‹ Les années romantiques, 1819-1842Chapitre 116 sur 185 · A MESSIEURS LES MEMBRES DU COMITÉ DE LA SOCIÉTÉ DES CONCERTS · texte numérisé non relu

A MESSIEURS LES MEMBRES DU COMITÉ DE LA SOCIÉTÉ DES CONCERTS

[Février 1834.]

Messieurs, Je désirerais obtenir l'honneur d'être entendu dans une de vos magnifiques séances musicales. Si ma Fantaisie dramatique sur la Tempête (de Shakespeare), pour chœurs et orchestre, qui a été entendue déjà trois fois en public, et que vous connaissez peut-être, pouvait figurer sans trop de désavantage dans un de vos prochains concerts, veuillez, messieurs, accueillir ma demande, et croire à ma recou naissance.

J'ai l'honneur d'être, avec la plus parfaite considéralion, messieurs, votre très humble serviteur,

HECTOR BERLIOZ

En marge : Non. — Répondu 5 février 1834. Archives de la Société des Convois.

a émile deschamps, vers le S mars 1834 (Ad. Jullien, Berlioz, p. 88, note). 11 le prie de le venir voir aussitôt après la répétition (de Don Juan), car il est lui-même trop esclave pour assister à la prova prima, mais il aurait beaucoup à causer avec le poète de Mozart, car il faut taire mousser le chef-d'œuvre de manière à donner des vertiges aux amants de la grosse caisse1.

a humbekt FERRAND, K> mars 1834 {Let. iul., 141). « Avant-hier, j'ai écrit pendant treize heures sans quitter la plume. Je suis à terminer la Symphonie avec alto principal que m'a demandée Paganini2. » Critique delareprésentutiun de Don Juan à l'Opéra. « La Symphonie (fantastique), arrangée par Liszt, n'a pas encore paru. Je vous l'enverrai avec le Paysan breton dès qu'elle sera imprimée. »

1. Don Juan de Mozart l'ut représenté à l'Opéra le 10 mars 1834, avec une traduction française d'Emile Deschamps et Henri Blaze. Berlioz n'était pas encore attaché à la rédaction des Débats à l'époque où eut lieu cette représenta lion, mais il profita de la première occasion qui se présenta, dix-huit mois plus tard, pour développer dans ce journal les idées exposées dans la lettre ci-dessus, — non sans y mêler quelques critiques concernant l'interprétation (Journal des Débats du 15 novembre 1835, article reproduit dans Les Musiciens et la Musique, p. 3).

2, Première mention û'Harold en Italie.

A THOMAS GUU.NET

[Mars? 1834] Mercredi malin.

Mon cher Gounet, J'ai oublié, hier, de vous écrire le résultai de nia visite à Pape1. Le voici. Il a un piano neuf vertical fort beau, du prix de mille neuf cents francs, ce qui veut dire pour moi mille quatre cent cinquante à peu près ; j'ai dit que c'était trop cher, suivant vos instructions ; en conséquence, il en prépare un autre qui doit être achevé dans trois jours, dont le prix net n'excédera pas mille cent francs. Mais il faut dire aussi1 que c'est un instrument qui a déjà servi six mois. Il sera absolument comme neuf, mais il est bon que l'acheteur en soit informé. Voyez ce que vous déciderez ; quand la personne qui achète voudra voir l'instrument, si je ne puis pas l'accompagner, Pape est prévenu ; cela sullit. Venez ce soir si vous êtes libre.

Tout à vous.

Lettres à Gounet.

1 Facteur de pianos à Paris.

AU MÊME

Mon cher Gounet, Je n*ai plus de vos nouvelles ; vous ne m'avez pas répondu et je ne sais que dire à Pape pour le piano en question. Venez donc nous voir, si vous en avez le temps, demain dimanche.

Tout à vous.

Samedi soir.

P.- S. — Pardonnez-moi de ne vous avoir pas encore rendu le Paysan breton , on vient de me prèler l'album , et si vous venez demain , je le copierai devant vous.

Lettres à Gounet.

AU MÊME

Montmartre, 10 avril 1834.

Mon cher Gounet, Je venais d'apprendre par Desmarest voire malheureux événement, quand j'ai reçu votre lettre. Vous ne pouvez douter de toute la part que nous y avons prise Henriette

et moi. Nous aurions bien voulu vous voir pour vous le dire. Si je n'avais craint de vous faire une offre de Gascon, je vous aurais prié, dans le cas où vous seriez embarrassé, de partager le peu que je possède ; si cela pouvait vous être de quelque utilité, j'espère assez de votre amitié pour croire que vous ne vous gêneriez pas. Venez nous voir dimanche si vous pouvez, nous causerons un peu de tout ce qui vous touche, et nous vous montrerons les beautés de notre maison de campagne, qui ne sont réellement pas à dédaigner. Je vous remercie de votre Ballanche; cela me paraît bien mystico-amphigourique; c'est trop au-dessus de moi. A propos d'homme mystique, j'ai déjeuné dernièrement chez d'Ortigue avec l'abbé de Lamennais ; le génie le sèche, le ronge, le brûle ! Quel diable d'homme! il m'a fait vibrer d'admiration.

Adieu, mon cher et bon ami, réjouissez-vous si de malencontres se succèdent si rapidement, la joie et le bonheur vont venir à leur tour.

Lettres à Gounel.

H. BERLIOZ

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