‹ Les annelides chétopodes du Golfe de NaplesChapitre 57 sur 69 · Serpula aspera · texte numérisé non relu

Serpula aspera

Serptila aspera Philippi, Archiv fur Naturg , 1844, X, p. 191. » » Grube, Familien der Anneliden, p. (Jl et 142. » » Qtrfg., Histoire natur. des Annelés, II, p. 805. » octocostata Qtrfg., Ibid., p. 496.

Pl. XIX, fig. 4.

M. Philippi indique comme caractère de la S. aspera de la Méditerranée un tube blanc cylindrique, orné décotes crénelées au nombre d'environ sept. M, de Quatrefages attribue à sa S. octocostata du golfe de Biscaye huit côtes. Les individus du golfe de Naples que j'ai étudiéS;, paraissent tellement identiques à la description de M. de Quatrefages, que je ne puis les considérer comme une espèce distincte de celle de l'Océan, Seulement le nombre des carènes crénelées du tube ne s'élève en général qu'à sept ou même souvent à cinq, les carènes latérales inférieures devenant indistinctes.

Les adultes comptent une centaine de segments et atteignent une longueur d'un centimètre ou un peu plus. Le nombre des branchies varie de 8 à 12 dans chaque moitié de l'appareil respiratoire. La partie basilaire palmée est pourpre; la partie libre, d'un jaune intense, annelée de rouge dans la moitié inférieure^ de blanc dans la moitié terminale. Cette coloration est d'ailleurs peu caractéristique, car chez les individus plus jeunes, les branchies sont complètement incolores ou munies seulement d'une tache rouge à la base de chaque filet branchial.

Le nombre des côtes de l'opercule membraneux (fig. 4) est variable; il augmente avec l'âge, mais ne paraît pas dépasser une vingtaine. Le pédoncule operculaire est annelé de rouge chez les adultes.

ANNÉLIDES CHÉTOPODES

Les sept segments thoraciques sont très-condensés. Les soies (4 A) de la grande pharètre du premier segment sont telles que les décrit M. de Quatrefages. Il en est de même des soies subulées (4 B) des autres segments thoraciques et des soies capillaires des derniers segments abdominaux. Dans toute sa longueur, l'abdomen porte à la place des soies subulées du thorax, des soies droites, élargies à l'extrémité en une spatule pectinée (4 E). M. de Quatrefages représente ces soies, qu'il a fort bien vues, comme remplacées dans la partie postérieure du corps par les soies capillaires. Il n'en est pas tout à fait ainsi. Les soies capillaires (4 C) se trouvent dans les trente derniers segments environ, où elles coexistent avec les soies à spatule pectinée, mais ne les remplacent point. Cette coexistence est, d'ailleurs, la règle chez les Serpules. Toute la région antérieure de l'abdomen est achète.

Les plaques onciales (4 D) des tores uncinigères sont pectinées ; les deux dents inférieures sont plus fortes que les autres. M. de Quatrefages ne les mentionne pas.

Le sang est rouge, opalisant en vert. Dans chaque segment abdominal, il existe une anse profonde et une superficielle ; cette dernière passe dans les tores uncinigères.

De chaque côté de l'œsophage il existe une grosse poche (organe segmentaire?) renfermant un liquide granuleux orange et opaque, qui ne développe pas de gaz lorsqu'on le mélange à de l'acide acétique.

Genre EUPOMATUS Phil.

{POLYPHRAGMA Qtrfg.)

M. de Quatrefages a annulé le genre Eupomatus Phil. en le fondant dans le genre Galeolaria Lam. Mais, chose incompréhensible, il admet un genre Polyphragma auquel il attribue exactement la diagnose que M. Philippi avait donnée de son genre Eupomatus. En effet, d'après l'honorable académicien, les Polyphragmes sont des Serpules dont l'opercule corné est comme doublé par une pièce surnuméraire, tandis que lesGaléolaires seraient des Vermilies (c'est-à-dire des Serpuliens à opercule calcaire), dont l'opercule est souvent composé de plusieurs pièces juxtaposées, surmontées d'un grand nombre d'épines fort variables. Or, c'est par méprise que les Eupomatus ont dii être placés dans le genre Galéolaire ainsi conçu. Il suffit, en effet, de jeter un coup d'œil sur le

texte de M. Philippi, pour voir que ce savant attribue à ses Eupomatus un opercule corné (c'est lui-même qui souligne le mot), et qu'il indique les pièces qui le surmontent comme cornées aussi et flexibles, mais point comme des épines calcaires.

Eupomatus lunulifer.

Pl. XXXI, fig. 8.

Corpus 12-14""" longmn, segmentis thoracicis septem, ahdominalihus circa 60. Operculim infundibidif'orme, cahjce quadam ex imo infundihido surgente, margine laciniato, appendicïbus lunuUferis ornato. Tuhidi cretacei, cylindracei, agglomerati, flexmsi.

J'ai reçu cet Eupomatus une seule fois, mais en nombre très-considérable. Il avait été trouvé fixé à la coque d'un bâtiment en radoub.

Les branchies sont pâles, annelées de jaune brunâtre, au nombre d'une dizaine seulement de chaque côté. Les opercules sont en général au nombre de deux dont un seul complètement développé. Souvent aussi l'on n'en voit qu'un seul. Leur forme est trèscaractéristique. La partie inférieure est infundibuliforme, élégamment crénelée sur le bord. Du milieu de l'entonnoir s'élève une urne de forme élégante, dont le bord est découpé en lanières, ctalées en un croissant à l'extrémité. La couleur de ce bel opercule est d'un vert opalisant en rouge. Elle est due aux vaisseaux sanguins. Ceux-ci forment en effet un premier plexus très-serré^ soit glomérule, dans Tentonnoir inférieur, et un second dans la base de la coupe. Du glomérule supérieur part une anse vasculaire pour chacune des lanières lunulifères.

Les bras flexibles de la coupe operculaire paraissent avoir pour fonction de retenir les corps étrangers à l'aide de leur croissant terminal. On trouve, en effet, un grand nombre d'individus chez lesquels tout l'espace entre l'entonnoir et les croissants terminaux est rempli par un manchon cylindrique de vase noire. Ce manchon sert à fermer le tube, bien mieux que l'opercule lui-même.

On voit, d'après ce qui précède, que la duplicité de l'opercule ne saurait être un caractère spécifique, comme M. Schmarda ' l'admet pour son Eupomatus dipoma, à plus forte raison pas un caractère générique; aussi le genre Codonytes Qtrfg. ^ doit-il

' Neue wirbellose Thiere, tome II, p. 29. Histoire nalurelle des Annelés, tome II, p. 493.

442 ANNÉLIDES CHÈTOPODES

être rayé. Cuvier il y a plus de 60 ans, savait déjà que le second opercule est un opercule de remplacement, en voie de formation plus au moins avancée.

Le premier segment thoracique porte une paire de petites taches oculaires triangulaires sur le dos. La grande pharètre renferme de grosses soies groupées deux à deux : une soie filiforme avec une soie à renflement terminal tridenté, dont l'une des dents se prolonge en une longue épine. Les soies subulées des autres segments thoraciques sont bordées d'un limbe étroit. A l'abdomen elles sont remplacées par des soies droites à spatule terminale finement dentelée. Les plaques onciales sont pectinées, à sept ou huit dents, soit au thorax, soit à l'abdomen. Leur nombre ne s'élève pas à plus de 60 ou 70 à la plus longue rangée thoracique.

Genre POMATOCEROS Phil.

POMATOCEROS TRIQUETROIDES.

Serputa vermicularis Cuv. (non Linn.), Règne animal. Édit. de 1830, tome III, p. i91.

s triquetrodes Dalle Chiaje, Memorie su gli Anim. senza verteb., IV, 208, tav. XLii, p. 23.

» triquetroides Délie Chiaje, Descrizione, III, p. 71 ; V, p. 94. ? Serpula triquetra, Scacchi, Catalog. conchyl. regni neapolitani, 1836, p. 18 Pomatoceros tricuspis Phil., Archiv fur Naturg., Band X, 1844, p. 194. Serpula tricuspis Grube, Familien der .^nneliden, p. 92 et 143. Pomatorerus tricuspis Môrch, Revisio critica serpulidarum (fide Qtrfg.). Vermilia trifida Qtrfg., Histoire natur. des Annelés, II, p. 582. Vermilia tricuspis Qtrfg., Ibid., p. 530.

Pl. XX, fig. 3.

La Vermilia trifida Qtrfg., de la Manche, à en juger d'après les descriptions de M. de Quatrefages, ne peut être distinguée spécifiquement du P. triquetroides du golfe de Naples, déjà clairement décrite par Délie Chiaje. La forme de l'opsrcule est sujette à d'assez grandes variations, sur lesquelles il n'est pas possible de baser des espèces. Le cône calcaire (3 A) est tantôt plus surbaissé, tantôt plus allongé. Il porte au sommet tantôt trois branches ou dents, tantôt seulement deux. Les deux ailerons membraneux au-dessous de l'opercule sont en revanche très-constants, de même que la carène que je vois courir tout le long de son pédoncule. Celui-ci est annelé tantôt de brun, tantôt de bleuâtre.

Les adultes ont sept à huit branchies de chaque côté, sept segments thoraciques et

' Bulletin de la Soc. Philomatliique, thermidor, an X de la République, p. 130.

environ cinquante abdominaux. Les soies subulées thoraciques sont légèrement bordées; celles du premier segment ne sont pas plus grandes que les autres. A l'abdomen elles sont remplacées par des soies qui s'élargissent au sommet en une sorte de cornet comprimé (3 B, 3 C), dont le bord se prolonge d'un côté, suivant le pli de compression, en une longue aiguille. Le bord du cornet est épaissi et finement denticulé. Près de l'extrémité postérieure, ces soies deviennent fort longues, mais ne changent point de forme. Elles remplacent les soies capillaires qu'on trouve à cette place chez tant d'autres Serpulides.

Les plaques onciales des bourrelets uncinigères sont pectinées; elles comptent dix ou douze dents dont la plus inférieure est obtuse (3 D).

La membrane thoracique est couverte de cils vibraliles comme chez les autres Serpulides. Chez les femelles la cavité périviscérale est remplie d'ovules discoïdaux, roses, larges d'environ 88 micr. Chez les mâles leur place est occupée par des zoospermes (3 E) à tête ovoïde, longue de 2 micr. et ornée d'un granule fortement réfringent à la base de la queue.

La coloration de l'animal est fort bien décrite par M. de Quatrefages. Elle souffre d'ailleurs certaines variations.

Genre SPIRORBIS Lmrck.

Spirorbis Pagensïecheri.

? Serpula Spirillum Scacchi, Catalog. conchyl. regni neapolitani, 1836, p. 18.

Spirorbis Spirillum Pgstch. (an Pallas?), Zeitsclir. fur wiss. Zool., XII, 1863, p. 486, pl. 38.

Spirorbis Pugensteclieri Utrfg., Histoire naturelle des Annelés, II, p. i9\.

Je n'ai rien à ajouter au sujet de celte intéressante espèce au curieux travail de M. Pagenstecher. Je me suis convaincu de l'exactitude des faits remarquables découverts par ce savant. Le Sp. Pagensïecheri est, en effet, hermaphrodite, et les larves se développent dans la cavité du pédoncule operculaire.

Genre PILEOLARIA.

Serpulidce membrana thoracica munitœ, branchiis paucis, opercuïo compressa, calcareo, dentato. Tuhus cretacms spiralis.

444 ANNÉLIDES CHÊTOPODES

Les Pileolaria sont aux Spirorbis ce que les Eupomalus sont aux Serpules, les Galeolaires et les Pomatoceros aux Vermilies. Ce sont des Spirorbis, dont l'opercule, au lieu d'être formé par une plaque unie, est hérissé d'un certain nombre de dents calcaires.

Pileolaria militaris.

Pl. XVI, fig. 5.

? Serpula Spirorbis Scacchi, Calalog. conchyl. regni neapolilani, 1836, p. 19.

Pileolaria hermaphroditica, segmentis thoracicis tribus. Pars calcarea operculi pileo milittim forma haud dissimilis, apice carenaque frontali dentata.

Cette Piléolaire vit dans les mêmes conditions que la Spirorbis Pagenstecheri. Elle s'en distingue cependant à première vue par la taille un peu plus grande de son tube spiral. La forme de l'opercule calcaire (fig. 5) est fort caractéristique. Je la compare à un bonnet de police. Toutefois le nombre des dents, leur diamètre, leur courbure sont autant de caractères variables.

Le premier segment thoracique a une grosse pharètre avec soies spéciales (5 G): d'une part des soies filiformes géniculées, d'autre part des soies beaucoup plus fortes, également géniculées, mais échancrées sur le genou. L'échancrure est entourée de petites dents ; la partie terminale de ces grosses soies est munie d'une fine serrature. Les deux autres segments thoraciques ont des soies dorsales beaucoup plus petites, géniculées, à limbe entier. Ces soies sont remplacées à l'abdomen par d'autres (5 B), comparables aux soies abdominales des Vermilies; seulement la spatule pectinée n'est étendue que d'un côté de l'axe'. Les plaques onciales des tores uncinigères sont, au thorax, dès le second segment, de forme pectinée et comptent jusqu'à vingt-six dents. Elles atteignent une longueur de 0™",05. On en compte environ soixante dans une seule rangée. Les crochets de l'abdomen sont tout semblables, mais ne dépassent pas une longueur de 0°"°,02.

L'hermaphrodisme des Pileolaria est entièrement semblable à celui des Spirorbis. L'incubation des œufs a lieu sous le bonnet calcaire qui

' M. Meczoikow a décrit, chez un Spirorbis de la mer du Nord, des soies qui concordent entièrement avec celles de la partie antérieure du corps de la Pileolaria militaris. Mais il ne mentionne pas les soies en spatule pectinée à l'abdomen, qu'il connaissait pourtant chez les Vermilies. Lui ont-elles échappé ou manquaient-elles réellement? (Voyez Zeitschr. fur wiss. Zool., XV, 1865, p. 331.)

forme le sommet de l'opercule. On y trouve constamment des larves à tous les degrés de développement.

Ne seraient-ce point les tubes de cette espèce que M. Grube' a déterminés comme le Spirorbis nautilotdes Lmrck?

Famille des AMMOCHÂRIENS Malmgr.

(Gen. SANDANIS Kinberg excludemhim.)

Lorsque M. Malmgren' sépara les Ammochariens des Maldaniens, soit Clyménions, il tut certainement bien inspiré. Je dis inspiré, parce qu'il ne paraît pas avoir étudié anatomiquenient ce singulier type, et qu'il semble avoir été guidé par celle justesse de coup d'œil dont il a fait preuve plus d'une fois. La cause déterminante de cette séparation a été sans doute la singulière armure de crochets ventraux, si différente de celle des Maldaniens. Mais, à ce caractère remarquable viennent s'en ajouter bien d'autres, tellement que, tout bien considéré, les Animochariens n'ont de commun avec les Maldaniens que l'allongement extraordinaire d'une partie des segments et l'habitation dans un tube. L'inclusion de l'intestin dans un vaisseau est, en particulier, un caractère remarquable^ complètement étranger au type des Maldaniens, et qui ne trouve d'analogie chez les Annélides que parmi les Scrpuliens. Il en est de même des branchies céphaliques. On peut donc considérer les Ammochariens comme un type intermédiaire entre les Maldaniens et les Serpuliens. M. Sars' a déjà émis l'idée, il y a plus de quinze ans, que les Ammochariens devaient être réunis aux SerpulienS;, mais cette opinion paraît avoir passé inaperçue.

' Echinod. Act. u. Wurmer, p. 65.

' Œfveraiyl. afK. Vet. Akad. Fôrli., 18G5, n« 2, p. 185.

' Nyt Mayas, for Naturvidcnshaberne. Sjelte Bind, 1851, p. "202,

ANNÉLIDES CHÉTOPODES

Genre OWENIA Délie Ghiaje.

Syn. AMMOCHARES Grube.

Lorsque M. Grube établit en 1846 son genre Ammochares pour une Annélide tubicole de la Méditerranée, il ignorait qu'un ver appartenant au même genre^ peut-être à la même espèce, avait déjà été figuré quatre ans auparavant par Délie Ghiaje sous le nom d'Oivenia filiformis. Le zoologiste napolitain n'a, il est vrai, laissé aucune description de cette Owenia, mais les bonnes figures que nous lui devons sont bien préférables pour la fixation du genre et de l'espèce à tant de diagnoses insuffisantes qui embarrassent la bibliographie, et qu'on fait peser lourdement dans la balance lorsque la Thémis scientifique doit décider des questions de priorité. En fait, Délie Ghiaje paraît avoir connu les Ammochariens aussi bien et mieux qu'aucun de ses successeurs. Gela se conçoit facilement si l'on réfléchit qu'il les étudia vivants et que tous les autres, sauf M. KôUiker, paraissent n'avoir vu que des individus conservés à l'alcool. Aussi pensé-je bien faire de tirer le nom d'Owenia filiformis de l'oubU injuste dans lequel il est tombé. Le nom générique d'Owenia a été, il est vrai, attribué par M, KôUiker' à des Gténophores et plus anciennement par M. Prosch' à des Géphalopodes. Mais ces noms sont postérieurs à celui de Délie Ghiaje et doivent lui céder le pas \

OWENIA FILIFORMIS.

Owenia filiformis Délie Ghiaje, Descrizione e notomia, tav. 175, fig. 1-6. Ammochares Ollonis Grube, Archiv fur Naturg., Band XII, 18i6, p. 63.

Pl. XXVI, fig. 5.

Il est à peine douteux que l'espèce de M. Grube soit identique avec celle de Délie

' Zeitschrifî fur wiss. Zoologie, VI, p. 315.

^ Kongle danske Vidensk. Selsk. Skrifler, 5'« Reekke, 1847.

' Ils appartiennent d'ailleurs à d'autres embranchements et ne peuvent par suite provoquer aucune confusion.

Chiaje. Cependant ce zoologiste attribue aux deux segments antérieurs du ver une paire d'appendices charnus en forme de massue, que ni Délie Chiaje, ni moi, nous n'avons vus dans l'espèce napolitaine. M. Grube dit, il est vrai, qu'il a rencontré quelques individus qui en étaient dépourvus, ce qui fait penser à la possibilité de boutons rétractiles comme ceux des Ophélies et des Capitelliens

Les limites des segments ne sont guère indiquées chez ce ver cylindrique que par les bourrelets ou tores ventraux sur lesquels les petits crochets sont implantés. Les deux premiers segments ne portant pas de crochets, mais seulement quatre faisceaux de soies capillaires, forment un cylindre non interrompu jusqu'au premier bourrelet qui est celui du 3""^ segment (voir fig. 5). M. Kôlliker remarque, chez une Owenia du Frith of Clyde, qu'il y a encore une autre paire de soies capillaires avant le bourrelet, et qu'il faut, par conséquent, compter un segment de plus. La même apparence s'observe chez l'espèce napolitaine, toutefois le faisceau en question est le faisceau dorsal correspondant k la première paire des tores ventraux. Les segments suivants augmentent rapidement de longueur, comme tous les auteurs l'ont signalé. Le troisième segment est déjà deux fois aussi long que les deux premiers pris ensemble; le quatrième est une fois et demie aussi long que le troisième; les suivants gardent à peu près les mêmes dimensions. Mais à partir du huitième les segments diminuent rapidement de longueur, et, dans la région postérieure, ils sont fort courts.

Les soies capillaires qui constituent les faisceaux dorsaux de tous les segments et les faisceaux ventraux des deux premiers ne sont pas simplement filiformes comme les auteurs les représentent, mais très-élégamment pennées à l'extrémité (5 A). Les crochets ventraux sont distribués en rangées longitudinales, très-régulières ^ Leur rostre est fort acéré (5 B); je compte jusqu'à 35 crochets dans une rangée longitudinale et environ 150 rangées sur un seul tore. Cela fait en tout 5,250, soit plus de 10,000 crochets pour un seul segment. Si l'on réfléchit que 18 ou 20 segments sont armés de cette manière, on voit que chaque Ow^enia peut s'accrocher aux parois de son tube par plus de 150,000 crocs'. Aussi l'adhérence de ces vers à leur tube est-elle réel-

' Une circonstance me fait encore garder par devers moi le soupçon que YAmtnochares Ottonis Gr. pourrait bien èlre une espèce à part, c'est cpie 1' \mmochnres nssimilis Sars, de la iMer Glaciale, porte en effet les lobes en question, qji sont les petits pieds porteurs de soies des deux premiers segments. Voyez à ce sujet iMalmgren, Aiinulala puli/rlicEta, p 101, tab. XI, fig. 65 A'.

- IVI. Kôlliker l'a déjà vu très-exactement, mais la description de M. Grube était très-différente.

^ Malmgren insiste tout particulièrement à piopos de son genre Myriochele sur cet arrangement des crochets en plusieurs rangées (« selae uncinalae inferiores, minutissimœ, niultiserinles » ). Jlais, on le voit, ce caractère n'a aucune valeur différentielle. Le vrai caractère des il/yr/oc/îf/e, c'est d'être des Owenia dépourvues de branchies, à supposer que ces organes n'eussent point été enlevés par accident.

MS ANNÈLIDES CHÉTOPODES

lement extraordinaire. Ils résistent très-fortement à la rupture, mais finalement se rompent plutôt que de lâcher prise.

L'extrémité antérieure du ver porte une élégante membrane laciniée constituant, au dire de M. Grube, environ six arbuscules diebotomiquement ramifiés. Je ne trouve pas que le nombre en soit parfaitement constant, mais en moyenne il faudrait quadrupler le chiffre de M. Grube. La membrane laciniée forme un vase élégant, fendu longiludinalement sur le ventre. Elle repose sur une espèce de petit segment cylindrique fort court, en avant du premier segment sétigère. Est-ce là comme un lobe céphalique ou le segment buccal? La question me semble indécise. Que la membrane laciniée doive être considérée comme un faisceau de branchies céphaliques, c'est ce dont il est à peine permis de douter. En effet, non-seulement toute la surface interne de l'appareil est revêtue de cils vibratiles, comme M. Kôlliker l'a fort bien vu', mais encore son tissu est parcouru par un réseau capillaire sanguin d'une richesse extraordinaire. Les branchies en paraissent parfois complètement rouges, mais le plus souvent la couleur du sang est masquée par un pigment brun ou même noirâtre, accumulé dans la couche sous-cuticulaire. Ce même pigment se retrouve d'ailleurs, mais en bien moindre abondance dans le reste du corps, qui lui doit sa couleur d'acajou pâle.

Le système vasculaire est fort singulier. L'œil est immédiatement frappé par le vaisseau ventral (fig. 5, e) et par le grand nombre d'anses parallèles qu'il émet et qui se dirigent vers le dos. Le nombre de ces anses s'élève jusqu'à 35 paires et davantage dans un seul des grands segments. Immédiatement après avoir quitté le vaisseau ventral chaque anse se renfle en une espèce d'ampoule peu marquée. Toutes ces anses vont se jeter dans un vaisseau dorsal d'une largeur extraordinaire, dans lequel on voit des séries d'ondes de contraction se succéder d'arrière en avant. Ce gros vaisseau renferme le canal alimentaire, qui ne se voit très-bien que lorsqu'une contraction diminue sur une partie de son par-

' M. Fr. Millier les décrit aussi chez une espèce bi'ésilienne.

cours l'épaisseur de la couche de fluide rouge qui l'enveloppe. Cette gaine vasculaire de Tinteslin ne s étend pas en avant au delà du premier tore uncinigère. En ce point le vaisseau dorsal se résout en une série de rameaux qui portent le sang au réseau branchial d'où il est ramené par d'autres branches au vaisseau ventral \

Le tube intestinal ainsi renfermé dans sa gaîne vasculaire est parfaitement rectiligne, sans armure pharyngienne, sans ventricule. Tl prend un peu en avant de la troisième paire de tores uncinigères une belle couleur verte (fig. 5, g). C'est la région hépatique.

Les Owenia possèdent des glandes assez particulières dont la fonction est de sécréter le tube. Dclle Chiaje les a déjà connues et figurées. Il en représente une seule paire s'étendant à travers plusieurs segments. M. Kôlliker,le seul qui paraisse les avoir revues depuis lors, en attribue une paire à chaque segment. Pour l'espèce de Naples tout au moins, la vérité est entre ces deux extrêmes. Elle en possède quatre paires de longueur très-inégale. La première (fig. 5, a) s'ouvre auprès des soies capillaires ventrales du premier segment, et son extrémité s'étend jusqu'à l'arrière du second segment. La seconde (b) s'ouvre aux soies capillaires ventrales du second segment et s'étend, en arrière, jusqu'au même point que la première paire. Elle est, par conséquent, bien plus courte qu'elle. La troisième paire (c) est de toutes la plus longue : elle s'étend dans toute la longueur du troisième segment, et s'ouvre auprès de l'extrémité dorsale du premier tore uncinigère. Enfin la quatrième (d) est fort courte et s'ouvre au second tore uncinigère. Les segments suivants en sont dépourvus.

Toutes ces glandes (5 C) sont des tubes cylindriques, larges de 0"",17, formées par une membrane homogène, tapissée d'épithélium. Les cellules de l'épithélium (5 C, d) sont dépourvues d'enveloppe et formées par un protoplasma rempli de granules sphériques mesurant 2 microm.

' Chez un Ammocliarien du Brésil, M. Fr. Mùller indique une foule de cœcum vasculaires floltant dans la cavité périviscérale {Arcliiv fur Naturg., XXIV, 1855, p. 218). Il n'existe rien de semblable chez VOwenia filiformis.

450 ANNÉLIDES CHÉTOPODES

en diamètre. Leur niicléus (13microm.) vésiculaire est parfaitement incolore et dépourvu de nucléole. Le calibre du tube est occupé par une substance filamenteuse ressemblant à s'y méprendre à des faisceaux de zoospermes. Toutefois, cà la rupture de la glande, on reconnaît qu'il s'agit d'un liquide fort dense, coulant avec difficulté', et dans lequel des stries sont produites sans doute par des différences de densité dans les différentes couches du liquide sécrété (5 C, c).

La formation des éléments sexuels est d'une étude plus facile que chez toutes les autres Annélides. Chez les 9 les ovaires forment une épaisse couche sur la paroi ventrale de la paroi viscérale. Ce sont en réahté des cordons d'ovules dont l'axe est occupé par un vaisseau (5 D, a), Un de ces cordons transporté sous le microscope, présente l'apparence suivante : au contact même du vaisseau on ne voit qu'une couche de nucléus (5 D, 6), entièrement semblables à ceux qu'on trouve dans beaucoup d'autres organes. A mesure qu'on s'écarte du vaisseau, les nucléus deviennent plus grands et s'entourent d'une couche de protoplasme, d'abord homogène, puis quelque peu granuleux. L'apparence de ces cellules est déjà entièrement celle d'un ovule avec tache germinalive. S'éloignant toujours davantage du vaisseau, on arrive jusqu'à la périphérie du cordon occupée par les ovules mûrs, larges de 0""°,12. Ces ovules (/") ne sont point libres, mais enfermés chacun dans une sorte d'alvéole ou d'ovisac, à paroi épaisse de 5 micr. et semée çà et là de nucléus (e) bien distincts, à sa face interne. On retrouve cet ovisac également dans des couches plus profondes de l'ovaire. Mais sa paroi devient graduellement plus mince à mesure qu'on se rapproche de l'axe du cordon, si bien qu'on ne réussit plus à la distinguer déjà longtemps avant d'arriver au vaisseau axial. Comment faut-il considérer ce tissu alvéolaire d'ovisacs? Peut-être comme une sécrétion des ovules. Mais dans ce cas d'où viennent ses nucléus? Comme les ovules eux-mêmes, je suppose, de la

' Cette substance est destinée à agglutiner les particules arcnacées avec lesquelles l'animal construit son tube. Elle durcit dans l'eau, « like the Aberlhaw lime » ainsi que du ciment romain! comme s'écrie M. Williams, à propos du tube des Sabelles.

couche de nucléus périvasculaire. Toutefois je ne puis pas en fournir la preuve positive. Pour terminer ce sujet, je dirai que les ovules arrivés à maturité, les ovisacs se déchirent et les mettent en liberté. Du moins trouve-t-on les ovules mûrs circulant librement avec la lymphe périviscérale et pénétrant même dans la cavité des branchies.

Les zoospermes sont filiformes^ avec une petite tête ovoïde, large de 2 micr. Je n'ai pas observé leur genèse, mais je ne doute pas qu'elle ne soit périvasculaire comme celle des ovules.

Le système nerveux est d'une étude ditficile. Je trouve la chaîne nerveuse ventrale sous la forme d'une bandelette, large de O'^'^^SO, à bords parfaitement rectilignes, et par conséquent sans traces de renllemenls ganglionnaires;. L'axe est occupé par un cordon (largeur =0'°'",05) de fibres à doubles contours, un peu sinueuses, très-différentes par conséquent des fibres nerveuses de la plupart des autres Annélides. A droite et à gauche de ce cordon est une bande (largeur =0'"™,16) d'une substance finement granuleuse, et en même temps délicatement striée en long, semblable par conséquent à ce que M. Leydig appelle la jibriUdre Punctsubslanz. Une matière colorante détermine dans chacune de ces deux bandes une série de zones transversales brunes. Nulle part je n'ai réussi à découvrir de cellules ganglionnaires.

J'ai été frappé par la fréquence dans le golfe de Naples d'Owenia aussi larges que les autres^, mais n'ayant que trois ou quatre segments normaux et un segment terminal conique fort court. Je ne sais s'il s'agit d'individus en voie de réparer une mutilation ou peut-être d'une espèce distincte.

ANNÉLIDES CHÉTOPODES

FamiUe des MALDAIVIENS Savigny.

CLYMENIENS Qtrfg.

Genre PRAXILLA Mlmgr.

M. Malmgren, en publiant une diagnose étendue de son genre Praxilla, dit qu'il a dû le séparer des Clymènes, parce que le genre Clymene Sav. a pour espèce-type la Cl. amphistoma Sav. Or celle-ci doit former dans sa pensée un genre à part. Il est regrettable que le zoologiste finlandais n'ait pas donné une diagnose du genre Glymène dans ce sens restreint. En comparant, en effet, la description et les figures de Savigny avec la diagnose de M. Malmgren, on reconnaît qu'il s'agit de types fort voisins. Pour ma part, laissant de côté certains caractères auxquels je ne puis accorder avec M. Malmgren de valeur générique, comme le nombre des segments, celui des denticules aux crochets ventraux, etc., je ne vois subsister que la crénelure du lobe céphalique qui fait défaut aux Praxilles et donne une apparence, il est vrai très-particulière, aux véritables Clymènes. Il aurait été peut-être préférable de n'attribuer aux Praxilles qu'une valeur de sous-genre parmi les Clymènes.

Praxilla simplex.

Pl. XXVII, fig. 7.

Corpus ^5""°° longum, segmentis 22, truncaUira cephcdica minima, rJiomboidali, non limbata, uncinis segmentorim anteriorum duorimi setigerorum cœteris haud similihts. Segmentum nonum decimumque cœteris multo longiora. Segmenta iiltima setis destituta tria.

Comme beaucoup de Clymènes cette Praxille est ornée d'un certain nombre d'anneaux d'un rouge vif. M. de Quatrefages indique cette coloration comme distribuée chez les Clyméniens autour des bourrelets unci-

DU GOLFE m NAPLES. 4o8

nigères. Ce caractère n'est dans tous les cas point général. Pour ma part, chez aucun Maldanien je n'ai vu les zones rouges liées aux tores. Leur position est variable avec les segments et avec les espèces, mais elle paraît fort constante chez une même espèce. Leur valeur physiologique ne paraît pas avoir été reconnue jusqu'ici. Ce sont, en effet, de véritables ceintures respiratoires, caractérisées par un arnincissemenl de la cuticule et un réseau sanguin d'une richesse remarquable; dans lequel les vaisseaux transverses dominent. Ce réseau appartient à la couche souscuticulaire. Chez la Pr. simplex chaque ceinture respiratoire (fig. 7) est , en même temps une constriction du corps de l'animal, due en partie à l'amincissement de la cuticule. Leur distribution est la suivante: la première ceinture, fort étroite, est en réalité double, formée de deux peli(s lisérés, l'un à l'extrémité postérieure du troisième segment, l'autre au bord antérieur du quatrième; la seconde ceinture est au bord postérieui' du quatrième segment; la troisième, plus large que les précédentes, au bord postérieur du cinquième; la quatrième, de même largeur que la précédente, au bord postérieur du sixième; enfin la cinquième, beaucoup plus large que les autres, occupe la moitié postérieure du septième segment.

Le lobe céplialique el le segment buccal forment ensemble un cône obliquement tronqué par une surface presque rhomboïdale, sans limbe marqué. Le second segment est le premier sétigère. Les soies dorsales sont, dans tous les segments sétigères, de deux espèces, comme chez les autres Praxilles : de grandes soies capillaires marginées (7 A) et d'autres plus petites, pennées. Les soies ventrales du 2""^ et du S™*" segment, au nombre d'une seule ou de deux de chaque côté, sont des crochets (7 B) à peu près partout d'égale largeur, faiblement courbés en S, à rostre relevé et surmonté d'un ou deux denticules à peine appréciables. La première rangée de crochets caractéristiques des Maldaniens (7 G) est au quatrième segment. Ils sont fortement courbés en S, se renflent graduellement de l'extrémité postérieure jusqu'au delà du milieu, puis se rétrécissent subitement et se terminent par un rostre oi'né de trois denticules au vertex. Les tores sur lesquels ils sont implantés deviennent très-saillants à partir du 7me grae segmout. Les huit premiers segments sont relativement courts, surtout le 4™% le 5""" et le 6""". Le neuvième segment et principalement le dixième sont très-

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longs. Les trois suivants sont derechef courts. A partir du li""", les segments redeviennent longs et le restent jusqu'au pénultième. Le dernier est fort court. Le pénultième et l'antépénultième segments ont encore les tores ventraux, mais pas plus de crochets ventraux que de soies dorsales; le dernier ne porte ni tores ni soies. La couronne anale est formée par un cercle de longues papilles presque filiformes dont le nombre le plus fréquent est de sept. Dans les intervalles qui séparent les longues papilles anales, on en trouve quelques autres beaucoup plus courtes, en général au nombre de deux ou trois entre deux papilles longues consécutives. Les papilles courtes, mais celles-là seulement, se terminent par trois ou quatre dentelures.

Chacun des segments 7, 8 et 9 renferme une paire de glandes (5 b, h, h), en forme de tube aveugle jaune, dont la longueur est proportionnée à celle du segment. Ces glandes s'ouvrent à l'extérieur auprès des tores ventraux. Elles sont sans doute destinées à sécréter le tube du ver.

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