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J'assistais l'autre jour aux derniers moments (Yim journal de théâtre. — Le Binocle, « organe des intérêts artistiques, moniteur des spectacles, écho des coulisses >) , cessait de paraître au milieu de sa deuxième année. Je n'essayai pas de consoler le rédacteur en chef à l'aide de quelques paroles banales. Les grandes douleurs sont muettes. Je lui serrai la main, — et nous nous comprimes dans un coup d'œil.
Forcé de céder le jour même la place à un journal concurrent, qui s'était engagé à servir les abonnés du Binocle, le rédacteur en chef faisait ce qu'on appelle vulgairement ses paquets ; il mettait dans ses poches les plumes, les canifs, les pains à cacheter, les lettres avec cet en-tête imprimé : Cabinet de la rédaction. A un moment donné, il regarda avec attendrissement sa grande
paire de ciseaux : il la porta pieusement à ses lèvres, comme un guerrier fait de son épée ; puis il l'enveloppa dans le dernier numéro du Binocle, — linceul de gloire !
— Voulez-vous une collection? me demanda-t-il tout à coup.
— Je la ferai prendre, répondis-je poliment. Il y eut un instant de silence.
— Au moment où le journal allait si bien!... murmura-t-il en étouffant un soupir.
— C'est toujours comme cela.
— Quand le numéro de dimanche était tout prêt ! quand j'allais envoyer à l'imprimerie la copie de mes correspondants de province! les plus charmants, les plus distingués, les plus spirituels correspondants qui se puissent voir! — Ah ! ce que je regrette peut-être le plus dans la perte du Binocle, ce sont ses correspondants.
Alors, saisissant brusquement une liasse de papiers, qu'il me mit entre les mains :
— Tenez, me dit-il, emportez leurs lettres, je ne veux plus les voir, elles me font trop de mal...
— Volontiers, dis-je en souriant.
Et l'ex-rédacteur en chef, ayant accompli ce sacrifice, retomba dans l'abîme de sa douleur.
C'est cette correspondance que j'ai dépouillée et classée. Elle m'a paru résumer divers types, sérieux ou plaisants, qui ont dû frapper l'attention de ceux qui lisent régulièrement les journaux de théâtres. Je me
suis contenté de changer quelques villes et quelques noms. — Et encore !