CHIEN DE MONTAGNE
aspirait. Cette expenence, je 1 ai renouvelée trois ou quatre fois sans plus de succès.
Il n’est certainement pas difficile d’amener à la pratique de la propreté la plus stricte, le Chien que l’on s’est donné pour commensal, mais en eût-il le fanatisme que le pauvre animal n’en est pas moins l’esclave de son estomac, et il est telle nuit où force lui est bien de réveiller le maître. Pour y parvenir le moyen le plus rationnel serait de secouer le dormeur ou tout au moins de tirer les draps, la couverture dont il s’enveloppe ; mais ce moyen est encore complexe et, sans rien jurer, je doute fort que l’intelligence du Chien soit susceptible de se l’approprier. En pareil cas, tous les camarades de chambre que je me suis
donnés se bornaient à se plaindre, à gémir, sans même aller jusqu’à l’aboi, en sorte que je ne sais pas même s’ils se rendaient un compte bien exact de l’engourdissement dans lequel j’étais plongé.
La jalousie immatérielle, celle qui n’a pas un appétit pour mobile, une jouissance pour loi, n’existe que chez les animaux à l’état de domestication. Ce sentiment vraiment humain quand un de ces êtres nous l’emprunte, ce n’est presque jamais à un de ses semblables qu’il l’applique; s’il y cède, s’il prétend à l’accaparement d’une affection, ce sera de celle de l’homme, du maître; il n’est peut-être pas de plus éclatant témoignage de l’humilité avec laquelle les bêtes reconnaissent la supériorité de notre espèce sur la leur.
J’ai observé pendant plusieurs années un chenil qui terrier bull. renfermait toujours de vingt à vingt-cinq animaux; j’ai
reconnu qu’il existait entre ce que je me permettrai d’intituler leurs caractères des nuances très tranchées, parfois fort originales. Je les ai vus subir la domination du plus fort, se résigner aux caprices du plus hargneux avec une passivité que la race humaine n’eût pas désavouée, accabler les faibles, les souffreteux, appuyer d’un coup de dent le coup de fouet tombant sur l’échine du voisin, tout cela avec une lâcheté qui malheureusement ne leur est pas spéciale. Jamais je n’ai surpris chez aucun d’eux les symptômes d’une préférence bien marquée pour tel' ou tel de ses camarades, partant nulle trace de jalousie. Par exemple, si le piqueur s’avisait de caresser un de ces messieurs, toute la société était en effervescence, chacun protestait sans unisson, c’était un tapage à vous rendre sourd.
Ce sentiment arrive chez le Chien à des proportions vraiment humaines ; c’est lui que le proverbe
LE CHIEN
aurait dù choisir comme type de la jalousie bien plutôt que le Tigre. Quand il s’agit de Familié du maître, tout lui porte ombrage ; non seulement, il souffre difficilement que celui-ci en fasse une part, si mince qu elle soit, a un autre animal, mais il est, visiblement, très douloureusement affecté, lorsque les témoignages de l’affection de ce maître, s’adressent à quelque bipède ; en pareil cas, son œil, cet œil qui est le
raccourci d’une physionomie, s’alanguit, devient humide et la tête se détour
La situation se modifia quand on ramena de la ca
une résignation consternée.
C’est principalement à l’endroit, des enfants que celte jalousie se manifeste. La fille d’un fonctionnaire de l’administration des [forêts s’était prise d’amitié pour un énorme braque que 'son père avait ramené d’Allemagne. L’animal était si doux, il se prêtait avec tant de complaisance aux caprices de sa petite maîtresse, un vrai tyran, il lui témoignait tant d’attachement, enfin, il y avait un contraste si piquant dans la domination de cette frêle blondine sur cette bête gigantesque que les parents encouragèrent. la liaison et permirent que le Chien dormît, pendant la nuit, sur un tapis devant le lit de son amie.
agne un second enfant qui était en nourrice. Le
braque fut complètement délaissé pour le petit frère que sa sœur aimait beaucoup et avec lequel elle pouvait jouer à la maman. L’abandonné en conçut une irritation manifeste, il devint triste, morose; quand la
petite tille embrassait le baby, il levait sur elle des yeux sanguinolents, il grondait sourdement. On s’en amusait.
Un jour que les enfants étaient restés seuls avec leur compagnon, et que l’aînée berçait le petit garçon sur ses genoux, le braque, sans provocation aucune, s’élança sur celui-ci et, d’un coup de dent, lui enleva un morceau de la joue. Aux cris on était accouru. Tandis qu’on emportait les enfants, le père avait pris un pistolet et tiré sur le Chien. Atteinte mortellement, la misérable bête eut encore la force de se traîner dans la chambre où Ton avait transporté sa petite maîtresse, et ce fut sur son tapis et les yeux fixés sur elle qu’elle expira.
Nous avons dit plus haut que le croisement du Chien et du Loup pouvait se réaliser même dans la vie sauvage; ces sortes d’unions libres étonnent surtout ceux qui, en pratiquant la chasse de notre unique grand carnassier, se sont familiarisés avec ses mœurs.
Pour caractériser la situation de deux irréconciliables, on dit : ils sont comme Chien et Chat; on exprimerait bien plus fortement les proportions extrêmes de l’inimitié en disant comme Chien et Loup» Si le premier dérive du second comme on le prétend, celui-ci n’en honore pas moins son petit cousin d’une haine très profonde et comme cette animosité se double d’un goût très prononcé pour sa chair, jamais il ne laissera échapper l’occasion de dîner, non pas avec, mais de tous les Chiens sur lesquels il pourra poser sa grille.
Dans les villages forestiers, ceux de ces derniers qui s’aventurent dans la campagne après le' coucher