‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 130 sur 177 · ANOMALIES DES TROIS MUSCLES ADDUCTEURS · texte numérisé non relu

ANOMALIES DES TROIS MUSCLES ADDUCTEURS

Les muscles adducteurs de la cuisse constituent un vaste éventail dont les divers faisceaux rayonnent de la colonne ischio-pubienne sur le bord postérieur du fémur ou ligne âpre. Les auteurs d'anatoaue classique en décrivent trois chez l'homme qui sont : par ordre de superposition, le premier, le deuxième et le troisième; par ordre de grandeur, le moyen, le yetit, le grand.

1° Le premier ou moyen adducteur (axldudor longus de Theile) prend naissance en haut sur le corps du pubis, en dedans de l'épine, et vient se fixer en bas sur le tiers moyen de la ligne âpre, à l'aide d'une aponévrose tendineuse que traversent les vaisseaux perforants.

Si" Le deuxième ou yetit adducteur [ndd. brevis de Theile),

situé au-dessus et en arrière du précédent, s'insère, d'une part, sur la face antérieure du corps du pubis, et de sa branche descendante, entre le droit interne et l'obturateur; il vient s'insérer, d'autre part, sur la ligne âpre.

3° Le troisième ou grand adducteur [add. magms de Theile) se détache en haut de la tubérosité ischiatique ainsi que des deux tiers inférieurs de la branche ischio-pubienne; ses faisceaux d'origine s'étalent en un vaste triangle dont le bord externe ou bord de terminaison se termine sur la ligne âpre dans toute son étendue et sur cette ligne rugueuse (branche de bifurcation inférieure et interne de la ligne âpre) qui s'étend jusqu'au tubercule du condyle interne.

§ I. — Variations anatomiques des muscles adducteurs chez riiomme. — Les adducteurs fémoraux présentent une fixité remarquable dans leur morphologie, comme dans leurs insertions. Les variations anatomiques observées jusqu'ici peuvent être ramenées à l'un des trois chefs suivants :

1" Augmentation numérique des adducteurs, par dédoublement de l'un d'eux (M. ischio-condylien, adductor minimus de Giiiilher, adduclor quarlus de

Diemerbrock). — Ce dédoublement peut porter sur chacun des trois muscles adducteurs :

y.) — La présence des deux faisceaux juxtaposés au lieu et place du court adducteur a été observée par Macalisler (qui a même rencontré trois faisceaux), par Max Flesch et par moimême. Du reste une pareille disposition est loin d'être rare. M. Sappey décrit comme normale la bifurcation de ce muscle : « Son insertion, dit-il, se fait par de courtes fibres tendineuses; de celles-ci naît un corps charnu, d'abord très étroit et assez épais, qui se porte en bas, en arrière et en dehors, en s'élargissant, s'amincissant et se divisant en deux faisceaux de mêmes dimensions, quelquefois inégaux. Chacun de ces faisceaux se termine par de courtes fibres aponévrotiques. Le supérieur passe en arrière du petit trochanter pour s'insérer à la branche externe de la ligne âpre, en dedans du tendon du gi^and fessier. L'inférieur se fixe au quart ou au tiers supérieur

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de l'interstice de cette ligne. » Clason va même plus loin et admet non seulement un double faisceau de terminaison, mais encore un double faisceau d'origine : l'un supérieur ou interne, l'autre inférieur ou externe.

/Sj — Le dédoublement du moyen adducteur, déjà signalé en 182)5 par Meckel, dans son Manuel d'analomie humaine, a été rencontré de nouveau par Theile, Macalister et autres anatomistes. Signalons en passant une observation de Macalister, de laquelle il résulte que ce muscle, qui ne dépasse pas généralement le tiers moyen du fémur, peut descendre anormalement jusqu'au genou. Pareillement chez Yunau (Humphry), le moyen adducteur étend ses insertions jusque dans le voisinage du condyle interne.

y) — Mais c'est surtout le grand adducteur qui nous offre des exemples d'isolement complet de quelques-uns de ses faisceaux. Nous savons déjà qu'à l'état normal, la masse charnue qui constitue le grand adducteur, assez compacte à son origine ischiatique, se trouve divisée à son insertion fémorale, non seulement par une direction différente des fibres, mais aussi par l'apparition d'interstices cellulo-graisseux souvent très nets, en trois faisceaux : un faisceau supérieur à direction transversale, contournant le petit trochanter pour venir se fixer (Sappey) à la branche externe de la ligne âpre ; un faisceau inférieur ou interne à direction verticale, convergeant vers le tubercule du condyle interne ; un faisceau moyen enfin à direction oblique s'altachant, entre les deux autres, à toute l'étendue de l'interstice de la ligne âpre. Supposons maintenant que l'un de ces deux interstices séparatifs s'exagère en largeur et surtout en étendue, supposons qu'il remonte jusqu'à l'ischion, l'anomalie sera constituée : le faisceau supérieur ou le faisceau inférieur sera complètement distrait de la masse ischio-fémorale et formera un muscle nouveau.

En fait, cette disposition est relativement fréquente ; il suffit, pour s'en convaincre, de fréquenter pendant quelque temps les salles de dissection. Au faisceau interne, difTérencié en muscle distinct, je propose de donner le nom de muscle ischio-conclylien.

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cette dénomination indiquant très nettement les insertions du muscle et le séparant de tous les autres faisceaux ischiofémoraux. Le supérieur, ou transversal, est connu depuis longtemps sous le nom d'adduclor quarlus (Diemerbrock), ou à'adductor minimus (Giinther). C'est sous cette dernière dénomination qu'il est décrit par Henle, dans la dernière édition de son « Handbuch » , comme un muscle à part.

Si" Diminution numérique des adducteurs par fusion réciproque de

leurs faisceaux constitutifs. — Les deux anomalies qui ont été rencontrées dans cet ordre de faits sont : a) la fusion plus ou moins complète du court abducteur avec le grand adducteur; j3) la fusion de ce dernier muscle avec le moyen adducteur, également plus ou moins complète.

3° Union plus ou moins intime des adducteurs avec quelques

muscles voisins. — J'ai déjà étudié, dans l'article précédent, les connexions souvent intimes qui unissent le moyen adducteur au pectiné, muscle du même système. On rencontre également, sur quelques sujets, la fusion du carré crural avec les faisceaux supérieurs de la portion transversale du grand adducteur; j'ai déjà signalé cette disposition, à propos du carré crural.

§ IL — Anatomie comparée. — En ne tenant pas compte des connexions que les adducteurs peuvent présenter avec le pectiné et le carré crural, connexions que nous avons déjà étudiées ailleurs, nous voyons les variations anatomiques des adducteurs fémoraux relever d'un double mode de production, fusion ou dédoublement des faisceaux constitutifs, et aboutir ainsi : dans le premier cas, à une diminution numérique; dans le second, à une augmentation numérique de ces mêmes faisceaux. Ces diverses variétés nous sont surabondamment expliquées par les dispositions également variables que présentent les muscles adducteurs fémoraux dans la série des Mammifères.

La diminution de nombre nous est offerte par les Ruminants, qui n'ont que deux adducteurs; par V oniithorynque et par les Makis, qui n'en possèdent également que deux. Je n'ai ren-

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contré que deux adducteurs chez YUrsus americanm; nous ne trouvons même qu'un seul muscle chez les Chauves -souris (Meckel). Quant à l'augmentation de nombre, nous la trouvons dans un grand nombre d'espèces, notamment chez l'aï et chez la plupart des Singes, qui comptent quatre adducteurs, sans compter le pecliné; chez la marmotte, qui en a cinq; chez le magot enfin, qui, d'après Meckel, en posséderait six.

Spécifions maintenant et cherchons à expliquer les cas parliculiers; même concordance entre la disposition anormale chez l'homme et la disposition normale chez les animaux :

a) — Le dédoublement du court adducteur nous est offert par le clwnpanzé de Champneys, dont le muscle était divisé en deux parties par le nerf obturateur.

13) — Le dédoublement du moyen adducteur existe normalement chez l'aï et chez le pangolin, dont on pourra lire la description dans l'important mémoire, déjà si souvent cité, du professeur Humphry.

y) — La présence d'un faisceau ischio-condylien [condyloïdeus addudor de Bischoiï) entièrement diff"érencié, se rencontre dans presque toutes les espèces simiennes : Meckel signale ce muscle chez le codïta, Champneys le décrit chez le Troglodytes niger, Macalister chez le gorille, Bischoff chez le gibbon et un grand nombre d'autres singes : « Chez le chimpanzé, dit le savant anatomiste de Munich, chez le gibbon et tous les autres si^iges f^ue j'ai examinés jusqu'à Vhapale, la masse des adducteurs se partage en cinq groupes, attendu c^u'aux muscles déjà cités (pecliné et les trois adducteurs) vient s'ajouter un corps musculaire volumineux, se détachant, par division, du bord inférieur du grand adducteur. Cette portion, qui représente un muscle spécial, naît de la partie inférieure de la branche ascendante de l'ischion et vient se terminer sur le condyle interne du fémur. »

J'ai observé moi-même le muscle ischio-condylien chez plusieurs cercopithèques, chez le chimpanzé et chez Xorang. Dans cette dernière espèce notamment, il était complètement distinct des autres faisceaux de l'adducteur:

Bibliographie :

Meckel. Manuel d'Anatoinie humaine, trad. Jourdan et Breschet, 1825, p. 198.

Theile. Encycl. anat.^ vol. III, « Myologie », p. 287. Sappey. Traité d'anatomie descriptive, t. II, p. 407. Hyrtl. Trattato di Anatomia deW uomOj trad. ital., p. 407. Henle. Muskellehre, zweite Auflsege, p. 288. GÙNTHER. Chirurg. Muskellehre, S. 159.

Macalister. Transact. of Roy. Irish Academy, 1871. DiEMERBROCK, Weber, cités pal" Macalister, in Mémoire précédent. KuLLTKER et Flesch. Varietœtcn Beohachtungen, etc., Wurzburg, 1879. Chudzinski. Revue d'Anthropologie, t. III, p. 36.

Clason. Ucher den Musc, adductor brevis uncl magnus hein Menschen

[TJpsala Lœkarefôren Fôrh., 1872, VII, 6, p. 599). Meckel, Anatomie comparée, t. VI, p. 376.

Sabatier. Comparaison des ceintures et des membres, 1880, p. 230. Champneys. On the Muscles and Nerves of a Chimpanzés and a Cynoce-

phalus anubis {Journ. of Anat. a. Phys., nov. 1871, p. 197). Humphry. The Myoloyy of the limbs of tlie unau, the aï, etc. {Journ. of

Anat. a. Phys., Nov. 1869, p. 53).

BiSGHOFF. Anatomie des Hylobates leuciscus, 1870, et Anatomie des

Gorilla, 1880, Miinchen.

Macalister, cité par Bischoff, in Mémoire précédent. Testut. Système locomoteur de ^'Ursus americanus (en préparation).

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