SECOND RECUEIL DE SAINT-AUBIN
Nomina episcoporum Nannetensium.
S. Clarus.
S. Emius.
S. Similinus.
S. Euinelius.
5 S. Marchis.
S. Aiifius.
S. Desidei'ius.
S. Lco.
S. Eusebius.
10 S. Nonnechius.
S. Kariundus.
S. Cerunius.
S. Clematius.
S. Epifanius {Epyf.).
15 Eunielius.
S. Félix.
Nonnechius.
Eufronius.
Leobardus.
20 S. Pascharius (Pasquarius).
Taurinus.
Haico.
Salapius.
Agatheus, vocatus, sed noii copus.
25 Deoi-raai'us.
cpis
Odilardus.
Aiannus.
Drutgarius {Trutgarius).
S. Gunhardus.
30 Sislai'dus.
Haitardus.
Eroiengarius.
S. Landrannus.
Fulcherius.
35 Esayas (Esaias).
Adhalardus.
Galterius (Galcerius).
Hugo.
Hernisus (Herinsus).
40 Walterius (Walterius item).
Budichus.
Erardus.
Quiriacus.
Benedictus.
45 Briccius.
Iterius.
Bernardus.
Robertus.
{Amitto, vocalus, sed non cpiscopus.)
ko CARTULAIRE DE QUIMPERLÉ.
Haec sunt nomina Namnetensium pontificum.
Clarus cpiscopus.
Emius cpiscopus.
Similianus cpiscopus.
Eumelius episcopus.
(1) Le texte est celui du Vat. Reginae 450; entre parenthèses on a noté les variantes du Parisinus 4955. Celui-ci, au lieu de S. devant les noms des premiers cvéques, porte Ses, autre abréviation de Sanctus.
5 Martius episcopus.
Arifius episcopus.
Desiderius episcopus.
Léo episcopus.
Eusebius episcopus.
10 Nonnechius episcopus.
Cariundus episcopus.
Cerunius episcopus.
Clematius episcopus.
Epiphanius episcopus.
15 Eumelius episcopus.
Félix episcopus.
Nonnecbiius episcopus.
Eufi'onius episcopus.
Leobardus episcopus.
20 Pasquarius episcopus.
Taui'inus episcopus.
Haico episcopus.
Salapius episcopus.
Deormarus episcopus.
25 Odilai'dus episcopus.
Almannus episcopus.
Trutgarius episcopus. Gunhardus episcopus.
Gisiardus episcopus.
30 Haitardus episcopus.
Ermengarius episcopus.
Landrannus episcopus.
Fulcricus episcopus.
Esaias episcopus.
35 Adalardus episcopus.
Gualterius.
Hugo.
Hervisius.
Gualterius.
40 Budichus, quo presule Alanus Cainard ludith filiam ledecae.
lis Namnetensiumcomitis duxit uxorem.
Airardus.
Quiriacus, filius Alani Cainardi.
Benedictus, frater eius, qui Namnetensem et Kemperlegiensem ecclesiam simul rexit.
Bdctius.
45 Iterius.
Bernardus.
Rorbertus (l).
5° GRANDE CHnONIQUE DE TOURS (2)
Nomina episcoporum Namnetine civilalis.
Clai'us.
Emulius.
Simiiinus.
Eumelius.
5 Marcius.
Arifdus.
Desiderius.
Léo.
Eusebius.
10 Nonnechius.
Kariundus.
Cei'unius.
Clematius.
Epiphanius.
15 Eumerius.
Félix.
Nonnechius.
Columbanus (3).
Eufronius.
20 Leobardus.
(1) Ici s'arrête la première main; le catalogue a été prolongé, au seizième siècle, jusqu'à Robert Guibé (1507-1511) et François Hamon (1512-1532).
(2) Le texte est établi d'après le Parisinus 4991 (Ej et le Chellenhamensis 1852 (e), représenté par Paris. 11478 (e'), et Mélanges Colberl, t. XLVI (e").
(3) C'est évidemment saint Colomban de Luxeuil, qui n'a aucun droit à figurer parmi les évéques de Nantes.
Pascharius. Adalardus.
Tauriniis. Galterius.
Haico. 40 Hugo.
Salapiiis. Euisus.
25 Agatheus. Galterius.
Anuto. Budicus.
Deortnarus. Ayrardus.
Odilardus. 45 Guarechus.
Alannus. Benedictus.
30 Turtgarius. Briclius.
Gunbardus. Ictrierius.
Gislai'dus. Bernardus.
Haitardus. 50 Robertus.
Germengarius. Mauricius.
35 Landrannus. Goffredus.
Fulcherius. Stephanus.
Esaias.
Variantes. — Tilre : Namnetensium episcoporum e' : om. E — 4. Euinclius e — 12. Ccrimius e — 15. Eumenius E : Euinenius e' — 32. Gisiardus e — 36. Fulgericus e — 47. Bricius e.
Dans cette liste, la partie vérifiable ne commence pas avant le 7" évêque, Desiderius. Il est bien probable que celui-ci est l'un des évéques de la « Troisième province » auxquels fut adressée, peu avant le concile d'Angers (453), là lettre des évêques Léon de Bourges, Victurius du Mans et Eustochius de Tours (1). Le 9** évêque, Eusèbe, signa en 461 au concile de Tours ; le 10°, Nunechius , est probablement l'un des prélats du concile de Vannes, tenu peu après le précédent (2). Les trois suivants, de même que le 8% Léon, sont absolument inconnus. A partir du 14% Epiphane, qui siégea au concile d'Orléans, en 511, nous sommes au clair et la liste peut être vérifiée presque constamment.
(1) Collect. conc. Galliae, t. I, p. 573, C'est sans fondement qu'on l'identifie avec les personnages de même nom qui ont été en rapports avec saint Jérôme, saint Paulin de Noie et Sulpice Sévère.
(2) Je ne vois pas de raison suffisante pour l'identifier avec l'cvcque du même nom, à qui Sidoine Apollinaire recommande, dans une lettre assez banale, un juif converti (Ep. , VIII, 13). Le nom de Nuncchius était assez fréquent en ce temps-là.
Venons maintenant aux six noms par lesquels elle débute. Le plus connu est celui de Similinus, dont Grégoire de Tours parle (1), en le qualifiant d'évêque [antistes) et de grand confesseur. Il y avait à Nantes, dès le temps de Clovis, une basilique dédiée sous son vocable. — Saint Clair, le premier sur la liste, est honoré d'un culte dont les plus anciens documents liturgiques ne remontent, il est vrai, qu'au treizième siècle (2). Les quatre autres noms, Emius, Eumelius, Marcius (3), Arifius, sont absolument inconnus. C'est avec assez peu de fondement que l'on identifie Eumelius avec l'évêque Eumerius. qui siégea au concile de Valence , en 374 : le siège de celui-ci n'est point indiqué dans ce qui nous est parvenu des actes ; les noms ne concordent pas entièrement.
En somme, des six évêques antérieurs à Desiderius, un seul, saint Similien, est connu par des documents antérieurs au catalogue. Le culte de saint Clair a pu être suggéré par le catalogue lui-même, qui le présente comme le premier évêque de la cité de Nantes.
Six noms, c'est bien peu. Six évêques depuis les origi- t
nés jusqu'au milieu du cinquième siècle, cela ne suppose pas que les origines remontent bien haut. Si l'on ne s'en tenait qu'à la liste épiscopale, on fixerait vers le milieu du quatrième siècle la fondation de l'évêché de Nantes, ce qui concorderait assez avec ce que l'on sait sur l'origine
(1) Gl. mari., 59.
(2) Elude sur la légende lilurgique de saint Clair, par M^^' Richard (actuellement cardinal et archevêque de Paris), Nantes, 1885, p. 31. Le passage auquel je renvoie contient un extrait d'un livre liturgique nantais de l'année 12G3. En se fondant sur les documents angevins cités dans le même ouvrage, p. 65 et suiv., on trouverait, pour le culte de saint Clair, des attestations plus anciennes. Il est à remarquer que, parmi les catalogues publiés ici, le seul qui joigne aux noms de certains évêques l'épithète de sanctus est le second recueil de Saint- Aubin, constitué à Angers au douzième siècle.
(3) Celui-ci paraît identique au Marsus dont il est question dans la vie de saint Mclainc (Voy. plus loin, p. 86, note 2). Le fait que cette vie représente Marsus et Melanius comme contemporains suffirait, s'il en était besoin, à édifier sur la valeur historique d'une pièce dont le peu d'antiquité n'a guère besoin d'être démontré.
du diocèse voisin, celui d'Angers, et ce que l'on peut conjecturer sur la date des évêchés du Mans et de Tours. Il est pourtant impossible de négliger l'indication qui ressort de la passion des saints Donatien et Rogatien. Ces deux saints sont les seuls martyrs qui, dans toute la Gaule occidentale, puissent être rapportés avec confiance aux persécutions romaines. D'après leur passion, rédigée tardivement, il est vrai, mais sur des traditions encore vivantes, l'un d'eux, Rogatien, aurait été empêché de recevoir d'autre baptême que le baptême du sang, par une circonstance que l'hagiographe appelle sacerdotis absentia fugitiva.
Ceci porterait à croire, en traduisant sacerdos par évégue, qu'il y avait un évêque à Nantes au temps de la persécution de Dioctétien (304).
Je ne puis dissimuler toutefois que l'autorité du passionnaire ne me parait pas sufBsante pour écarter tous les doutes. La façon dont il parle de la persécution de Dioctétien ne dénote pas un homme bien au courant de la situation administrative de la Gaule au commencement du quatrième siècle. On sait d'ailleurs combien il est douteux que, sous le gouvernement de Constance Chlore, des chrétiens aient été condamnés à la peine capitale pour le simple fait de professer le christianisme, c'est-à-dire précisément dans les conditions que suppose la tradition nantaise. Ceci porterait à écarter la date de l'hagiographe et à rattacher le martyre des saints nantais à une persécution plus ancienne, celle de Dèce, par exemple. Dès lors, on ne voit pas pourquoi l'on accepterait, sur un témoignage aussi faible, le trait de la fuite de l'évêque. La tradition avait sans doute conservé le souvenir d'une différence d'initiation entre les deux martyrs : l'un était baptisé, lautre simple catéchumène. On aura voulu expliquer cela, et, pour l'expliquer, quoi de plus simple que de supposer l'évêque absent? En temps de persécution, un évêque absent est, pour bien des gens, un évêque en fuite. La genèse de ce détail s'aperçoit très bien.
Enfin, quand on voudrait accorder sur ce point une entière confiance à l'hagiographe, on aurait encore à se défier du sens qu'il a lui-même attaché au mot sacerdos. Il peut signifier évêque, mais on peut aussi le traduire par prêtre.
En somme, la passion des saints Donatien et Rogatien ne prouve pas absolument qu'il y eût un évêque à Nantes dés le commencement du quatrième siècle ; elle introduit cependant, par son conflit, apparent ou réel, avec la liste épiscopale, un problème historique sur lequel il est difiicile de se prononcer en toute confiance.
Epiphane assista au concile d'Orléans en 511; son successeur Eumerius (1) vivait au temps de Childebert ; son nom figure au bas des conciles d'Orléans tenus en 533, 538, 541 ; l'évêque de Saintes Trojanus lui adressa une lettre qui s'est conservée (2) ; Fortunat (IV, 1) composa son épitaphe (3).
Grégoire de Tours (4) marque à l'année 582 la mort de Félix; il mourut, dit-il, la trente-troisième année de son épiscopat. L'anniversaire de Félix fut célébré le 6 janvier. Il faut donc placer son ordination en 549. Nunechius lui succéda aussitôt (5). Il vivait encore en 591 (6).
Euphronius est mentionné dans la vie (7) de saint Colomban (c. 47) comme ayant présidé à l'embarquement du célèbre moine. Cet événement eut lieu (8) la quatorzième année de Thierry II, c'est-à-dire en 608 ou 609.
Leobardus, son successeur, siégeait au concile de Clichy
(1) C'est la vraie orthographe, celle des signatures, celle de Fortunat et de la lettre de Trojanus.
(2) Coll. Conc. Galliae, t. I, p. 1007.
(3) Il n'est pas possible de l'identifier avec l'évcque Eumerius mentionné dans une lettre de Rurice (II, 7), puisque cette lettre est adressée à l'évêque d'Arles Aeonius, mort en 502.
(4) Hist. Fr., VI. 15.
(5) Greg. Tur., loc. cit.
(0) Greg. Tur., De virtut. s. Martini, IV, 27.
(7) Le biographe Jonas l'appelle Suffronius.
(8) Frédégaire, c. 36,
en 627. Son quatrième successeur, Salapius, se fit représenter à celui de Chalon-sur-Saône, tenu vers 650. Entre ces deux évoques, le catalogue place Pascharius, Taurinus et Haico. Il est question du premier dans la vie de saint Hermeland, comme ayant accueilli ce saint dans son diocèse. Mais ce récit repose sur une chronologie absolument inconciliable avec l'ordre du catalogue. La vie de saint Hermeland étant de plusieurs siècles postérieure aux faits qu'elle raconte, il n'y a pas lieu d'abandonner le catalogue pour la suivre sur ce point.
Après Salapius, nous trouvons deux noms auxquels on a joint la note vocatus sed non episcopus. Le premier est celui d'Agatheus, mentionné dans la vie de saint Hermeland (c. 13) comme ayant réuni abusivement les pouvoirs de comte et d'évêque dans les deux cités de Nantes et de Rennes. Son successeur Amitto se maintint apparemment dans la même situation.
Après cette période troublée, nous rencontrons le nom de Deormarus] un prélat de ce nom assista en 757 à l'assemblée de Compiégne, comme on peut le voir par les signatures du privilège délivré au monastère de Gorze par saint Chrodegang. C'est sans doute le Deormarus de Nantes.
Entre lui et Salapius, qui siégeait déjà en 650, il y a un intervalle d'un siècle environ, qui ne paraît pas suffisamment rempli. Mais ce défaut correspond à un temps particulièrement défavorable aux institutions ecclésiastiques et le catalogue lui-même en témoigne (1).
Odilar, qui vient après Deormar, est nommé dans un diplôme de Charlemagne, du 17 février 797 (2).
(1) Le Gallia. clirisliana insère ici un saint Emilien, évcque guerrier qui aurait, au temps do Charlemagne, combattu les Sarrasins en Bourgogne. Il n'est question de cette histoire et de ce personnage que dans une légende du seizième siècle (Acia SS., 25 juin) absolument dépourvue d'autorité. Si la tradition bourguignonne relative à saint Emilien est fondée à le qualifier d'évêque do Nantes, il faudra l'identifier avec le saint Similicn du quatrième siècle, et rapporter le vo3'agc de Bourgogne à une translation de ses reliques.
(2) Bôhmer-Muhlb., n" 3:6.
Alanus n'est connu que par le catalogue. Drutcarius est nommé dans une charte de la vingt-et-unième année de Louis le Pieux (834-835) (1). Gunhardus est saint Gohard, massacré dans sa cathédrale par les Normands, en 843.
Viennent ensuite Gislard et Actard, évêques simultanés, dont la rivalité forme un des épisodes de la lutte entre le royaume franc et les princes bretons, au temps do Charlesle-Chauve. Les évoques nantais de ce temps, Gislard, Actard, Ermengar, Landramne, Foucher, Isaïe, Adalhard , Gautier, sont tous mentionnés dans la Chronique de Nantes (2), qui confirme ainsi le catalogue. Il est à noter que celui-ci omet, entre Adalhard et Gautier, l'évéque de Léon Hoctronus (3), auquel le duc Alain Barbetorte confia l'administration de l'église de Nantes après une invasion des Normands. Il néglige de même, entre Gautier et Hugues, les comtes-évêques Guérec et Judicaël, qui ne furent point ordonnés et ne s'occupèrent que du temporel de leur évéché. La Chronique fait de même ; elle considère comme une vacance le temps où l'église de Nantes fût au pouvoir de ces usurpateurs (4).
Cette conformité entre la Chronique et le catalogue , pour la dernière partie de celui-ci, est propre à montrer que les deux documents sortent du même milieu, c'est-àdire qu'ils représentent la tradition reçue dans le clergé de
• (1) Cartulaire de Redon, éd. de Courson, p. 357.
(2) Dom Morice, Preuves de Vhist. de Bretagne, t. I, p. 140, 287, 142, 143, 144, 147.
(■3) Je ne crois pas qu'il y ait lieu de distinguer entre i/oc(?-on)îus et Hesdrennus, comme le fait Travers {Hist. de Nantes, t. I, p. 160) et le Gallia christiana à sa suite. Les documents cités à l'appui delà distinction no sont pas tous authentiques; du reste, les orthographes Hedrennus, Hedren, H esdr en, diSèrcnt peu de la forme H octronnus de la Chronique de Xantes. Ce dernier document, dont la tradition paléographique est si imparfaite, comporte facilement l'erreur de transcription d'où est née la différence des deux formes.
(4) His autem temporibus ecclesia Nannctica a pastore vidua scptcm annis remansit et fuit semper in potcstate Guerech derelicta (Morice, Preuves, t. I, p. 32, 148).
Nantes au dixième siècle. En ce qui regarde la première partie, cette tradition devait évidemment s'appuyer sur un document écrit, sur un catalogue tenu à jour depuis un temps voisin des origines.