ANOMALIES DU MUSCLE EXTENSEUR PROPRE DU GROS ORTEIL
Le muscle extenseur propre du gros orteil est profondément situé entre le muscle extenseur commun et le tibial antérieur. Il prend naissance sur la face interne du péroné dans son tiers moyen et sur la portion attenante du ligament interosseux; il reçoit, enfin, dans le voisinage du tarse (Meckel, Theile), un petit faisceau détaché de la face externe du tibia. Le tendon de l'extenseur propre glisse, comme celui de l'extenseur commun, sous le ligament annulaire, longe le bord interne du pied et vient se terminer sur l'extrémité postérieure de la phalange onguéale du gros orteil.
§ L — Union de ce muscle avec l'extenseur commua, avec le pédieux. — (Voyez le muscle précédent, p. 715.)
§ II. — Dédoublement du muscle ou de son tendon 5 inser-
lions surnuméraires sur le métatarse ou les phalang^es. — Rien n'est plus variable que la hauteur à laquelle s'étend, cette division du tendon terminal de l'extenseur propre : elle peut se limiter à une portion du tendon ou au tendon tout entier, ou bien intéresser en partie le corps musculaire lui-même (dédoublement partiel ou incomplet); elle peut aussi occuper toute l'étendue du muscle et donner ainsi naissance à des muscles propres. Les tendons résultant de ce dédoublement sont également très variables dans leurs dimensions et leur force : les uns sont larges et résistants, les autres sont excessivement ténus, presque filiformes. Quanta l'insertion des tendons surnuméraires, elle peut se faire : sur la première phalcmge du gros orteil, sur V extrémité postérieure du premier métatarsien, sur le â'' orteil.
a) — C'est à tort que nos Traités classiques font insérer le tendon de l'extenseur propre exclusivement sur la deuxième phalange du gros orteil ; ce tendon s'insère en même temps sur l'extrémité postérieure de la phalangemétalarsienne. Cette dernière disposition est la règle, la première constitue l'exception. Une pareille conclusion ressort non seulement de mes propres recherches, mais aussi des statistiques importantes deL.Calori et de W. Gruber, D'après le savant professeur russe, qui a examiné à cet effet 200 extrémités, le muscle extenseur propre se fixerait simultanément aux deux phalanges %1 fois sur 50 cas et 21 fois à la phalange onguéale seulement. Calori a rencontré le tendon indivis dans la moitié environ des cas examinés ; mais alors même que le tendon ne se dédoublait pas, il n'en contractait pas moins avec la base de la première phalange des connexions intimes : « Il s'y attachait, en effet, au moyen d'une expansion fibreuse, tantôt à la partie interne seulement, tantôt sur les deux côtés. Cette expansion était ordinairement très forte; dans quelques cas, cependant, elle était assez mince.» «Il arrive quelquefois, ajoute Calori, que le susdit tendon n'a aucune connexion avec la première phalange, mais cela est très rare, de sorte que l'on doit considérer comme fait général ou comme règle présentant peu d'exceptions l'insertion
du tendon de V extenseur propre aux deux 'phalanges du gros orteil. »
ft) — L'insertion de l'extenseur propre au premier métatarsien,à l'aide d'un tendon surajouté, est relalivementfort rare. Je n'en ai observé pour ma part que deux cas : dans le premier cas, le tendon destiné au métatarsien s'attachait à l'extrémité postérieure de cet os; dans le second, il se fixait à 21 centimètres et demi en avant de cette extrémité.
y) — L'insertion du même muscle au 2" orteil en même temps qu'au 1*"' me paraît devoir être plus rare encore. Je la trouve très nettement signalée dans une observation recueillie par M. Chudzinski, sur un sujet nègre. Le muscle extenseur propre se divisait, presque immédiatement après son origine, en deux faisceaux distincts : le faisceau interne se portait, comme d'ordinaire, sur les phalanges du gros orteil; le faisceau externe fournissait deux tendons dont l'un, se fusionnant avec le muscle précédent, gagnait les phalanges du gros orteil; l'autre formait la majeure partie du tendon long extenseur commun du 2« orteil.
Ces divers tendons surnuméraires peuvent disparaître simultanément sur le même sujet, constituant ainsi un groupe de variétés nouvelles : extenseur à trois tendons [extensor hallucis longus tricaudalus de Gruber) et peut-être à quatre tendons. Je ne possède dans mes notes qu'une seule observation du muscle à trois tendons : l'un d'eux se rendait à l'extrémité postérieure de la première phalange ; les deux autres se terminaient sur l'extrémité postérieure de la deuxième.
De plus la division peut s'étendre, comme je l'ai déjà fait remarquer plus haut, non seulement au tendon mais à toute la longueur du corps musculaire. De là, des formations musculaires indépendantes, de vrais muscles surnuméraires au nombre de deux : l'un destiné au métatarsien [extenseur propre du premier métatarsien, extensor ossis métatarsi hallucis de Macalister) ; l'autre destiné à la première phalange du gros orteil [court extenseur du gros orteil par analogie avec le court extenseur de la main, extensor primi internodii hallucis de Macalister). Nous
aurons l'occasion de revenir sur ces deux formations anormales dans l'un des articles suivants, consacré aux muscles surnuméraires de la région.
Quel que soit leur degré de différenciation, les divers tendons ou faisceaux charnus que je viens de décrire, tout en conservant leurs caractères généraux, subissent des variations d'ordre secondaire qu'il serait fastidieux d'énumérer ici en détail et que le lecteur trouvera dans le mémoire de W. Gruber sur les « Variétés de Textenseur propre du gros orteil ».
Analomie comparée. — Nous avons déjà vu l'extenseur propre du gros orteil fournir, chez le kangurou (Meckel), le tendon extenseur du 2" orteil. Le tendon de l'extenseur du gros orteil est indivis dans le plus grand nombre de Mammifères et se fixe soit à la première phalange, soit à la seconde; mais on le voit, dans quelques espèces, s'attacher à la fois à la phalange onguéale et à la phalange métatarsienne. Chez le pangolin notamment (Humphry), le muscle se détache comme chez l'homme du péroné ; arrivé au devant de l'articulation des os de la jambe avec le tarse, il se jette sur trois tendons distincts : ce) le premier, longeant le côté interne du 2^ orteil, va jusqu'à la dernière phalange de cet orteil; ft) \e deuxième se termine à la première phalange du gros orteil ; il représente le court extenseur; y) le troisième enfin, représentant le long extenseur, descend jusqu'à l'extrémité postérieure de la phalange onguéale.
Bibliographie :
Meckel. Traité d'anatomie comparée, t. VI, p. 434. Macalister. Transact. of Royal Irish Academy, 1871. Humphry. British med. journ., 1873, July to Dec, p. 110. WOOD. Proc. of Roy. Soc. of London, t. XIV, p. 383, t. XV, p. 240 et 534, t. XVI, p. 518.
Bankart, Pye-Smith et Philips. Guy's Hospital Reports, vol. XIV. Smith, Howse et Davies-Colley. Ibid., 1870.
Gruber. Uebor die Varietœtcn des Musc. Extensor hallucis longus (Reich.
u. Du Bois-Reyinond's Arch., 1875, p. 565). Gruber. Ein nouer fall von Musc. Extensor hallucis longus tricaudatus
{Ibid., 1876, p. 746).
Calori. Memorie cleW Accadeinia di Boloyna, série II, t. VII, p. 35.
Bruhl. Journ. of Aiiat. and Phtjs.j VII, p. 323. ZiNCONE. Osserva:^ioni anatomiche, Napoli, 1877. Chudzinski. Revue d'Anthr.j 1882, p. 616.
HuMPHRY. The Myologij of the liinbs of the unau, tlir aï, etc. {Journ. of Anat. and Phjjs., Nov. 18G9, p. 69).
ARTICLE IV
Le muscle pédieux, plus connu en anatomie comparée sous le nom de court extenseur des orteils, occupe la face dorsale du pied. Il prend naissance, à l'aide de faisceaux moitié charnus, moitié aponévroliques, sur la portion antérieure et supérieure du calcanéum, ainsi que sur les trousseaux fibreux que contient le creux calcanéo-astragalien. Le corps musculaire du pédieux se divise bientôt en quatre faisceaux se terminant chacun sur un tendon aplati, généralement très grêle. Le premier tendon vient s'insérer sur l'extrémité postérieure de la première phalange du gros orteil; les trois autres se portent, en divergeant, vers les 2®, S'' et 4"^ orteils. Arrivé au niveau de J'articulation métatarso-phalangienne, chacun d'eux se termine sur le tendon correspondant de l'extenseur commun ou long extenseur, qu'il aborde par son côté externe ou péronier.
Les variations anatomiques du court extenseur des orteils sont fort nombreuses. Je crois devoir les classer de la façon suivante : a) variations de nombre (augmentation, diminution) de ses faisceaux; jSJ isolement plus ou moins complet de quelquesuns de ses faisceaux; y) variations d'origine et de terminaison; d) union plus ou moins complète avec les longs extenseurs.
§ L — Aug:mentatioa de nombre des faisceaux du pédîeux 5 court extenseur du 5** orteU. — Il n'est pas très rare de voir le pédieux présenter un, deux, ou même un plus grand nombre de faisceaux surnuméraires. Ces faisceaux peuvent être exclusivement tendineux et proviennent alors du dédoublement d'un
des tendons normaux; ou bien ils font suite à un corps charnu surajouté. L'apparition d'un corps charnu surnuméraire peut se produire sur n'importe quelle région du tarso-métatarse; mais c'est entre le premier faisceau et le second qu'il se développe le plus généralement ; plus souvent aussi il se rend au 21*^ orteil, qui se trouve ainsi recevoir deux faisceaux du court extenseur. Cette disposition et aussi l'apparition d'un faisceau pour le 5^ orteil constituent les deux anomalies les plus intéressantes de ce groupe.
1° Le faisceau court extenseur surnuméraire du 21* orteil se détache, dans la majorité des cas, de la masse commune du pédieux, compris dans l'angle dièdre que forment entre eux les deux premiers faisceaux de ce dernier muscle ; je l'ai toujours vu plus grêle que l'un ou l'autre de ces deux faisceaux. Il peut provenir aussi du côté externe du corps charnu que le pédieux envoie au gros orteil; il peut enfin, comme l'a vu Lolze, présenter deux faisceaux d'origine émanant l'un de la masse commune, l'autre du troisième cunéiforme et de la, base du troisième métatarsien. Quant à la terminaison de son tendon, elle se fait soit sur le côté tibial du tendon que l'extenseur commun envoie au 2^ orteil, soit sur l'extrémité postérieure de la première phalange de cet orteil, ou bien encore sur le deuxième métatarsien ou le premier espace interosseux. J'ai observé moi-même toutes ces différentes dispositions.
2i° Le court extenseur du 5'^ orteil, émanant du pédieux, est bien plus rare cjue le précédent; je l'ai vainement cherché, l'année dernière, sur plus de 50 extrémités. Son existence est mentionnée par Macalister, Meckel, Theile, etc., etc. Dans le cas cité plus haut de Ringhoffer (déformation congénitale), le pédieux envoyait un faisceau spécial au 5*^ orteil. Nous verrons, dans le chapitre suivant, qu'il existe, pour cette formation musculaire, d'autres modes d'origine et qu'elle peut être complètement indépendante de la masse dorsale du pédieux.
Anatomie comparée. — Les espèces animales sont nombreuses, dont le muscle court e.xtenseur possède un nombre de faisceaux charnus ou de tendons supérieur à quatre. La bifurca-
tion d'un ou de plusieurs tendons s'observe fréquemment; et, à cet effet, le Pteropus, si bien étudié parle professeur Humphry, nous présente une disposition des plus intéressantes. Le court extenseur de ce mammifère est constitué par quatre faisceaux : a) les deux faisceaux du milieu présentent une division longitudinale qui les décompose en deux portions, une portion externe qui se termine sur le côté péronier du tendon du long extenseur correspondant, et une portion externe qui se fixe au coté tibial du même tendon; [5) le faisceau du 4'' orteil se jette, sans se dédoubler, sur le côté externe du tendon correspondant; y) quant au faisceau du 'l*''" orteil, il se termine, comme chez l'homme, sur la première phalange de cet orteil avec prolongement à la base de la deuxième. Chez le Vespertilio murinus (Maisonneuve), le pédieux se divise en cinq faisceaux et chacun d'eux se subdivise à son tour en deux tendons distincts, sauf le plus externe qui reste unique:
Le 2® orteil reçoit deux faisceaux du pédieux, comme dans quelques-unes de nos anomalies, chez les Atèles (Meckel), chez les Oiseaux de proie (Meckel), chez la marte, etc. Chez ce dernier animal, le court extenseur est constitué par deux faisceaux : un faisceau externe, qui se rend aux 2'', 3' et 4'^ orteils, et un faisceau interne, qui se termine en même temps sur le l""" et le 2l^ Le pangolin, disséqué par Humphry, possédait deux tendons distincts pour le 3*" orteil, et je trouve mentionné, dans le mémoire si souvent cité de Bischoff sur l'anatomie du gibbon, que, chez le Pithecia hirsuta, le faisceau interne ou hallucien du pédieux fournissait deux tendons, l'un pour le gros orteil, l'autre pour le deuxième.
La présence d'un cinquième faisceau pour le 5*^ orteil se rencontre enfin à l'état normal, d'après Meckel, chez Vornithorynque et chez les Loris.
§ TL — Diminution de nombre des faisceaux du pédieux. — Mûrie et Flower n'ont trouvé que deux faisceaux sur le pédieux de leur boschiman, l'un destiné au 1^'' orteil, l'autre se portant sur le 4^ Macalister signale un cas où le pédieux ne
LES ANOMALIES MUSCULAIRES CHEZ l'iIOMME.
possédait que ses deux faisceaux moyens, et un deuxième cas où le même muscle était réduit à deux faisceaux également pour le 3'^ et le 5^ orteil. L'absence du quatrième faisceau est mentionnée par Beaunis et Bouchard, et je trouve l'absence du premier consignée dans une observation de Bankart, Pye-Smith et Philips.
J'ai vu moi-même, dans un cas où le faisceau externe faisait entièrement défaut (pédieux à 5 faisceaiioo seulemenl) , le péronier antérieur envoyer vers le 4*^ orteil un tendon fort grêle, lequel venait s'attacher sur la partie postérieure et externe de la première phalange.
Anatomie comparée. — Il s'en faut de beaucoup que tous les Mammifères possèdent un pédieux aussi développé que celui de l'homme : le faisceau interne ou hallucien du pédieux, faisait défaut du côté droit chez le Cercopilhecus sabœus disséqué par Bischoff. Est-ce une disposition normale? Chez la sarigue, le pédieux se distribue seulement aux 3^, 4* et 5® orteils; chez le porc-épic et le castor, il est réduit à deux faisceaux seulement pour les Si" et 3® orteils (Meckel); il faut vraisemblablement considérer comme se rattachant au pédieux quelques autres faisceaux prenant naissance plus haut, sur les os de la jambe. Le pédieux se distribue seulement aux trois premiers orteils chez Vhyène, au premier seulement chez le phoque (Meckel). Le professeur Humphry décrit cependant, chez ce dernier animal, un faisceau externe pour le côté péronier du 4^ orteil. Nous voyons manquer encore : le faisceau pour le gros orteil chez VOrycteropus capensis (Humphry), les faisceaux pour le 1" et le %^ orteil chez Yéléphant (Miall et Greenwod), les faisceaux pour le 1'^^ et le 4*^ orteil chez le koala (Young), etc.
§ in. — Isolement plus ou moins complet de quelques faisceaux du pédieux, court extenseur du g:ros orteil. — Le degré d'isolement ou de différenciation des divers faisceaux constitutifs du pédieux varie beaucoup suivant les sujets. «Très fréquemment, dit Meckel, le ventre interne forme un muscle tout à fait distinct Il n'est pas rare non plus que les
autres ventres, ou même tous, soient entièrement détachés les uns des autres dans toute leur longueur. » Je ne puis partager l'opinion de Meckel relativement à la fréquence de cette anomalie; je n'ai jamais rencontré en effet, bien que j'aie fait à ce sujet de nombreuses dissections, l'isolement complet des trois faisceaux externes du pédieux. Par contre, j'ai bien noté une dizaine de fois, en cinq ans, l'isolement du faisceau interne (^) destiné au gros orteil (M. court extenseur du gros orteil). Ce faisceau m'a paru recevoir constamment du nerf tibial antérieur un filet distinct, de telle façon que, s'il est dans la majorité des cas intimement lié aux autres faisceaux du pédieux au point de vue anatomique, il en est peut-être toujours indépendant au point de vue fonctionnel.
J'ai vu, sur le côté gauche d'un sujet, le faisceau interne du pédieux posséder deux faisceaux d'origine : entre les deux passait le nerf tibial antérieur; les vaisseaux pédieux suivaient leur trajet normal le long du bord interne du corps musculaire.
Anatomie comparée. — En signalant l'isolement complet des faisceaux du pédieux, Meckel ne manque pas de faire ressortir l'analogie remarquable qui existe entre cette disposition anormale chez l'homme et ce qui existe normalement chez les Oiseaux. Humphry signale également quatre divisions distinctes sur le pédieux du Pteropus. Va'h Vours, le coati, le raton posséderaient eux aussi, d'après Meckel, un pédieux constitué par un plus ou moins grand nombre de faisceaux distincts. Nous savons enfin que l'isolement complet du faisceau destiné au gros orteil est la caractéristique anatomique de presque tous les Singes. J'ai observé, pour ma part, le court extenseur du gros orteil chez plusieurs Cercopithèques, chez le Macacus sinicus, chez le chimpanzé, chez Vorang.
§ IV. — Union plus ou moins intime du pédieux avec les longs extenseurs. (Voyez ces derniers muscles.)
(') Henle décrit à part le faisceau interne du pédieux sous le nom de Extensor hallucis brevis.
§ V. — Variations portant sur l'insertion d'origine et sur l'insertion terminale. — Ces variations ont été étudiées avec le plus grand soin, en 1875, par Ruge (de Heidelberg) au mémoire duquel je renvoie le lecteur qui désirerait des descriptions plus détaillées que ne le comporte le cadre de cet ouvrage.
1° Premier groupe. — a) Les trois tendons externes du pédieux peuvent présenter avec les phalanges des connexions intimes, tout comme le tendon du premier peut se terminer, non pas sur la première phalange du gros orteil, mais bien sur le tendon de l'extenseur propre. M. Chudzinski en signale un fait observé chez un sujet nègre. J'ai rencontré moi-même deux fois cette disposition dans les salles de dissection de la Faculté. Chez Voï, les tendons du court extenseur des orteils se terminent tous sur les phalanges.
jS) — Les tendons de quelques-uns des faisceaux normaux ou surnuméraires du pédieux peuvent se terminer sur les os du métatarse, en un point généralement peu éloigné de l'extrémité antérieure ou dorsale de ces os.
y] — Ils peuvent aussi se perdre dansles espaces interosseux (premier espace généralement), et, dans ce cas, ou bien leur tendon s'épuise en filaments ténus sur l'aponévrose interosseuse (disposition plus fréquente), ou bien leur extrémité charnue se confond entièrement avec les muscles interosseux (disposition plus rare).
%° Deuxième groupe. — S'éloignant du calcanéum et se séparant de la masse commune, quelques faisceaux anormaux du pédieux peuvent prendre naissance sur des surfaces osseuses, situées sur un plan plus antérieur; c'est ainsi qu'on peut voir sur la planche annexée au mémoire de Ruge, des faisceaux détachés soit des cunéiformes, soit du cuboïde ou même de l'extrémité postérieure ou proximale des métatarsiens. Ces faisceaux ainsi isolés du pédieux appartiennent pourtant bien à ce muscle; car, dans un grand nombre de cas, comme le fait remarquer Ruge, une dissection minutieuse permet d'isoler des tractus fibreux ou même un véritable tendon, reliant l'extrémité proximale du faisceau anormal à la masse commune du pédieux.
3° Troisième groupe. — Réunies siir uii même faisceau, les deux dispositions anormales qui précèdent donnent naissance à un troisième groupe de faits, caractérisés par la présence à la face dorsale du pied de faisceaux charnus surajoutés, qui, raccourcis à la fois par leurs deux extrémités, d'une part n'atteignent pas les phalanges et d'autre part ne remontent pas au pédieux. Comme dans les cas précédents, ces faisceaux singuliers se détachent des cunéiformes, du cuboïde, des métatarsiens, et viennent se terminer, suivant les cas, sur les métatarsiens ou sur les interosseux. Leur fusion avec les interosseux est quelquefois si intime et leurs proportions si restreintes, qu'on doit éprouver un véritable embarras pour en déterminer la nature et établir une distinction entre un faisceau atrophié du pédieux et un faisceau de l'interosseux dorsal inséré plus haut que d'habitude. Le mode d'innervation du faisceau surajouté sera, dans ce cas, le meilleur élément pour la solution du problème.
Les faisceaux à développement fort variable que je viens de décrire, qu'ils émanent du pédieux pour s'arrêter sur l'espace interosseux et le métatarse, ou bien qu'ils prennent naissance, en dehors de la masse commune du pédieux, sur les os du tarse, ne sont que des portions atrophiées et en partie disparues du court extenseur des orteils. Ce sont des débris d'organes, comme il en existe tant dans la constitution anatomique de l'homme, étabhssant une transition entre ces deux dispositions extrêmes : développement à l'état parfait et disparition complète.
Bibliographie :
Albinus. Historia musculorum, p. 602.
Henle. Muskellehre, zweite Auflsege, 1871, p. 315. LOTZE. ZeiUchriftfûr rat. Mecl., 3, Reilie XXXVIII, p. 99. Meckel. Anatomic descriptive^ t. II, p 228.
WOOD. Proc. of Roy. Irish Acadeiny, t. XV, p. 537, et t. XVI, p. 521. Macalister. Trans. of Roy. Irish Academy, 1871. Mûrie et Flower. Journ. of Anat. and Phys., t. I, p. 189. Davies-Colley, Taylor et Dalton. Guy's Hosp. Reports, 1872, et tirage à part, p. 8.
Bankart, Pye-Smith et Philips. Gw/s Hosp. Reports, vol. XIV.
RuGE. EtwickliingsDorgangc an dcv Maskulatur des menschlichcns Fusses
(Morph. Jahrhurh oon Gegenhaur, IV, suppl. S. 117). Chudzinski. Revue d'Anthropologie, 1882, p. 624.
HuMPHRY. On Mgologg of thc limbs of Pteropus {Journ. of Anat. and
Phys., May 1869, p. 317).
MtALL et Greenwood. The Anatomg of the Indian Eléphant {Ihid., Jan.
HuMPHRY. On the Mgologg of Orycteropus capensis, etc. {Ibid., May 1868, p. 318).
BiscHOFF. Anatomie des Hylobates leuciscus, Munclien, 1870.
HuMPHRY. The Mgologg of the limbs of the unau, the aï, etc. (Journ. of
Anat. and Phgs., Nov. 1869, p. 69).
YouNG. The musctdar anatomg of the koala [Ibid., Jan. 1882).
AETICLE V
Les différents muscles surnuméraires qui apparaissent de temps à autre, chez l'homme, à la région antérieure de la jambe et à la région dorsale du pied, ont été décrits pour la plupart dans les pages qui précèdent. Il me paraît pourtant utile de grouper ici, sous forme de tableau synthétique, les descriptions éparses de ces formations musculaires. De ce rapprochement découleront pour nous des notions très nettes sur leur situation et leur trajet, leurs analogies et leurs différences et aussi sur leur véritable nature.
^ ° Long abducteur du gi'os orteil (Extenseur du premier métatarsien,
Extensor assis metatarsi hailucis). — Très variable en volume, très variable aussi dans ses origines, ce muscle est caractérisé par son insertion inférieure à l'extrémité postérieure du premier métatarsien. Quand il est complètement isolé des autres muscles extenseurs, il traverse, sous le ligament annulaire, la même gouttière que l'extenseur propre du gros orteil.
Une variété de ce muscle, prenant naissance sur l'extrémité inférieure du péroné, rappelle très nettement le Supmator pedis de Humphry qui, chez le cryplobranche et quelques autres Ver-