‹ Les anciens forts de Lachine et Cavelier de La Salle [microforme]Chapitre 23 sur 23 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En outre de la protection que ces forts donnaient aux intérêts personnels du propriétaire, ils servaient de refuge aux colons. À l'approche de l’[roquois, un coup de canon leur annonçait qu'il était temps de laisser les champs et de rentrer dans le fort.

Tous les historiens s'accordent à dire que les sauvages n'attaquaient jamais les forts ; c'était derrière une souche ou un arbre, et toujours cachés en embuscade, qu’ils se jetaient sur nos colons.

Au besoin, ces colons faisaient le service de volontaires, Le recensement de 1681 constate que chacun avait son fusil et même plusieurs en possédaient plus d'un. René Cuillerier en avait six etun pistolet ; Jean Fournier, trois ; Jean Millot,deux ; Robert Fournier, deux ; Pierre Gauthier, deux ; Jean Gourdon, deux ; Barthélemy Vinet, trois ; François Lenoir dit Rolland, six ; Olivier Quesnel, deux ; René Huguet, deux ; Nicholas Ozanne, deux ; Jeanne Meray, deux. Il ne faut pas oublier que Lachine était alors le poste le plus exposé aux incursions des [roquois.

Le fusil leur servait encore plus pour défendre leur vie que pour tuer le gibier et la bête fauve, De Cathalogne raconte qu'au massacre de Lachine, un seul habitant avait réussi à défendre sa maison, et qu'une femme, avec un fusil qui n'était pas chargé et qu'elle couchait en joue de temps en temps, fit peur aux sauvages qui la poursuivaient et réussit de cette façon à protéger sa mère et elle-même jusqu'au fort Remy. Vieux Lachine. p. 48.

Ces actes d’héroïsme ne sont pas isolés: c'est l'histoire de

tous les habitants de ces temps héroïques.

Tous ont abattu la forêt et tiré les premierssillons de charrue, le fusil à la main. La moindre négligence ou imprudenco à cet

égard était à peine de mort, Exemples, ce pauvre Jean de Saint- Perre, Nicolas Godé, son beau-père, et Jacques Noël travaillant sans armes à la toiture d’une maison et recevant une balle de sauvages qu'ils avaient invités à diner en jlein temps de paix. Un autre jour, c'était Jouaneaux et ses quatre compagnons qui étaient attaqués en revenant des champs. M. Lemaître, économe du Séminaire, et deux ouvriers furent massacrés pendant qu'ils retournaient du blé mouillé, pour avoir imprudemment laissé leurs mousquets à une petite distance. Les registres de Lachine indiquent le décès de quatre soldats du fort Rolland et de trois habitants qu'ils escortaient, tous tués par les Froquois, le 26 juin 1691, “après le soleil levé en allant cercler leur blé.” Où est l’archéologue capable de donner la liste complète de tous ces pionniers morts pour la cause de la colonisation ?M. Huguet-Latour a collectionné les noms de quelques centaines de ces martyrs dans l'Annuaire de Villemarie, page 316. Combien de centaines d’autres peuvent être ajoutés à cette liste.

Le défricheur, l'habitant, voilà le plns grand de tous ces héros, Le traiteur et le fonctionnaire public faisaient leur propre affaire. Leseigneur, le militaire et le découvreur glorifiaient le nom de la France et leurs propres noms. L'habitant et le prêtre faisaient humblement la NouvelleFrance. Ceux ci sont restés, ceux-là sont disparus.

La vie du simple colon vous passionne, et lorsque vous l’étudiez, à Lachine ou ailleurs, vous vous sentez irrésistiblement porté à devenir légendaire,

J'ai été amené à étudier les origines de Lachine par l'invitation que m'ont faite mesélecteurs de leur donner une conférence su: le massacre de 1689, lors des cérémonies commémoratives de 1889, J'ai été forcé, en conséquence, de consulter les archives de cette paroisse et les vieux greffes des notaires de Villemarie, afin de leur faire connaître la situation de leurs ancêtres lors de ce douloureux événement, L'étude des premiers jours de la colonie a pour moi plus de charme que celle de toute autre période de notre histoire. La connaissance de ces temps héroïques est encore plus merveilleuse que celle de la noire Afrique de nos Jours.

De La Salle et tant d'autres Canadiens, qui ont visité les bourgades des tribus sauvages de ce continent d'Amérique,

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n'avaient pas d'armée pour les protéger, ni la vapeur et les données de la science moderne pour faciliter leur marche. Mais ce qui est encore plus admirable. plusieurs de ces hardis voya- Seurs se sont arrêtés à certains points de leur passage, sont devenus colons, ont fondé des établissements an prix de privations de toutes espèces, et.au risque continuel de leur vie, ont conquis ces contrées à la civilisation.

Lorsque ce continent d'Amérique se fera vieux, l’histoire de ces pionniers du XVIIe siècle se lira avec plus d'intérêt et plus d'étonnement que les légendes des héros de la mythologie ; s'ils ne sont pas des dieux, leurs œuvres du moins sont marquées au cachet divin,

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