ANOMALIES DES MUSCLES FESSIERS
1° Le grand fessier, le plus superficiel et le plus volumineux des muscles de la fesse, est constitué par une série de gros fais-
(*) J'ai laissé de côté, dans cet ouvrage, les muscles courts du pied et de la main, me réservant d'étudier ces muscles avec leurs variations anatomiques dans un mémoire ultérieur, qui est en préparation et qui aura pour titre : La main et le pied clans Vordre des Primates.
ceaux juxtaposés et parallèles, dont l'ensemble affecte assez régulièrement la forme d'un losange. Ces faisceaux, que séparent des cloisons cellulo- fibreuses dépendant de l'aponévrose superficielle, se détachent en haut : de la partie la plus reculée de la crête iliaque, de la ligne demi-circulaire postérieure de Tos coxal et de la portion de cet os qui est située en arrière de cette ligne, du ligament sacro-iliaque po^-térieur, de l'aponévrose lombo-sacrée, du sacrum et du coccyx, et enfin de la face postérieure du grand ligament sacro-scialique ; de celte vaste surface d'insertion, ils se portent en bas et en dehors et viennent se terminer sur cette ligne rugueuse qui s'étend du grand trochanter à la ligne apre et qui est connue, en ostéologie, sous le nom de branche de bifurcation externe.
Dans un cas très intéressant observé dans les salles de dissection de Steveens Hospital, Macdonnall et Bookey ont rencontré, le long du bord inférieur du grand fessier, une espèce de côte osseuse, provenant vraisemblablement d'une ossification partielle de l'aponévrose fessière, au moment où cette aponévrose contourne le bord inférieur du muscle.
2° Le moyen fessier est situé au-dessous du précédent qu'il déborde en haut et en avant. Large, épais et rayonné, il prend naissance sur une série de surfaces osseuses ou aponévrotiques qui sont : la lèvre externe de la crête iliaque dans ses trois quarts antérieurs; l'épine iliaque antéro-supérieure et l'échancrure sous-jacente, la portion de la fosse iliaque externe comprise entre les deux hgnes courbes, et aussi l'aponévrose fémorale, dans l'espace compris entre la crête iliaque et le bord supérieur du grand fessier. Tous les faisceaux charnus de ce muscle convergent vers le grand trochanter et viennent s'y insérer, par l'intermédiaire d'un fort tendon, non pas sur le bord supérieur de cette tubérosité, mais sur sa face externe, le long d'une ligne toujours très marquée qui est oblique de haut en bas et d'arrière en avant.
3° Le petit fessier, entièrement recouvert par le moyen, se détache de la partie antérieure de la crête iliaque et de toute la portion de la fosse iliaque externe qui est située en avant de
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la ligne demi-circulaire antérieure. Disposées en éventail, comme celles du moyen fessier, les fibres de ce muscle se dirigent, en convergeant, les antérieures d'avant en arrière, les postérieures d'arrière en avant, les moyennes verticalement, vers un fort tendon terminal lequel vient se fixer sur le bord antérieur du grand trochanter.
Les trois muscles fessiers présentent des variations à la fois peu nombreuses et peu importantes :
§ I. — Variations anatomiqiies du grand fessier. — Elles sont relatives à son développement, à son état de division, à son mode d'origine (faisceau surnuméraire partant de l'ischion), à son mode de terminaison (insertion sur l'aponévrose fémorale), à son union plus ou moins intime avec le tenseur du fascia Ma.
1° Variations de développement. — Il Suffit d'avoir fréquenté pendant quelque temps les salles de dissection, pour savoir qu'à côté de muscles fessiers d'un volume considérable, se trouvent des muscles relativement peu développés. Ce faible développement du muscle grand fessier peut provenir : a) de la diminution de l'épaisseur du muscle, son étendue en surface restant la même (cas peu importants) ; /S) de la disparition soit de quelques-uns des faisceaux inférieurs, soit de quelques-uns des faisceaux supérieurs (cas plus importants). Macalister rapporte un fait où le grand fessier, considérablement réduit, ne s'insérait qu'aux deux dernières vertèbres sacrées.
Signification et anatomie comparée. — Le volume considérable que présente chez nous le muscle grand fessier est un des caractères distinctifs de l'espèce humaine : c'est lui qui détermine la saillie de la région fessière [primus omnium maximus siii lateris clunem efformans, Arant.), et, comme l'a dit ButTon, les fesses n'appartiennent qu'à l'homme. iVu -dessous de l'homme, en effet, le muscle grand fessier, dont le principal rôle est de redresser la colonne vertébrale dans la station bipède, diminue à la fois en surface et en épaisseur, et descend dans quelques espèces, comme chez le kangurou et les Solipèdes, à des dimensions fort restreintes. Chez les Anthropoïdes même,
qui viennent immédiatement au-dessous de l'homme dans la série zoologique, le muscle grand fessier s'écarte considérablement de celui de l'homme, comme le font remarquer avec beaucoup d'insistance Bischofî, Graliolet et Alix. Tandis que chez l'homme le muscle grand fessier recouvre toujours la tubérosité ischiatique, cette saillie osseuse est à découvert chez les Singes; d'où le dicton presque populaire : «L'homme s'assied sur son grand fessier, le singe sur son ischion. » On comprend dès lors l'importance qu'acquiert, en anthropologie zoologique, la disparition des faisceaux inférieurs du grand fessier de l'homme.
A propos du grand fessier du Troglodytes Aubryi, Gratiolet et Alix décrivent à ce muscle, indépendamment du faisceau iliosacré qui est l'homologue du grand fessier humain, deux autres faisceaux qui prennent naissance, l'un sur l'ischion, l'autre sur le ligament ischio-coccygien et qui «ne sont pas représentés chez l'homnie». Ces deux faisceaux, en effet, le premier surtout, font en général défaut dans notre système musculaire, mais nous verrons plus tard qu'ils y apparaissent anormalement, avec des caractères qui rappellent de tous points les dispositions simiennes.
21° Division du muscle. — Les faisceaux constitutifs du grand fessier forment, dans la grande majorité des cas, une masse indivise. On rencontre parfois des sujets dont le muscle grand fessier comprend deux faisceaux distincts. L'interstice séparatif est situé généralement à une faible distance du bord inférieur et se dirige parallèlement à ce bord; le faisceau inférieur, ainsi distrait du muscle grand fessier, constitue un véritable muscle surnuméraire et sera étudié plus loin (voir Muscles surnuméraires de la région fessière, p. 594) sous le nom de caudo-fémoral ou Agilator caudœ.
Le grand fessier peut-il être constitué par deux lames ou couches superposées, non plus dans le sens vertical, mais dans le sens antéro-poslérieur? Quelques auteurs ont pu l'admettre, sur la foi d'une observation due à Tiedmann, et publiée dans le tome VI du Journal complémentaire des sciences médicales.
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Une pareille inlerprétalion ne me paraît pas ressortir du texte même de l'anatomiste allemand: « Les grands fessiers, dit-il, étaient doubles de chaque côté, et entre les deux congénères existait une couche de tissu cellulaire. » Cette description, on en conviendra, peut tout aussi bien se rapporter à un muscle grand fessier ordinaire, auquel serait venu s'ajouter un faisceau caudo-fémoral, qu'à un grand muscle divisé en deux lames superposées.
3° Faisceau surnuméraire partant de l'ischion (M. ischio-fémoral). —
Voyez plus loin, art. VI, Muscles surnuméraires de la région fessière.
4" Insertion sur l'aponévrose fémorale — J'ai VU dans bien deS
cas un faisceau volumineux, correspondant au bord inférieur du muscle, venir se terminer sur l'aponévrose fémorale, dont il constituait ainsi un des muscles tenseurs. Une pareille disposition peut être considérée comme normale (Theile, Gruveilhier, Sappey) ; son exagération seule constitue l'anomalie.
Signification et anatomie comparée. — Par ses insertions à l'aponévrose fémorale, le muscle grand fessier agit sur la moitié inférieure du fémur et tend môme à contracter des connexions avec le troisième segment du membre pelvien, connexions qui sont si intimes chez certains Mammifères: c'est ainsi que, chez le daman (Meckel), le grand fessier recouvre toute la face externe de l'os de la cuisse et vient s'attacher sur le condyle externe du fémur, sur le tibia et sur la rotule. Chez \e poix-épic (Meckel), il descend également jusqu'à la rotule et au tibia. Chez ï ornithorynque, d'après le même auteur, il s'étendrait jusqu'à la plante du pied. Avec M. Sabatier, j'estime qu'il faut regarder comme le représentant de la portion du grand fessier qui s'attache à l'aponévrose fémorale, le muscle long vaste des anatomistes vétérinaires qui, chez le cheval, le hœuf, le mouton, la chèvre, vient se terminer sur la rotule, en s'unissant avec le ligament rotulien externe.
Du reste, chez la plupart des Singes, le muscle grand fessier prend sur l'aponévrose fémorale des insertions beaucoup plus étendues que chez l'homme. Il descend aussi beaucoup plus
bas : chez le gorille et le gibbon notamment (Bischoff), il descend jusqu'à l'extrémité inférieure de la ligne âpre. J'ai trouvé moimême une disposition à peu près semblable chez le Troglodytes 7iiger, dont le grand fessier s'étendait jusque dans le voisinage du condyle externe, entre le vaste externe et la courte portion du biceps.
5° Union plus ou moins intime avec le tenseur du fascia lata. —
J'ai vu, dans un cas oij les muscles grand fessier et tenseur du fascia lata étaient fortement développés, les faisceaux postérieurs de ce dernier muscle venir se confondre, dans la région trochantérienne, avec les faisceaux les plus élevés du muscle grand fessier qui présentaient, sur ce sujet, des insertions aponévroliques très étendues.
C'est là une disposition fort commune dans la série des Mam. mifères: chez V éléphant indien, Miall et Greenwood signalent la fusion intime du tenseur du fascia lata avec les faisceaux antérieurs du grand fessier. Les deux muscles sont intimement unis chez Xunau, Xaï, le pangolin (Humphry), et parmi les Singes, chez le magot et le papion (Meckel).
§ IT. — Variations anatomiques du moyen fessier. — Elles sont relatives à son état de division et à son union plus ou moins intime avec quelques muscles voisins :
1° Division du muscle. — Henle parle d'un muscle divisé en deux faisceaux; Macalister signale également la présence d'un faisceau distinct, soit sur le bord antérieur (cas plus fréquent), soit sur le bord postérieur (cas plus rare) du muscle moyen fessier.
Signification et anatomie comparée. — Comme l'a établi M. Sabatier, le muscle moyen fessier a pour homologue, à la ceinture thoracique, les deux muscles sus-épineux et sousépineux, séparés l'un de l'autre par ré[»ine de l'omoplate. Il est rationnel d'admettre que dans les cas de dédoublement complet ou incomplet du moyen fessier, l'interstice séparatif des deux faisceaux représente, à la ceinture pelvienne, celte épine scapulaire. Champneys a rencontré, chez son chimpanzé, un faisceau musculaire distinct, longeant le bord antérieur ou externe du
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moyen fessier et venant s'attacher isolément sur le grand trochanter.
Young nous apprend également que, chez tous les Koalas qu'il a disséqués, le moyen fessier était plus ou moins divisé en deux portions. Sur l'un d'eux la séparation était complète; il existait réellement deux muscles distincts.
2" Union plus ou moins intime avec quelques muscles voisins-
— On a vu le moyen fessier complètement fusionné avec le petit fessier; j'ai observé plusieurs cas de ce genre. Il n'est pas très rare de voir également le moyen fessier s'unir par son bord inférieur au bord supérieur du pyramidal (observations de Bahnsen, de Chudzinski, de Macalister, de Calori) : tantôt ce sont de simples faisceaux charnus qui, se séparant du corps du moyen fessier, viennent se jeter sur le tendon du pyramidal en un point plus ou moins éloigné du grand trochanter; tantôt c'est une fusion complète des deux corps musculaires, avec disparition d^ l'interstice séparatif dans toute son étendue. Je possède, dans mes notes, deux observations se rapportant à celte dernière variété.
Anatomie comparée. — Ces divers degrés d'union du muscle moyen fessier, soit avec le petit fessier, soit avec le pyramidal, se rencontrent normalement chez un grand nombre de Mammifères. C'est ainsi que, chez les Fourmiliers et les Paresseux, Meckel n'a pu réussir à séparer l'un de l'autre les deux fessiers profonds. Je n'ai pas trouvé de petit fessier distinct chez VUrsus americanus; chez le même animal, le moyen fessier était inséparable de la portion extra- pelvienne du pyramidal. Une pareille fusion s'observe, d'après Bischoff, chez Vorang, le chimpanzé, le cynocéphale, etc. Chez Vaï (Humphry), le moyen fessier, le petit fessier et le pyramidal sont intimement unis en une masse commune.
§ III. — Variations anatomiques du petit fessier. — Comme pour le muscle précédent, elles sont relatives à son état de division et à son union plus ou moins intime avec quelques muscles voisins.
1" Division du muscle. — Le muscle petit fessier a été vu divisé en deux portions; ces cas sont loin d'être rares. On peut même ajouter que, s^ur la plupart des sujets, on rencontre le long du bord antérieur de ce muscle un faisceau charnu qui en est plus ou moins distinct et que nous avons déjà étudié sous le nom de muscle petit iliaque. A un état de différenciation plus marqué et de développement plus considérable, ce faisceau prend le nom de scansorius ; nous le retrouverons à propos des muscles surnuméraires de la région fessière.
2° Union plus ou moins intime avec quelques muscles voisins.
— J'ai déjà mentionné plus haut la fusion du moyen fessier et du petit fessier. Calori signale la fusion plus ou moins complète de ce dernier muscle avec le pyramidal. Dans une observation rapportée par Walsham, le muscle petit fessier envoyait un faisceau charnu au tenseur du fascia Ma. Enfin, Macalister a vu ce muscle envoyer un paquet de fibres au vaste externe. Duvernoy a rencontré de même, sur le gorille, un faisceau charnu qui se détachait de la masse du petit fessier et venait se confondre avec le vaste externe.
Bibliographie :
Meckel. Anato/nie comparée, t. VI, p. 353 et seq. Theile. Encycl. anat., t. III, « Myologie », p. 270.
Tjedmann. Journ. complémentaire du Dictionnaire des Sciences médicales,
1820, t. VI, p 271, et Meckel's Arch., vol. IV, LuscHKA. Anatomio des Menschen, p. 139.
Macalister. Transact. of Roy. Irisch Academy, 1871. Macdonnall et Bookey, cités par Macalister, in Mémoire précédent. Bahnsen. Henle und Pfeufer's Zeltschrift, XXXIII, p. 49. DuvEKNOY. Grands singes pseudo-anthropomorphes, p. 8-1. GfiATiOLET et Alix. Rech. anat. sur le Troglodytes Aubryi {Nouo. Arch.
du Muséum, 1865, p. 180).
Sabatier. Comparaison des ceintures et des membres, 1880. HsNLE. Muskellehre, zweite Auflsege, p. 265.
BiscHOFF. Anatomie des Hylobates leuciscus, 1871, et Anatomie des
Gorilla, 1880, Miinchen.
Chudzinski. Revue d'Anthropologie, t. III, p. 36, et t. V, 1882, p. 614. Champneys. On the Muscles and Neroes of a Chimpanzee and a Cynoce-
phalus anubis (Journ. of Anat. a. Phys., nov. 1871, p. 192). YoUiNG. The muscular Anatomy of the Koala (ibid., Janv. 1882, p. 234).