Helbig, L'épopée homérique, p
La plus ancienne tradition d'un voyage dans le centre de TEurope est conservée dans la légende des Argonautes. Sans doute inspirée par des récits de voyageurs barbares, elle ne parut aux Grecs mériter guère de créance ', et, les routes continentales qu'elle faisait connaître n'étant point alors fréquentées des Grecs ni des Romains, la réalité n'en a été confirmée que par les découvertes de l'arcliéologie.
Dans le poème d'Apollonios de Rhodes '', les Argonautes, après le meurtre d'Apsyrte, sont poussés par la tempête dans le fleuve Kridan, près de l'endroit où l'on recueille 1 ambre. Chassés par les exhalaisons des marais, ils pénètrent dans le Rhône, fleuve qui a trois branches, dont l'une se jette dans l'Océan, l'autre dans la mer Ionienne en se confondant avec l'Eridan, la troisième au fond de la mer de Sardaigne 'K Les Argonautes, ayant suivi la première branche, se trouvèrent au milieu des lacs orageux du pays des Celtes et risquaient d'être conduits dans l'Océan, liera, du haut des monts Hercyniens, les arrête, leur fait rebrousser chemin ; ils traversent, sans être vus, les tribus des Celtes et des Ligyes, et, sortant du fleuve par la troisième embouchure, abordent aux îles Stœchades ^. Si l'on admet qu'il y a confusion, d'une part, entre le fleuve à l'embouchure duquel on recueille l'ambre et le fleuve à l'embouchure duquel les marchands méditerranéens embarquaient l'ambre (celui-là se jetant dans la mer du Nord et celui-ci dans l'Adriatique), et, d'autre part, entre le Rhin et le Rhône, on peut assez facilement déterminer la route : les Argonautes remontent le Pô ; de la vallée du Tessin