DE LA J:AMBE
L'extension de la jambe sur la cuisse est déterminée, chez riiomme, par trois faisceaux musculaires qui, distincts à leur origine supérieure, se réunissent en bas et prennent sur le tibia une insertion commune : c'est le triceps crural. De ces trois faisceaux, l'un, le droit antérieur, remonte jusqu'au bassin; les deux autres, appelés vastes en raison de leurs dimensions
MUSCLE TRICEPS CRUftAL.
considérables, s'arrêtent au fémur; on les dislingue l'un de l'autre par les dénominations de vaste interne et de vaste externe.
1" Le droit antérieur, que l'on désigne encore sous le nom de long triceps, s'insère à la fois, sur l'épine iliaque anléroinférieure, à l'aide d'un tendon arrondi et vertical (tendon direat), et sur la partie la plus élevée du sourcil colyloïdien, par l'intermédiaire d'une expansion aponévrotique plus mince mais tout aussi résistante (tendon réfléchi). Roger Williams, qui a fait du muscle qui nous occupe une étude des plus consciencieuses, considère le tendon colyloïdien comme accessoire, l'insertion spino-iliaque constituant l'insertion réelle du droit antérieur.
%° Les deux muscles vastes englobent toute la diaphyse du fémur : le vaste externe prend plus spécialement naissance sur le bord antérieur et le bord inférieur du grand trochanter, sur une ligne rugueuse qui réunit le grand trochanter à la ligne âpre, sur la lèvre externe de cette ligne âpre, et enfin sur le tendon du grand fessier et la cloison intermusculaire externe. Le vaste externe, un peu moins volumineux que le précédent, se détache des faces antérieure et interne du fémur, de la lèvre interne de la ligne âpre et de la ligne rugueuse qui réunit cette ligne âpre au col du fémur. L'ensemble de ces divers faisceaux d'origine, constitue un corps musculaire indivis et rien ne justifie, du moins chez l'homme, l'opinion de certains anatotomistes étrangers, décrivant entre le vaste externe et les adducteurs deux muscles distincts : le vaste interne proprement dit et le crural. Celte division ne se rencontre que fort rarement et constitue une disposition anormale que nous retrouverons tout à l'heure. Je repousse donc formellement, en anatomie humaine du moins, d'accord en cela avec Cruveilhier, Sappey, Gray, Beaunis et Bouchard, etc., l'expression de quadriceps dont se servent Theil, Hyrtl et quelques autres anatomistes pour désigner l'extenseur de la jambe.
Les trois portions du muscle triceps convergent en bas vers la face antérieure du genou et viennent se fixer, non pas seule-
ment sur la base el les bords latéraux de la rotule, mais aussi, par quelques faisceaux tendineux directs, sur la tubérosité antérieure du tibia. Ces insertions tibiales directes, très nettement mises en lumière par les recherches de Lorinser, nous expliquent ce fait que, dans quelques cas de fracture de la rotule ou de soudure de la rotule avec le fémur, les contractions du triceps peuvent encore déterminer des mouvements d'extension de la jambe sur la cuisse.
§ I. — Variations anatomiques du droit antérieur ou longtriceps. — Elles sont toutes relatives à l'insertion du muscle sur l'ilion. Les deux portions épineuse et colyloïdienne peuvent ne se réunir que quelques centimètres au-dessous de l'origine des faisceaux charnus et en imposer ainsi pour un double muscle. J'ai observé un cas de ce genre chez l'homme en 18821; j'ai rencontré, quelques mois plus tard, une disposition absolument semblable chez un cercopithèque.
Macalister signale un faisceau de renforcement parti de l'épine iliaque antéro-supérieure; le même auteur a vu un double tendon s'attacher à l'épine iliaque antéro-inférieure.
Enfin le droit antérieur peut se fixer à l'os iliaque par un tendon unique; il me paraît vraisemblable d'admettre que cette disposition dépend dans la plupart des cas, dans tous peut-être, de la soudure des deux tendons ordinaires, bien qu'il soit question dans l'article de Macalister de la disparition possible du chef cotyloïdien.
Anatomie comparée. — Dans la série des Mammifères, le droit antérieur possède généralement deux tendons d'origine comme chez l'homme. Ces deux tendons sont cependant soudés chez les Lémuriens, chez le cynocéphale et même chez quelques chimpanzés (sujet de Champneys, le mien). Nous ne trouvons également qu'un seul tendon chez \ hyène, le chien, le mouton, le kangurou et les Rongeurs. Chez VUrsus americanus, je n'ai rencontré qu'un seul tendon fixé sur la portion de l'os iliaque qui sépare l'épine iliaque antéro-inférieure de la cavité cotyloïde.
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§ II. — Variations anatomiques du vaste externe. — Elles sont de deux ordres :
1° Dédoublement. — Le dédoublement du vaste . externe en deux faisceaux distincts est une disposition fort rare; observée par Macalister, elle a été signalée de nouveau en 1880 par Gruber qui en a décrit un cas des plus intéressants : un interstice cellulo-graisseux divisait la masse du vaste externe en deux corps charnus; l'un, interne (lamina pro fonda), se détachait de la hgne intertrochantérienne antérieure; l'autre, situé en dedans et sur un plan plus profond (lamina swperficialis), prenait naissance sur la ligne âpre.
Anatomie comparée. — Le dédoublement s'observe normalement chez plusieurs Oiseaux, notamment chez les pigeons, le nothura, le chevalier, la mouette (Alix), où notre vaste interne est en réalité constitué par deux muscles, le crural externe et le crural moyen. Voici la description qu'en donne Alix : «Le crural moyen recouvre la face antérieure et la plus grande partie de la face externe du fémur; il remonte jusque sous la base du trochanter, s'insinuant en dehors sous le tendon du carré et en dedans entre le petit fessier et l'iliaque interne. Les fibres charnues se terminent en partie sur la rotule, en partie sur une aponévrose qui se fixe aux bords supérieurs et latéraux des crêtes du tibia. Le crural externe s'attache aux deux tiers inférieurs de la face externe du fémur, immédiatement au-dessus et en avant de la ligne âpre et se termine par un tendon C{ui se fixe à un tubercule de la tubérosité externe du tibia. »
Union plus ou moins intime avec le vaste interne. — J'ai rencontré plusieurs sujets où il m'a été tout à fait impossible d'isoler entièrement l'un de l'autre les deux vastes du triceps. C'est surtout au niveau de leur portion inférieure que ces deux corps charnus tendent à se fusionner.
Anatomie comparée. — Cette fusion, anormale chez l'homme, s'observe à l'état normal chez quelques Mammifères : c'est ainsi que les deux vastes sont presque confondus chez les Solipèdes (Chauveau), entièrement fusionnés chez ï hyène et chez
Yours. Chez le phoque, Meckel ne décrit qu'une tête profonde qui se détache, sans trace de division, de toute la face antérieure du fémur. 11 en est de même chez le fourmilier. Le triceps crural, dans ces cas, ne possède en réalité que deux têtes.
§ III. — Variations anatomiques du vaste interne; muscle crural. — Indépendamment : 1° de sa fusion plus ou moins intime avec le vaste externe, disposition déjà mentionnée plus haut; Si" de la variation de ses attaches au tendon du droit antérieur; 3° de l'isolement plus ou moins complet de quelques-uns de ses faisceaux, dédoublement observé par Macalister, Cjui rappelle à ce propos le dédoublement homologue du muscle chez les Oiseaux, le vaste interne ne présente qu'une seule disposition digne de nous arrêler : c'est la différenciation de sa portion interne et inférieure en un muscle distinct, le muscle crural. C'est à tort, comme je l'ai déjà fait remarquer plus haut, que quelques anatomistes décrivent ce muscle, comme constituant à l'état normal le quatrième chef de l'extenseur de la jambe, devenu pour eux un quadriceps» A l'état normal, le crural n'existe pas chez l'homme, confondu qu'il est avec le vaste interne; sa difTérenciation constitue une anomalie.
Analomie comparée. — Un muscle crural distinct du vaste interne se rencontre normalement, d'après Meckel, chez le dromadaire, chez le kangurou, chez le daman. L'extenseur de la jambe possède en réalité, dans ces espèces, quatre chefs isolables; le terme de quadriceps, cjue je n'accepte chez l'homme que pour des cas anormaux, lui convient parfaitement.
Strauss-Durckheim décrit un muscle crural chez le chat, bien que ses fibres « se confondent en partie » , de son propre aveu, avec celles du vaste interne.
§ IV. — Absence totale du muscle triceps. — Je n'en connais qu'un seul fait : il a été observé sur le vivant par Drachmann et se trouve analysé dans le Journal of Anatomy de 1873, Mais, la description symptômalique de l'auteur et aussi les circonstances dans lesquelles fut remarqué celte absence du
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triceps crural, nous autorisent à penser qu'il ne s'agit probablement pas ici d'une anomalie morphologique, mais plutôt d'une infirmité créée par un processus morbide quelconque, soit pendant la vie intra-ulérine, soit après la naissance.
Bibliographie :
Sandifort. Thésaurus disseriationum, Roterodami, 1769, VI, p. 249.
Meckel. Manuel d'Anatomie humaine, t. II, p. 203.
Theile. Encycl. anatomique, t. III, « Myologie », p. 295.
Macalister. Transact. of Ro/j. Irish Acadeiny, 1871.
Deîachmann Case of congénital absence of the Quadriceps exteiisor cruris
muscle {Nordiskt Media. Arkio., vol. IV, part. I, 1872, et Journ. of
Anat. and Phys., 1873, t. VII, p. 310). W. Roger Williams. The Anatomy of the Quadriceps extensor cruris
{Journ. of Anat. and Phys., January 1879, p. 204). LoRiNSER. Vcrhàltnisse der Strecksehnen in Kniegelenke {Wicn. nica.
Wochenschrift, XXIII, 40, p. 919).
GfiANDiDiER et A. Milne-Edwards. Histoire naturelle, physique et politique
de l'île de Madagascar, t. I. (Lémuriens.) W. Gruber. Anat. Notisen, ein hilaminarer Musc. Vastus externus
biceps {Virchow's Arch., Bd LXXXII, p. 473). Meckel. Traité d'Anatomie comparée, t. VI, p. 403. Chauveau et Arloing. Anatomie comparée des animaux domestiques,
Champneys. Muscles and Neroes of a Chimpanzee etc. {Journ. of Anat.
and Phys., Nov. 1871, p. 197).
Alix. Essai sur l'appareil locomoteur des Oiseaux, 1874, p. 436.
AKTICLE III
VARIA.TIONS ANATOMIQUES DU MUSCLE TENSEUR DE LA SYNOVIALE DU GENOU OU MUSCLE SOUS-CRURAL.
Le muscle sous-crural de Dupré, et non d'Albinus (le chirurgien français, ayant décrit ce muscle en 1699, bien avant Albinus) s'étend, au-dessous des vastes du triceps, de la face antérieure du fémur à la capsule articulaire. D'après l'opinion la plus accréditée, ce faisceau musculaire, se contractant avec l'extenseur de la jambe, attirerait en haut le cul-de-sac sous-
G 12! LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.
Iricipital de la synoviale, sur laquelle il se termine, et l'empêcherait ainsi d'être pincé dans l'extension brusque de la jambe sur la cuisse.
Le muscle tenseur de la synoviale présente des variations fort nombreuses portant : 1** sur son volume; 2° sur le nombre de ses faisceaux; 3° sur ses rapports avec les vastes; 4° sur son mode d'attache à la synoviale :
a.) — Rien de plus variable que le volume du muscle souscrural. Je l'ai vu bien des fois constitué pour un véritable muscle, de 10 à 15 centimètres de longueur, bien nourri et complètement indépendant, comme aussi je n'ai rencontré sur bien des sujets, à son lieu et place, qu'un faisceau minuscule qui aurait bien facilement passé inaperçu si on ne l'avait recherché. Entre ces degrés de développement extrêmes se trouvent tous les intermédiaires.
/3j — On rencontre le plus souvent, comme représentant le sous-crural chez l'homme, deux faisceaux charnus se portant de la face antérieure du fémur sur la capsule. Ces deux faisceaux peuvent être parallèles (cas fort rare), mais ils sont plutôt divergents soit de bas en haut, soit de haut en bas, Lauth et Loder ont signalé des cas où les deux faisceaux, complètement distincts à leur terminaison sur la séreuse, se fusionnaient en haut avant de s'attacher au fémur. J'ai observé, dans un cas, trois faisceaux distincts, deux obliques et un vertical, se portant sur le cul-de-sac sous-tricipital à la manière de trois rayons convergents.
Les muscles sous-cruraux constitués par quatre faisceaux sont loin d'être rares. Kulaewsky signale des muscles à six et même à huit faisceaux.
y) — Le muscle tenseur de la synoviale peut disparaître entièrement; mais, si jç m'en rapporte à mes propres recherches, les cas d'absence seraient plus rares que ne semblent l'indiquer les descriptions classiques.
^) — Quant à l'insertion inférieure du sous-crural, elle peut se faire sur le sommet du cul-de-sac (Platonofî), sur ses bords, sur ses deux faces, sur le tissu cellulo-graisseux qui l'entoure,
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et enfin sur la rotule. Voici quelles sont, sur ce point, les conclusions de Kulœwsky : « Les différentes variétés du muscle sous-crural, et particulièrement les variations portant sur son insertion terminale, sont en rapport avec le développement plus ou moins considérable du prolongement supérieur de la capsule articulaire. Chez les sujets qui possèdent une capsule faiblement développée, les faisceaux sous-cruraux prenant naissance en haut, comme d'habitude, se terminent en bas, dans le voisinage de la rotule, sur la paroi supérieure de la capsule. Quand au lieu de deux faisceaux, il en existe quatre, les faisceaux moyens se terminent comme précédemment, tandis que les faisceaux latéraux viennent se fixer aux bords de la rotule. S'il n'existe que deux faisceaux, mais deux faisceaux fortement divergents, ils peuvent se terminer également sur la rotule. Dans d'autres cas, les muscles sous-cruraux se terminent uniquement sur la partie antérieure du cul-de-sac ou bien sur son milieu, ni en avant, ni en arrière.
« Chez les sujets où le cul-de-sac est plus fortement développé, ce qui s'observe surtout dans l'âge moyen, les muscles sous-cruraux sont représentés par une série de faisceaux au nombre de deux à huit (six le plus souvent), séparés les uns des autres par du tissu cellulaire. S'il n'existe que deux faisceaux, ils se perdent sous forme de deux bandelettes fort minces et entourées de graisse, sur la partie postérieure du cul-de-sac ou bien dans le tissu cellulo-graisseux interposé entre le cul-de-sac et le fémur. Existe- t-il quatre faisceaux, les antérieurs s'insèrent sur la face antérieure du cul-de-sac, les postérieurs sur la face postérieure. »
e) — Les muscles sous-cruraux peuvent s'unir intimement, par leur extrémité supérieure, avec la face postérieure des vastes, dont ils ne se séparent que plus bas, à une distance fort variable. L'isolement des deux muscles est souvent difficile, quelquefois impossible.
Anatomie comparée. — Le miiscJe sous-crural existe chez les animaux, où il n'est pas moins variable que chez l'homme : « Dans plusieurs animaux, dit Meckel, on voit sous le faisceau
moyen de l'extenseur profond (M. crural), plusieurs trousseaux de fibres musculaires s'étendre du fémur à la capsule de l'arliculation du genou, qu'ils attirent à eux lors de l'extension du muscle, atin d'éviter la contusion de cette membrane; c'est le pelit jambier ou muscle capsulaire. >y Plusieurs Mammifères, le kangurou entre autres, ne nous offrent aucun vestige de ce muscle. Il est très développé, au contraire, chez la sarigue. Il manque, parmi les Carnassiers, chez Vours, le raton, et parmi les Singes, chez le chimpanzé et le cynocéphale (Champneys). Il est très fort et très distinct chez Vhyène, d'après Meckel ; il en est de même chez le chat (Strauss-Durckeim) où il enveloppe les deux tiers inférieurs du fémur; ses faisceaux d'origine s'y détachent même sur le côté externe de la gorge qui reçoit la rotule. Il vient se terminer à la capsule « tout autour de la moitié supérieure de la rotule; les fibres charnues latérales descendent sur cette capsule jusqu'aux tubérosités du fémur, et quelquefois même jusqu'au tibia. »
Bibliographie :
DupRÉ. Les sources de la synooié, Paris, 1699.
Albinus. Acad. annotât., lib. IV, de Musctdo subcrurali, p. 27.
ISENFLAMM. Anatomische untcrsuchungen, 1822, p. 64.
Theile. Encycl. anat., t. III, « Myologie », p. 300.
Henle. Muskellehre, zweite Auflgege, 1871, p. 282.
KuL^wsKi. Musc, subcrurales et subanconsei {Arch. f. Anat. und Phys.j 1869, p. 410).
Lauth, Loder, Platonoff, cités par Kulsewski, in Mémoire précédent.
Meckel. Traité d'anatomie comparée, t. VI, p. 404.
Champneys. On the Muscles, and Nerves of a Chimpanzés etc. (Journ. of
Anat. and Phys., Nov. 1871, p. 197).
Stbauss-Durckheim, Anatomie du chat, t. II, p. 414.
ARTICLE IV