LES FRERES DU MON-T CARMEL
Iith. Decc^ueT,.
NO^lHOmS.
av<irU(Vsiir lequel il puisse loinher à i^ciioiix. " Kl en ejlel, le |)i'l(>ri!i , en iihonl.inl de ce côlé la lerre travadlén par dn nurades, touche à un lieu que beaucoup de miracles ont consacré. C'est dans une des grottes du Carme! ({u'Klie se eaclia pour échapper aux persécutions de Jézahel. C'est au sonnnel du mont que les quatre cent cinquante prophètes du culte de Jîaal et les quatre cents prophètes d'Israël se réunirent afin (piuii miracle décidât lequel de Ikial ou de Jéhovah était le vrai Dieu. C'est du haut du Carme] ({u'HIie parlait en souverain aux éléments : il ouvrait, il lermait à son gré les écluses du ciel. Mais écoutons Racine rappelant ces prodiges accomplis près du nionl . sacré : •
Des prophètes menteurs la troupe confondue,
Et la flamme du ciel sur l'autel descendue;
Élie aux éléments parlant en souverain , .
Les cieux par lui fermés et devenus d'airain,
Et la terre trois ans sans pluie et sans rosée;
Les morts se ranimant à la voix d'Elisée, etc.
Depuis ces temps miraculeux, le Carmel est resté en Fti pcrssession des Fidèles. Après Élie, Elisée; après Elisée, lesfds des prophètes jusqu^à saint Jean. Après la mort du Christ, de pieux solitaires y fixèrent. leur demeure; mais il faut aller jusqu'au douzième siècle pour trouver quelque trace d'établissement régulier. C'est un Calabrais qui, le premier, réunit sous son autorité dix cénobites qui reconnaissaient le rite romain. Deux siècles plus tard, l'ordre des Carmes y prit naissance. Saint Alberl en fut-le fondateur. Albert était non-seulement un saint personnage, mais un homme d'une fiante capacité, estimé des souve- • rains de son temps pour sa prudence, pour sa droiture et pour son habdeté dans les affaires. Le pape Clément III et Frédéric Barberousse le choisirent .pour arbitre de leurs différends, et Célestin III et Innocent III l'employèrent souvent dans des négociations difficiles. En 1206, Albert fut nommé patriarche latin dé Jérusalem. Ce législateur des carmes établit dès lors pour l'ordre naissant une constitution qui, bien qu'adouci(^
(lucliiucs iUHiées plus lard par le pape liiiiocotit IV, ii eii a pas moins conservé un grand caraclèn' d'auslérilé. Le couvent l'ut hàli à l'ciidroit nicinc ou VÀw avait dressé son aut<'l (^t con- Ibudu les faux proi)lièles de Uaal ; e(, depuis, ce couvent s'est loujours (tuvert gratuitement à tous ceu\ (|ui souffraient, (|ui avaii'iit l'ai Ml el soi!'.
Toulel'ois ce lieu de prière et d hospitalité n'a pas traversé tant de siècles sans vicissitudes et sans outrages. Les .soldats de Titus, et, douze cents ans plus Um\, les soldats des soudans dévastent le saint monastère ; mais coiniue ini oiseau qui refait son .nid après l'orage, la sainte famille,' après chaque désastre, ras" send)lait de nouveau ses enfants, dispersés, et reprenait son œuvre de religion et de charité. D'ailleurs, même après l'abandon de la Terre-Sainte par les Français, le nom de saint Louis y pro- . tégeaii les chrétiens. Plus tard, leur sécurité devait être plus grande encore; car, à partir de François P^ les établissements catholiques de tout le Levant, et particulièrement le Saint-Sépul- (;re et le Mont-Carmel, furent placés, par les traités, sous le patronage de la France.
Cependant- les derniers temps du saint hospice semblaient être venus. En 1799, Bonaparte, en se retirani sur Jafîa après le siège infructueux de Saint-Jean-d'Acre, laissa dans le couvent des Carmes ses malades et ses blessés. Peu après, les Turcs se rendent maîtres du monastère, et, malgré la résistance des commissaires britanniques et les représentations constantes de sir Sydney Smith, les janissaires de Djezzar massacrent sans pitié les blessés français, dispersent les moines, et laissent inhabitable • la maison de Dieu.
Vingt ans plus tard, ce monastère en ruines semblait encore trop menaçant au pacha d'Acre, Abdallah, qui nourrissait une haine profonde contre les chrétiens-. Les Grecs venaient de se révolter. Abdallah écrit au Grand-Seigneur que ces murs encore debout pourraient bien un jour servir de forteresse à ses ennemis. Il lui demande l'autorisation de les détruire. Cette autorisation est accordée sans peine. Dans le même temps,, le gé-
lierai de l onlrr dus (^rmes, à Home, cAwiyynii au (laniirl un frère (le frère .leaM-Haplistc (^asini), architecte liahilc. (juil cliargcait d'examiner si le couvent pourrait être rcc^onstruit. Le frère part, et à peine arrivé à Kaifia, il entend l'i'xplosioti des mines et voit sauter en l'air les débris du monastère.
Le frère Jean-Baptiste pleura suj- ces débris comme autrefois Jérémie avait pleuré sur Sion détruite. Sans doute il s'écriait avec le grand prophète : « Comment cette contrée naguère si peuplée s'est-elle changée enune vaste solitude? Les routes qui conduisent à ses murs sont en deuil... 0 vous qui traversez ces lieux solitaires, voyez, et jugez s'jl est une douleur comparable à la mienne... Couvre-toi du cilice, répands la cendre sur ta tête ; pleure comme une mère qui a perdu son fils unique, fais retentir l'air de tes douloureux gémissements, car l'impjloyable dévastateur, est venu.^) Mais après avoir pleuré, le saint frère entendit sans doute cette voix d'un autre grand prophète : « Le Seigneur dit : Parle à ces ossements et dis-leur : Ossements arides, écoutez la parole du Seigneur. Le Seigneur dit : Je vais, vous animer de mon souffle, et vous vivrez... Qyie ton souffle parte des quatre points du monde, qu'il anime ces morts, et qu'ils vivent.-. J'ouvrirai vos tombeaux, je vous appellerai du fond de vos sépulcres; car vous êtes mon peuple, et je vous ramènerai sur la terre d'Israël ; et quand j'aurai ouvert vos sépulcres, quand je vous aurai fait sortir de vos tombeaux, vous saurez que je suis le Dieu tout-puissant; j'ai dit, et ce que j'ai dit a été fait. ')
Or, voyez maintenant comme ces paroles s'appliquent merveilleusement au Carmel. De .son temple, de son couvent et de son hospice il n'y avait plus rien que des ruines en 1821, et voici qu'aujourd'hui, en 1843, s'élèvent sur ces ruines saintes un temple, un hospice, un couvent, plus grands et plus beaux que les premiers. Nous sommes sur la terre des miracles. Racontons comment celui-ci s'est fait.
. En 182(5, le frère Jean-Baptiste, qui était à Rome, se rend à Constantinople. Grâce au crédit de l'ambassadeur français.
M. (le LMioiir-MaulxMiri!;. il ohlicnl dti stilt.ui Maliinoud un lirinaii (lui autorise la rccoiisli-uclioii du uioiiaslrrc. Il eu es- (juisse rapideinciil le plan, rcvienl à Uoinc, et bieniol apnV. s'einl)ar<iue jM)ur kaifliu Ouand il y arriva, le dernier IVerede la coinniunauté, (fiii s'était relire dans celle ville, venait d'y mourir. Frère .leau-Uaptiste gravit, seul et triste, la nfiontagne. Il se recueille un înoinent dans la prière, puis, s'asseyant sous un sycomore, il achève le plan du monument. Il en fit. ensuite le devis, (]ui s'élevait h 350,000 francs. Frère Jean-Baptiste ne possédait rien, ni lui ni les siens, mais il ne s'en inquiétait pas: l'aumône devait pourvoir à tout. Il avait reconnu que l'ancien couvent n'avait (ju'un terrain fort restreint : il veut doter le nouveau de dépendances plus considérables ; il parcourt les environs. A cinq lieues du Carmel il remarijuc deux moulins à eau qui ne fonctionnent plus, et, à deux lieues plus loin, il trouve la source qui les alimentait autrefois, et dont les eaux ont été détournées sans profit pour l'agriculture. C'était pour le futur couvent un trésor que cette source et ces deux moulins. Il veut les acheter. D'argent, point encore; mais que ne fera point cet homme qui a déjà tant fait ! Vous verrez qu'il aura les deux moulins. Ils étaient la propriété d'un de ces Drusesqui se disent descendus des Israélites qui adoraient le ve'aud'or. C'eût été, au sentiment de ces idolâtres, une impiété que de vendre un terrain légué par leurs ancêtres, et ils s'y refusèrent obstinément. u Ce terrain que vous ne voulez pas me vendre, dit alors frère Jean-Baptiste, louez-le-moi.» Le Druse y consent. Le frère devait payer sa location au moyen dés bénéfices que donneraient ses usines; mais pour mettre les usines en mouvement il fallait d'abord les réparer, et les réparations semblaient devoir être coûteuses; de plus, il fallait y amener les eaux par une canalisation tout entière à faire Or, l'argent manquait pour ceci comme pour le reste. Frère Jean Baptiste alla trouver un Turc qu'il avait connu dans son premier voyage, et lui demanda 9,000 francs à emprunter. Il proposa de le rembourser sur les produits des moulins. Cette garantie peut sembler illusoire;
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iii.iis lien' .lr,iii-l)a|>lis(<' csl ('liKjiit'iil : il latrie (lu j>r(i|)li(,'U' l'^lic, (loiil le nom csl en grande vénération parmi les Turcs. De plus, je IVcrc (loniuiil sa parole, et chez un peuple oii l'on ccijl peu de contrats, la parole d'un lionnne est restée quehjue chose. Notre Turc prêta donc les 9,000 francs, cl bicnlol les travaux de répai'alion et de canalisation commencèrent. En même temps commencèrent aussi les pèlerinages lointains de frère Jean- Baptiste. Il parcourt d'abord les côtes de l'Asiô-Mineure, les Iles de l'Archipel, les environs <ie Constantinople, demandant partout des secours. 11 recueillit (h celte excursion 20,000 francs, et, revenu sur sa montagne, en 1828, il posa la picmière pierre du nouveau temple, le jour de la Féle-Dieu, jour pour jour, heure pour heure, sept ans après la destruction de l'ancien. Les 20,000 francs épuisés, frère Jean-Baptiste se remet en route. En sept ans, quatorze fois il quitta le Carmel, et quatorze fois il y revint. Jl a visité Jérusalem, Damas, Beyruth, Sydon, Tyr, Jaffa, Alexandrie, le Caire, Malte, Tripoli de Syrie, le mont Liban, Smyrne, Athènes, Lépante, Corfou, Constantinople, Tunis, Tripoli d'Afrique, Syracuse, Girgente, Païenne. Il a fiiit mille lieues sur la côte redoutée d'Afrique ; il est allé à Gibraltar ;il est entré en Espagne, en invoquant le nom de sainte Thérèse ; en Angleterre, en invoquant celui de saint Simon Stock, né dans le comté de Kent ; puis enfin il est venu en France, la terre de saint Louis, où les cœurs et les bourses s'ouvrent si facilement pour toutes les infortunes, et qui a concouru pour une -large part au trésor pieux destiné à la réédification du tenq3le. Enfin ce temple s'est- élevé. En l'absence du frère Jean-Baptiste, frère Matthieu de Sainl-Paùl a dirigé l'exécufion des travaux. C'est encore un digne et habile frère que celui-ci. Les Arabes, émerveillés de sa facilité à parler presque toutes les langues de l'Orient et de sa prodigieuse activité qui suffit à tout, l'appellent le frère Cinq-Cents, c'est-à-dire valant cinq cents personnes. (Lo chiamano, me disait le frère Charles, Fra Cinquecento, volendo dire che Fra Matteo è buono per cinquecento persone.) Donc le temple s'est élevé; mais, celle fois comme toujours, le
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(l«»vis des dépcrïsos a (Mo de heaucoup dépassé, lia réédilicalion a déjà coulé 500.000 ïra lies, et il resie encore à l'aire une i^raiide el utile conslruclioii, celle d'un mur d'enceinte, pour proléger contre les alta(]ues des tigres et des chakals qui s'embusquent sur les lianes de la m<»nlagiie les habitants du monastère et les voyageurs qui viennent y chercher abri et secours. Ce mur d"(înceinte est indispensable, mais les tonds son épuisés au (larmçl : une nouvelle ciuéle est nécessaire. Frère Jean-Baplisle allait partir pour cette quête, et c'est en France (ju'il venait la faire : déjà il avait repris son bâton de voyageur; mais ses forces trahissent son courage. Frère Jean-Baptiste a soixante-six ans! 11 a (l('>jà parcouru tant de mers ! visité tant de cités! 11 comprend que Dieu réserve à d'autres mains la gloire de cette dernière moisson. Il s'est alors adressé à l'un de ses plus inteUigents compagnons, le frère Charles d'Ognissanti, et le frère Charles est parti pour la France. C'est lui que nous voyons depuis quelque temps à Paris. Si vous Tavez, pïir hasard, rencontré dans les rues, vous vous êtes sûrement arrêté pour admirer ce beau costume levantin, et plus encore la noble tête de celui qui le porte , un type romain à la fois énergique et doux ; et si vous avez reçu chez vous le frère Charles, si vous l'avez vu chez lui, ou dans le monde, vous aurez été frappé de la mobile expression de cette figure qui fait paraître tant d'intelligence et de cœur. Sa conversation vous donne tout ce que promet sa figure; mais, à vrai dire, pour jouir bien complètement de cela, il faut savoir un peu d'italien, et le laisser parler sa belle langue. Il vous dira alors ses voyages. On ne saurait croire combien ses récits sont attachants. Que de traverses ! que de périls ! que de fatigues et de privations ! Mais je veux, en courant, vous en raconter quelque chose. En 1835, le frère Charles était venu en Italie. Il parcourait le royaume de Naples. Le choléra y éclate tout à coup. Les populations éperdues fuient en vain devant le fléau : la mort est partout de l'uiie à l'autre mer. Sous ce ciel éclatant, dans cet air si pur et si doux, chargé de vie et de bonheur, il n'y a de fléau redouté que l'Etna. Mais l'Etna
iJiciiact' iivaiil (Ir rnippcr : il ohNcurcil 1rs riciix d )'|>.iinS(*s Iiimées, il éhniiilc la Icrrc, il rii;^il, il loiinc. L(;s Napolitains vivent IraïKiuilles et confiants, à ses pieds; ils complciil sur ((^s avertissements. Mais le choléra n'envoie pas aux peuples des [)récurseurs de ses colères : il trappe à l'itnproviste, dans le silence, et il vous atteint partout. 11 est comme cet ani^e dont parle l'Ecriture, ange de mort, aux invisibles coups, que le Seigneur envoya dans le camp de Sennachérib, et ({ui, dans une nuit, tua cent (piatre-vingt mille de ses soldats en les touclianl de son haleine. Le mystère (fui enveloppait dans sa marche le fléau destructeur fit naître les plus absurdes soupçons : là, comme en Russie, comme à Londres, comme à Paris même, on crut à des empoisonnements, et il y eut des victimes des fureurs populaires. Les villes avaient fermé leurs portes ; les bourgs, les villages, les moindres bameaux interdirent également leur entrée. Malheur à l'étranger errant dans les campagnes ! il était exposé à être massacré ou à mourir de faim. Frère Charles quêtait alors à une assez grande distance de Naples. Son habit religieux avait jusque-là protégé sa vie, mais n'avail pu* faire lever l'interdiction d'entrée dans les villes. 11 élait sans asile et sans pain ; nulle habitation ne voulait le recevoir. Chose étrange! on laissait mourir de faim l'un des plus laborieux ouvriers de cette maison du Carmel qui s'ouvre pour tous ceux qui ont faim!
Il put enfin rentrer à Naples. H obtint une audience du roi. Au moment oii il commençait à lui raconter son histoire, le roi, l'interrompant, lui dit avec bonté : « Je sais tout : vous avez bien souffert ; mais vous trouverez désormais dans mon royaume plus d'hospitalité. » Et, en effet, le roi Ferdinand donna immédiatement des ordres pour que le frère Charles rencontrai partout secours et protection. Frère Charles retourna ensuite au Carmel, et nous avons vu pourquoi il en est reparti, et pour- (pioi il est au mdieu de nous. C'est toujours, pour me servir de l'expression de M. Poujoulat, llmmhle et infatigable ambassadeur (hi }f()iil-Sa€ré auprès de la (hanté earopéeîine. 11 vient quêter
pour le mur dencoinlc. noiinons au noble quêteur. Ne soutirons pas que l'œuvre du Carme! reste inachevée. Songeons qu'il y a là. outre la question de religion, une cpiestion de civilisation. Partout où l'on fonde un monastère, on fonde une civilisation. A coté des murs du temple viennent bientôt se placer les murs de la ville : les maisons de Dieu appellent autour d'elles les maisons des honmies. Donnons au noble quêteur. Après tout, nous ne faisons qu'acquitter une dette de reconnaissance. Combien de pèlerins et de voyageurs français n'ontils pas trouvé au Carmel une généreuse et touchante hospitalité ! Et puis, savez-vous? Après la destruction du couvent en 1799, les cadavres de nos soldats, ces malades et ces blessés massacrés par les janissaires de Djezzar, étaient restés sans sépulture. Leurs ossements blanchis se montraient çà et là dispersés sur les flancs de la montagne. Les frères Jean-Baptiste et Charles ont pieusement recuedli ces os des vainqueurs des Pyramides, et ils leur ont donné, après trente ans, l'abri protecteur et inespéré d'une tombe. Une pyramide la surmonte. C'est un monument placé dans le jardin du cloître. Et puis, savez-vous encore? Dans la récente expédition anglaise de Syrie, des chrétiens de tous pays, des protégés de la France, des Arabes, des Égyptiens, s' échappant de Kaïffa que bombarde le canon anglais, de Beyruth que menace le même sort, se réfugient sur le Carmel, à la suite du vice-consul français. Ils étaient au nombre de cinq mille. Un officier anglais s'inquiétait du mouvement de cette population : on lui dit qu'elle est là sous la protection du pavillon de la France, et l'officier anglais se retire. Jugez donc si notre nom doit être béni en Palestine ! Ce nom y a conservé un prestige glorieux qui n'appartient à aucun autre peuple de l'Occident. C'est là que, au commencement de ce siècle, et à Jérusalem même, si j'en crois un souvenir de lecture dont je ne puis en ce moment vérifier l'exactitude; c'est là que M. de Chateaubriand vit des enfants, jouant dans la rue, faire l'exercice à la française. Ils commandaient en français le : Portez... armes! Les soldats des Pyramides avaient laissé en Syrie ces souvenirs de leur
rapide passage. Alil (|ii(' res souvenirs de noire gloire inilit.iir»s'effacent, si l'on veut, d(; la mémoire des peuples : celle gloire coûte trop de larmes. Mais du moins ne laissons pas perdre notre renommée d'humanité. (Conservons saintement ce refuge du r.armel qui, sur'une terre lointaine et désolée, s'ouvre pour tous ceux qui soullVent, qui ont soif et qui ont faim, cA qui sera un foyer sacré de lumières qui de jour en jour, et de proche en proche, gagnera à notre religion, à nos mœurs, à nos sciences, à nos arts, des populations que l'ignorance et le despotisme ont flétries. La foi et la lumière nous sont venues de l'Orient : que, grâce à nous, la foi et la lumière y renaissent. L'Occident s'affaisse, inquiet, malade, épuisé... Que sait-on? Peut-être qu'un jour ce vieux monde ira ravivier sa vieillesse là où la jeunesse du monde a commencé.
Auguste Despoktes.