Louis était le prénom du père de Berlioz
heureusement terminé après quarante heures d'horribles souffrances... Il y a deux mois que ma symphonie avec alto principal, intitulée Harold, est terminée... » Le poème de Benvenuto Cellini, écrit par Léon de Wailly et Auguste Barbier (sur les indications de Berlioz) a été refusé par le directeur de lOpéra-Gomique. Relations avec Alfred de Vigny, Victor Hugo. Alexandre Dumas, Auguste Barbier. Antony Deschamps, etc.
A SA SOEUR ADÈLE
Montmartre, 23 septembre [1 83 'i .
Oui, ma chère Adèle, je suis furieusement occupé et depuis plusieurs semaines j'ai cherché un moment opportun pour t'écrire, sans pouvoir le trouver. Enfin aujourd'hui, n'ayant ni partition à instrumenter, ni vérification du travail de mon copiste à faire, ni rendez-vous avec le directeur de l'Opéra, ni travail avec mes poètes faiseurs de pièces, ni épreuves à corriger, ni articles de journaux à bâcler, je profite de ce loisir pour te répondre.
D'abord, sois tranquille, notre garçon est baptisé. Il ne s'appelle pas Hercule, Jean-Baptiste, César, Alexandre, Magloire, mais Louis tout simplement. Il n'est pas criard du tout le jour, mais bien la nuit, ce dont se plaignent un peu sa mère et sa nourrice. Pour moi, je suis tranquillement dans ma chambre où je dors sans rien
entendre et me repose comme un sauvage après l'accouchement de sa femme. Il est charmant, très fort, des yeux bleus superbes, une petite fossette imperceptible au menton l, des cheveux d'un blond un peu ardent comme je les avais dans mon enfance, un petit cartilage pointu aux oreilles comme ceux que j'ai, et le bas du visage un peu court2. Voilà tous ses points de ressemblance avec son père; malheureusement il n'a absolument rien de sa mère. Henriette en est plus folle qu'une folle. Elle est bien rétablie à présent; quand je vais à Paris elle vient avec son fils et la nourrice m'altendre au milieu de la descente de Montmartre, sous une allée d'arbres où bien souvent, il y a sept ans, je venais contempler Paris en rêvant à elle. Si on nous eût dit, à l'un et à l'autre, qu'en 1834, nous viendrions nous asseoir en famille sur ces rochers ! . . .
Hier, comme elle m'y attendait, plusieurs dames anglaises sont venues à passer; la nourrice était à quelques pas avec le petit. Ces dames se sont approchées pour voir l'enfant qu'elles ont trouvé superbe3. A toutes leurs questions, faites en mauvais français, Marie ouvrait de
1. Par ordre de sa mère je mets ici une note pour ajouter qu'il a un très beau front, ce qui est vrai. (Note de Berlioz en marge de, la lettre.)
2. Deuxième note par ordre de la mère : il est fait au tour, ses membres sont admirables, (ld.)
3. Troisième note par ordre d'Henriette : Beaucoup d'autres dames françaises et des femmes de Montmartre se sont également arrêtées pour admirer Louis. (Id.j
grands yeux sans comprendre un mot; Henriette écoulai! avec ravissement toutes leurs exclamations et leurs a parte, mais ne pouvant y tenir elle a répondu en anglais, moitié riant moitié pleurant, qu'il n'avait que cinq semaines, qu'il était Français, né à Montmartre et qu'ELLE était sa mère. Elle éclate de fierté en me racontant ça. C'est l'événement du jour. Henriette te remercie mille fois de l'intérêt avec lequel tu parles délie et de Louis dans la dernière lettre. Si nous n'étions pas si loin, elle te prierait môme de faire un bonnet pour lui, afin d'avoir quelque chose de toi. Nous n'avons pas fait un baptême brillant, comme tu peux le penser, quitte à prendre une revanche cet hiver; parbleu ! tu connais son parrain, c'est Gounet.
Voilà toutes tes questions passées en revue. Dans huit jours nous serons à Paris, rue de Londres, numéro 34. Nous avons pris un appartement non garni, ce qui, au bout de l'année, devient beaucoup plus économique; mais c'est rude au premier moment; il faut acheter des meubles, du vin, du bois, mille autres bêtises auxquelles on ne songe pas dans les maisons meublées1.
1 . Ces meubles, dont le paiement préoccupait encore Berlioz plusieurs mois après (voir lettre du 10 janvier 1835), ont été décrits de la manière suivante par un témoin encore vivant, M. Léon Gastinel, qui lui fit visite à son arrivée à Paris, en 1840 : « Berlioz habitait rue de Londres et avait installé son cabinet de travail dans une mansarde sous les toits. Une chaise, une table où se trouvait la guitare qui lui servit à composer ses premières œuvres, voilà lotit l'ameublement du grenier où vivait le génie dont la mor! a marqué l'heure de l'apothéose. — Jeune homme,
270 LES A.NÎÎÉES ROMANTIQUES.
Pour toi, lu l'ennuies toujours, pauvre sœur; je le conçois. La Côte doit être un triste pays. Mon père est sans doute noyé dans ses vendanges, au moment où tu me lis. et maman se tourmente de ses fatigues. Ce matin de bonne heure nous avons fait avec Henriette une grande promenade dans la plaine Saint-Denis et nous parlions de ce jeune Prosper qui ne craint pas le grand air, en voyant les vols d'alouettes qui se levaient autour de nous. Dis-lui un peu que, si son filet lui laisse un instant de loisir, il me fasse l'honneur de m'écrire le résultat de ses chasses de cette année, je m'y intéresse toujours beaucoup.
Adieu, ma bonne Adèle, mille amitiés.
Ton affectionné frère,
H . BliKLIUZ.
Communiqué par madame Chapot.