CHAPITRE QUATRIEME
(a) Anachronisme: la Corriveau ne fut exposée dans une cage de fer qu'après le 15 avril 1763, ainsi qu'il appert par un jugement d’une cour martiale en date de ce jour.
Trois ans après la conquête du pays, c'est-à-dire en 1763, un meurtre atroce eut lieu dans la paroisse de Saint-Valier, district de Québec; et quoiqu'il se soit bientôt écoulé un siècle depuis ce tragique événement, le souvenir s'en est néanmoins conservé jusqu’à nos jours, entouré d’une foule de contes fantastiques qui lui donnent tout le caractère d’une légende
En novembre 1749, une femme du nom de Corriveau se maria à un cultivateur de Saint-Valier,
Après onze ans de mariage, cet homme mourut dans cette paroisse le 27 avril 1760. Une vague rumeur se répandit alors que la Corriveau s'était défaite de son mari, en lui versant, tandis qu'il était endormi, &u plomb fondu dans l'oreille,
On ne voit pas toutefois que la justice de l’époque ait fait aucune démarche pour établir la vérité ou la fausseté de cette accusation; et trois mois après le décès de son premier mari, la Corriveau se remariait en secondes noces, le 20 juillet 1760, à Louis Dodier, aussi cultivateur de Saint- Valier,
Après avoir vécu ensemble pendant trois ans, la tradition s'accorde à dire que, sur la fin du mois de ja: er 1763, la Corriveau, profitant du moment où son mari était plongé dans un profond sommeil, lui brisa le crâne, en le frappant à plusieurs reprises avec un broc (espèce de pioche à trois fourchons). Pour cacher son crime, elle traina le cadavre dans l'écurie, et le plaça en arrière d’un cheval, afin de faire croire que les blessures infligées par le broc provenaient des ruades de l’animal. La Corriveau fut en conséquence accusée de meurtre conjointement avec son père.
Le pays étant encore à cette époque sous le régime militaire, ce fut devant une cour martia!e que le procès eut lieu.
La malheureuse Cotriveau exerçait une telle influence sur son père (Joseph Corriveau), que le vieillard se laissa conduire jusqu’à s’avouer coupable de ce meurtre: sur cet aveu, il fut condamné à être pendu, ainsi que le constate la pièce suivante extraite d’un document militaire, propriété de la famille Nearn, de 1 Malbaie.
28 LES ANCIENS CANADIENS “Quebec, 1oth April, 1763
‘ GKNEKRAL ORDER.
The Court ‘‘fartial, whereof lieutenant colonel Morris was president, “having tried Joseph Corriveau and Marie Josephte Corriveau, Cana- “dians, for the murder of Louis Dodier, as also Isabelle Sylvain, a Ca- “‘’nadian, for perjury on the same trial. The Governor doth ratify and “confirm the following sentence: That Joseph C:rriveau having been “found guilty of the charge brought against him, he is therefore adjud- “ged to be hung for the same.
“The Court is likewise of opinion that Marie Josephte Corriveau, his “ daughter and widow of the late Dodier is guilty of knowing of the said “ murder, and doth therefore adjuge ner to receive sixty lashes, with a “cat o’nine tails on her bare back, at three different places, viz : under the # gallows, upon the market place of Quebec and in the parish of St. Va- “lier; twenty lashe : at each place, and to be branded in the left hand with “the letter M.
“The Court doth also adjuge Isabelle Sylvain to receive sixty lashes “ with a cat o’nine tails on her bare back, in the same manner and at the “ same time and places as Marie Josephte Corriveau, and to be branded in “the left hand with the letter P.” “Québec, 15 avril 1763.