‹ Les anglais peints par eux-mêmesChapitre 40 sur 106 · LE PRESIDENT · texte numérisé non relu

LE PRESIDENT

TYPKS l)i; TAVKIlNli:. ir,5

Eu aHoignaiU le basde l'cscalior, Nigliliii^''''' rciuonlra Sii/;iini(M|iii soil.iii ilc la salle toniniimo , et la piK par les deux mains.

<i Su/aniu' , (lil-il avec un souiIk; i|iii liapiia la Jinini' fille d eloiinemcnl , lanl elle y était peu habituée, j'espère que vous n'aurez pas mauvaise opinion de moi parce qu'ime dame est venue me voir ce soii'.

— Vraimcnl je ne saurais vous dire ni oui ni non, monsieur (Nifiblinsale, répondit Suzanne. Allons, ne me retenez pas : votre ami, <|ui faisait tant de bruit liiliaut , demande un verre de ^roi; au gin et crie comme un fou.

— Il l'est! (lit "Niïlitin^'aie en se frappant le front ; en outre , c'est le mari de cette singulière dame.

— J'aurais cru(|ue c'était votre maîtresse: je vous assure que je l'auiais cru , dit Suzanne.

— Ma maîtresse I dit l'Iiomme sentimental . je n'en voudrais pas pour le monde entier. Innocence et simplicité , voila ce qu'il me faut , ajoula-t-il en rej^ardant Suzanne s'approcher du comptoir. Quelle douce jeune lille ! sans liel , sans malice, sans art, simple et naturelle. Je l'avais souvent considérée sons ce |)oint de vue mais elle ac(|uiert aujourd'hui de nouveaux droits h mon estime. »

Presque aussitôt qu'il se fut assis dans la salle commune, M. ïibbins se mit ii examiner avec une attention tout in()uisitionnaire les figures des assistants. Son regard s'arrêta enfîn sur la remarquable physionomie de M. Ormsbv , ijni , toute la soirée, avait été muet et abattu.

(I Quel est ce cacique (|ui s'étale dans le fauteuil à bras'? Est-ce Las Casas'? est-ce Orozembo'? murmura Tibbins en donnant un coup de coude h Hillary , et en acconi- [laguant sa question d'un hoquet.

— Des remarques sur la société sont expressément défendues, répondit Hillary , et l'on punit les commentateurs en les jetant h la porte sans autre forme de procès. Ainsi je vous conseille de vous taire.

— Ah ! on les jette à la porte , s'écria l'acteui- ; fort bien I »

Cependant Nightingale était entré et était venu se placer de l'autre coté de la chambre.

(( Ami de ma jeunesse, lui cria Tibbins, ne craignez rien... approchez, buvez avec moi , et buvez comme moi. »

En disant ces mots, M. Tibbins leva son verre cl en engloutit le contenu.

« Faut-il en demander un autre?

— Je vous l'offre volontiers, dit Niglitingale.

— Je dissimule en ce moment , reprît Tibbins en s'adiessant h Hillary; où est ce ftewhara Hall , ce Dewham Hall avocat ? (|ue n'cst-il ici pour que je le punisse de ses méfaits? Vous vous rappelez Bragge, Bragge qui avait les jambes arquées... des jambes comme un collier de cheval , ou comme un sabot de cheval? Hall l'a fait mettre à la prison de Fleet.

— Mais il a trouvé moven déjouer de ses jambes torses pour en sortir, n'est-ce pas? dît Ikey.

— C'est vrai , s'écria Tibbins; mais il a été obligé de rejouer des raèn)es jambes

i"ii rvi'i:s hK i.wi'itM'.

piuir \ icnliiMv Oiicl <'sl co sdiuIhc ri iiiysIcM iciu |>orsiiiiiiiit;<' (|iii liciil le imiin.ir:' (llic! Merlin , (|ir<'sl-((M|ii(' vmis \()y<'z lli /

— KsI-coh moi <\»v \oiks vous ;t(i rossez ? (Icinand;! M. Asiiill il'iiii Ion si-vèrccii lauçnnl:) r:icteiir nn rofjard de courroux i)ai-dessus li' joniiKil.

— Oui, monsieur, ri'()0iidil Tildiins en melliml son veiicsnr la lalile. i:ii liieu ! savani néciomancien , <|uelles nouNclles?»

M. Asuill allail s'eniporler . mais un couii iroil supplianl d'IlillaiN le décida à se inodcrrr.

(( Quelles nouvelles''' <lil \si;ill en l'eii;nanl d'exainincr le journal ; je n'en vois ici iiu'uiie seule i|ui me semlile siisceptihle de vous intéresser :

FAITS DIVI'IÎS.

ÉVASION Tt'lN AI.IÉNK.

— Ah! ail ! e'esl parfait, s'écria Tihliins , c'est délicieux! Invasion d'un aliéné ! Il s'est mis ;i courir après sou esprit qui s'était enfui':' L'altrapeia-l-il , ne l'attraperal-il pas? Voila la question , n'est-ce pas, monsieur'i' n

Cette apostrophe s'adressait îi M. Ormshy, qui sentit le feu lui uKniter au visaiic.

(I C'est intolérable! dit-il en roulant ses yeux. Monsieur llillary, je pense (|ue je mérite une réponse catégorique: quel est cet individu très... très... très-inconve liant? est-ce un de vos amis?

— Mais, répondit Ikey, nous ne nous sommes pas juré une amitié éternelle.

— Comment! comment! ciiaTibbins en lui .serrant la main.

— Cependant , vous le voyez , il me regarde comtiie nu ami.

— Vraiment, dit M. Oinisby de la manière la plus majestueuse, je vois (|ur' je dois exercer ici mon autorité. Je vais commander...

— Des verres de );ros pour tout le monde , reprit Tibbins. Pour moi , je prendrai du t;ro^ au <jhi avec une tranche mince de citron.

— C'est une impertinence insupportable, dit M. Ormsby [ilein de colère et d'indignation. 11 nous est impossible, messieurs, de tolérer une pareille conduite. Je demande avec instance que ce genlleman soit mis "a la porte, n

A ces mots M. Tibbins se leva et invita gravement et polimenl M. Ormsby à faire épreuve avec lui de sa dextérité manuelle dans l'art du pugilat. Il adressa la même invitation à !M. Asgill , puis "a un troisième, et successivement a toute la <ompagnie séparément et collectivement. Il parlait haut , ciiail beaucoup, piolérait des menaces lerribles; mais il n'en tut pas moins expulsé de la salle par le robuste bras d'tlillary, qui l'entraîna hors de la taverne , parvint adroitement h obtenir de lui son adresse , et le fourra dans un labriolet.

■ Cocher, dit llillary en montiaiit la tèle vacillante de Tibbins, il a bu un coup di' trop; ayez bien soin de vous en faire payer

— l ne c(mduite comme celle dont nous avons été témoins est extiêmemenl ré- ]iréliensible, dit M. Ormsby lois(ine lke\ lui rentré dans la salle. Je ne in'étoniK'

lYPIiS Dli l'AVlillM:. 135

plus (|i]c les Beulieiis aient enivré leurs esclaves et exposé ces l)rutes d'ilotes aii\ regards invesliiiateur-s de leur «éiiéialioii naissante, pour piéiuiinir coiilie l'ahus des li<|ueurs fortes la jeunesse adolescente, uuen pensez-vous , nioiisieui As^ill r

— C'est une suite fatale du prétendu progrès des lumières , répondit Asgill ; c'est une suite de ces théories d'éduciiiion nouvellement inventées. Voilà . monsieur, l'effet des principes lihérauv.

— Un fait, dit Ikey, peut être alléaué en faveur de cet honnne : il était dans li's vignes du Seigneur, et lorsque le cjinenUc, le ijcntleman s'en va; ii l'état sain . c'est un coiii|)agnon assez accoiuuiodaut.

— 11 est d'autant plus fàclieux , Ut oliserver Ornisby. qu'il obscurcisse aiusi les lueurs de sou intelligence.

— C'est vrai, monsieur, vntie observation est juste, dit un petit boninie pâle que personne n'avait remarque jusqu'alois; quand des êtres doués de sentiment se rabaissent volontairement au niveau de la biute, ils devraient vivre au râtelier.

— Mon Dieu, dit Ikey , si un homme se nourrit bien, un verre ou deux ne peuvent lui faire de niai. «

l'eudaut i|ue Hillary parlait. .M. Asgill et le petit botuiue pâle s'étaient salués niutuellement,

(( Mais, monsieur, dit Asgill, il y a longtemps que nous avons eu l'honneur de vous voir.

— Oui , monsieur , répondit le petit homme pâle , j'ai été faire uu voyage sur le continent; et d'ailleurs, a vrai dire, je n'aime pas beaucoup les tavernes. Je demande pardon à la société demexprimer aussi f[anchemeul.

— Et que pensez-vous des affaires en général'^ demanda Asgill. Vous en désespériez, vous le savez , la dernière fois que nous eûmes le plaisir de vous voir.

— Tout va de plus mal en plus mal , dit le petit homme pâle ; nous touchons à une catastrophe. Regardez autour de vous, l'orage qui s'apprête est facile 'a voirregardez au sud, le ciel est sombre; regardez 'a l'ouest , tout est noir et menaçant; regardez à l'est , serez-vous content de ce que vous y apercevrez f Regardez Cabul , Herat, Rungeet-Singh; reiiardez-les, regardez cela.

— Regardez quoi'? s'écria Asgill, qui était assez brusque, et d'ailleurs aimait le positif , et dont les oreilles commençaient à être fatiguées de la fréquente répétition du mot regardez. « Regardez quoi f »

— Rungeet-Singh , Herat , Cabul , reprit le petit homme pâle. La Perse est sur la défensive , la Russie se prépare a attaquer , les possessions anglaises des Indes s'agitent et se soulèvent, toute l'Asie va se mettre eu mouvement. Si les choses continuent à prendre cette tournure, cette partie du monde sera effacée de la carte.

— Si on pouvait le faire d'un trait de plume , je crois qu'elle serait bientôt rayée, dit Ikey ; les barbouilleurs de papier s'en donneraient la satisfaction.

— Notre puissance n'est plus aussi élendne iiu'aulrclois, .. lontiiuia le petit Immiiiik' pâle.

H réfléchit un moment, secoua la tête d un aii enlcmlu . cl |M)Uisuniî : " Je ne serais pas surpris que la Chine iiilervini.

156 • rVI'KS DE l'AVIlHNt:.

— La C.liino! s'écria As^ill ,1a Cliiiic ! mon clii'i' iimiisioiii' , soulTrez i|ii(' je vous le déclare ouveitemeiU, vous êtes là dans la plus coinplèle de loules les encuis. Le Céleste lùupirc n'intervient jamais. »

A ces mois , le petit individu \m\v s'appuya sur la tahie de l'air d'un homme ipii désire confondre sou adversaire.

Il Permettez-moi de vous demander, dil-il , ipielles seraient les raisons susceptibles d'emi)êclier le Céleste Empire d'inteivenir.

— Celles qui m'empêchent de passer mon nez par une l'enèlre lorsijue le maître du logis a respiré l'air assez longtemps , el qu'il lui prend envie de la fermer. »

Ce fut Ikey qui répondit de la sorte.

(c Vous cioyez donc, dit le pelit lioinme pâle, que la craiiKe retiendrait les Chinois!' 0 mon cher monsieur, a quel point vous vous abusez! Soyez-en parlailenienl convaincu, ils entretiennent depuis longtemps contre nous une inimitié cachée, ils nous doivent une vengeance terrible.

— lîh î monsieur, repartit Ikey, ne savez-vous pas que ce sont les plus grands volcuis du monde, et qu'ils ne paient jamais leurs dettes':'

— Sur ma paiole, monsieur, reprit le |)etit homme pâle, je vous prierai de vouloii- bien m'excuser; mais je ne puis m'empècher de vous déclarer qu'à mes yeux vous ignorez complètement le caractère, les mœurs, les prétentions sociales, morales et politiques de ce peuple intéressant. Vous ne connaissez pas son hisloire.

— Oh! si fait, si fait, je l'ai lue, dit llillary.

— C'est peut-être dans l'ambassade deMacailney que vous avez puisé vos renseignements '?

— Je la connais, je l'ai vue sur un étalage de libraire, car il y a eu un temps où j'avais la fureur de bouquiner. Mais en outre, monsieui, j'ai lu avecallention l'Ilisloire de la Chine par Slibootika , en quatie volumes in-folio.

— Slilioolika';' s'écria le pelil homme pâle , je n'en ai jamais enlendu paj 1er; c'est h peine si ce nom est chinois.

— Slilioolika n'isl pas un Chinois , dit Ikey , il était .laponais . natif de leddo , et son portrail fait l'oinement de Ions les cabinels de cm iosilés japonaises, .l'ai lu une tiaduction hollandaise de son curieux ouvrage dans la bibliothè(|u<! d'AmsIerdam. Comptez-bien là-dessus, monsieui, i-ontinua-t-il d'un Ion d'aulor i(é, Wang Fang^ne se soucierait pas que lohn liull ' s'invilàtii vi^iii prendre le thé sur son teriiloirerce sérail làcliei un lauieau dans un magasin de porcelaines ; quels ravages

' La iilatiiin Je l'ambassade de lord Macartney en Cliiiii'. en I7M, a été liadnilc i ii Ir.iiir.ils il lail |i,iilii' de l'Abréiîé de l'histoire générale des voyages, par I.a llupi t. \\\, l'ilituiiiiii»", mOI .

! A', du T.) ' Désignation collective du piuple Chiiiuis.

( Itl- ) ' (»ii sail ipie John Huit rst un nom donné au peuple anglais. ///(// sif;riirM' laiirran.

TYPES DE ÏAVKRNK. 137

il y leiail, iiionsiciir ! Nous aillions l)ii'iiU'>l mis loiilcs joins ciuclies en pièces!

— Oui, c'esl ee ([lie iiiius lerioiis, monsieur llillaiy , s'écria Asfîill dans un élan suuduin irentliousiasmc |)atiiotiiiuc , et eu agilanl sa canne. Oui, messieurs , aver ce bâlon , avec ce simple liâton , je me chargerais d'extei miner une demi-douzaine de mandarins au teint jaune ; je leur ferais fal)iii|uei' îles pots de porcelaine comme ils n'en auraient jamais fait : m'eu croyez-vous capable!" i>

Là-dessus M. Asgill éclata de rire.

« Sur mon honneur, dit M. Ormsby avec un sourire de congratulation courtoise, vous êtes un vrai liégulus. Régnius, monsieur Asgill, était un grand Romain (|ui, le dos appuyé contre un rocher, tua vingt-cinq hommes de sa propre main.

— Je ne sais si je suis un Régulus , répartit Asgill; mais je sais que les Chinois n'ont qu'a venir, et (]ue je les traiterai de la bonne façon ; voilà tout. »

Puis il se tourna du côté du petit homme pâle.

« Monsieur, dit-il, pour nous rapprocher de notre pays , que pensez-vous de la politique européenne?

— Tout va mal , répondit le politique d'un ton résolu , tout va très-mal. Regardez la Belgique et la Hollande, et dites-moi ce que vous pensez de ces deux nations? La France semble disposée à appuyer la Belgique; l'Autriche et la Prusse ne songent <|u'à s'agrandir, "a empiéter sur le territoire de leurs voisins; la Russie est prête à s'élancer à leur secours...

— Et l'Angleterre, monsieur?

— Ah! l'Angleterre ! reprit le petit homme pâle en changeant de ton et en psalmodiant avec un accent langoureux ; où sont ces merveilles de bois , qui faisaient autrefois la gloire du pays et l'admiration des étrangers? Elle n'a pas un vaisseau de ligne, messieurs, pour repousser une invasion; elle n'a pas une chaloupe, pas une pinasse , pas un canot à armer contre l'ennemi. .

— Quelle situation ! s'écria Ormsby , qu'elle est chanceuse , qu'elle offre de dangers! Elle est aussi mauvaise que celle de nosancêtres, lorsque Jules-César débarqua pour la premiéie fois à Harwich, et marcha contre les Pietés.

— C'est vrai, monsieur, ajouta le petit homme pâle; César marcha contre les l'ictes, les Ecossais et les Danois; ce fut, je crois, du temps du roi Alfred. Ah! messieurs, nous n'avons pas aujourd'hui dans toute l'Europe un monarque comme cet Alfred! cet Alfred-le-Grand «jui établit le jugement par jury et la liberté delà presse , et prépara la grande chai le ! ... »

Cette conversation édiUanle fut brusquemeni interrompue par l'entrée de MM. D'Oyley Tidmai'sh el Joseph Atkins. La figure de ce dernier exprimait une extrême satisfaction.

<i Vous êtes en letard, mon jeune ami, dil Iliilary, en présentant une chaise ii son disciple.

— Nous avons assisté à la réunion d'une sociélé de tempérance, dil Atkins ; n'eslce pas, monsieur Tidinarsh? et nous pouvons nous llalter d'avoir profité des discours que nous avons enicndiis.

— Ce n'esl pas bien sûr, ■/ dit le jeune d'(iyle\ en allumant son eijiare.

458 I YI'I'S DE r.W l'KNE.

riiliiiui'sli n'uiiMuil pas être accusé d'avoir été dans un tailidii uiisoii csiuil |ic)iivail recueillir le moindie avanlaîic-

« Il ne laiil pas dire cela, jeune lionnne, lépailil Alkins. Messieurs, poursnivil-il en s'adressiiMl ii la société , poui peu que vous désiriez coiinailre ninn opiiuon personnelle, je suis d'avis qu'ils sont tous plus ou moins hypocrites.

— Oùavez-vous été? demanda Ornisli\ .

— .le vais m'asseoir "a côté de vous, repiil .Joseph . si la luiiiée de ma pipe ne vous iucomuiode pas et je vous raconterai tout. Sachez donc, monsieur Ormshy, que nous avons été à la société de tempérance a NValer l.ane '.

— Une assemlilée de (ir/y/dto-A -.' s'écria Urmsby surpris, et \ous étiez lit. Joseph;'

— El j'étais la , dit Alkins avec calme. Je ne puis parvenir à allumer ma pi]"'. Non, nous n'avons pas été chez des Icelotalcrs; permetlez-nioi de vous diie. monsieur, que \ous êtes dans l'ericur: nous avons clé chez la lenipérance ; c'est tout autre chose. La tempérance ne se grise pas (piand elle iieul s'en enipLcher; les leelolalers Eie se urisenl jamais , (pi'ils |)uissent s'en empêcher on non : voilii la dillérence

— Ma loi , je l'ignorais , dit Orsrahy.

— Je vais vous dire tout ce (|ne je sais . continua Atkins Koley, qui ne se trouvait jamais a l'aise avant d'être lesté de quelques bouteilles, est devenu un homme sérieux et ^rand i)aitisan de la tempérance. Il est venu me trouver, et m'a demandé si je pouvais fournir du lait pour toute la société ; cet api'ès-midi, lorsqu'il est arrivé, j'avais débité toute ma provision ; cependant je leur en ai fourni , comme mon devoir m'y obligeait , et, comme ils ne me payaient pas bicu cher, je leur en ai donne pour leurargent. La qualité de ce lait n'était pas supérieure; ce n'était pas du lait de nature à être mêlé a la boissou d'uu r/cH//cmon comme il faut.

— Il n'était pas excessi\emeni fiais.' je le suppose, dit Ormsby. » Atkins inclina la tète en signe d'adhésion.

« C'était , poursuivit-il , un lait tel que les vaches n'en ont jamais connu ; c'était un laitsui- lequel il n'y avait jamais eu de crênn'. Cependant ils l'ont dégusté assez agréablement, i'uisse-t-il leur faire du bien 1

— Et vous êtes resté, et vous avez été Ircs-édiQé , je n'en dinite pas. dit Oiinsby avec un sourire d'encouragement.

— l'as excessivement, répondit Atkins ; j'étais sur le point de m'en aller, au conliaire quand j'ai vu ce jeune honinie «lue voici , et qui m'a déterminé 'a rester.

— Je n'avais jamais eu le malheur de voir une aussi hétérogène collection de bipèdes humains, s'écria M. lidmarsh de l'aulie bout de la salle.

— Des bipèdes! répéta Atkins. »

llnlrr l(inr sigiiinc littéralement lescnlicr » l'eau.

I ;V. llll T.)

* Voyez rarliclcdecennm.

I \ l'KS 1)K TAVKKNK. 15'J

Kl il s'abaiulouna ii lliilai itc la plus immodérée , peiisanl i|ue (■« mol ili' bipèdes (lu'll ne i()iii|iienail pas coinplcteineiit , était i|iieli|U(' noiivclh' épithite injniieiisiléeemmeut adoptée.

(I Des bipèdes! répéla-l-il ; nui, c'étaient des bipèdes, tous on général el eliacun en particulier, vous pouvez en être certains ; mais, mon Dieu! priurtinoi ne vous déciirais-jc point ce (|ui s'est passé? »

Alors Atkins déposa sa pipe et coinmençason récit, en l'eiitremèlant d'imitations de lu voix et des manières de ses pei son nages. Certes, feu Charles Matliews ', d'immorlelle mémoire, aurait pu l'étudier avec avantage.

(1 Quand leur thé fut fait , quand tontes leurs préparations furent terminées , un yciillciiian liès-bieu mis se présenta à l'extrémité de la chambre; il avait la plus longue ligure que j'aie jamais vu, une viaie face de Don Quichotte : il se mit ii tousser, c'était une espèce désignai pnur i|ue la compagnie applaudit, ce qu ClIe lil effectivement.

— C'est M. Purling, dit une dame assise à côté de M. Tidniarsh et de moi à une antre dame placée devant elle; c'est M. Purling

— Ah ! c'est M. Purling? répondit l'autre dame en se retournant comme ça et en mettant son chapeau juste sur celui de la première dame; il parait ([ue c'est un des membres les plus zélés de la confrérie?

— Ah! c'est bien vrai, madame , répliipia l'autre eu secouant la tête comme ceci; il a levé dans toute l'Angleterre la bannière de la tempérance: le croiriez-vous? il n'a pas pris la moindre boisson depuis trois au<!

— Vraiment! dit la dame qui était devant nous, d'un ton d'indifférence, pour mieux déguiser l'envie qu'elle avait de se retourner et de contempler attentivement cet étonnant M. Purling.

— C'est-'a-dire qu'il n'a pris que de l'eau de source , et il s'en sert pour faire son thé, dit la première dame en serrant le bras de son interlocutrice poui- l'empèclier de lui tourner le dos; il n'emploie jamais d'eau de rivière, parce (|u'elle contient des animalcules. »

(I La-dessus M. ïidniarsli me dit que c'étaient des insectes invisibles qui nageaient dans les rivières, mais qu'on ne rencontrait pas dans les souices.

(I Cependant M. Purling avait cessé de causer avec les (jcnilcmcn qui l'environnaient, et il commença sou discours. J'aurais donné (|uelque chose, monsieur Ormsby, pour que vous fussiez 'a même de l'entendre, liduiaish et moi, nous avons cru un moment que nous ne pourrions nous empêcher d'éclater, mais noirs ne l'avons pas fait pour respect humain.

« Ce M. Builing prétendit donc qu'a uneceitaine époque de sa vie, il avait été un ivrogne endurci et passait les jouis et les nuits "a la taverne; mais il nous assura qu'aujourd'hui il méprisait soiiveiainement les liquides, et je crois, à en juger par

' célèbre comédien.

( A', du T.

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