M. B. HAURÉAU
MEMBRE DE L'i.NSTITUT
M. Léopold Delisle rendit un bien grand service aux études d'histoire ecclésiastique locale le jour où il publia son mémoire sur les Anciens catalogues des évêques des églises de France (1). Ces catalogues n'étaient connus que d'une manière très vague ^ beaucoup d'entre eux n'avaient point été publiés ou, ne l'avaient été que dans des livres peu abordables : aucun dépouillement systématique ne permettait de se renseigner sur ce que nous pouvions avoir conservé de pièces de ce genre et de se faire une idée de leur valeur.
Et cependant il y avait là comme une source nouvelle où Ton pouvait puiser une connaissance plus claire et plus exacte de nos origines religieuses. Parmi les églises de l'ancienne Gaule, quelques-unes seulement ont une histoire épiscopale suivie, une série de notices biographiques analogues au Liber pontificalis de Rome et rédigées sur son modèle. Mais beaucoup possédaient au moyen âge des catalogues de leurs évêques, accompagnés ou non d'indications chronologiques.
Ces catalogues n'ont pas tous la même valeur. Il y en a qui ne sont que des compositions artiflcielles, des séries arrangées tant bien que mal par des rédacteurs tardifs. D'autres, exacts dans leur ensemble, ne sont pourtant pas exempts de lacunes ou n'ont pas échappé
(1) Histoire littéraire de la France, t. XXIX, p. 386 (1884).
à des interpolations, soit accidentelles, soit voulues. En général, les mauvais ont un peu compromis la réputation des autres. Il importe donc de faire ici le départ de l'ivraie et du bon grain.
La meilleure manière de s'y prendre c'est de publier les textes, de les comparer, de tirer au clair leur origine et leur date , autant que cela est possible. C'est ce que j'entreprends aujourd'hui pour les catalogues épiscopaux de l'ancienne province de Tours. Après avoir longtemps travaillé au livre épiscopal de Rome, il ne me déplaît pas de consacrer quelques efforts aux documents analogues qui se rencontrent dans notre pays. Si je commence par la province de Tours, c'est d'abord à cause de l'importance du siège de saint Martin aux temps anciens de notre histoire religieuse , ensuite parce que cette province est la mienne. Il faut être de sa paroisse.
Les observations que j'ai ajoutées çà et là au texte des catalogues n'ont d'autre but que d'en faire ressortir la valeur et de montrer leur concordance avec les données historiques certaines, trop rares, malheureusement, que nous possédons sur l'origine des diocèses et l'histoire des anciens évêques. Si, sur quelque point, je me trouvais en désaccord , je ne dis pas avec des systèmes artificiels ou des combinaisons légendaires dépourvues de toute autorité, mais avec des traditions vraiment dignes de ce nom ou avec des documents qui m'auraient échappé, je serais infiniment reconnaissant aux personnes qui me les signaleraient. La vérité avant tout. Il ne m'en coûtera rien de me corriger si je me suis trompé.
En dédiant ce mémoire au savant à qui nous devons l'achèvement du Gallia christiana, et notamment le volume relatif à la province de Tours , j'entends faire preuve de mon respect non seulement pour cette oeuvre
si estimable, mais, en général, pour les travaux qui ont précédé le mien et Tont rendu possible.
Parmi les manuscrits où figurent des catalogues épiscopaux de la province de Tours, les uns en contiennent plusieurs, les autres n'en contiennent qu'un seul. Je vais décrire ici les premiers, pour éviter. des répétitions inutiles^ quant aux autres, je les décrirai au moment où j'en ferai usage.
1. — Le premier recueil de Saint- Aubin d'Angers^ conservé dans le manuscrit n° 465 du fonds de la reine Christine , au Vatican , XF siècle.
Ce livre a été évidemment exécuté pour une église du diocèse d'Angers. Il contient les vies de quatre saints évêques de ce siège : saint Maurille (f. 1), saint Lizin (f. 24'), saint Magnobode (f. 36'), saint Aubin (f. 74'). Entre les deux dernières sont intercalés des extraits d'une vie de saint Samson de Dol (1). A la suite de la vie de saint Aubin f. 81') se trouve un catalogue des évêques d'Angers, disposé d'abord en deux colonnes encadrées sur le f. 81', puis en une seule, également encadrée, sur le folio suivant^ r°. Ce catalogue paraît avoir d'abord terminé le manuscrit. Mais peu après on y joignit le chapitre xciv du De gloria confessorum de Grégoire de Tours, où il est question de saint Aubin (f. 82'), puis des catalogues
(1) C'est le même texte que celui qui a été publié par dom Plaine dans les Analecia. BoUandiana, t. VI, p. 77 et suiv. Cf. Bulletin critique, 1887, p. 397. Dom Plaine considère cette rédaction comme la plus ancienne de toutes, en quoi il se trompe, car elle est du dixième siècle. Je suis redevable d'une bonne description de ce manuscrit à mon jeune ami M. l'abbé L. Guérard, chapelain de Saint-Louis des Français. Ses études m'ont permis de compléter les observations que j'avais faites par moi-même.
épiscopaux de Nantes (f. 83), de Sens (f. 83'), d'Orléans et du Mans (f. 84).
Les catalogues contenus dans ce manuscrit s'arrêtent respectivement :
Celui d'Angers à Hubert (1010-1047), Celui de Nantes à Gautier II (1008-1041), Celui de Sens à Archembald (959-968), Celui d'Orléans à Odolric (1021-1035), Celui du Mans à Avesgaud (1000-1036).
Cependant le catalogue d'Orléans contient encore de première main le nom de Rainier, troisième successeur d Odolric, les deux prélats intermédiaires Isembard et Haderic étant omis. De cette circonstance, on doit conclure que les quatre derniers catalogues n'ont été transcrits à la fin du manuscrit que depuis l'année 1070, date de l'avènement de Rainier (1070 1080). Par ailleurs, le texte des catalogues d'Angers, de Nantes, d'Orléans et du Mans représente la tradition telle qu'elle existait avant le milieu du onzième siècle. Avec celui de Sens on remonte plus haut encore.