Le recueil de la Grande chronique de Tours
L'auteur de la Grande chronique de Tours avait joint à son texte un certain nombre de catalogues historiques, épiscopaux et autres, qui n'intéressent pas notre région. Mais il compléta ce recueil en y faisant entrer des listes des archevêques de Tours, des évêques du Mans, de Nantes et de Poitiers. Ces listes figurent dans les deux manuscrits qui nous sont parvenus de la Grande chronique, le Cheltenhamensis 1852 (1) et le Parisinus 4991. Ce recueil a dû être formé en 1226 ou 1227. On y trouve en effet l'évêque de Poitiers Philippe, nommé en 1226^ d'autre part les derniers titulaires de Nantes et de Tours sont Etienne de la Bruère, mort en 1227, et Jean de Faye, mort en 1228.
(1) La Bibliothèque nationale possède deux copies du Cheltenhamensis , le ms. latin 11,478 et le t. XLVI des mélanges Colbert; la première est de la main de Sirmond, la seconde de la main d'André Duchesne.
Le chapitre De episcopis Turonicis, par lequel se termine l'Histoire des Francs de Grégoire de Tours, est de beaucoup la plus ancienne imitaiion du Liber pontificalis de Rome (1), le plus ancien livre épiscopal qui nous soit parvenu. L'église de Tours a possédé, dès la fin du sixième siècle, une série de notices sur ses évêques, depuis la fondation, et elle la doit à l'homme le mieux placé pour connaître ses traditions, le plus qualifié pour les produire, le plus capable de les exposer sincèrement. Il est bien regrettable que l'œuvre du sage et consciencieux Grégoire n'ait pas trouvé de continuateur (2). Cependant, on ne peut dire que le clergé de Tours ait perdu, après lui, tout souci de son histoire. Le catalogue épiscopal fut tenu à jour et pourvu d'indications chronologiques. On ne manqua pas de le rattacher au libellus de Grégoire.
Malheureusement, les essais de ce genre qui nous sont parvenus ne sont représentés que par des textes d'assez basse époque. Encore les plus anciens sont-ils les moins complets. De la liste seule, sans aucun chijBfre, on peut
(1) Voy. mon édition du Liber pontificalis, t. I, p. lui.
(2) Ironie du sort ! Tandis que cette œuvre sincère vieillissait sans que l'on sentît le besoin de la continuer, l'audacieuse imposture intitulée Aclus episcoporum Cenomannensium fut reprise et tenue à jour par des écrivains sérieux. Il est vrai que l'écriture coûtait moins au neuvième siècle qu'au septième.
produire, après un mauvais essai du neuvième siècle, un bon exemplaire qui remonte au milieu du onzième. Quant aux catalogues avec chiffres, les plus anciens spécimens ne remontent qu'aux dernières années du douzième siècle.
Je ne veux point rééditer le libellus de Grégoire de Tours, qui est entre toutes les mains. Je me bornerai à donner, dans l'ordre d'ancienneté, d'abord les catalogues avec chiffres, puis les simples listes.
Les catalogues avec chiffres sont au nombre de trois :
1° Celui qui figure sur un feuillet de parchemin , tout à fait isolé , mais relié avec beaucoup d'autres fragments , pour former le manuscrit 92 A de la bibliothèque de Berne. Dans ce recueil, il porte le n° 32. La copie que je publie a été exécutée par M. le vicomte Romuald Desbassayns de Richemont, qui a bien voulu la mettre à ma disposition. Le feuillet en question est déchiré de telle façon que l'on ne peut voir jusqu'à quel évêque le catalogue se poursuivait de première main. Il allait, en tout cas, au delà de l'avènement de Barthélémy I (1052;. L'écriture est estimée du douzième siècle par M. Delisle ; au verso on a ajouté, après coup, le nom et les chiffres de l'archevêque Jean de Faye, mort en 1228. Ce catalogue commence à saint Catien ; du libellus de Grégoire il n'a pris que les chiffres.
2° Le catalogue contenu dans le Cartulaire de Quimperlé. Il va jusqu'à l'archevêque Gilbert et donne même la durée de la vacance après lui, ce qui suppose qu'il a été arrêté à la fin de l'année 1125. Comme le précédent, il commence à saint Catien ; mais au lieu des chiffres, il emprunte au libellus un petit résumé de chacune des notices épiscopales.
3" Le catalogue de la Grande Chronique de Tours. Il débute par le libellus de Grégoire, dont il a le texte à peu près complet. Vient ensuite la série des successeurs de Grégoire, avec la durée du pontificat jusqu'à l'avènement de Jean de Faye, en 1208.
Outre les manuscrits de la Grande Chronique indiqués
plus haut, ce catalogue figure ou plutôt figurait dans les manuscrits suivants :
a) La seconde Pancarte noire de Saint-Martin. Ce livre est perdu, mais il nous reste deux copies du catalogue, l'une de Baluze, l'autre de dom Le Sueur, toutes deux conservées à la Bibliothèque nationale (1). La série s'y arrêtait à Geoffroy de la Lande (f 1208) ; dans le manuscrit de Le Sueur, elle se continue jusqu'à l'archevêque Victor Bouteiller (1630-1670), mais d'après une autre source (2).
b) Un autre manuscrit copié par Le Sueur (3) ; le catalogue y commençait à Pelage , successeur de Grégoire , et n'allait que jusqu'à Hardouin (f 980). Le Sueur ne dit pas si avant Pelage on y trouvait le libellus de Grégoire et si l'interruption après Hardouin^ était accidentelle. Je suis bien porté à croire qu'il en était ainsi et que ce catalogue n'était pas plus ancien que celui de la Grande Chronique : les variantes, la disposition du texte, d'où sont exclues les indications de vacances, la coupure si nette au-dessous du libellus^ tout le rapproche des précédents.
c) Le catalogue que Maan, dans son histoire de l'église de Tours, cite sous le nom de Catalogue d'Amboise. On n'en connaît qu'un petit nombre de leçons; M. André Salmon les a relevées dans le texte de Maan (4), qui s'en sert jusqu'à Jean II de Montsoreau (1271-1285). On ne sait au juste où il s'arrêtait.