‹ Les années de gaietéChapitre 19 sur 60 · UN APPARTEMENT DE GARÇON · texte numérisé non relu

UN APPARTEMENT DE GARÇON

saint-jules, à deux témoins. — Messieurs, je ne me dissimule pas la gravité de l'offense que j'ai faite hier soir à M. Engoulevent; mais, loin de m'en trouver marri, vous me voyez au contraire parfaitement convaincu de mon bon droit et de la nécessité de mon moyen de répression. M. Engoulevent, que je n'avais jamais vu de ma vie avant la première représentation des Hussards de V amour, a eu le tort immense de s'incruster dans mon fauteuil d'orchestre, n° 74, sous le frivole prétexte que je ne l'occupais pas, et le tort non moins exorbitant de se refuser ensuite à ma légitime réclamation. C'est alors que j'ai infligé à M. Engoulevent un châtiment spontané, dont je m'applaudissais encore tout à l'heure, en faisant ma barbe. Je n'ignore pas les lois du point d'honneur, messieurs : me refusant à regretter ce que vous appelez un mouvement de vivacité, je sais que l'usage m'enjoint d'accorder à M. Engoulevent une satisfaction parles armes. J'obéirai à l'usage. Ce fait acquis, permettez-moi une observation et une demanae. M. Engoulevent, à qui appartient, selon vous, le choix des armes, choisit l'épée. Or, l'éducation

incomplète que je dois à ma famille, les nécessités d'une existence souvent précaire, mille hasards enfin, joints à un fond naturel d'insouciance, m'ont toujours tenu éloigné des salles d'escrime. Je n'ai jamais touché un fleuret. J'accepte cependant l'arme de M. Engoulevent, je m'empresse de vous le déclarer. Seulement, ne vous paraît-il pas convenable, aussi bien pour M. Engoulevent que pour moi, de m' accorder un délai déterminé, afin que je puisse apprendre, sinon à lutter, du moins à tomber avec grâce? Telle est, messieurs, la queslion que je soumets à votre compétence.

les témoins. — Soit, monsieur, nous vous donnons un délai de trois mois.

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