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CHAPITRE DOUZIÈME

(a) Madame Gouillard, seigneuresse de Saint-Thomas, Rivière-du-Sud, morte depuis soixante ans, me racontait une scène à peu près semblable. Mon père, disait-elle, était bien malade, lorsque je vis venir un détachement de soldats anglais : je sortis comme une insensée, et, me jetant aux pieds de l'ofïicier qui les commandait, je lui dis en sanglotant : . Monsieur l'An- « glais, ne tuez pas mon vieux père, je vous en con^uro ! il est

< 5nr son lit de mort ! n'abrégez pas le peu de jours qui lui 4 restent à vivre ! >

Cet officier était le quartier-maître Guy Carleton, depuis Lord Dorchester.

— Il me releva avec bonté, ajoutait-elle, me traita avec les plus grands égards, et, pour dissiper mes craintes, posa une sentinelle devant ma maison. ^^-^

Lord Dorchester, devenu ensuite gouverneur du Bas-Canada, ne manquait pas de demander à madame Gouillard, chaque fois qu'elle visitait le château Saint-Louis, isi elle avait encore bien peur des Anglais ! »

— « Non, répondait cette dame ; mais vous avouerez, Mylord, I que ce n'était pas sans sujet que les Canadiennes craignaient < vos compatriotes, qui n'étaient pas à beaucoup près aussi € humains que vous. »

Les préjugés des anciens Canadiens étaient tels, qu'ils n'auraient pas cru pouvoir bénir un protestant. Un brave et vaillant ofBcier canadien, M. de Beaujeu, racontait qu'il avait blessé à mort un soldat anglais à la prise de l'Acadie, et que ce malheujeux lui dit en tombant :

— ife Roman CatholicI

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— Que ne l'avez-vous dit plus tôt, mon cher frère, répondit cet ofQcier, je vous aurais pressé dans mes bras.

Mais, ajouta-t-il, il était trop tard : ses entrailles tramaient sur la neige.

Et le vieux octogénaire s'attendrissait encore à ce souvenir.

Ces préjugés des catholiques Canadiens-Français, contre leursfrères d'une autre croyance, sont entièrement effacés : je désirerais, de tout mon cœur, faire le môme compliment à un grand ombre de nos frères séparés.

Le respectable vieillard, canadien de naissance, qui môracontait cette anecdote, était Louis Liénard Villemonble de Beaujeu, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, grand-père de mon gendre, l'honorable Saveuse de Beaujeu^ membre actuel du Conseil législatif.

Ce vaillant officier avait commandé avec honneur, sous la gouvernement français, à Michilimakinak et à la Louisiane. Il s'était distingué à la prise de l'Acadie, et ce fat lui qui réunit^ en 1775, près de mille miliciens de sa seigneurie et des environs^ avec lesquels le général Carleton partit de Montréal pour rencontrer Montgomery.

Son frère, Daniel Liénard de Beaujeu, paya de sa vie la victoire éclatante qu'il remporte en 1755, contre Braddock, à Mo-

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nongaliéla, où le général anglais fut tué en même temps <]ua lui. Les deux généraux préludaient à la scène sanglante qui eut lieu, quatre ans plus tard, sur les plaines d'Abraham, où les deux combattants, Wolfe et Montcalm, périrent aussi sur le champ de bataille.

M. J* G. Shea, dans ses relations de la bataille de Monongahéla, et notre historien, M. Garneau, rapportent que Washington, qui, à la tête de ses miliciens, assura la retraite des Anglais échappés au massacre, écrivait : i Nous avons été I battus, battus honteusement par une poignée de Français !»

Le nom de Beaujeu me rappelle un autre canadien de la même famille, qui a fait honneur à son pays, sur l'autre hémisphère.

L'abbé Louis Liénard de Beaujeu était frère des précédents. La famille de Beaujeu doit à l'obligeance du vénérable abbé Faillon, qui s'occupe, avec tant de succès, de nos annales cana- <liennes, la copie d'une lettre d'un supérieur de Saint-Sulpice, à Paris, au supérieur de la maison succursale à Montréal, qui <;ontient le passage suivant : c J'ai le plaisir de vous annoncer 4 qu'un jeune canadien, l'abbé de Beaujeu, a remporté le prix « d'une thèse de théologie sur tous ses concurrents français. » L'abbé de Beaujeu fut ensuite le confesseur ordinaira de l'infortuné Louis XVL

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