‹ Les anciens canadiens [microforme] (volume 5)Chapitre 33 sur 44 · PRE · texte numérisé non relu

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<sur son lit de mort! n'abrégez pas le peu de jours qui lui « restent à vivre !»

Cet officier était le quartier-maitre Guy Carleton, depuis Lord Dorchester.

— Il me relev. avec bonté, ajoutait-elle, me traita avec les plus grands égards, et, pour dissiper mes craintes, posa une sentinelle devant ma maison. #

Lord Dorchester, devenu ensuite gouverneur du Bas-Canada, ne manquait pas de demander à madame Couillard, chaque fois qu'elle visitait le château Saint-Louis, «si elle avait encore bien peur des Anglais !l»

— « Non, répondait cette dame; mais vous avouerez, Mylord, «que ce n’était pas sans sujei que les Canadiennes craignaient «vos compatriotes, qui n'étaient pas à beaucoup près aussi « humains que vous. »

Les préjugés des anciens Canadiens étaient tels, qu'ils n’auraient pas cru pouvoir bénir un protestant. Un brave et vaillant Oficier canadien, M. de Beaujeu, racontait qu’il avait blessé à mort un soldat anglais à la prise de l’Acadie, et que ce malheureux lui dit en tombant :

— Me Roman Catholic !

; — Que ne l'avez-vous dit plus tôt, mon cher frère, répondit ( cet officier, je vous aurais pressé dans mes bras. | (4

Mais, ajouta-t-il, il était trop tard : ses entrailles trainaient I sur la neige. ‘

Et le vieux octogénaire s’attendrissait encore à ce souvenir, ;

Ces préjugés des catholiques Canadiens-Français, contre leurs à frères d’une autre croyance, sont entièrement effacés : je désire- !

rais, de tout mon cœur, faire le même compliment à un grand ombre da nos frères séparss. +

Le respectable vieillard, canadien de naissance, qui me

racontait cette anecdote, était Louis Liénard Villemonble de

Beaujeu, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis,

grand-père de mon gendre, l'honorable Saveuse de Beaujeu,

membre acluel du Conseil législatif.

Ce vaillant officier avait commandé avec honneur, sous le

gouvernement français, à Michilimakinak et à la Louisiane. Il

s'était distingué à la prise de l’Acadie, et ce fut lui qui réunit,

en 1775, près de mille miliciens de sa seigneurie et des environs,

avec lesquels Je général Carleton partit de Montréal pour ren- L'

contrer Montgomery.

Son frère, Daniel Liénard de Beaujeu, paya de sa vie la victoire éclatante qu’il remprri en 1755, contre Braddock, à Mo-

nongahéla, où le général anglais fut tuë en même temps que lui. Les deux généraux préludaient à la scène sanglante qui eut lieu, quatre ans plus tard, sur ies plaines d'Abraham, où les deux combattants, Wolfe et Montcalm, périrent aussi sur le champ de bataille.

+4 | M. J. G. Shea, dans ses relations de la bataille de Monongahéla, et notre historien, M. Garneau, rapportent que Washdngton, qui, à la tête de ses miliciens, assura la retraite des Anglais échappés au massacre, écrivait : « Nous avons été

« battus, battus honteusement par une poignée de Français !» |

i Le nom de Beaujeu me rappelle un autre canadien de la même famille, qui a fait honneur à son pays, sur l'autre hémisphère.

L'abbé Louis Liénard de Beaujeu était frère des précédents. La famille de Beaujeu doit à l'obligeance du vénérable abbé Faillon, qui s'occupe, avec tant de succès, de nos annales canadiennes, la copie d'une lettre d’un supérieur de Saint-Sulpice, à Paris, au supérieur de la maison succursale à Montréal, qui contient le passage suivant: «J'ai le plaisir de vous annoncer «qu'un jeune canadien, l’abbé de Beaujeu, a remporté le prix « d’une thèse de théologie sur tous ses concurrents français, » L'abbé de Beaujeu fut ensuite le confesseur ordinaire de l'infortuné Louis XVI.

Zes Anciens Canadiens

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