EPIZOOTIE SUR LES HOMMES DE DECEMBRE
Cela n'empêche pas le maître De continuer le festin.
On a vu Mocquart disparaître; Espinasse est mort ce matin; Bineau suit Fortoul qui l'appelle; Le fossoyeur a pris sa pelle ; Apportez les bières de plomb ; Fossoyeur, aide à les descendre, Jette sur Morny de la cendre Et de la fange sur Troplong.
Chacun son tour. Partez, complices l Noir Saint-Arnaud au cœur d'acier, Tu trébuches; Magnan, tu glisses; Tu t'en vas, sanglant Pélissier.
Fould, la corruption est vraie, Meurs. La mort fauche cette ivraie Comme les moissonneurs le blé ; Billault tombe, Delangle tombe.
Dupin vient d'entrer dans la tombe ; Les vers de terre ont reculé.
Oh! de Strasbourg jusqu'à Bayonne, Quelle fête et comme on est gai!
Compiègne rit, Biarritz rayonne, Saint-Cloud de joie est fatigué.
Basile raille don Quichotte.
Un doux bruit de baisers chuchote Dans la molle fraîcheur des bois.
On trinque; effusion touchante!
Et le guet-apens dit : Je chante!
Et le massacre dit : Je bois !
La table est une grande lyre ;
Tous mangent. Gloire aux dieux régnants !
Le vin d'où sort l'éclat de rire
Luit dans les verres frissonnants ;
Les femmes ont la gorge nue ;
La fanfare dans l'avenue
Saute et bondit comme un esprit;
Le bal tourbillonne en cadence...
Et maintenant, tandis qu'on danse,
Et maintenant pendant qu'on rit,