A SON BEAU-FRERE SUAT
Paris, 10 août 18V2.
Mon cher Suât,
Je vous remercie des bonnes nouvelles que vous me donnez d'Adèle, j'espère qu'elle est déjà à cette heure à peu près rétablie. Mais ne cherchez donc pas des prétextes pour vous consoler d'avoir deux tilles... les jolies filles ne sont parbleu pas si communes, et toutes
\. E. Pacini, traducteur du Freischiitz
celles qui se présentent sont les bienvenues ! ! ! ! Louis est déjà de cet avis.
Vous me demandez ce que je fais, mon cher Suât; en vérité je travaille beaucoup. Je mets en ordre et je parachève en ce moment un grand traité d'instrumentation, qui, je l'espère, me sera passablement payé; c'est un ouvrage qui manque dans l'enseignement et qu'on m'a engagé de toutes parts à entreprendre. Mes articles dans la Gazette musicale sur ce sujet n'en étaient que la superficie, la fleur, et maintenant il faut reprendre tout cela en sous-œuvre et s'occuper des moindres détails techniques.
Scribe ne me donne toujours pas les deux derniers actes de mon opéra; voilà cependant son mariage accompli et la lune de miel passée; je ne sais ce qu'il a en tête.
Je publierai bientôt successivement toutes mes symphonies, il faut bien en venir là toujours. La première qui paraîtra est la dernière venue, c'est la grande symphonie funèbre composée pour la translation des victimes de Juillet et celle dont ce pauvre duc d'Orléans venait d'accepter la dédicace, quand il est mort si cruellement1. Je ne puis vous dire tout le chagrin que cet affreux événement m'a donné... au reste je ne sors pas des enterrements et des catastrophes ; il n'y a pas si longtemps que j'ai assisté au convoi de la famille