasion d’un calvaire situé Avrx sont encore très-communs dans nos campasoùvent pour distinguer un membre d'ene

ment et activité. Les uns, en effet, étaient occupés à la

toilette du mai, d’autres creusaient la fosse profonde dens | | laquelle il devait être planté, tandis que plusieurs aigui- | l saient de longs coins pour le consolider. Ce mai était de ©!

T54 Les Anciens Canadiens

la simplicité la plus primitive : C ’était un long” sapin | f ébranché et dépouillé jusqu'à la partie de sa cime, appelée | : le bouquet : ce bouquet, où touffe de bränches, d'énviron ] trois pieds de longueur, toujours proportionné néanmoins | s. à la hauteur de l'arbre, avait un aspect très-agréable tant a qu'il conservait sa verdeur ; s mais desséché ensuite par | P les grandes calques de l'été, il n'offrait déjà plus én août 0 qu ‘un objet d assez triste apparence. Un bâton peint en qi rouge, de six pieds de longueur, couronné d'une; girouctte | m peinte en vert, et ornée’ d’une grosse boule dé même D pr couleur que 1 le bâton, se ‘coulait dané les interstices des bo branches du bouquet, et, une fois cloué à l'arbre, com- le plétait la toilette du mai. Il est aussi nécéssaire d'ajouter en que de forts coins de bois, enfoncés dans l'arbre de | le distance en distance, en facilitaient l'ascension, ét ser- | sol vaient aussi de points d Apt aux | #rämperches usitées pour élever le mai. sur sad Ün coup de fusil, tiré à la porte principale du manoir, por annonça que tout était pret” ‘A ce “signal, à ‘familie hab d’ Haberville s'empressa de’ ‘se .éünir dans le salon, afin pet de recevoir la députation” que cette détonation faisait ha attendre. Le seigneur d'Haberville prit place sur un grand fauveuil ; la seigneuresse s’assit à sa droite, etson | à ls Jules à.an gauébe Mo SE Ra âne

nt 4 1 HB sud uns ot soie ul di Fi réci 1 "

appuyé sur son épée, se plaça en arrière du premier groupe, entre madame Louise de Beaumont et Blanche,

assises sur de modestes chaises. Arché se tint debout à

gauche de la jeune seigneuresse, Ils étaient à peine

placés, que deux vieillards, introduits par le majordome

José, s’avançèrent vers le seigneur d'Haberville, et, le

saluant avec cette politesse gracieuse, naiurelle aux

anciens Canadiens, lui demandèrent la permission de

planter un mai devant sa porte. Cette perraission

octroyée, les ambassadeurs se retirèrent et communi-

quèrent à la foule le succès de leur mission. Tout le

monde alors s’agenouilla pour demander à Dieu de les

préserver de tout accident pendant cette journée. 1 Au

bout d’un petit quart d'heure, le mai s’éleva avec une

lenteur majestueuse au-dessus de la foule, pour dominer . ensuite de sa tête verdoyante tous les édifices qui

lenvironnaïient. Quelques minutes suffirent pour le con-

solider, ‘

Un second. coup de feu annonça une nouvelle amb::ssade ; les deux mêmes vieillards, avec leurs fusils au port d'arme, et accompagnés de deux des principaux habitants portant, l’un, sur une assiette de faïence, un petit gobelet d’une nuance verdâtre de deux pouces de hauteur, et l’autré, une, bouteille d’eau-de-v°., se présen-

1 Cotte pieuse diète des habitants de faire une prière avant d'A EE zuencer un ouvrage qui peut les exposer à quekyne danger, tel que. l'érection du comble d’un édifice, etc., existe encore. de nos jours. C'est un spectacle

imposant de és vôir se découvrir, s'agenouiller, et d'entendre un vieil'ard réciter, à voix haute, des prières auxquelles les autres répondent.

z50 Les Anciens Canadiens

“tèrent, introduits par l'indispensable José, et Prièrent M. d'Haberville de vouloir bien venir récevoir le mai qu’il avait eu la bonté d'accepter. Sur la réponse gracieusement affirmative de leur seigneur, un des vieillards ajouta : ;

— Plairait-il à notre seigneur d’arroser le mai avant de le noircir ?

Et sur ce, il lui présenta un fusil d’une main, et de l’autre un verre d’eau-de-vie,

— Nous allons l’arroser ensemble, mes bons amis, dit M. d'Haberville en faisant signe à José, qui, setenant à une distance respectueuse avec -quatre verres sur un cabaret remplis de la même liqueur généreuse, s'empressa de la leur offrir. Le seigneur, se levant alors, trinquä avec les quatre députés, avala d’un trait ‘leur verre: d'eau-devie, qu’il déclara excellente, et; prenant le fusil, :s ’achemina vers la poite, suivi de tous lés'assistants. :

Aussitôt que le seigneur d'Haberville parut sur le seuil de la porte, un jeune homme, montant jusqu’au sommet ‘du mai avec l’agilité d’un écureuil, fit fairé trois tours à la girouétte en criant : Vive'le roi l vive le seigneur

d'Habervillé ! Et toute là foule répéta dé toute la vigueur

de ses poumons : Vive 1e roi ! vive le seigneur d'Haber- ‘ville! Pendant ce temps, le jeurie gars descendaïit avéc la | même agilité, en coupant avec un casse-tête, qu’il tira de sa ceinture, tous les coins.et.jalons du mai.

Dès que le sieur S'Hahervilé sue A noirci den mai en

déchargeant dessus son fusil chargé à poudre, on présenta successivement un fusil à tous les membres de sa famille, en commençant par la seigneuresse ; et les femmes firent le coup de fusil comme les hommes, . Ce fut ensuite un feu de joie bien nourri qui dura une bonne demi-heure. On aurait pu croire le manoir assiégé par l'ennemi. Le malheureux arbre, si blanc avant cette furieuse attaque, semblait avoir été peint subitement en noir, tant était grand le zèle de chacun pour lui faire honneur. . En effet, plus il se brûlait de poudre, plus le compliment était supposé flatteur pour celui auquel le mai était présenté.

Comme tout plaisir prend fin, palens celui de jeter sa poudre au vent, M. d'Haberville profita d'un moment où la fusillade, semblait se. ralentir, pour inviter. tout le monde à déjeuner. Chacun s’empressa alors de décharger son fusil pour faire un adieu temporaire :au pauvre arbre, dont quelques éclats ippetnient la terre; tout rentra dans le silence. a

Le seigneur, les dames ét une douzaine "A principane habitants choisis parmi les plus âgés, prirent place à une ble dressée dans la salle à manger habituelle de la famille, : Cetté table était couverte des mets, des vinset

1 Les Canadiennes, sans cesse exposées aux surprises des sauvages, savaient au besoin se servir des armes à feu.

2 Cette coutume de mutiler les mais, qui existait pendant l'enfance de l’aue teur, a cessé lorsque les habitants leur substituèrent ensuite les beanx : mate ecarisent hi uen Cobtinhqnsèente Remrrmnadiegel5-9" 0à

138 Les Anciens Canaïfiens

du café qui composaient un déjeuner canadien de la

“première société ; on y avait aussi ajouté, pour satisfaire Je goût des'convives, deux bouteilles d'excellente eau-de. “vie et des galettes sucréés en guise de pain. à pre Il n’y avait rien d’offensant pour les autres convives

exclus de cette table ; ils étaient fiers, au contraire, des în ; x à c'éts égards que l’on avait pour leurs parents et amis plus âgés qu'eux.

La seconde table dans la chambre voisine, où trônait mai mon oncle Raoul, était servie comme l'aurait été celle trie d’un riche et ostentateur habitant en pareilles circon- | mn stances. Outre l'encombrement de viandes que le lecteur reto connaît déjà, chaque convive avait près de son assiette toisi Ja galette sucrée de rigueur, un croguecignol, une tarte de A cinq pouces de diamètre, plus forte en pâte qu’en confi- ville ture, et de leau-de-vie à discrétion. Il y avait bien de 1. quelques bouteilles de vin sur la table auxquelles personne avec ‘ne faïsait attention: ça ne grattait pas assez le gosier, affec

suivant leur expression énergique: Ce vin avait été mis cens ‘plutôt pour les voisines, et les autres femmes, occupées \saf - alors à servir, qui remplaceraient 1:s hommes après leur cou] départ. Josephte prenait un verre ou deux de vin, sans C 8e faire prier, ni-is après le petit coup d’anpétit usité. à sa

A la troisième table, dans la vaste cuisine, présidait laqu

"Jules, aidé de son ami Arché, Cette table à laquelle

1 L fallait:prier et supplier poar obtenir du pain à 2a table d’un riche habiant, un jour de nocesou de festin: la réponse était épujours: Mais, monsieur, Ja galette est pourtant meilleure que le pain.

de la tisfaire >au-de-

nvives re, des is plus

trônait é celle Circonlecteur assiette arte de 1 confie t bien onne gosier, té mis

ésidait aquelle

he habi-

Le Anciens Canadiens 159

tous les jeunes gens de la fête avaient pris place, était servie exactement comme celle de mon ôhcle Raoul, Quoique la gaieté la plus franche régnât aux deux premières tables, on y observait, néanmoins, un certain décorum ; mais, à celle du jeune seigneur, surtout à la

fin du repas, qui se’ prolongeh tard daës la la matinée, c'était un brouhaha à ne plus s’entendre parler.

Le lecteur se trompe fort s'il croit que le malheureux mai jouissait d’un peu de repos après les assauts meure triers qu’il avait déjà reçus ; les convives laissaient souvent les tables, couraient décharger ‘leurs fusils, et retournaient prendre leurs places après c cet acte de cour. toisie,

Au commencement du dessert, le niéser d’Haberville, accompagné des dames, rendit visite aux convives de la seconde et de la troisième table, où ils furent feçus avec de grande démonstration de joie: ‘On dit'ün ‘mt affectueux à chacun; le Seigneur but à la santé des censitaires, les censitaires bürént À sa santé et à celle de sa famille, au milieu des détonations ‘d’une vingtaine-de coups de fusils que l’on entenñdäi! au déhôrs, à

Page 1