‹ Les années de gaietéChapitre 17 sur 60 · VARIÉTÉS DE SUIVEURS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS DE SUIVEURS

le suiveur timide. — Madame, je... Oh! n'ayez pas peur, ce n'est rien. . . c'est moi qui. . . eh bien î non , je ne vous parlerai plus... mais cette rue est si déserte que j'ai osé... j'ai pensé... je ne voudrais pour rien au monde vous offenser... croyez-le, madame... il y a là un ruisseau, prenez garde! si vous saviez ce qu'en vous voyant j'ai ressenti... ce n'est pas la première fois... oh! non... n'allez pas m'en vouloir... je ne m'exprime pas comme je voudrais... c'est l'émotion... je ne suis pas accoutumé... et puis, il fait si chaud... ouf!

le suiveur butor. — Hein? Vous ne répondez pas. Pourquoi? Est-ce que je vous fais peur? Quand on vous dit que vous êtes délicieuse! Entendez-vous : délicieuse. Combien de fois faut-il vous le répéter,

morbleu? Vous ne voulez pas répondre? Dans quel diable de quartier allez-vous? On patauge jusqu'au cou; c'est dégoûtant! Est-ce que vous êtes faite pour habiter par ici? Jamais! vous valez mieux que ça, ventrebleu ! C'est moi qui vous le dis. Je ne fais pas de phrases, moi. Je laisse ça aux jolis cœurs, moi. Je suis franc, c'est clair. Pouvez-vous me recevoir? Hein? Quoi? Qu'est-ce que vous dites? Mariée? Qu'est-ce que ça me fait! Moi aussi, je suis marié, nom d'un boulet! Ça ne prouve rien, ça. Quel chien de temps !

le suiveur curieux. — Voilà deux heures et demie que je vous suis, madame, mais avec une discrétion telle que vous n'avez pas dû vous en apercevoir, je le parierais. Je vous ai prise à la pointe Saint-Eustache, comme vous sortiez de la maison n° 2. Vous avez remonté toute la rue Montmartre jusqu'à la Ville de Paris, où vous êtes entrée et où vous êtes restée vingt minutes environ. Je vous ai attendue. Ensuite, vous vous êtes dirigée par les boulevards jusqu'au marché aux fleurs duChâteau-d'Eau. Vous aviez rabaissé la voilette de votre chapeau. — Ne m'interrompez pas, madame, je vous en supplie. — A peine arrivée au marché aux fleurs, vous avez été accostée par un monsieur qui paraissait être là depuis quelque temps. Vous vous êtes promenée avec lui pendant trois quarts d'heure; je les ai comptés. Vous vous retourniez souvent. Il vous a remis une lettre; elle est dans votre sac de cuir. —

Maintenant, il est six heures, et nous sommes dans la rue Rochechouart. Permettez-moi une question, madame : est-ce que vous allez me mener encore bien loin? — Ne rougissez pas; je serai discret.

le suiveur monosyllabique.— Charmante. . . hum ! . . . madame... permettez-moi... occasion... hum !... écoutez... jolie... adresse... dites... cruauté... hum!... riche.., sacrifices... jolie... madame... hum...

le suiveur IjNGémeux. — Madame ! madame!... oui, vous, madame, vous venez de perdre cette pièce de vingt-cinq centimes. . . Comment ! elle n'est pas à vous. . . Ah! cela est trop fort! j'avais bien cru pourtant lavoir tomber... Mais alors, madame, cette somme est à nous deux, et notre devoir est de la partager... Je n'ai malheureusement pas de monnaie sur moi... La garder pour moi seul, dites-vous? Non, madame, ma conscience me le défend.. Mais voici un restaurant, rien ne nous empêche d'y entrer de compagnie; nous ferons changer cette pièce de vingt-cinq centimes, objet du litige.

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