TRIBU DES SERPULIDES
Genre PROTULA Risso (Phil. rec.) Protula Intestinum.
Serpula Intestinum Lamarck, Animaux sans vertèbres, éd. I™, tome V, p 363; éd. "2mc, tome V, p. 619
Sabella Protula Cuv., Iconographie de Guérin. Annélides, pi. I, lig. 5.
Prutulti Rudolphii Risso, Europe mérid., tome IV, p. 406.
Sabella grœca Brullé, Expédition de Morée. Entomologie {fide Qtrfg.).
Protula Intestinum Phil., Arcliiv fur Naturg., XIX, 1844, p. 196.
» a Grube, Familien der Anneliden, p. 89 et 145.
» » Môrch, Revisio critica serpulidarum (fuie Qtrfg.).
s> Rudolphii Môrch, Ibid. id.
» grœca Môrch, Ibid. id.
» Rudolphii Qtrfg., Histoire naturelle des Annelés, II, p. 168.
PI. XVI, 0g. 4.
Le seul individu de cette magnifique Annélide que j'aie eu entre les mains mesurait
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sept centimètres, sans les branchies; le diamètre interne du tube 8mm, celui de l'animal avec la membrane thoracique étalée 1 2mm. Son tube était enroulé en 8.
Nous devons à M. de Quatrefages' une nouvelle description de cette Protule, d'après un individu conservé dans l'alcool. Je ne puis que la confirmer entièrement, sauf pour ce qui concerne la collerette qu'il indique comme trilobée, tandis qu'elle est en réalité profondément quadrilobée, à lobes ventraux triangulaires. Cette différence n'a pas grande importance, puisque les parties membraneuses sont toujours raccornies et déformées par l'alcool.
Je compléterai la description de M. de Quatrefages par quelques détails empruntés à l'animal vivant.
Les branchies sont orangées, avec base commune, jaune. Les filets branchiaux, fort nombreux, s'enroulent volontiers en spirale. Dans le tiers inférieur de chacun d'eux on aperçoit des taches rouges que le microscope montre être des yeux composés. Ces yeux (4 C) sont au nombre de quatre paires. Ceux de chaque paire sont réunis entre eux par une bande brune sur le dos de la branchie. Il s'agit, du reste, moins d'yeux composés proprement dits que de groupes d'ocelles, tant les éléments composants sont séparés les uns des autres. Chaque cristallin est sphérique, entouré d'un amas de pigment rougeàtre.
Le thorax est d'une teinte orangée tirant sur le jaune soufre. La membrane thoracique et le dos sont variés de stries rouge-cinabre en sens divers. Les plaques onciales font entièrement défaut dans cette région, et leur absence n'est point due, comme le supposait M. de Quatrefages, à une chute des téguments superficiels. L'abdomen porte, en revanche, des séries de plaques onciales, pectinées, de forme très-caractéristique (fig. 4). Les soies subulées sont bordées au thorax (4 A), en baïonnette oblique à l'abdomen (4 B).
Genre PSYGMOBRANCHUS Phil.
PSYGMOBRANCHUS PROTENSUS.
"? Serpula protensa Rumph, Thesaur., p. 11.
>> s Gmelin, Linn., Syst. natur., éd. XIII, t. I, pars VI. p. 3744.
1 M. de Quatrefages, tout en reconnaissant l'identité de la Protula Rudolpliii Risso et de la Serpula Intestinum Lam , donne la préférence au premier de ces deux noms spécifiques, ce qui est contradictoire aux droits de priorité. Donner rang à Lamarck, d'après la date de la seconde édition des Animaux sans vertèbres, c'est faire tort à l'auteur. Il est vrai que M. de Quatrefages considère plus loin la S. Intestinum de Lamarck comme une vraie Serpule, mais alors il ne peut guère l'identifier à la frotula Rudolphii.
Serpula protenta Scacchi, Catalog. coochyl. regni neapolitani, 1836, p. 18. Protula protensa Grube, Familien der Anneliden, p, 90 et 141. Psygmobranchus protensus Phil., Archiv fur Naturg., X, 1844, p. 196.
» » Murch, Rcvisio critica serpulidartim, p. 13 (fuie Otrfg.).
t » Qlrfg., Histoire naturelle des Annelés, II, p. 471.
PI. XXV, fig. 7.
M. tle Quatrefages fait justement remarquer que l'espèce de Ru m pli, provenant d'Amboine, n'est sans doute pas la même que celle de IMiilippi. de la Méditerranée. Toutefois, comme il serait difficile d'identifier l'espèce de Ruraph, on peut, sans inconvénient, conserver le nom de Pliilippi pour l'espèce méditerranéenne, facile à reconnaître malgré la brièveté de la diagnose de l'auteur.
Les individus mûrs atteignent une longueur de 3'cnl-4,5, sur une largeur de 4mm, membrane thoracique non comprise. Je compte jusqu'à 45 branchies dans chaque moitié de l'appareil respiratoire, dont les filets sont ornés de 5-7 anneaux orangés. La partie basilaire, enfermée dans la palmure commune, est complètement incolore. A partir du point où il quitte la palmure, chaque filet branchial porte une double rangée d'yeux simples, rouges, piriformes, munis chacun d'un cristallin conique et rappelant ceux de la Sabella stichophlhalmos Grube'. Ces ocelles sont d'abord très-rapprochés, surtout les '12 ou 18 premiers, puis ils s'espacent toujours davantage. La moitié terminale de la branchie en est complètement dépourvue.
Le corps compte environ 55 segments sétigères dont 7 appartiennent au thorax. Le premier segment porte, soit en dessus, soit en dessous, une paire de petites taches rouges, dans lesquelles je n'ai pu trouver de cristallin. Les pieds thoraciques sont ornés d'orangé vif au bord antérieur et à la pointe. Cette coloration se continue, sous forme d'une bande transversale, jusqu'au bord externe de la membrane thoracique qui recouvre et dépasse les pieds en dessus. Le reste de cette membrane est incolore, sauf son bord postérieur qui est très-saillant et bordé d'orangé. La collerette est entière, peu développée. Le thorax même est verdâtre et sa paroi ventrale si transparente que la double chaîne ganglionnaire frappe immédiatement les regards. L'abdomen est de couleur orangée.
Au thorax, les soies subulées (7 C) sont rectilignes et largement bordées de chaque côté dans leur partie terminale. A l'abdomen, elles sont larges (7 E), aplaties, sinueuses, courbées en faucille à l'extrémité, faucille dont le tranchant est denté en scie. A
' Voyez Archiv fur Naturg., tome XX1X, 1863, p. 62, taf. VI, fig. 3.
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l'extrémité postérieure les segments portent de très-longues soies capillaires. Les soies en faucille coexistent d'abord avec elles. Plus tard les soies capillaires existent seules.
Les tores uncinigères commencent seulement au 3me segment sétigère. Les plaques onciales (7 D) ont une forme bizarre : elles ne sont nullement crochues et conservent la même apparence dans toute la longueur de l'animal. On n'en trouve d'abord que 40 à 60 dans une rangée, mais plus tard ce nombre s'élève à 230 et même au delà.
L'extrémité postérieure du corps est carénée en dessus. La carène, d'un blanc de neige (fig. 7, a), est formée par des cellules (7 A, a) remplies de granules, larges de 0mm,001 à 0'"m,003. Chacun de ceux-ci (7 A, b) renferme une grande vacuole, et le plus souvent une ou deux autres plus petites. C'est vraisemblablement un organe glandulaire.
Le système nerveux est fort remarquable. Ainsi que Rudolph Wagner', M. Grube' et tons leurs successeurs l'ont vu chez d'autres Serpuliens, les deux moitiés de la chaîne ganglionnaire sont très-distantes l'une de l'autre et les ganglions réunis entre eux par des commissures transversales5. La chaîne prend par suite, pour employer l'expression de llud. Wagner, l'apparence d'une échelle de corde. Mais cette double chaîne nerveuse offre la particularité de présenter trois paires de ganglions dans chaque segment thoracique (7 B). La paire médiane est la plus grosse et très-rapprochée de la paire antérieure; la postérieure est beaucoup plus éloignée. Dans la région abdominale (7 B, c, d,e,f), il n'existe plus qu'une seule paire de ganglions par segment et les deux moitiés de la chaîne se rapprochent beaucoup. Cette disposition remarquable n'est sans doute pas isolée chez les Serpuliens. « La commissure « qui réunit les premiers ganglions, dit M. de Quatrefages4 à propos de « sa Protula desiderata, est forte, et m'a semblé présenter dans son mice lieu un ganglion allongé; ce fait, s'il est exact, serait tout à faitexcep-
1 Ve.rgleichende Anatomie, tome II, p. 381.
s Zitr Anat. u. Plujs. lier Kiemenwiïrmer, p. 30.
5 C'est avec raison que M. Leyclig considère cette forme du système nerveux comme caractérisant des types inférieurs. Chez la plupart des larves d'Annélidcs les deux moitiés du système nerveux sont bien plus séparées l'une de l'autre que chez les adultes.
* Annules des Sciences naturelles, tome XIV, 1850, p. 375.
« tionnel, aussi je ne le présente qu'en taisant les [tins amples réserves.» Le savant académicien avait sans doute parfaitement bien vu.
Les ovules mûrs pénètrent jusque dans l'intérieur des tores abdominaux.
L'intestin forme des sinuosités dans sa gaine vasculaire à l'abdomen.
Le tube est très-semblable à celui du Ps. simplex Qtrfg., mais la partie postérieure est en général plus tordue. Cette partie adhère à des coquilles d'acéphales ou à des fragments de bois. L'animal sorti de son tube fait des soubresauts très-brusques au moindre attouchement.
PSVGMOBRAXCHUS MULTICOSTATUS.
P). XXX, fig. 6.
( 'orptts :.'""" longwm, segmentis circa 7 i . tubo calcareo costis longitudinal/bits munerosis ornato. Segmenta thoraeica septem. Uncini pectiniformes. Oculi itamcrosissinii in tota parte branckiarum pennata occurentes.
Les branchies de ce Psygmobranche, longues de 7-8°™, sont d'un beau rouge orangé très-vif, annelé çà et là de zones d'une teinte plus pâle. L'extrémité de chaque filet branchial est incolore et dépourvue de rameaux secondaires (fig. 6). Dans toute la région colorée, l'axe porte de chaque côté une double rangée d'ocelles très-rapprochés (6 b et G A), à cristallins coniques, longs de 0mm,022, dont la pointe est noyée dans un pigment orangé très-foncé. Chaque moitié de l'appareil branchial compte vingt filets, dont un libre de ta palmure basilaire.
Le corps est d'un rose pâle, tirant sur le brun. La collerette est grande, entière Sur le dos du premier segment se voient deux taches diffuses de pigment noirâtre, dépourvues de cristallin.
Les soies subulées sont bordées d'un double limbe. Les plaques onciales des tores ancinigères commencent au second segment et ne ressemblent point à celles du P. protensus. Elles sont pectiniformes (6 B) et comptent en général une douzaine de dents pointues, plus une treizième inférieure, obtuse ou même échancrée à l'extrémité. On compte jusqu'à GO de ces plaques pectinées sur un seul tore, ce qui fait plus de 1 iOO petites dénis pniir un seul segment.
Les ovules larges de 0,nm,l2 ont une très-grande vésicule germinative, dépourvue de tache de Wagner. Le vitellus est formé d'une substance homogène d'un orangé
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pâle, augmentant d'intensité d'un des côtés de l'ovule. Dans cette substance son! disséminées des gouttelettes sphériques à pouvoir réfringent tout autre. Les tubes calcaires sont enroulés autour de ceux des Vermets.
Genre S ALMACINA ' .
Scrpididœ membrana thoracica insiriedee, brcmChiis œquaVdms basi circtdari, opcrodo destïtutis. Segmenbum thoracicum primwtn utrinque fascicido setarum tlursualium seqitentibus midto majorum, formaque distinctarum munitvm. Tubas calcareus.
Le genre Salmacina se distingue des Protides par les soies très-grosses du premier segment. Ce caractère les rapproche des Serpules et des Filigranes. L'absence complète d'opercule le distingue amplement de ces deux genres. La parenté avec les Filigranes est cependant incontestable, d'autant plus que les Salmacina se reproduisent comme les Filigranes par bourgeons postérieurs. La Protula Dijsteri Ilxl. que M. de Qualrefages a réunie aux Filigranes devra probablement être placée parmi les Salmacina, car on ne peut guère donner le nom d'opercules aux rendements qui terminent ses branchies2.
Salmacina incrustans.
? Serpulu intrkata (Linn.) Grube, Echinod. Actin. unil Wiirmer, p. 62.
? Serpula filoyrana Scacchi, Catalog. concliyl. regni neapolitani, 1836, p. 19.
PI. XXX, fîg. 5.
Corpus 2mm-2mm,5 longum, aurantiacum, sc.gmcntis thoracicis octo, setis dorsucdibus trifariis, uncinis pedmiformïbus. Tubus flexuosus calcareus, zosteras attaque eorpora marina incrustans. Species liermaphroditica.
Les branchies de cette espèce sont fort simples, incolores. Je n'en ai jamais vu plus de quatre de chaque côté. Elles sont renflées au niveau de la naissance de chaque
1 D'après la nymphe Salmacis, unie à Hermaphrodite. Le nom de Siilmacis a déjà été employé par M. L. Agassiz pour des Echinides.
* Si l'on donnait au nom d'opercule une extension pareille, il faudrait classer bien des Sabellides Qtrfg. parmi les Serpulides Qtrfg. Les yeux des Branchiomma ont tout autant de droit que les massues terminales de la Protula Dysteri à être identifiées avec des opercules.
barbule, soit rameau secondaire, par la présence de chaque côté d'un petit coussinet charnu, formé d'un paquet de cellules granuleuses.
Le premier segment présenti! deux taches oculaires sur le dos. Il est dépourvu de tores uncinigères, mais porte de chaque côté un faisceau de grosses soies géniculées (5 A). Le genou de la soie est armé de quatre ou cinq fortes dents; au delà, l'extrémité de la soie est bordée d'un limbe étroit. Dans les segments suivants les soies subulées sont bien plus petites et de deux espèces dans chaque faisceau. Les unes sont presque capillaires, mais bordées d'un limbe près de l'extrémité (5 B) ; les autres sont recourbées en faucille (5 U) dans leur partie périphérique et leur tranchant est dentelé rn scie. Il n'existe jamais qu'une seule soie de cette dernière forme dans chaque faisceau. A l'abdomen, les soies subulées sont toutes capillaires (5 C). Les tores uncinigères commencent dès le second segment. Les plaques onciales pectiniformes (5 E) n'ont qu'une longueur de Omm,011. L'espace achète entre le thorax et l'abdomen paraît équivaloir à deux ou trois segments.
A la partie antérieure du ver sont deux organes segmentaires recourbés (fig. 5), formés d'une branche incolore mince, et d'une branche plus large pigmentée de brun. La première est dorsale et s'ouvre dans la cavité périviscérale par un entonnoir vibratile (a) peu large. La seconde se recourbe vers le bas et paraît déboucher à l'extérieur à la région ventrale du premier segment.
L'hermaphrodisme de celte espèce avait déjà été constaté avant mon arrivée à Naples par MM. Mecznikow et Kowalewsky. Il en est de même du bourgeonnement postérieur.
J'ai rencontré une fois chez cette espèce une monstruosité qui mérite d'être signalée, luit ces cas sont rares chez les Annélides. L'extrémité postérieure était double et L'intestin bifurqué aboutissait à deux anus (5 F). Peut-être cette anomalie s'était-elle formée à la suite d'une lésion.
M. Grube a déterminé des tubes calcaires rampant sur des Millépores du golfe de Naples comme la Serpula intricata Linn. Ne s'agirait-il pas de notre Salmacina ?