‹ Les anciens catalogues épiscopaux de la Province de ToursChapitre 13 sur 36 · LISTE DU MANUSCRIT DE SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

LISTE DU MANUSCRIT DE SAINT-MARTIN

Le manuscrit latin n'* 10,848 de la bibliothèque nationale, neuvième siècle, est un livre essentiellement tou-

rangeau. Il contient tout le Corpus Martinianum de Sulpice Sévère, le petit écrit (1) sur la description et les inscriptions de la basilique de Saint-Martin, le liber S. Martini de Trinitate, divers extraits de Grégoire de Tours sur saint Martin, la vie de saint Brice, enfln le lihellus episcopalis qui termine Y Histoire des Francs. Après Texplicit de cette dernière pièce, on lit encore, sur le verso du dernier feuillet du manuscrit les noms suivants, en deux colonnes, que je reproduis ici telles quelles :

Latinus episcopus. Kaganbertus episcopus.

Cbaregiselus episcopus. Ausialdus episcopus.

Medegiselus episcopus. Eusebius episcopus.

Sigilaicus episcopus. Herlenus episcopus.

Rigobertus episcopus. loseph episcopus.

Chrodobertus episcopus, Landramnus episcopus.

Bertus episcopus.

Gunthramnus episcopus.

Ibbo episcopus.

Gauzbertus episcopus.

Dido episcopus.

Cette liste, sauf les cinq derniers noms, n'est sûrement pas en ordre. Il est certain, en effet, que Medegisilus, qui siégeait au concile de Clichy, en 627, a précédé Latinus, qui fut représenté vers 650 au concile de Chalon-sur-Saône. Les rares vérifications auxquelles les documents des derniers temps mérovingiens permettent de soumettre le catalogue de Tours le vérifient en gros, et lui donnent raison contre ce fragment. Il ne faut y voir qu'un essai mal venu, tenté par quelque personne privée pour reconstituer le catalogue.

(1) Sur ce recueil, v. de Rossi, Inscriptiones christianae U. R., t. II, p. 186 et suiv.

b" CATALOGUb; DU MANUSCRIT DE VENDÔME.

Nomina Turonensium praesulum.

Gatianus (1).

Lidorius.

Martiiius.

Biictius.

5 Eustochius.

Perpetiius.

Volusianus.

Verus.

Licinius.

10 Proculus.

Teodorus.

Dimfius.

Omachius.

Léo.

15 Francilius.

Iniuriosus.

Baldenus.

Guntarius.

Eufronius.

20 Gregorius.

Peladius (2).

Leupacharius.

Aigiricus.

Walacus.

25 Sigilaicus.

Leobaldus.' Medegisilus.

Latinus.

Charigisilus.

30 Rigobertus.

Papolenus.

Chrotbertus.

Bertus.

Paladius.

35 Ebartius.

Ibbo.

Gundrannus.

Dido.

Ragabertus.

40 Autbertus.

' Ostaldus.

Eusebius.

.Erlingus.

loseph.

45 Landrannus.

Urstnarus.

Landrannus.

Amalricus.

Herardus.

50 Actardus.

Adalaldus.

Erbertus.

Rotbertus.

Theotolo.

55 loseph item.

Frottherius.

Harduinus.

Archembaldus.

Hugo.

Arnulfus.

Bartolomeus (3).

(1) Ajouté longtemps après dans l'entreligne : Qui fuit a sancto Clémente papa ordinatus,

(2) Aux trois noms suivants on a ajouté, de seconde main, la qualification episcopiis , puis à neuf autres, depuis Walacus jusqu'à Chrotbertus, celle d'archiepiscopus, sauf Medegisilus qui est appelé episcopus.

(3) Il est douteux que ce Barthélémy soit de première main. On lit en marge, d'une main postérieure : Hic desunt quamplures .... dus episcopus, loscius episcopus, Bartolomeus episcopus.

6» LISTE DE SAINT-AUBIN d'aNGERS (1).

Turonenses archiepiscopi.

Gatianus.

Liddorius.

Martin us.

Briccius.

5 Eustochius.

Perpetuus.

Volusianus.

Verus.

Licinius.

10 Proculus.

Theodorus.

Dionisius.

Omatius.

Léo.

15 Gramcilius.

Iniuriosus.

Balnus.

Guntarius.

Eufronius.

20 Gregorius.

Peladius.

Leupacarius.

Aigiricus.

Guualarus, 25 Segelaicus.

Leobaldus.

Medesilus.

Latinus.

Garigisilus.

30 Rigobertus.

Papolenus.

Chrobertus.

Ebartius.

Ibo.

35 Guntramnus.

Dido.

Ragambertus.

Autbertus.

Ostaldus.

40 Eusebius.

Erlingus.

losepb.

Landrannus.

Ursmarus.

45 Landrannus.

Amah-icus.

Herardus.

Actardus.

Adalaudus.

50 Herbernus.

Theutelo.

loseph.

Froterius.

Herduinus.

55 Archembaldus.

Hugo.

Hernulfus.

Bartbolomeus. -

Radulfus.

60 Gislebertus.

Hildebertus.

Hugo.

Ingelbaudus.

loscius.

65 Bartbolomeus.

Gaufridus.

lohannes.

luhellus.

Gaufridus Martelli.

70 Petrus.

Vincencius.

lohannes de monte Sorelli.

Bachardus.

(1) A = P. 4955 — B = Reg. 711 a — C = Reg. 450.

Variantes. — 1. Gratianus A C — 2. Lildorius A C : Liddorus B — 4. Bricius A C — 13. Omacius C. — 23. Algiricus C — 29. Garigisius A C — 31. Papelonus A C — 32. Gigobertus C — 35. Guntranus B — 37. Ramg. B. — 38. Authbertus A : Authcbertus C — 39. Ostalous C — 45. Amorricus B — 50. Herbertus A C — 51. Hteudolo A : Theudolo C — 52. losep k — 57. Heruulfus C — 58. Barthomeus B — 61. Gildebertus A C — G3. Ingenbaldus A C — 64. losti-us A G — 65. Gaufridus et lohannes sont de seconde

main dans les trois manuscrits. A ne va pas au delà de Jean. — 68 lus

C — 69. Gaufredus C, qui n'ajoute pas Martelli. — luhel et Geoffroi Martel sont de troisième main dans B et dans C ; dans B les deux suivants sont encore de troisième main, dans G ils sont de quatrième. C ne va pas au delà de Vincentius.

Il suffit de comparer les trois catalogues avec chiffres, pour se convaincre qu'ils dérivent d'iin même original. Celui-ci n'était autre chose que le Libellus de Grégoire, continué par un catalogue avec années, mois -et jours, pour les évoques du septième, du huitième et du neuvième siècle ; au delà, on y avait marqué aussi la durée des vacances. La forme la plus ancienne sous laquelle ce document nous soit parvenu est probablement (1) celle du cartulaire de Quimperlé : le catalogue s'y arrête à l'année 1125. Mais cette date n'est évidemment qu'une limite inférieure ; on verra bientôt que les indications chronologiques sont exactes tout le long de la série , sauf les erreurs de copiste ; il y a donc lieu de croire que le catalogue a été tenu à jour par des mains contemporaines, depuis le temps de Grégoire et de son successeur Pelage.

Les rédacteurs auxquels nous devons nos trois types de ce catalogue n'ont pas copié de la même façon leur original commun. Les deux premiers, ceux de Berne et de Quimperlé, ne s'accordent que depuis Pelage ; pour la partie antérieure, ils dérivent tous deux du Libellus; mais, tandis que le premier n'y prend que la durée des pontificats, le second néglige ces données chronologiques pour reproduire quelques menues indications historiques. Le catalogue de la Chronique de Tours, quoique moins ancien

(1) L'état de conservation du feuillet de Borne ne permet pas de savoir jusqu'où le catalogue s'y prolongeait de première main.

et moins complet que les précédents, a mieux conservé qu'eux le Libellus initial.

Quant à la liste épiscopale sans chiffres, la forme conservée dans le recueil de Saint-Aubin d'Angers est la moins ancienne; on y voit le nom de Barthélémy II (1174-1206). Il y a d'ailleurs des lacunes : les évéques Bertus et Palladius, du septième siècle, Rotbertus, du dixième, sont omis. Le manuscrit de Vendôme, au contraire, nous offre une liste arrêtée à l'évèque Arnulf (1023-1052), peut-être à son successeur Barthélémy I (1052-1068). Cette liste est donc antérieure de prés d'un siècle au plus ancien catalogue avec chiffres (1).

J'ai dit que celui-ci parait avoir été tenu à jour par des contemporains, depuis le septième siècle. Je montrerai tout à l'heure sur quels faits se fonde cette appréciation ; mais je vais d'abord étudier la première partie de la série, la chronologie fournie par Grégoire de Tours.

Saint Martin était depuis peu (2) évêque de Tours quand il se rendit à la cour de l'empereur Valentinien, au plus tard dans les premiers mois de l'année 375. Avant lui, la tradition de l'église de Tours, telle que Grégoire la recueillit deux cents ans plus tard, ne connaissait que deux évéques, Gatien et Lidoire. Celui-ci, d'après Grégoire, aurait siégé

(1) Deux autres listes, postérieures aux précédentes, doivent être mentionnées ici. La première figure dans le texte du De commendatione Turonicae provinciae , écrit du treizième siècle, publié par M. André Salmon, Chroniques de Touraine, p. 296, 298. Après le libellus de Grégoire vient la série de ses successeurs, depuis Pelage jusqu'à Jean de Fa3-c. 11 n'y a d'autre omission que celle de Gilbert (1118-1125), vers la fin de la liste. La seconde se trouve en tête du cartulaire de l'archevêché de Tours, dit cartulaire des Bonnes gens, manuscrit perdu, mais dont il existe une copie de l'année 1783 aux archives d'Indre-et-Loire; la Bibliothèque nationale {Nouv. acq., lat. 1217) possède un double de cette copie. La série avait été prolongée jusqu'à la fin du dix-septième siècle; dans la rédaction, on constate des temps d'arrêt au milieu du quinzième siècle et à l'année 1534. Cette liste commence à saint Gatien; il n'y a d'autre omission xjue celles de Raoul II (1087-1118) et Hildebert (1125-1133). L'épitliète sanclus est jointe aux noms des sept premiers évéques, à ceux de Baldenus (17), d'Euffonius (19), de Grégoire (20) et d'Arnulfe (1052).

(2) Sulpice Sév., Dial., II, 5.

trente-trois ans, ce qui reporte le début de son épiscopat à une date peu postérieure à la mort de Constantin (337). Toujours d'après Grégoire, cette date coïnciderait avec la première année de Constant. S'il entend par là la première année du règne de cet empereur en Gaule, ce sera l'année 341-342 ; s'il compte les années de Constant à partir de la mort de Constantin. son père, ce sera 337-338. Cette deuxième hypothèse cadre mieux avec l'ensemble de sa chronologie. Au delà de Lidoire, il place une vacance de trente-sept ans et admet, avec quelque hésitation [ut ferimt), que Gatien siégea cinquante années. Ces quatre-vingt-sept ans le conduisent, en remontant, jusqu'au milieu du troisième siècle, à la première année du règne de Dèce, c'est-à-dire à l'année 250 [Decio et Grato- cons.)^ qui est pour lui celle de la mission des sept évéques chargés par le pape d'évangéliser les Gaules.

Je n'ai pas à entrer ici dans l'étude des questions qui ont été débattues à propos de cette chronologie ; je me bornerai à dire brièvement ce qu'il m'en semble. A mon avis, l'envoi simultané des sept évoques est une légende antérieure à Grégoire et recueillie de bonne foi par lui ; mais primitivement elle ne portait aucune date. C'est Grégoire qui lui en a donné une. Il l'a déduite de la passion de saint Saturnin où elle est appliquée à la venue de ce saint à Toulouse , tandis qu'elle correspond vraisemblablement à son martyre. La tradition de Tours, isolée de cette légende et de la date que Grégoire en a déduite, ne fournissait à l'historien que le nom de Catien, peut-être accompagné du chitï're de cinquante ans; encore ceci est-il bien douteux. Quoi qu'il en soit de ce détail, (jue Grégoire ait trouvé ou non les cinquante ans dans un document antérieur à lui, ce chiffre ne [)arait [)as lui avoir inspiré une entière confiance. Quant à la vacance de trente-sept ans qu'il intercale entre la mort de Catien et l'avènement de Lidoire, elle comble trop bien les lacunes de son échelle chronologique pour ne pas exciter le soup-

çon. En comptant les cinquante ans de Gatien à partir de l'an 250, on n'arrive qu'à l'an 300, D'autre part, l'avènement de Lidoire ne peut être reporté plus haut que l'année 337. Conclusion : le siège a été vacant trente-sept ans. Pour qui recherche la tradition et se défie des combinaisons réfléchies, les anciens souvenirs de l'église de Tours sur la succession et la chronologie de ses premiers pasteurs prendront l'expression suivante :

Premier évéque : Gatien.

Second évêque : Lidoire, trente-trois ans d'épiscopat.

Troisième évéque : Martin, ordonné sous Valentinien.

Ceci permet de faire remonter au règne de Constantin la fondation du siège de Tours.

On sait combien sont contradictoires les données de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours sur la chronologie de saint Martin. L'opinion la plus probable me semble être celle qui fixe l'ordination du saint au 4 juillet 372 et sa mort au 11 novembre 397 (1).

Viennent ensuite saint Brice\ évêque pendant quarante-sept ans , soit jusqu'en 444 , et Eustochius pendant dix-sept, soit jusqu'en 461. C'est en effet sous son épiscopat que se tint le concile d'Angers de 453; en 461 , au commencement de novembre, Perpetuus était déjà évêque, comme on le voit par le concile de Tours tenu alors. Comme il siégea trente ans, il dut mourir en 491.

(1) Il y a deux objections contre ce système : la première c'est que le 4 juillet ne tombe pas un dimanche en 372 ; la seule année admissible où cette coïncidence se rencontre est 370. Mais je ne puis considérer comme sûr que les consécrations épiscopales fussent, alors et en Gaule, exclusivement réservées au dimanche. — D'autre part, Sulpice Sévère, assurément plus voisin de saint Martin que Grégoire de Tours, et plus recevable comme témoin historique, nous dit (Dial. , III, 13) que Martin survécut seize ans à la condamnation de Priscillien (385), ce qui porterait sa mort à l'an 40i. Mais cette date déninge toute la chronologie des évoques de Tours d'après Grégoiic, et quand on pense qu'il suffit de corriger xvi en xiii pour la ramener à cette chronologie, on a le droit de se demander si Sulpice Sévère a écrit XVI et non pas xiii. La substitution de v à ii ou réciproquement est une des fautes que les copistes commettent le plus souvent.

Volusieii et Verus étaient évoques au temps où la ville de Tours reconnaissait l'autorité du roi des Wisigoths. Tous deux moururent en exil , le premier après sept ans et deux mois d'épiscopat, c'est-à-dire eu 498 ou 499, le second après avoir siégé onze ans, c'est-à-dire en 510 environ.

Verus se fit représenter au concile d'Agde, en septembre 506. Licinius, son successeur, dut être élu vers le temps des victoires de Clovis sur les Wisigoths, puisque Verus mourut après le concile d'Agde , et en exil , et que lui, Licinius, était déjà évêque de Tours lorsque Clovis repassa par cette ville en 508 , en revenant d'Aquitaine. Il y a donc lieu d'opérer un léger tassement dans les chiffres de Grégoire , qui abaisseraient de deux ans environ la date de son avènement. Licinius fut ordonné en 507 ou au commencement de 508. En 511, il assista au concile d'Orléans.

Grégoire lui assigne douze ans d'épiscopat. Puis viennent les deux évéques Théodore et Proculus, exilés de Burgondie, qui siégèrent ensemble pendant deux ans; Dinifius, lui aussi exilé de Burgondie, siégea dix mois, Ommatius, quatre ans et cinq mois, Léofi, cinq mois, Francilion, deux ans et six mois. Cela fait en tout dix-neuf ans , onze mois et vingt-cinq jours, soit vingt ans en chiffres ronds. Il faut remarquer que les huit années entre Licinius et Injuriosus sont autrement réparties dans l'Histoire des Francs que dans le Libellus; mais le total ne diffère que de six mois. Pour cette période, toute vérification nous échappe.

Les chiffres de Grégoire nous mènent à l'année 527 environ. 11 est très probable qu'Injuriosus fut installé en 529 : nous avons donc ici deux ans de moins comme nous avions plus haut deux ans de trop. Ces erreurs, qui se compensent sur l'ensemble de la série . sont attribuables soit à l'arrondissement des chiffres, soit à la nénégligence des intervalles entre deux épiscopats successifs.

Grégoire fut ordonné en 573. Son jDrédécessÊnr £lirfronius siégea dix-sept ans ; son avènement se ;place donc en 556. Avant lui, il v eut une vacance d'un an. Guntharius avait été évêque près de trois ans , ce qui reporte en 552 le début de son épiscopat. Baudinus, son prédécesseur, avait siégé cinq ans et dix mois; Injuriosus, avant lui, eut un épiscopat de dix-sept ans. Nous obtenons ainsi les dates suivantes :

Injuriosus 529-546 ,

Baudinus 546-552,

Guntharius 552-555 ,

Vacance 555-556 ,

Eufronius 556-573.

Ces données concordent en gros avec les indications fonrnies par les conciles datés. Ceux-ci mentionnent Injuriosus en 533, 538, 541, Eufronius en 567. Par divers récits de Grégoire , on peut vérifier qu'Eufronius fut fait évêque en 556 (1).

En somme, la chronologie de Grégoire, depuis saint Martin au moins, est approximativement exacte et il n'y a aucune raison de ne pas l'accepter. Les chiffres semblent provenir d'une tradition sérieuse; les différences que l'on rencontre entre ceux du Libellus et ceux de V Histoire des Francs sont de nulle importance. En ce qui regarde la suite des évoques , il y a deux différences plus graves : Eustochius est donné dans l'Histoire (II, 39) comme prédécesseur immédiat de Licinius ; l'épiscopat simultané de Théodore et de Proculus est placé (III, 2, 17) à un autre endroit dans VHistoire que dans le Libellus. Dans le premier cas , il n'y a sûrement qu'une distraction de l'écrivain , et la suite réelle se rétablit d'elle-même. Dans le second, il peut y avoir doute : tout moyen de contrôle faisant défaut, on en est réduit à considérer que les indicacations du Libellus, où l'évêque de Tours traite expressé-

(1) llisl. Fr., IV, 15. Virt. s. Mari., I, 32.

ment de riiistoire de ses prédécesseurs, sont préférables à celles de sa compilation historique, où il ne s'en occupe qu'accidentellement.

Une difficulté plus grave , si elle était réelle , serait celle qui résulte de la signature , apposée aux conciles nationaux d'Orléans, en 549, et de Paris, en 552, par un évêque de Tours appelé Agrestius, inconnu à Grégoire. D'après ce qui vient d'être dit, l'évêque de Tours était, en 549, Bau-' dinus, en 552, soit ce même Baudinus, soit Guntharius. Il y a donc conflit. Mais, d'abord, l'Agrestius en question n'indique nullement, au concile de Paris, le siège dont il était évêque. S'il y est qualifié d'évêque de Tours dans les éditions des conciles, c'est par suite d'une conjecture de quelque éditeur; les manuscrits n'en disent rien. Il est môme à noter que la signature d' Agrestius ne figure pas, à ce concile , parmi celles des évéques métropolitains . ce qui aurait eu lieu , s'il avait été évêque de Tours. Au concile de 549 , ce n'est pas Agrestius lui-même qui signe , mais son légat, un prêtre appelé Vitalis. Comme il n'y a pas d'ordre da préséance pour les signatures de légats , on ne peut rien tirer de la place occupée par celle-ci. Le conflit se réduit donc au fait qu'un episcopus Tornice {sic) se fit représenter au concile de 549 et que cet évêque n'est pas reconnu par Grégoire de Tours pour un de ses prédécesseurs. Est-il possible que Grégoire se soit trompé à ce point? Qu'il ait ignoré un de ses prédécesseurs à la distance d'une vingtaine d'années? C'est tout à fait invraisemblable. Et si l'on considère que le concile de Paris semble faire d'Agrestius un évêque ordinaire et l'écarter du nombre des métropolitains , la question sera tranchée en faveur de Grégoire et de sa liste (1).

(1) Reste à savoir d'où cet Agrestius était évèquc. On pourrait lui attribuer le siège de Tournay. Un Eleullierius était évoque de Tournay vers .5'20; ceci résulte de la vie authentique de saint Médard , c. 2 (dans le Fortunat de Krusch, p. fiS). Grégoire de Tours {lUsl. Fr., V, "22) parle, à l'année 577 environ , d'un autre évêque du môme siège , sans le nommer. On attribue

Au delà de Grégoire, les chiffres du catalogue, bien qu'on ne puisse toujours les vérifier, s'accordent avec les dates que fournissent, çà et là, divers documents. En partant de la mort de Grégoire, fixée au 17 novembre 593, et en suivant le catalogue, on arrive à déterminer ainsi qu'il suit, les dates obituaires de ses successeurs.

Pelage, 600 (fin).

Leupacarius, 613.

Aigiricus ,616.

Gualdus, 617.

Sigilaicus, 620.

Leobaldus , 626.

Medegisilus , 637.

Latinus, 650.

Carigisilus, 652.

Rigobertus , 654.

Papolenus, 659.

Chrobertus, 674.

Bertus, 690.

Pelage, 694. ,

Ebartius, 703.

Ibo,711.

Guntramnus, 722.

Dido, 723.

Rigambertus, 731.

Aubertus, 746.

Ostaldus, 758.

Eusebius, 774.

Herlingus, 801.

Joseph, 825.

Bien entendu ces dates sont toujours susceptibles d'une

ordinairement à saint Médard (f v. 560) l'union des deux sièges de Tournay et de Noyon; mais cette assertion no repose que sur le témoignage tardif de Ratbode, auteur d'un remaniement de la vie primitive du saint cvéque. Sur une confusion semblable entre un évoque de Tours et un évéquc de Tournay, voy. Gallia christ., t. XIV, p. 43.

correction légère, la durée des vacances étant inconnue. Voici maintenant les dates fournies par d'autres documents.

Pelage était évêque le 23 juillet 596, date d'une lettre à lui adressée par saint Grégoire le Grand (1). Son successeur Leopacharius , reçut en 608 ou 609 saint Colomban exilé , à son passage à Tours (2). Medegisilus siégea au concile de Clichy, le 27 septembre 627; une charte du 1" mars 636 porte son nom. — Latinus assista au concile de Chalon-sur-Saône, vers l'an 650. — La signature d'un évéque Rigobercthus se trouve au bas d'un diplôme de Clovis II, daté de 654 (3). — Le fameux privilège (4) du pape Adéodat (672-676) suppose" vivant l'évéque Chrotbert. — Eusèbe assista à l'assemblée d'Attigny, en 765. — Joseph était évéque au moment de la mort d'Alcuin (804), avec lequel il vécut quelque temps à Tours depuis qu'Alcuin se fut installé à l'abbaye de Saint-Martin.

Au delà de Joseph, les vérifications sont plus abondantes ; malheureusement le catalogue a beaucoup souffert à cet endroit. La Chronique de Tours omet Landramne II et donne son chiffre d'années à Landramne I; dans les deux autres textes, deux chiffres d'années, différents l'un de l'autre, sont attribués à Landramne I. Il v a donc incertitude. Voyons ce que fournissent les autres documents.

On connaît avec assez de précision les dates du pontificat d'Hérard. Ce prélat était mort depuis peu quand se réunit le concile (5) de Douzy, en 871, dans la première semaine d'août. Le jour de sa mort est marqué au 30 juin dans le calendrier (6) de Saint-Maurice d'Angers. Il est

(1) Jaffé, 1435.

(5) Jonas, Vita s. Columbani, c. 42.

(3) Pardessus, t. II, p. 99.

(4) Jafifc, '2105. Je n'entends pas garantir l'authenticité de cette pièce.

(5) Je ne renvoie, pour les actes des, conciles et documents analogues, à aucune édition en particulier. Les pièces étant, dans toutes les éditions, rangées suivant l'ordre chronologique, il sera aisé de s'y reporter.

(6) En ce qui regarde les calendriers, nécrologcs , etc., et les chartes où sont mentionnés les évéques, je m'en rapporte généralement aux indications du Gallia christiana.

donc mort le 30 juin 871. D'autre part, on a de lui des statuts diocésains , datés de l'an III de son épiscopat et du mois de mai 858. Ceci suppose qu'il avait été ordonné entre mai 855 et avril 856. Les chiffres du catalogue conduisent à une date qui tombe justement dans cet intervalle, celle du 21 mars 856, et ce jour est un dimanche.

Son prédécesseur Amalric assista aux conciles de Soissons, en avril 853, et de Bonneuil, le 24 août 855. Il est mentionné déjà en juin 849, dans un diplôme de Charles le Chauve (1). Ceci lui donnerait plus de six ans d'épiscopat; le catalogue ne lui en accorde que cinq moins un mois. Mais la date de ce diplôme doit être fausse, car Landramne II, prédécesseur d' Amalric, était encore en fonctions au mois de novembre 849.

Landramne II assista au concile de Paris, tenu le 5 novembre 849; un récit hagiographique le fait assister, le 4 juillet 846 à une translation de reliques, à Marmoutier (2).

Le nom d'Ursmar figure parmi ceux des prélats qui présentèrent, en juin 846, au roi Charles le Chauve, les décisions des conciles de Meaux et de Paris. Sa signature se trouve au bas de deux chartes d'Aldric, évêque du Mans, données le 1" avril 837 (3).

Quant à Landramne I , il est nommé, en 825 , parmi les missi chargés d'inspecter les diverses parties de l'empire franc; il assista, en février 835, à l'assemblée de Thionville. Ainsi, entre les trois leçons IIII, XIIII et XXIIII pour le chiffre de ses années, la première doit être écartée. Des chiffres attribués à ses trois successeurs, il résulte qu'il a dû mourir au moins vingt ans et huit mois avant

(1) Bouquet, t. VIII, p. 501.

(2) Flodoard le fait siéger dans un concile tenu à Paris on 846, sous la présidence des trois métropolitains de Rouen (Guntbold), de Sens (Wcnilo) et de Tours {Hisl. Rem., III, 1) pour juger Ebbon, l'archevêque de Reims déposé. On ne connaît pas autrement ce concile.

(3) Gesta Aldrici, édition de M. l'abbé Froger, Mamers, 1889, p. 85, 94.

roi'dinalion d'Hérard. Il est donc mort en 835, peu après l'assemblée de Thionville. La leçon XIIII a sur l'autre l'avantage de cadrer moins mal avec la chronologie antérieure. Pour tout concilier, il faudrait la corriger en VIIII. On obtiendrait ainsi la série suivante, dont les chiffres, bien entendu, n'ont qu'une valeur approximative : Joseph, t 825, Landramne (826-835), Ursmar (835-846), Landramne II (846-850), Amalric (850-856), Hérard (856-871).

Après Hérard, pour rencontrer une date précise, il faut descendre jusqu'à l'année 931 , indiquée par Flodoard comme celle de la mort de l'archevêque Robert. Le catalogue répartit soixante ans à peu près entre les quatre successeurs d'Hérard, Actard, Adalard-, Herberne et Robert, ce qui correspond exactement à l'intervalle 871-931. Du reste, les documents relatifs à ces évêques rentrent sans la moindre difficulté dans les années indiquées par le catalogue.

Une vacance de six mois est marquée après Robert ; puis vient Theotolo, avec treize ans, trois ou quatre mois et douze jours. L'année de sa mort, 945, est donnée encore par Flodoard; le jour, 28 avril, par un nécrologe. De tout ceci, il résulte qu'il a été ordonné en janvier 932 ou en décembre 931, ce qui cadre exactement avec la date de la mort de Robert.

Après Theotolo, vacance de onze mois, soit jusqu'à la fin de mars 946 ; puis vient Joseph, avec onze ans, deux mois et quinze (ou dix-huit) jours. Ceci nous conduit vers le 20 juin 957. Or nous trouvons le nom de cet évéque au bas d'une charte du 26 mars 957 et son anniversaire marqué au 19 juin dans le martyrologe de Saint-Julien de Tours. Il est sur d'ailleurs qu'il ne vit pas le mois de janvier 958.

C'est de ce mois, en effet, qu'est datée une charte de Saint-Julien où figure son successeur Frotier. A celui-ci l'un des catalogues donne trois ans , l'autre cinq ; il y a faute quelque part. Une charte du 26 février 959 est déjà

contresignée de la main de son successeur Hardouin.

Hardouin mourut le l*"" mai 980 , d'après le martyrologe de Saint-Julien. Les catalogues varient sur la durée de son épiscopat : l'un lui accorde dix-neuf ans, quatre mois et neuf jours, l'autre dix-huit ans, dix mois et neuf jours. En prenant le chiffre le plus élevé, il n'a pu commencer de siéger avant décembre 960. Il est donc bien probable que la charte du 26 février 959 aura été contresignée par lui quelque temps après sa date. En l'écartant on obtient l'intervalle nécessaire pour les trois ans que le meilleur catalogue donne à Frotier.

Vient ensuite une longue vacance de trois ans , sept mois et six jours. Le siège métropolitain n'aurait pas été occupé avant la fin de l'année 983. On ne signale, en effet, aucun acte d'un archevêque de Tours pendant cet intervalle.

Archambald, successeur de Hardouin, a siégé, selon l'un des catalogues, dix-neuf ans, onze mois et neuf jours, soit près de vingt ans, jusqu'à la fin de l'année 1003, selon l'autre, vingt et un ans, dix mois et huit jours, soit près de vingt-deux ans, jusqu'à la fin de l'année 1005. Les documents d' Archambald vont de 987 à 1002 : ils ne nous tirent pas d'incertitude.

Les documents de l'archevêque Hugues I"" ne commencent qu'en 1007. Il mourut en mai ou en juillet 1023. Ceci exclut la leçon X pour le chiffre de ses années. Cette leçon écartée, les dix-huit ans cinq mois et neuf jours qui lui sont attribués par le catalogue nous reportent à la fin de l'an 1004 ou au commencement de l'an 1005. C'est juste le milieu entre les deux dates auxquelles nous arrivons pour la mort d'Archambald. Comme on ne marque qu'un mois et dix-neuf jours de vacance entre les deux, ni l'une ni l'autre des solutions, 1003 ou 1005, pour la mort d'Archambald, n'est admissible. Tout s'arrangerait en acceptant la première et en admettant qu'au lieu d'un mois de vacance il faut lire un an, an. I au lieu de m. I.

On rencontre l'archevêque Arnulf dans une série de documents échelonnés depuis le mois d'octobre 1024 jusqu'en 1052. Ceci fixe le choix entre les deux leçons XXI et XXXI pour le chiffre de ses années. Mais il reste une difficulté grave, c'est que le successeur d'Arnulf, Barthélémy, se rencontre déjà le 15 août 1052 et qu'il n'y a pas, entre la mort de Hugues (mai-juillet 1023) et cette date l'intervalle nécessaire pour un épiscopat de près de trente-deux ans, sans compter les deux vacances avant et après , qui , réunies, donnent près de sept mois. En somme, entre la mort de Hugues et l'avènement de Barthélémy, nous devons trouver trente-deux ans, cinq mois, quatre jours, ce qui nous conduit au milieu de l'année' 1055. Il y a d'ailleurs ici conflit entre les diplômes eux-mêmes, puisque l'un fait siéger Arnulf en septembre 1052, l'autre nous offre son successeur dès le mois précédent.

Barthélémy mourut le 9 avril 1068; des deux leçons XIIII et XII pour le chiffre de ses années, la première seule peut être acceptée. En joignant à ces quatorze ans les six mois et les onze jours, on arrive aux derniers jours de septembre 1053, solution qui, comme on vient de le voir, souffre quelque difficulté.

Après Barthélémy I, l'église de Tours traversa une période fort troublée ; l'archevêque Raoul I ne fut pas reconnu par tout le monde ; une charte de l'an 1070 compte cette année comme la troisième de vacance après l'archevêque Barthélémy : notre catalogue n'en marque aucune. Cependant, comme Raoul I était encore archevêque en 1086, il faut bien qu'il y en ait eu une. Voici pourquoi :

Son successeur Raoul II, qui vivait encore en 1117, était déjà remplacé en 1118 par Gilbert. Les épiscopats des deux Raoul, avec les vacances notées après chacun d'eux, ne donnent en tout que quarante-six ans environ, tandis qu'il en faudrait cinquante pour remonter jusqu'à l'année 1068, date de la mort de Barthélémy I. Tout s'arrange en admettant que l'auteur du Cartulaire de Quimperlé a négligé une

vacance de quatre ans environ entre Barthélémy et Raoul I.

Le catalogue accorde à Gilbert sept ans, huit mois et quinze jours. Celui-ci fut en effet remplacé en 1125 par Hildebert, qui mourut le 13 juin 1133. Il y a donc lieu de corriger le chiffre d'années dans la Chronique de Tours et de lire ann. VIII.

Après Hildebert , les chiffres du catalogue n'offrent plus aucune difficulté.

De toutes ces comparaisons et vérifications , il résulte , en somme, que le catalogue épiscopal de Tours, tant pour les chiffres que pour les noms des évoques, est un document traditionnel des plus sérieux. Sans doute, il a souffert çà et là, par la faute des transcripteurs ; mais il trahit partout une rédaction autorisée et contemporaine.

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