‹ Les annelides chétopodes du Golfe de NaplesChapitre 32 sur 69 · ÂRENICOLA MAHINA · texte numérisé non relu

ÂRENICOLA MAHINA

Lumbricus mariuus Linii., iVltill., Rallike, Fabr.

Arenicola piscaloruni Lmk Syst. desAniin. s. vert. 1802, p. 324.

Arenicola marina Mlgr. Annulata polycliœta, p. 78.

Pl. XIX, fig. 3.

Je crois inutile de citer ici toute la bibliographie relative à X Arenicola marina, d'autant plus que cette synonymie pourrait ne pas être à sa place. L'Arénicole de Naples que j'ai étudiée, correspond aux principaux caractères de l'espèce type. Elle possède en particulier six segments séti-

' Le nom (ï Arenicola piscalonim Lmrck est acloplc'- si géïK'^ralcmenl, que j'aurais à peine osé rétablir le nom spécifique de l.iuné, si M. Maimptren ne m'en avait donné l'exemple. Il est incontestable pourtant que ce nom spécifique de Linné a la priorité, et je ne sais comment il a été peu à peu détrôné par celui de Lamarck.

Dr r.OLFK I»E NAPLES. 301

gères abranches, suivis de treize segmenls brauchiés, el d'une région (;audale achète, couverte de [)apilles jaunâtres. Mais ce sont de véritables pygmées relativement aux Arénicoles du Nord. La longueur moyenne des adultes mûrs est de six à sept centimètres '. Le plus grand que j'aie rencontré, mesurai! douze centimètres, y compris un appendice caudal assez long. Ce dernier n'a pas de valeur spécifique, car il varie d'une manière extraordinaire, jusqu'à disparaître entièi ement. Une étude comparée plus approfondie ne révélera-t-elle pas des ditlerences spécifiques entre les individus de la mer du Nord ou de l'Océan et ceux de la Méditerranée '?

Les auteurs qui oui déjà étudié l'Arénicole des pêcheurs méditerranéenne, sont d'abord Délie Chiaje qui l'a désignée tantôt sous le nom de LumbricHs marinns'^, tanl(M sous celui d'Arenicola piscatorum, puis M. Grube, enhn M. S<'hmarda. M. Grube indique pour la longueur des Arénicoles des côtes de Sicile treize centimètres. Il ajoute en outre qu'il a eu entre les mains un individu long de vingt-trois centimètres. La taille de cette Annélide est donc sujette à des variations considérables.

La coloration des individus de Naples est remarquable. Ils sont rosaires et d'une transparence admirable qui permel avec facilité l'étude des vaisseaux. Quelques individus pourtant sont comme enfumés, surtout dans la partie antérieure.

Les branchies ollVent une apparence que je ne vois signalée nulle part chez l'A. marina. Toutes les branchies sont disposées dans un même plan, comme les nervures d'une feuille, et ne forment pas de buisson toullu. Ce caractère a été relevé chez une Arénicole des Antilles par M. Liitken qui a fondé pour elle, d'après ce caractère, un sous-genre Pteroscolex ' .

' L'Aréiiicolo ilu Nonl niesni i' ius(|u'à vingl-ciii(| centimètres

* M.rie Qiialrefage>; ci-oit |ioiivoii- se haser sur une ancienne et mauvaise figure Délie Cliiaje, où une partie fies liranrliies muiit|uent, pour lormei' un nouveau geuri; sous li' nom de d^liurmilinuicliun . Délie Ciliiaje a e.e|jenilaul cité celle ligure (Voyez lJc!Srriiioiii!,\o\. V, p. 100) parmi les synonymes de VA. piscatoruin, reconnaissant implicitement pai' là l'incorrection de son ancien dessin.

^ En ny veslinilisk Samlorin, Aienic ilu {l'iP-roscolex) antillensis, buskreuen iif D'' CItr. Luiken. Viihitskub. Meddelelser ('. d. nul. Furminq i Kjobenhuvn, 25 nov I8(j4. Espèce omise dans VHtsl. nul. di's .^niielés.

J'attire surtout l'attention de-; naturalistes sur cette conformation des branchies. Les branchies de la

302 ANNftl.lDES CHÉTOPOnES

Chaque rameau branchial est Uibulaire et ne renferme qu'une artère et une veine passant l'une à l'autre à l'extrémité, sans aucune anse latérale. Le réseau vasculaire mentionné par M. Grube est donc absent. Sous l'influence de l'eau douce, la couche sous-ciiticulaire se rétracte et se sépare de la cuticule à l'extrémité de la branchie (5 B).

Au point de vue de la circulation, je dois donner raison à M. Grube et à M. Edwards contre tous leurs devanciers et leuis successeurs. Ce n'est qu'à partir du septième segment brancliil'ère qu'on voit les pieds recevoir des anses vasculaires normales, c'est-à-dire formées par une branche portant le sang du vaisseau ventral au pied et à la branchie et par une branche ramenant le sang de la branchie au vaisseau dorsal. Plus en avant, celte seconde branche, au lieu de se rendre au vaisseau dorsal, va se jeter dans le vaisseau médian inférieur de l'intestin '. Aussi lorsqu'on examine l'animai par dessous (lig. 3), croit-on voir l'anse partir du vaisseau ventral et y revenir. H y a donc deux modes bien distincts de circulation branchiale. Dans les six premiers segments branchifères, l'artère nail du vaisseau ventral poui' se rendre directement à la branchie, et le sang en revient par une \ (une accolée pour ainsi dire à cette artère, veine qui va le déverser dans le vaisseau ventral de

véritable Areniculu marina ne sont, en général, pas repn'seriléi's ave<- o'tlc strucliUL' peiiiiéi'. La (igun; la plus grande que je connaisse (Tlw powers uf t!if Creator displtiyud m tlic Creulion,!)!/ sir Jolin Grtiltam Dalyell, vol. Il, London, 1853, pl. XIX, lig. 3) représente décidément uiw branchie en buisson. Il en est de même de la figure de VArenicohi Luiieni, publiée avec grande élégance par M. Kinberg. ('ependant je vois M, Williams déclarer inexacte la description laite par tons les auteiu's de la l'orme des braiicliies el représente!' (Heporl un hritisli Anueluhi, \\. 195) les blanchies de WAreniniln jimniluriim des côtes d'Angleterre, comme se ramilianl tlau.s un jitau ei ne l'ormant pas de buisson. A moins tpte ce savant n'ait commis une ei reur dans la détermination de l'espèce, il serait permis d'en conclure que les Arénicoles se comportent toutes comme celles de Naples au point de vue de la c.onl'ormation des branchies, et le sousgenre Pteroscolex devrait être rejeté. — Du reste, M. Williams représente les branchies comme formées par les vaisseaux à nu, ce qui est décidément erroné.

' Oken (Isis, 18171 est en réalité le premier qui ait vu ce singulier mode de distribution des vaisseaux. Seulement il a fait erreur en l'étendant à tous les segments Home, doni les ligures sont d'ailleurs excellentes (Voyez Lectures Oh coiiiparatnut Aiialumy, vol. IV, pl. XL), a commis, comme Joh. Mùller, l'erreur inverse en faisant jeter toutes les anses dans le vaisseau dorsal ; cependant son dessin accuse beaucoup moins la branche dorsale des premiers segments branchifères que celle des suivants, montrant par là que le parcours de cette branche n'a pas été aussi évident pour l'observateur dans les premiers que dans les seconds.

Dr ftOLFK DK NAPLKS. 303

rintestil). Dans loiile cette région, le vaisseau dorsal ne reçoit que des ramuscules intestinaux. Mais à partir du septième segment, le sang mené par l'artère ventrale à la branchie revient par la veine (soit artère épibranchiale) se jeter dans le vaisseau dorsal. Les anses vasculaires de la région antérieure (piébranchiale) suivent un parcours tout semblable. M. Sehmarda ' contredit implicitement MM. Edwards et Grube par son exposition n'cente de la circulation de l'Arénicole. ïl la décrit exactement comme Oken, en étendant à tous les segments le mode de circulation spécial que nous avons vu cesser au septième segment branchifère. ïl est certainement dans l'erreur sur ce point ^ De chaque anse vasculaire uait, dans loutes les régions, un cœcum contractile, dirigé en dedans et en arrière. Soit ce cœcum, soit les anses elles-mêmes sont recouvertes d'une épaisse couche celluleuse, jouant sans doute un rôle dans la formation des éléments sexuels \ Les vaisseaux cutanés sont aussi contractiles.

Les organes segmentaires ont une grande analogie avec ceux de VÂreiiicola Gruhii.

Le système nerveux et les organes de l'ouïe me sont restés inconnus.

' Neuc wirbe.llose Tltieic, II, p. U'i.

' .le ne saurais tio|i insisler ici sur- l"iiii|iorlance riii Mémoire fie M. Grube, surUml à Pégarfl rlu système vasculaire des Arénicoles. Il mérilei-a loujours d'être consulté en première ligne.

' Parmi les auties auteurs qui se sont occupés du système vasculaire de l'Arénicole, Délie Chiaje mérite une mention spcci.Tle. Il a vu, eu effet, le trajet des vaisseaux aussi liien i|ueM. Gmbe et M. Edwards. Seulement, poui comprendre sa description, il ne faut pas |)erdre de vue qu'il a pris le dos pour le ventre et vice versà. — Voyi-z Isliliniimi 'li anatoinia i omiinrata édit., tome 11, p. ''fiel 77. — La confusion qui règne dans la science à l'endr^oil du système vasculaire de l'Arénicole est d'ailleurs inouïf . IT est ainsi que M.Oweij {Lectures on llie aim/Hiral. Antiloinii und ^'ll^jsioloi|l| nf invertebmle anhuah, Lonilon. tS't.3, p. 139), tout en reproduisant la ligure très-exacte de M. Milne Edwards, l'accompagne d'un texte en contradiction formelle avec cette ligure, texte (^ui ne lait (|ue répéter les idées erronées de .loh. Mûller et de Home. — M, Williams (Report on britisli Annelidu, lor. cit., p. 188, lig. 10) cite également le travail de M. Edwards avec les paioles les plus élogieuses, disant qu'il ne reste rien à ajouter à la description de ce naturaliste. (Jela ne rem|)êche pas dépasser outre immédiatement et de décrire la circulation de l'Arénicole d'une manièi e fort inexacte et en complète contradiction avec les paroles de M. Edward.'». Dans cette description, ladicalemeut fausse, M. Williams paraît prendre souvent, comme Délie Chiaje, le dos du ver pour le ventre.

ANNÈLIDES CHÉTOPODES

Fam. des ARICIENS Aud. et Edw. (Sars, Mlgr. rev.)

La l'aniille des Anciens, telle qu'Âudouin el Edwards l'ont comprise", renfermait des types assez hétérogènes. M. CErsted " sentit le premier la nécessité d'y établir denx tribus, celle des Ariciœ verœ el celle des Ariciœ naidinœ, tribus qui furent adoptées par M. Grube, la seconde sous le nom de Spiodea '. M. Sars insista à son tour dès Tannée 1856 sur cette distinction et sur la convenance (|u'il y aurait à ('lever les Spionea au rang d'une famille distincte '. Enlin, en 1861, il caractérisa cette famille d'une manière parfaitement claire, sous le nom de Spiomdœ\ en la purifiani des éléments hétérogènes que M. Grube avait encore laissés dans sa tribu des Spiodea. M. Schmarda arrivait en même temps au même résultat'. On peut dire que, depuis ce moment, la famille des Anciens el celle des Spiodiens sont aussi claii'ement délimitées que possible.

M. de Quatrefages ' ne tini aucun compte de celte constitution lente et sûre de deux familles naturelles. Vainement j'attirai" son iillention sur les travaux de M. Sais. Son Histoire naturelle des Annelés " distingue de la façon la plus malencontreuse trois familles : ( elles des Anciens, des

' Uiiiules des Srieiiir.x nalurellix, loiiii' XXIX, \H'M, p. :^88. - Auilmiin el Edwards, tout i^ii iiili'oduis;ml lies élf^ments liétérogène.s dans celle t'duiille, n'v placèrenl point les Spiodiens qui leur élaienl inconnus. I>'s l'olydoies el les Spio furent laissés provisnireineiil par eux aux geni'es inrrriœ sedn.

- AiiiiulalDriiiii (luiiicoruin i iin.spfrlui . Hàl'nife, I SK!, p La lamille des Ariciens, lellt; qu"(Erslcd la conipreiid, englobe rellp des Arénicolieiis d'Aiidonin el Edwards.

' Die Fiuniiien der Arineli<leii, p. 64.

' FauiKi littornlis iiorivei/iœ, ved Sars. Koren og Danielssen. Andel Ha-lle, Bergen, 1856, p. 7. ^ Bidnifi m KiindskaliPii mii Soryiw Annelidcr (Ijerile Afliandlinpl. — Videusk. hmliatidl. lor 1861 (Saerskilt Aftryck, p 10).

* .\fiue TiirbeUarieu , Roliilorini iind Anneiidcn, p. 62

" Comptes rendus de l'Acad. dex Sciences, 27 mars 1865, p. 7

^ Bihii'ith. Unir. — Arcliives des Srienres physifjiies al nalurdles, 1865, lorne XXII, p, 346. ^ Histoire naturelle des Anneles, tome I, p. 435; lonie 11, p. 281 et 291.

ni r.oLFE 1)1, \APi,ES. 30.^

I^eucodorieus el des Nériiiiens, classées les deux premières parmi les Anuélides sédenlaires el la troisième pariïii les Âunélides errantes. Les Leiicodoriens el les l\éri«iieiis soiil les Spiodiciis de M. Sar^, à lel point (pi on voit parfois le même genre, penl-èli'c la même espèce, reparaître dans les deux l'amilles sous des noms did'érents, une lois comme forme errante, l'autre fois comme forme sédenlairc Même la famille des Ari- ( iens n'a pas été clairemenl comprise par Tauleur qui y laisse des Spiodiens pur sani», avec leurs longs tentacules de Spio si caractéristiques, savoir les Magelona Fr. Mûll.

Aux cai'aclères indiqués par M. Sars c(Hnme dislinctifs des deux familles des Spiodiens el des Aricieus, il faul en ajouter' encore un, celui de la structure des hrancliies. Chez les Anciens, ces organes ont la structure lypiipie, c'est-à-dire (pi'elles icnfermenl une artère et une veine réunies par une double série d'anses vascnlaires. Ces anses font au contraire défaut aux branchies des Spiodiens,

Genre ARIGIA Sav. (Aud. et Edw. rev.)

Le genre Aricia a été établi par Savigny ' pour une espèce (Aricia sertulafaj munie de (piatre anteimes rndimentaires. Plus lard MM. Audonin el Kdwards' ont décrit s(tns le même nom générique des espèces, il est vrai fort voisines, mais entièrenKMit (b'ipourvues d'antennes. D'après les principes qui guident la laxonomie actuelle, ces espèces doivent être réparties dans des genres différents. C'est bien là ce que M. de Quatrefages a compris. Malheureusement, par une méprise étrange, il a créé nn nom nouveau, celui (VOrhirna, pour l'espèce type de Savigny, et transporté l'ancien non» d'Aiicie aux espèces lécentes d'Audouin et Milne Edwards. Ce procédé est inadmissible, el le nom d'Orbinia est mort-né pour la science. Si le genre doit être divisé, les Aricies de

' Système des Aunélides, \). 1*2 cl 35.

' Annales des Sciences naturelles, 1834, tome XXIX, p. 394.

306 AN^ftl lDEvS CHfirOPODES

MM. Âudouin et Milne Edwards recevront un nouveau baptême et VAricia sertulata Sav. (Orbinia serlulala restera le type du genre

Âricie. Dans ce cas, l'espèce ci-dessous décrite suivra le sort des Aricies d'Audouin et M. Edwards. Je laisse à d'autres le soin de fabriquer ce nom nouveau '.

ARfCIA FOETIDA.

? Aricia Cuvkri Grube, AcI. Echinodern. und Wiinner, p. 69.

Pl. \X, lig. 2.

Aricia longitudine S"*"', latitiidiiie 3'°'". segmenfAs 130-150, lobo cephalico conico, apice attennoto^ ocidis ndnimis duohus. Pedtim mutatio segm-ento vicesimo secundo, setis simplicïhus anmdatis.

La fétidilé de celte espèce est fort remarquable. J'ai toujours deviné à l'odeur la présence d'une seule Aricie au milieu d'un peloton d'Annélides apporté par les pêcheurs.

Le lobe céphalique (fig. 2) est beaucoup plus étroit que les segments qui le suivent et se présente sous la forme d'un cône très-atténué, entièrement dépourvu d'antennes. Les yeux sont réduits à deux petites taches pigmentaires, noires, à peines visibles à la loupe.

Les vingt et un premiers segments sétigères ont des pieds qui rappellent beaucoup ceux de ['Aricia Cuvieri. Les deux rames sont peu séparées (fig. 2 B). La supérieure porte un faisceau de soies simples, subulées, très-distinctement annelées (2 K), et un cirre dorsal subulé, conique (2 B, c), qui parait jouer le rôle de branchie, car une anse

' .Ih vois m . Maliiigicn ;i ih-j/r fml cxiicleiinMit l:i iikmiic r i'iii;iri|iir ni qu'il « voue h l'oiilili » le nom d'Orhiiiia. Ce savant fait en diilri' )pmarquei' que r^4. serltilala Sav., conniif' seuknneni par une description ton brève, n'a pas (■Ir retrouvée. Penl-èlre même une ei rein- s'est-elle glissée dans la description de Savigny, et ce savant a-l-il en sous les yeux l'.l. Ciirieri Aud. et Edw. qu'on trouve dans la localité mêrae à laquelle il attribue IM. sfi-t ulula (l.a Hoclielle). M. iVlaImpren en conclut qu'il est convenable de conserver le nom d' Aricie ilans le sens d'Audouin et M. Edwards, aussi longtemps que l'espèce type de Savigny u a pas été retrouvée. M Kuiberg pense, il est vrai, un peu difl'éremmenl . Il conserve le nom d'^lr/>/'/ pour les Ariciens uu peu liypotbétiques auxquels M. de (juatrel'ages donne le nom d'Orbinia, et crée les genres l'Iiylo, Licides. Lcudamas, Labolas pour les Ariciens dépourvus d'antennes [(Ej'vers. af K. Vet. Akad. Fôrh., 1865, n" 4, p. 251). Toutefois l'espèce ci-dessous décrite, pas plus que \'Ariria Cuvieri .\ud. et Edw., ne répond exactement à la diagnose d'aucun de ces genres. Je [iréfèie donc, plutôt que de créei uu gi'Di e noM\eau, nie ranger à l'aN is de M. MaliiignMi.

DU (iOLFE DE NAPLKS. 307

vasculaire pénètre dans l'intérieur et son bord externe est frangé i\f cils vibratiles. Aux trois premiers segments, ce cii re est l udimentaire et à l'état d'un simple mamelon ; mais, dès le quatrième, il présente la forme branchiale.

La rame inférieure formi^ une crête saillante, très-régulièrement découpée en papilles liguliformes (a), subitement atténuées vei's le milieu de la longueur. Ces papilles sont formées par une gerbe de follicules bacillipares Çà G), revêtue seulement de la cuticule. Chaque papille, dans sa totalité, a un diamètre de 0"'",12, celui des follicules n'est que de 5'"''^''; les bâtonnets (i C, b) sont longs de 1 Par une longue fente, placée sur la face antérieurti de la rame ventrale, soi t un éventail de soies très-particulières (2 B, b). L'éventail est triple ou quadruple : les soies, juxtaposées très-régulièrement, forment trois ou quatre couches superposées, dont chacune est un peu en retrait de la précédente, de manière k ce que les terminaisons des soies s'échelonnent les unes derrière les autres. Os soies sont simples (2 I), comprimées, coudées à une petite distance de l'extrémité. Cette extiémité, fort obtuse, est fendue dans un sens pai'allèle à la surface de la soie, et son bord est légèrement crénelé du côté correspondant à la convexité du coude. Les (ixtrémités de toutes ces rangées de soies forment comme un pavé régulier qui ne s'avance pas même jusqu'à la base des papilles de la rame. Entre les soies de la rangée la plus avancée, surgissent à desintei valles réguliers des soies d'ime forme très-diiïérente. Ce sont des soies simples, coudées aussi, mais se terminant en une pointe très-acérée qui dépasse l'extrémité des papilles. Elles ressemblent donc à celles de la rame supérieure. Du coté convexe ces soies sont très-distinctement annelées. Enfin, cet éventail complexe est accompagné d unesoie unique, brune, beaucoup plus grosse que les autres, en forme d'épieu (d). On pourrait, sans doute, la considérer comme un acicule, mais cet acicule fait saiUie hors de la rame de près de la moitié de sa longueur. Il manque aux premiers segments.

Au 22°"' segment sétigère l'apparence des pieds change brusquement. Les deux rames ne portent plus qu'une seule forme de soies (en outre de l'acicule saillant du pied), savoir des soies capillaires rectilignes et fort ténues. X un fort grossissement, toutefois, elles se montrent annelées (2 H), comme for mées par une série de cornets emboîtés obliquement les uns dans les autres.

Les pieds de cette région postérieure (2 Ë) sont d'ailleurs forts complexes. La rame supérieure se prolonge en une sorte de languette lancéolée (6), à la base de laquelle sort le faisceau supérieur de soies, (^ette languette renferme un plexus sanguin (g) fort riche; elle est en outre frangée de grands cils vibratiles à son bord supérieui'. 11 n'est donc pas permis de douter qu'elle ne remplisse des fonctions respiratoires. Immédiatement au-dessus de cette languette pédieuse nait, de la surface

{Al)

308 ANNÉLIDES CHfiïOPODES

dorsale el latérale du segment, la branchii- proprement dite (a). Elle est ciri iforme et renferme une anse vasculaire, dont les dinn branches sont mises en communication par une double série de petites anses sanguines tort nombreuses. Cette branchie est convexe d'un côté, un peu aplatie de l'autre, et ce cùte aplati porte une double rangée de franges vibratiles. C'est donc une branchie de la forme typique.

La rame inférieure est très-comprimée, pr^sipie réduite à rni lobe membraneux (c); son extrémité se divise en deux languettes, dont l'une, savoir la supérieure, plus grande que l'autre. L'anse vasculaire (h) qui pénètre dans l'intérieur y forme bien deux circonvolutions, mais pas de réseau, et la surface ne porte pas de franges vibratiles. Au-dessus de cette partie principale de la rame est un appendice cirriforme {d) assez long; un autre tout semblable, mais plus court (e) se voit en dessous. Ce dernier peut être considéré comme le cii're ventral.

A la base, de chaque rame de la région poslérieure on Irouve un grand sac (K) d'un blanc crélacé, (|ui parait s'ouvrir au dehors à \n base de la rame inférieure.

La trompe exsertile (!2 A) de celle espèce olTre une slruclure assez curieuse. Elle fait saillie en formant deux cercles de lobes ampulliformes, dont les extérieurs,- au nombre de six seulemenl, sont les plus grands'. Chacun de ces lobes, vu par-dessus, montre une figure vasculaire très-conslanle. Lin gros vaisseau (2 D, b) entre dans la paroi supérieure du lobe, décrit un orbe à peu |)rès ovale et ressort tout auprès du point où il est entré. L'espace ainsi délimité (a) est complètement anangien. En revanche, du côté externe de l'orbe vasculaire, naissent une foule de petites blanches, (|ui se dirigent en rayonnant el se ramifiant vers la périphérie du lobe ampulliforme. A la l'ace opposée du lobe tous ces vaisseaux convergent vers la base, mais sans laisser subsister d'espace anangien. La cavité du lobe est lemplie par le liquide de la cavité péri viscérale.

Le système nerveux (2 (V) rappelle celui des Spiodiens. La chaîne nerveuse ventrale paraît, comme chez ceux-ci, divisée en deux moitiés complètement distinctes. Cependant, cette apparence est due à la pré-

' Savigny (Syst. des Aiuiélides, p. \i) dit posiliveineiU que les Aricies n'ont pas de leutacnles à la trompe. Il est possible que les lobes que je décris lui aient paru liiqj insigniliarits pour niéritei' te nom.

DU GOLFE m VAPLKS. 309

sence d'nne grosse fibre lubiihiire sur la ligne médiane. A chaque seginenl correspondent deux ganglions, doni l'anlérieur, qui est d'ailleurs le plus gros, donne naissance à trois paires de nerfs et le postérieur à une seule. Dans chaque ganglion, les cellules nerveuses (a) sont accumulées principalement au coté interne des connectit's.

Chez les l'emelles, les ovaires l'orment des grappes à la hase des pieds à peu près comme chez les iNérines. Les œufs n'ont pas de chorion.

La couche sous-cuticulaire renferme, dans plusieurs régions du corps, des follicules hacillipares semblables à ceux des rames pédieuses. On trouve, en parti<'ulier, ces follicules disposés très-régulièrement sous la chaîne nerveuse ventrale, et s'ouvrant au dehors par de petits pores très-distincts.

La région antérieure du corps et surtout la partie dorsale du lobe céphalique renferment, dans la couche sous-cuticulaire, semés à de grands intervalles, d'autres oi'ganes qui doivent peut-être se relier au système nerveux. Ce sont de petites baguettes ("2 F) renflées à l'une des extrémités, parfois à toutes les deux, mais alors l'un des renllements est plus gros que l'autre. L'axe de la baguette est marqué d'une ligne distincte. Tout l'organe est entouré d'ime substance linement granuleuse. La longueur des baguettes varie de 27 à 66'"''".

M n'é( happera à personne (jiie ïAncia fœlida est très-voisine de VÀricia Cumeri Aud. et Ldw. Moi-même, j'ai longtemps pensé que les différences dans la forme des pieds et dans bien d'autres (h'dails provenaient uniquement de ce (jue, venu après Aiidouin et M. Edwanis et m'appuyant sur leurs recherches, j'avaisdù Unir par voir plus qu'eux. Cependant, la somme de ces petites différences est considérable. En outre, les savants français disent positivement que leur Àricia Latreiliii (bien distincte de la nôtre) « a les soies de la rame supérieure annelées vers le bout, disposition qui n'existe pas chez l'Aiicie de Cuvier. » Or les anneaux des soies de ïAricia fœlida sont d'une observation trop facile pour avoir pu échapper à ces excellents microscopistes.

ANNÈLIDKS CHfi TOPODKS

Genre THEODISGA Fr. Mûller (Glprd. ' rev.)

Theodjsca liriostoma.

Pl. XXIV, fig. -2.

Corpus longitiidine 6°°"*. lafitiidiui' .2'""\4 supra d('j)ressnni siihhis rnnveximi, segmentis circa 210. Proboscidis imrgo ipmupœ-lobatas. Sdœ pedani anteriomm spinif ormes. Apertura anal'is in dorso segmeidonmi quatuor uUimonmi patem. cirris anoUhis qimhior minimis.

Cette Theoflisca de couleur brunâtre est voisine de la T. anserina, que j'ai décrite dans mes Glanures '. Elle s'en distingue toutefois Facilement non-seulement par sa grande taille, mais encore par les soies en baïonnette au lieu de soies en lancette aux rames inférieures.

Le lobe céphalique (3 A) est plus large que long, arrondi en demi-cercle au bord frontal, étranglé en arrière. Il porte en son milieu deux petits points noirs oculiformes, reposant directement sur le cerveau. Il n'y a aucune trace d'antennes.

Le segment buccal, apode, présente de chaque côté une fossette ovale (3 A, a) à bords proéminents, remplie de cils vibratiles. Elle rappelle celle (|u'on voit à la même place chez certains Syllidiens et Euniciens.

Les pieds (3E) sont biramés'. La rame supérieure est un court cylindre qui donne passage au faisceau de soies, et qui se prolonge au-dessus de ce faisceau en une languette cirriforme (b) contenant un vaisseau sanguin. Au-dessus de la base de cette rame dorsale naît la branchie (a), entièrement semblable à celle des Aricies. La rame ventrale est divisée en deux lèvres verticales, entre lesquelles sort un éventail de soies. En-dessous on voit un petit cirre ventral cylindrique (c),

La languette de la rame supérieure n'est bien développée qu'à pai tir du quatrième segment. Aux deux précédents elle existe, mais à l'état rudimentaire. La première

' Les Antliosluma Schmarda, qui ont aussi la trompe digil.ée, se rapprochent beaucoup plus par la conformation des rames pédieuses du geni'e Aricie que du genre 'l'heodisca.

' Voyez Glanures, p. 44, pl. IV, fig. 6. A la base de chaque pied l'anse vasculaire du segment se renfle en un large sinus très-rouge. Cette disposition rappelle les glomérules vasculaires qu'on trouve à cette place cliei! les Spiodiens, d'ailleurs si pi'oche> voisins des Ariciens.

( KO i

paire de branchies est au septième segment. I^es neuf on dix derniers segments en sont dépourvus. Les soies de la rame supérieure sont très-ténues (3 C), légèrement coudées sur leur trajet (^t a'intilées à partir du coude. Celles de la rame inférieure (3 B ) sont semblables, mais relativement plus fortes, plus courtes, beaucoup plus coudées et ressemblent par suite à une baïonnette. Du r'este, cette légère différence entre les soies des deux rames n'existe ijue dans les segments antérieurs. Plus en arrière, les soies de la rame inférieiu'e deviennent de tous points semblables à celles de la rame supérieure. Par-tout la rame inférieure renferme, dans son éventail, en outre des soies annelées, quelques soies courtes et obtuses (3 D), légèrement crochues à l'extrémité. En revanche, il n"y a pas d'acicules.

Le dernier segment (3 K) se termine par deux paires inégales de cirres coniques. La plus longue est la supérieure. L'anus se présente comme une large fente bordée de lèvres renflées en bourrelet, l'ente qui parait occuper les quatre derniers segments. Il est, cependant, facile de se convaincre que ce n'est là qu'une apparence, et que le dernier segment chevauche sur les précédents dont la position est oblique'.

La trompe exseiiile (lig. 3) se lerniine p;ir cinq digilatioiis très-souples, qui la tout lessemhler à une lleur à corolle très-divisée. Chaque digitalion renferme deux vaisseaux principaux, mis en communication l'un avec l'autre par un léseau ca|)illaire t'oi t riche. L'oesophage rectiligne va s'ouvrir dans l'intestin élrangié en patenôtre au 24'"** segment; toutefois il se continue sous la forme d'un i'a|»lié sur la paroi de l'intestin jusqu'au 56fne segment. Comme en même temps l'intestin est vert dans cette région, tandis qu'il devient jaun(; dès le 36*"**, on peut facilement prendre la partie verte pour deux cœcum, placés à droite et à gauche de l'œsophage et venant s'ouvrir dans l'intestin au 36'"*' segment. Mais ce serait une illusion "-.

Les organes segmentaires forment un peloton à la base des pieds, avec un appendice cilié (ouverture interne). La paroi renferme une multitude de cellules (5 1), larges de 8™'*"", et remplies de petits corps sphériques.

' La rjiv)ie iiihivr.inrln, cUei laquelle M. Sors indiijue un anus ocrupani les dix ou treize derniers segments, otl're peut-être une disposition analogue. De même les Eiiclinne Malmgren.

' J'ai décrit dans mes Glanures (,p. 43^ deux cœcum offrant exactement cette position chez \'Arina Œrstedii Ne s'agii'ait-il point là aussi d'une apparence devant s'interpréter comme ci-dessus?

3i2 ANNftLIDKS CIlÈTOl'ODKS

Les ovaires loi inent des grappes de cliaqiie coté de cluKpie segmeiil. Chacun d'eux amène cinquante à soixante œul's à développement simultané. Ils sont enserrés dans un lacis de vaisseaux. Il est facile d'isoler un ovaire à l'aide de fines aiguilles, mais alors on en voit pendre en tous sens les vaisseaux qu'on a dû rompre. Les oi'ganes segmentaires cidessus décrits sont tout à côté, d'un grisâtre opaque à la lumière transmise. Il est possible que ces organes servent à conduire les œufs au dehors. Mais ils doivent avoir encore une auli'e l'onction. (]ela me semble résulter du fait qu'ils existent aussi dans la région antérieure du corps où les ovules ne pénètrent jamais.

Les zoospermes (3 H) ont une téte corniculée', longue de 5™'*"',5. Leur juxtaposition très-régulière dans les régimes (3 G) doime à ceux-ci une apparence très-élégante.

Le système nerveux (3 F) présente sur la ligne médiane dorsale une libre (d) tubulaire claire, laige de 5'"''", qui le fait paraître comme chez les Aricies divisé en deux moitiés entièrement distinctes. Les renllemenls ganglionnaires se touchent tous; chaque segment en compte trois (ff;, 6, f^), correspondant chacun à la naissance d'une pairede nerfs. Comme chez les Aricies, les cellules ganglionnaires (^) sont accumulées au côté interne des cordons nerveux longitudinaux.

Famille des SPIODIENS Sars.

Comme je l'ai déjà fait remarquer ailleurs, tous les Spiodiens, sans

' Malgif' la longdeiir relative (Je celte tète, je n'ai pas pu me convaincre qu'elle présentât une con- Iraclibililé appréciable. Je ne voudr ais point par là infii irier les observations, d'ailleurs chaudement conlestées, de .M. Grohe {Uebcr die Rcwe./diifi dcr Sumcnkorper. Arcliiv I'. patliol. Anat. und Physiol Baiid XXXII, 1865, p. 401) sur les (;ontraclions de la tête de certains zoospernies, car j'ai décrit dès 1861 la locomotion des /oopermes de la Convolulu panidoxa Œrsl., à l'aide des contractions delà tête fort allongée. Ces zoospei'mes cheminent, il est vrai, à reculons, (Voyez Recherches <innl. sur les Annélides, Tiirbellariéset Gréf/arines observés dans les Hébrides par Ed. Claparède, Genève 1861, p. 62. Mém. Soc. de Phys. et d'Hist. nat.)

Bxceplioli, uHVeiil une simplilicalion remarquable des bi aucliies. L'ai'lère el la veine passeni (lirecleineiil l'une à l'autre, et ne sont jamais réunies par (les anses lalérales. Le dianièire de ces deux vaisseaux esl toujours assez inégal. Le vaisseau axial el les lacunes latérales que M. de (^)uatret"ages déciit dans les Itrancliies des Polydores', ne peuvent pas mètne être expliqués comme une illusion d'optique. ]*eut-étre cet auteur a-t-il été trompé par des extravasalions dues à l'action d'un compresseur.

I^e caractère le plus saillant de cette l'amille, celui des longs tentacules à appanîuce si spéciale, qu'on ne retrouve que chez les Cliétoptériens, ce caractère est-il bien constant? Plusieurs Spiodiens ont déjà été décrits comme en étant dépourvus, (pii en possédaient pourtant, caria caducité de ces organes esl grande. Dans le genre Prionospio Malmgr. cependant, les tentacules paraissent bien l'aire défaut. Il ne semble guère possible, malgré rat)sence de ce caractère important, de leui' assigner une place dans le système ailleurs que dans la famille des iSpiodiens '.

Genre POLYDORA Bosc.

{LEUCODOIŒ .Joliiisl. ; LFAICODOBUM Œislcd.)

Déjà en 1801 je faisais remar(juer (|ue le genre Leu("odore de Johnslon ne peut être distingué des Polydores de Bosc. (^elle opinion vieni d'être reprise el Irès-juslemenl développée par M. Alex. Agassiz '. Bien donc que le nom de l^eucodore ail été em|doyé pai' moi-même, el qu'il ait reçu une certaine consécration de la part de plusieurs autorités scientiliques (MiVl. Œrsled,Leuckarl, Keferstein, Mecznikovv, Malmgren),

' Annules ilcs Srieiice.s ii'iliiielirs, \\\\ 1850, p. 19^.

^ M. Viclor Caï us [Hniidlmcli der Xonloi/ii', 1863, |i 'i40) ;Kl(i|ite la l'amille di^s Spiodiens, iriais il en défigure la diagnose en ti'accni-daiit i(ir('xc-eptionnolleni('iil des hrancliies à cos Anuélides. Tous les genres en sont au Lontrano pourvus.

^ [jubev l'ah/doni rnniiiln Hosf. Arc/ui' j'iir Aiml. ii . riij/si(iliifiii\ I8(il, p. 7>'i'i.

" On tite youiHj slur/cs of u few Aiinelide!^ |j\ Alex. Agassiz. — Aiinah of lliv Li/ceiiiii uf New-\ork, vol. VIII, .lune l'866,'p. 323.

314 ANNftLini'S cil fnOI 'ODES

je considère comme un devoir, en l'ace du dédale laxonomique qui règne dans celle l'amille, de rétablir le nom primitif de Bosc'.

Page 1