ANOMALIES DU MUSCLE PYRAMIDAL
Aplati et triangulaire, le muscle pyramidal prend naissance sur la face antérieure du sacrum, dans la hauteur correspondant aux deuxième, troisième et quatrième vertèbres sacrées; il prend en outre quelques insertions sur la face antérieure du grand ligament sacro-sciatique, ainsi que sur la partie la plus élevée de la grande échancrure sciatique. Ces divers faisceaux d'origine conduisent et se terminent sur un tendon arrondi, lequel vient se fixer dans le voisinage du bord supérieur du grand trochanter.
Les variations anatomiques du pyramidal, comme du reste celles des muscles suivants, ne présentent qu'un médiocre intérêt :
§ I. — Variations de volume, absence. — Le pyramidal dépasse rarement, sur la colonne sacro-coccygienne, les limites que je viens de lui assigner. Il peut cependant prendre une origine surnuméraire sur la cinquième vertèbre sacrée; il résulte même d'une observation de Macalisler qu'il peut descendre jusque sur le coccyx. Par contre, il n'est pas très rare de voir disparaître un de ses faisceaux d'origine, le premier, le plus souvent. Enfin, sa disparition complète aurait été notée
par Budge, Otto, Macalister. Ces dernières observations ne me sont pas suffisamment connues pour me permettre de juger s'il s'agit en réalité d'une absence véritable du pyramidal ou tout simplement de la fusion de ce muscle avec l'un des muscles voisins. Dans ce dernier cas, on le conçoit, le muscle pyramidal a perdu son individualité; mais ses faisceaux constitutifs n'en existent pas moins, et le terme d'absence employé pour désigner l'anomalie est tout à fait inexact. Cette réserve doit paraître d'autant plus naturelle, que la fusion du pyramidal, soit avec les fessiers, soit avec le jumeau supérieur, constitue une disposition qui est loin d'être rare. Il est spécifié, dans le cas d'Otto, que le jumeau supérieur présentait un développement insolite et semblait suppléer le pyramidal absent.
Anatomie comparée. — Dans la série animale, le pyramidal présente des variations de volume considérables : très développé chez Mnjène, le raton et en général chez tous les Carnassiers, il est plus petit dans l'ordre des Rongeurs. Il fait défaut chez le cochon et peut-être aussi chez la chauve-souris (Cuvier). Meckel ne l'a pas rencontré non plus chez le coati, \ours, ainsi que chez le coaïta et le magot.
Mais ici encore il ne faut accepter qu'avec réserve ces cas d'absence du pyramidal et bien se garder de confondre le muscle non développé avec le muscle fusionné. Si nous nous en rapportons en effet aux dissections de E. F. Gurlt, le pyramidal, que Meckel et Cuvier regardent comme absent che^ le cochon et l'ours, existe réellement dans ces deux espèces; mais il y est fusionné avec les fessiers. C'est ce que j'ai observé moi-même chez V Ursus americanus.
§ II. — Union avec quelques muscles voisins. — Nous avons déjà mentionné plus haut (voir Muscles fessiers) la fusion possible du pyramidal soit avec le moyen fessier, soit avec le petit fessier. Macalister signale la réunion de son tendon avec le tendon de l'obturateur interne. Dans ce cas, le jumeau supérieur est ou absent ou inséré sur le point de réunion des deux tendons.
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§ III. — Rapports variables du pyramidal avec le nerf g:rand sciatiquej duplicité du muscle. — Dans la majorité des cas, le nerf grand sciatique, qui constitue la branche terminale unique du plexus sacré, s'échappe du bassin à travers la grande échancrure sciatique, entre le bord supérieur du grand ligament sacro-sciatique et le bord inférieur du muscle pyramidal. Il est des cas cependant, et ils sont loin d'être rares (treize fois sur cinquante sujets, d'après Calori), où le corps musculaire est traversé soit par le tronc nerveux lui-même, soit par l'une de ses branches. Des faits de ce genre ont été signalés depuis longtemps par Winslow et quelques autres anatomistes du dernier siècle. Tout ce qui a trait à cette question vient d'être soigneusement condensé par le professeur Calori dans un intéressant mémoire, où le lecteur pourra lire en même temps les résultats d'observations personnelles, recueillies sur cinquante sujets. Voici, d'après mes propres dissections, les différentes variétés que l'on peut rencontrer :
1""® Variété. — Le tronc nerveux tout entier perfore le muscle et ne se divise que plus bas, en sciatique poplité interne et sciatique poplité externe. Cette disposition, que je n'ai vue qu'une fois, doii être fort rare; Calori ne l'a jamais rencontrée. On conçoit que le sciatique tout entier, traversant le pyramidal, pourrait être déjà divisé, ce qui constituerait une variété nouvelle. Il résulte d'une observation de Calori, que les deux branches de division du sciatique, déjà indépendantes dans le bassin, perforaient l'une et l'autre le muscle pyramidal, chacune à travers une boutonnière spéciale.
2*^ Variété. — Le tronc nerveux est divisé dans le bassin même ; le sciatique poplité externe s'échappe à travers la boutonnière musculaire, tandis que le sciatique poplité interne passe au-dessous. Le nerf petit sciatique se détache, en arrière du pyramidal, du sciatique poplité externe.
3^ Variété. — Même disposition que dans la variété précédente, avec cette différence toutefois que le nerf petit sciatique est fourni par le sciatique poplité interne.
Du reste, dans le cas de division intra-pelvienne du tronc
nerveux, les deux branches de bifurcation peuvent, dans leur trajet fémoral, soit gagner d'une façon indépendante leur territoire organique, soit se réunir de nouveau; et, si elles se réunissent, rester simplement accolées (réunion apparetite), échanger quelques filets anastomoliques (réunion incomplète) ou bien se fusionner entièrement et reconstituer le tronc nerveux (réunion complète). Ajoutons, enfin, que ces disposilions anormales peuvent, comme du reste toutes les anomalies, se rencontrer des deux côtés ou d'un côté seulement.
La perforation du pyramidal par le sciatique ou l'une de ses branches, isolant les uns des autres les faisceaux supérieurs des faisceaux inférieurs du muscle, constitue ce que certains anatomistes désignent sous le nom de duplicité ou dualité du muscle. Dans le cas cité plus haut de Calori, et aussi dans un cas probablement analogue d'Hallet, il existait même une iriplicité du pyramidal. En réalité, la duplicité n'est qu'apparente; il s'agit non pas d'un pyramidal surajouté au pyramidal normal, mais du pyramidal normal divisé par le nerf en deux faisceaux. D'ailleurs, l'espace séparatif peut s'étendre depuis les insertions pelviennes du muscle jusqu'à ses insertions trochantériennes, et les deux faisceaux sont distincts dans toute leur étendue : c'est la division totale du pyramidal [dualité parfaite de Calori); ou bien les deux faisceaux, séparés dans leur portion pelvienne, se jettent l'un et l'autre sur un tendon commun qui les fixe au fémur : c'est la division partielle du pyramidal [dualité imparfaite de Calori). La division du pyramidal, telle qu'elle vient d'être décrite, a été rencontrée par Cuvier chez le kangurou.
Je ne saurais terminer ce paragraphe sans rappeler l'assertion déjà ancienne de Rosenmûller, à savoir que chez les peuples du Nord le nerf grand sciatique se bifurque très haut en ses deux branches terminales, tandis que cette bifurcation ne s'effectue, chez les peuples méridionaux, que dans le voisinage du creux poplité. Cette assertion, établissant une. différence ethnologique dans le mode de distribution du nerf grand sciatique, ne repose malheureusement sur aucune donnée