‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 55 sur 177 · ANOMALIES DU MUSCLE DIGASTRIQUE · texte numérisé non relu

ANOMALIES DU MUSCLE DIGASTRIQUE

Deux portions ou ventres constituent ce muscle : le ventre postérieur prend naissance en dedans de l'apophyse mastoïde du temporal, dans une rainure spéciale, dite rainure digastrique ; le ventre antérieur se détache d'une petite fossette rugueuse, située de chaque côté de la symphyse mentonnière et bien connue, en ostéologie, sous le nom de fossette digastrique. Ces deux portions convergent l'une et l'autre vers le corps de l'os hyoïde et se jettent, avant d'atteindre cet os, sur les deux extrémités d'un tendon qui les unit et que l'on peut appeler, pour cette raison, le tendon moyen ou intermédiaire du muscle. Ce tendon, long de 3 à 5 centimètres, traverse la portion charnue inférieure du muscle stylo-hyoïdien et se trouve maintenu contre l'os hyoïde par une espèce d'anneau fibreux doublé d'une synoviale; de plus, une expansion aponévrolique à peu près constante réunit ce tendon aux faisceaux inférieurs du muscle mylo-hyoïdien.

Les variations analomiques du muscle digastrique sont fort nombreuses; je les classerai dans l'ordre suivant :

§ I. — Muscle dig^astrique ne traversant pas la boutonnière du stylo-hyoïdien. — (Voyez article suivant, Muscle stylohyoïdien.)

§ II. — Insertion du dig-astrique sur l'ang^le du maxillaire inférieur. — Le ventre postérieur du muscle digastrique, suivant un trajet moins oblique que dans les conditions ordinaires, se porte vers l'angle du maxillaire inférieur et s'y attache. Dans ces cas, le tendon moyen et le ventre antérieur font défaut; le muscle est monogastrique. Platner et M. Whinnie ont signalé chacun un fait de ce genre.

Comme variante de cette anomalie, il convient de rappeler les cas observés par Henle, par Gruber, par Beaunis et Bouchard, dans lesquels un faisceau surnuméraire détaché de l'angle de la mâchoire inférieure venait se réunir d'autre part soit au ventre antérieur, soit au ventre postérieur du muscle.

Anatomie comparée. — Le muscle qui nous occupe est monogastrique et se fixe dans les régions de l'angle du maxillaire, chez un grand nombre d'espèces animales, notamment chez le cochon, le daman et les différentes espèces de l'ordre des Monotrèmes (Meckel). Cette disposition est encore la règle chez les Carnassiers, le chien, le blaireau, le hérisson, etc., etc. « Chez les Mammifères carnassiers, dit Cuvier, il n'y a jamais qu'un seul ventre. Il se fixe au bord inférieur de chaque branche au delà du masséter et plus ou moins en avant; dans le musaraigne d'eau, c'est en arrière, dans la taupe, c'est en avant; dans le chat, c'est à l'angle. Dans les mangoustes, il s'attache depuis l'angle postérieur jusque près de l'angle antérieur, »

Chez VUrsus americanus, j'ai trouvé le muscle digastrique réduit à un seul ventre et s'attachant sur le bord inférieur et la face interne du maxillaire depuis le bord antérieur du masséter, jusqu'à 1 centimètre en dehors de la symphyse, c'est-à-dire dans une étendue de 8 centimètres.

MUSCLE DIGASTRIQUE. 2i73

J'ai trouvé le muscle abaisseur du maxillaire également réduit à un seul ventre et fixé à l'aide d'un fort tendon sur l'angle du maxillaire inférieur, chez Y orang-outang . Celte disposition à laquelle j'étais loin de m'attendre chez un anthropomorphe, m'a surpris tout d'abord et j'ai cru à une anomalie; toutefois, j'ai vu plus tard qu'elle avait été mentionnée chez Vorang par Owen, par Sandifort et par Bischoff, de telle façon qu'on peut conclure, jusqu'à preuve du contraire, que, dans cette espèce, l'insertion du digastrique à l'angle de la mâchoire (type des Carnassiers) est une disposition normale. Elle constitue une exception bien remarquable en myologie simienne, toutes les espèces de l'ordre des Quadrumanes, y compris les makis, pos-, sédant un muscle abaisseur du maxillaire à deux ventres, un vrai digaslrrque, dont les insertions diffèrent à peine des insertions que présente ce même muscle chez l'homme.

La transition entre le muscle à deux ventres et le muscle à un ventre unique nous est offerte par le muscle du cavias, qui, tendineux à sa surface, est charnu dans sa profondeur de telle sorte que chez cet animal, pour me servir de l'expression significative de Meckel, « la séparation en deux ventres est équivoque » ; chez le rai, j'ai trouvé moi-même un muscle à deux ventres réunis l'un à l'autre par un étranglement moitié charnu et moitié tendineux.

§ III. — Réunion anormale des deux tendons intermédiaires. — Au lieu de rester distincts, les tendons intermédiaires des deux muscles peuvent se réunir sur la ligne médiane et constituer ainsi une arcade à peu près transversale au-dessus du corps de l'os hyoïde. Gete arcade tendineuse, unie à l'os par dés trousseaux fibreux, donne naissance par son bord supérieur aux ventres antérieurs du digastrique, qui gagnent ensuite la région mentonnière, soit en restant isolés, soit en se fusionnant, soit m^rae en s'envoyant quelques faisceaux entre-croisés. (Cas de Haller, de :Sœmmering, de Macalister.)

Anatomie comparée. — Guvier et Duvernoy signalent une disposition absolument identique chez le mandrill et le papion. Je

ne changerai rien à leur description : « Dans ces deux espèces, les tendons des portions mastoïdiennes des deux côtés se rencontrent et se confondent devant l'os hyoïde, en formant un arc dont la convexité est dirigée en avant, de manière qu'elles semblent plutôt composer ensemble un muscle digastrique, que chacune d'elles avec la portion maxillaire de son côté. Les deux secondes portions sont contiguës l'une à l'autre et tiennent à la convexité du tendon par des fibres aponévrotiques qui se répandent en rayonnant sur leur surface. Leur extrémité antérieure va gagner l'arc du menton. »

§ IV, — Réunion des deux ventres antérieurs sur la lig:ne médiane. — Dans la pluralité des cas, les deux ventres antérieurs sont séparés par un interstice celluleux de plusieurs millimètres de largeur. Cet interstice peut disparaître en totalité et les deux portions charnues se confondent alors en un muscle unique : j'ai rencontré deux fois cette disposition chez l'homme ; je l'ai aussi rencontrée chez les Cercopithèques, où les ventres antérieurs du digastrique, très développés, s'attachent sur toute l'étendue du bord inférieur du maxillaire, comprise entre le menton et le ptérygoïdien interne.

Les deux ventres antérieurs, tout en restant isolés dans la plus grande partie de leur longueur, peuvent s'envoyer des faisceaux anastomotiques; c'est là un nouveau mode d'union qui sera mieux placé dans le paragraphe suivant.

§ V. — Ventre antérieur surnuméraire j muscle trig-as-

trique. — J'ai déjà mentionné, comme constituant un muscle trigastrique, un faisceau surnuméraire s'attachant à l'angle du maxillaire et pouvant provenir, soit du ventre postérieur, soit du ventre antérieur. Il ne sera question ici que des faisceaux charnus qui se détachent du bord interne du ventre antérieur et se portent obliquement vers la ligne médiane. On les rencontrerait 1 fois sur 15 sujets, d'après Hallet, 1 fois sur 17, d'après Wood. Ces faisceaux, généralement aplatis et fort minces, se détachent du ventre antérieur à des hauteurs varia-

MUSCLE DIGASTRIQUE. 275

bles ; ils peuvent même prendre naissance sur le tendon intermédiaire. Leur terminaison n'est pas moins variable :

ce) — Je l'ai vue chez un nègre s'arrêter au raphé médian du mylo-hyoïdien ; c'est là, je crois, la disposition la plus commune.

/3j — Je l'ai vue une fois franchir la ligne médiane et aller se fixer dans la fossette digastrique du côté opposé, au-dessus du faisceau normal.

La plupart des anatomistes, Monro, Weitbrecht, Hallet, Sœmmering, Theile, Henle, Wood, Kôlliker, Cruveilhier, ont signalé des faits analogues.

y) — Dans un cas observé par Weber, le ventre surnuméraire, suivant pour ainsi dire un trajet récurrent, descendait jusqu'à l'os hyoïde.

§) — L'anomalie est le plus souvent unilatérale; si elle existe simultanément des deux côtés, les deux muscles symétriques peuvent se fusionner sur la ligne médiane et établir ainsi, entre les deux digastriques, une anastomose plus ou moins transversale. Wood et Macalister ont observé chacun un cas semblable.

Signification anatomique. — • Les faisceaux obliquement convergents qui, du ventre antérieur du digastrique, se portent sur la ligne médiane, soit pour s'y arrêter, soit pour la franchir ou s'entre-croiser avec des faisceaux similaires provenant du côté opposé, doivent être rapportés à cette tendance que possèdent tous les muscles obliques ou transversaux à s'entre-croiser sur la ligne médiane, soit par leurs fibres charnues, soit par leurs tendons d'origine. C'est ainsi que nous voyons bien souvent des faisceaux du mylo-hyoïdien passer d'un côté à l'autre, que les tendons des sterno-mastoïdiens, les faisceaux internes des sternothyroïdiens, les faisceaux moyens des grands pectoraux s'entrecroisent sur la hgne médio-sternale, etc.

Chauveau et Arloing décrivent chez le bœuf un petit muscle quadrilatère, constitué par des fibres transversales, situé audessous de la base de la langue et réunissant les ventres antérieurs des deux digastriques. Cette forte anastomose rappelle évidemment la disposition anormale signalée plus haut {§).

276 LES .VNÛMALIE5 MUSCULAIRES CHEZ ChOMME.

§ VI. — Intersection tendineuse sur le ventre postérieur.

— Walsham a observé, dans les laboratoires de S' Bartholomeic's Hospitalj sur le ventre postérieur du muscle digaslrique, à 2 ou 3 centimètres au-dessous de son insertion à l'apophyse mastoïde. une intersection aponévrolique occupant toute l'épaisseur du muscle. Dans un autre cas, que l'on trouvera figuré dans les S* Bartholomeic's Hospital Reports de 1881 [^g. i. p. 76), le même observateur a rencontré un vrai tendon cylindrique sur le trajet du ventre postérieur. Ces deux formations fibreuses, intersection et tendon, sont tellement connexes, que sur le deuxième sujet de Walsham, le tendon rencontré du côté gauche était représenté, du côté droit, par une intersection située à la même hauteur.

Nous sommes depuis longtemps fixés sur la valeur qu'il faut accorder, en Anatomie générale, aux intersections aponévrotiques des muscles.

J'ai trouvé, sur le digastrique de mon L'rsus americanus, une intersection tendineuse fortement dentelée, située à 1 et 2 centimètres au-dessous de l'apophyse mastoïde et intéressant la totaUté des fibres musculaires. Toutefois nous serions mal fondé à assimiler celte intersection au tendon anormal de Walsham ; le muscle de l'ours est. en effet, réduit à un seul ventre, et la coupure aponévrotique que je nens de signaler, pourrait peutêtre représenter, avec autant d'exactitude, le tendon intermédiaire aux deux ventres dans le digastrique de l'homme.

§ VU. — Union plus ou moins étendue avec quelques muscles voisins :

i — Avec le styio-hyoidien. — Le ventre postérieur du digastrique peut être renforcé par un faisceau charnu se détachant soit du stylo-hyoïdien, soit de l'apophyse styloïde, à côté de ce dernier muscle. Dans un cas de ce genre, observé par Wood, le stylo-hyoïdien lui-même venait se fixer sur le tendon intermédiaire du digastrique.

Je crois devoir considérer comme une fusion complète des deux muscles, le cas rapporté par M. Whinnie. dans lequel,

MUSCLE DIGASTRIQUE. 277

le muscle stylo-hyoïdien étant absent, le ventre postérieur du digaslrique se trouvait considérablement grossi, relativement au ventre antérieur.

Anatomie comparée. — Chez le paresseux, Duvernoy considère le stylo-hyoïdien comme confondu avec le digas trique. Dans le cochon, d'après Cuvier, l'analogue du stylo-hyoïdien a une portion qui se réunit au digastrique, derrière l'angle du maxillaire inférieur. Chez le paca, le même anatomiste estime que le stylo-hyoïdien n'est « qu'une portion du digastrique » . Watson, qui a étudié avec soin la myologie de l'éléphant, déclare que, contrairement à l'assertion de Mayer, il n'a pu arriver à isoler le stylo-hyoïdien de la masse musculaire qui constitue le digastrique.

/3J — Avec le inyio-iiyoïdien. — Dans un cas rapporté par Lovegrove, le ventre antérieur du digastrique gauche envoyait une expansion au mylo-hyoïdien du côté opposé. Ce n'est là qu'une variété du ventre antérieur surnuméraire qui s'est arrêté sur le mylo-hyoïdien, au lieu de poursuivre son trajet jusqu'au maxillaire. J'en dirai tout autant du ventre antérieur, signalé par Beaunis et Bouchard, qui s'arrêtait dans son trajet sur l'aponévrose mylo-hyoïdienne du même côté.

y) — Avec le mento-hyoïdien. — NouS décrirons ce muscle

surnuméraire dans un des articles suivants. (Voy. art. V, p. 288.)

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ren Bauches und hinterder Mitt. des Seitentheiles der Maxilla ini

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Walsham. S< Bartholomeic's Hospital Reports, t. XVI. ISSO: t. XA'IL 1881. KÔLLiKER. Varietœten Beobachtungen, etc., Wûrzbarg. 1879. HT.-MPHRY. Observations in Myology [Brit. med. Journal, 1873, p. 695). Bradlet. Journ. of Anat., t. VI, p. 420.

Testut. Système locomoteur de /Ursus americanus (en préparation).

ARTICLE II

ANOMALIES DU MUSCLE SrrLO-HTOÏDIEX.

Muscle fusiforme et généralement très grêle, le stylo-hyoïdien prend naissance, en dehors, sur le côté externe de l'apophyse styloïde, tout près de la base de cette apophyse: se portant ensuite en dedans et en avant, il se divise en deux faisceaux pour laisser passer le digastrique. se reconstitue de nouveau en un corps charnu unique et vient se fixer sur la face antérieure du corps de l"os hyoïde, dans le voisinage de la grande corne. Dans un cas, Petsche a vu cette insertion se prolonger sur le hgament en partie ossifié qui s"étend du cartilage thyroïde à l'os hvoïde: Reid et Tavlor ont retrouvé cette insertion à ^ Thomas s Hospital en 1879.

§ I. — Absence du muscle stylo-hyo'idien. — D'après les

statistiques de Hallet, le stylo-hyoïdien ferait défaut une fois sur 200 sujets. Cette absence du muscle a été notée par Bôhmer, Otto, KôHiker, Knott. Walsham, etc. H est probable que dans c|uelques-uns des cas observés, le muscle stylo-hyoïdien était intimement fusionné avec le ventre postérieur du digastrique, et je rappellerai à ce sujet le fait de M. Whinnie, dans lequel

MUSCLE STYLO-HYOÏDIEN. 279

l'absence du stylo-hyoïdien coïncidait avec un ventre postérieur du digastrique considérablement grossi.

Anatomie comparée. — On n'a pas trouvé de stylo-hyoïdien distinct chez le paresseux (Guvier), ni chez V éléphant (Watson). J'ai vu ce muscle manquer chez une guenon d'un côté seulement, car du côté opposé il existait, quoique très grêle.

§ II. — Muscles stylo - hyoïdiens surnuméraires. — J'ai observé une fois seulement l'extension de la boutonnière du digastrique jusqu'à l'apophyse styloïde, de telle sorte que le stylo-hyoïdien présentait en réalité deux chefs distincts passant l'un en avant, l'autre en arrière du tendon moyen du digastrique. M. Whinnie et Macalister ont observé, eux aussi, une disposition semblable.

Il n'est pas rare de rencontrer, en arrière du stylo-hyoïdien normal, un deuxième stylo-hyoïdien plus profondément situé et généralement plus grêle. C'est le stylo-hyoideus aller d'Albinus, le stylo-hydUleus jwviis de Santorini, le stylo-chondro-hyoïdeus de Douglas, le second styîo-hydideus de Macalister, le petit stylohyoïdien de Gavardi, le stylo-hydldien profond de Sappey. Ce dernier anatomiste, qui l'a étudié avec grand soin, lui assigne les caractères suivants : 1° il a une forme régulièrement cylindrique; 2° son insertion tixe se fait au voisinage du sommet de l'apophyse styloïde; 3° son insertion mobile a lieu sur la petite corne de l'os hyoïde ; 4° il accompagne le ligament stylohyoïdien dans toute son étendue, en longeant son bord inférieur.

C'est bien là en effet la disposition qui convient au plus grand nombre de cas de stylo-hyoïdiens surnuméraires. Il est cependant quelques muscles qui s'en éloignent par quelques détails et qui méritent d'être signalés :

y.) — Les deux stylo-hyoïdiens (normal et surnuméraire) sont parallèles et identiques quant à leurs insertions (cas d'Eustachius, de Bidloo, d'Albinus, de Santorini, de Wistad). J'ai vu dan? un cas le stylo-hyoïdien surnuméraire se détacher, à côté du muscle normal, de la base de l'apophyse styloïde et se

confondre avec ce dernier à un centimètre au-dessus de l'os hyoïde.

/5j — Le stylo-hyoïdien surnuméraire peut passer en dedans de la carotide, au lieu de passer en avant de cette artère (cas de Quain, de Kôlliker, de Shepherd).

y) — Il peut remplacer exactement le ligament stylo-hyoïdien (cas de Drake, de Weibrecht, de Blandin, de Macalister).

^) — Il peut se détacher de la face inférieure du rocher, entre l'épine du sphénoïde et l'orifice inférieur du canal carotidien (cas de Calori).

Des cas de trx-ple stylo-hyoidien ont été rapportés par Hyrtl et par Gruber. Chudzinski, sur un nègre, a trouvé un stylohyoïdien divisé à son extrémité inférieure en trois faisceaux : le premier faisceau se fixait à la grande corne de l'os hyoïde près de son sommet; le second, à la petite corne de cet os; le troisième, enfin, s'insérait aux angles inférieurs de l'aponévrose de terminaison du muscle myio-hyoïdien .

Ana(07nie comparée. — Dans le plus grand nombre des espèces simiennes, les muscles de l'os hyoïde et en particulier le muscle stylo-hyoïdien diffèrent peu de ce qu'ils sont chez l'homme. Chez les ^Mammifères qui possèdent un os styloïde mobile et un appareil hyoïdien plus développé que le nôtre, les mouvements se compliquent et par suite les organes musculaires se multiplient. jMilne -Edwards, d'après Cuvier, considère le stylohyoïdien de l'homme comme étant représenté chez ces Mammifères par trois muscles distincts :

1° Un muscle mastoldo-stylo'idien, s'attachant d'une part à l'apophyse mastoïde, s'insérant de l'autre sur la portion supérieure du stylo-hyoïdien ;

2° Un muscle stylo-hyoidien médian, se portant de la base des cornes postérieures à la portion supérieure des cornes antérieures ;

3° Un muscle cératoklien latéral ou petit cérato-hyoldien, s'étendant de l'extrémité des cornes postérieures à la partie inférieure des cornes de suspension.

Ghauveau et Arloing décrivent également dans la même

MUSCLE STYLO-HYOIDIEN.

région, chez le cheval, trois faisceaux musculaires plus ou moins indépendants l'un de l'autre : un muscle grêle et fusiforme, se portant de l'angle postérieur et supérieur de l'os styloïde à la base de la grande corne de l'os hyoïde. C'est évidemment le représentant de notre stylo-hyoïdien; mais, à côté de lui, se trouvent un kérato-hydidien et un occipito-hydidien, s'étendant : le premier, du bord supérieur de la corne thyroïdienne à la corne styloïdienne et à l'os styloïde; le second, de l'occipital à l'os styloïde.

Chez la chauve-souris (Maisonneuve), nous avons, indépendamment d'un stylo-hyoïdien, qui part de l'extrémité hbre de l'apophyse styloïde pour aboutir à l'os hyoïde, un stylo-atloïdien, petit muscle court, mais épais, qui s'étend de l'apophyse transverse de l'atlas à la base de l'os styloïde.

§ III. — Absence de boutonnière pour le dig-astrique. —

Cette anomalie est fort rare. Le muscle indivis peut passer en avant du tendon du digaslrique (cas de Hallet et de Macalisler), ou en arrière (disposition observée par Sœmmering, par Macalister et par moi-même).

Anatomie comparée. — L'absence de la boutonnière destinée à laisser passer le digastrique s'observe à l'état normal chez les Ruminants (Chauveau) et chez les Makis (Meckel).

§ IV. — Insertion sur le maxillaire inférieur. — Cette disposition anormale comporte deux ordres de faits : des cas dans lesquels le faisceau anormal s'étend de l'apophyse styloïde au maxillaire, des cas dans lesquels le faisceau anormal partant du maxillaire aboutit à l'os hyoïde. Dans ces deux ordres de faits, il convient, je crois, de considérer les muscles anormaux comme des formes incomplètes du stylo-hyoïdien, ou, si l'on préfère, comme des stylo-hyoïdiens arrêtés dans leur développement. La première variété (stylo-maxillaire) est constituée par- un stylo-hyoïdien qui, au lieu de gagner l'os hyoïde, s'est arrêté sur l'angle du maxillaire; dans la deuxième variété (hyomaxillairej, nous ne devons voir qu'un stylo-hyoïdien qui.

partant de l'os hyoïde pour aboutir à l'apophyse styloïde, a rencontré, dans son trajet, le maxillaire inférieur et a pris sur lui ses points d'attache.

Je dois ajouter que, concurremment avec un muscle à insertion maxillaire, on peut rencontrer des faisceaux normaux se rendant, sans arrêt, de l'os hyoïde à l'apophyse styloïde. L'anomalie, dans ce cas, n'intéresse pas la totalité des muscles; elle ne porte que sur une partie de ses faisceaux.

a) — Le muscle stylo-maxillaire a été décrit par Macalister en 1868. Il avait été signalé avant cette époque par Mayer, par Alessandrini et par Galori, qui fait remonter la première description de ce faisceau musculaire à « son illustre maître » le professeur Mondini.

Anatomie comparée. — Le muscle stylo-maxillaire se rencontre normalement chez quelques Oiseaux, notamment chez la litorne (Mivart). C'est vraisemblablement à cette formation musculaire qu'il faut rapporter le muscle stylo-maxillaire décrit par Bourgelat, sur les Solipèdes, en dedans du digastrique.

fî) — Le muscle hyo-maxillaire nous est encore décrit par l'infatigable Macalister, qui lui a donné le nom de muscle hyoangularis; il a été rencontré de nouveau par M. Kelly, dans les salles de dissection du « Royal Collège of Surgeons » , de Dublin.

Anatomie comparée. — Chez les Oiseaux, le muscle stylohyoïdien est représenté en partie par un muscle spécial décrit par Cuvier, sous le nom de M. serpi-hydidien, et rappelant exactement Vhyo-angularis. «Il s'attache, en arrière, à l'apophyse serpiforme de la mâchoire inférieure et s'avance de dehors en dedans vers l'hyoïde ; il se sépare souvent en deux portions : l'antérieure, plus petite, se fixe à l'angle postérieur du corps de l'hyoïde, au devant de son articulation avec la corne; celle qui vient après, beaucoup plus forte, se termine à une ligne médiane commune avec le mylo-hyoïdien, qui répond à la corne moyenne de l'hyoïde et au corps duquel elle envoie une mince aponévrose » . C'est ce muscle serpi-hyoïdien que Meckel décrit sous le nom de mylo-hyoïdien postérieur.

MUSCLE STYLO-HYOIDIEN. 283

§ V. — Union avec quelques muscles voisins. — On a vu

le muscle stylo-hyoïdien présenter des connexions plus ou moins intimes :

y.) — Avec le digastrique. (Voyez ce muscle.)

Ç)) — Avec l'omo-hyoïdieu. (Voyez ce muscle.)

y) — Avec les muscles de la langue. — On a rencontré deS

faisceaux charnus, toujours très grêles, se détachant du stylohyoïdien et venant renforcer le stylo-glosse, le génio-glosse ou l'hyo-glosse. Ces connexions sont sans grande importance ; elles témoignent cependant d'une certaine parenté anatomique entre le stylo-hyoïdien et les muscles de la langue chez l'homme, parenté qui s'afiîrme chez quelques espèces animales par des caractères bien plus tranchés.

BôHMER. Observ. anatoin. rar.; Halee, 1712, p. 5. Petsch. In Haller's Disput, select., VI, p. 767. Santorini. Observ. anaiom., Venet., 1724, p. 117. Weibrecht. Comment. Petropolit., IX, p. 256,:

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Reid et Taylor. S' Thomas' s Hospital Reports^ 1879.

ARTICLE III

ANOMALIES DU MUSCLE MYLO-HYOÏDIEN.

Situé entre la cavité buccale et la région sus-hyoïdienne, le muscle mylo-hyoïdien, aplati et irrégulièrement quadrilatère, prend naissance sur la ligne myloïdienne du maxillaire inférieur; ses faisceaux, convergeant de là vers la ligne médiane, viennent s'insérer : les postérieurs sur l'os hyoïde lui-même ; les antérieurs sur un raphé aponévrotique qui s'étend de cet os à la symphyse du menton. Les variations morphologiques de ce muscle sont assez peu nombreuses et ne présentent qu'un faible intérêt.

§ I. — Absence du raphé médian hyo-mentonnier. — Il

n'est pas rare de voir quelques faisceaux du mylo-hyoïdien passer, sans s'interrompre, d'un côté à l'autre et rompre ainsi la continuité du raphé sus-hyoïdien. Dans plusieurs cas, notamment chez deux nègres, j'ai vu le raphé disparaître entièrement et les deux muscles mylo-hyoïdiens se fusionner en une lame musculaire unique.

Une pareille disposition se rencontre chez un grand nombre de Mammifères. Du reste, certains anatomistes, Cruveilhier entre autres, admettent qu'à l'état normal « les fibres internes du mylo-hyoïdien, très courtes et constituant la portion supérieure du muscle, se continuent sans aucune ligne de démarcation avec les fibres du côté opposé » .

§ II. — Etendue variable des insertions hyoïdiennes. —

Macalister a vu ces insertions occuper, dans certains cas, tout l'espace compris entre les deux apophyses styloïdes, et se réduire, dans d'autres, à un dizième de pouce.

MUSCLE M\10-HY0IDIEN. 285

Chez la sarigue et chez le fourmilier, le mylo-hyoïdien n'atteint même pas l'os hyoïde (Cuvier).

§ III. — Division du muscle en deux portions. — Dans un cas observé par M. Whinnie, le muscle mylo-hyoïdien était divisé en deux portions distinctes : l'une antérieure, plus voisine de la ligne médiane, l'autre postérieure, plus rapprochée de l'angle du maxillaire. Macalister a vu les deux portions du muscle séparées par le canal de Warthon. On a même vu le stylo-hyoïdien gagner l'os hyoïde, à travers l'espace compris entre les deux faisceaux du mylo-hyoïdien.

Anatomie comparée. — Chez quelques espèces de Rongeurs, en particulier chez le Bathyergus et VÂrctomys, le muscle mylo-hyoïdien serait divisé, d'après Meckel, en deux moitiés entièrement distinctes : la première de ces deux portions, plus superficielle et plus courte, s'étend transversalement d'une moitié du maxillaire à l'autre; la seconde, plus profonde et plus mince, mais beaucoup plus longue, se détache également du maxillaire pour aboutir à l'os hyoïde.

Sur Véléphant des Indes, Watson a également constaté deux portions distinctes dans le mylo-hyoïdien : l'une plus volumineuse, dirigée transversalement d'un côté à l'autre et formant le plancher de la bouche, sans atteindre l'os hyoïde; l'autre plus profonde, se détachant en arrière de la précédente, de la face interne du maxillaire et venant se terminer sur un trousseau fibreux qui unit la base des deux grandes cornes.

Une semblable disposition s'observe encore chez plusieurs Reptiles et dans un grand nombre d'Oiseaux, le perroquet entre autres (Cuvièr) et le cygne (Duvernoy). Dans cette dernière espèce, le faisceau hyoïdien du muscle se confond en arrière avec le serpi-hyoïdien, dont j'ai déjà parlé à propos de Vhyoangularis de Macalister.

§ IV. — Union avec quelques muscles voisins. — Le muscle mylo-hyoïdien peut contracter des connexions. — Avec le digastrique. (Voyez ce muscle.)

(S) — Avec le sterno-hyoïdien. (Voyez ce muscle.)

y) — Avec le stylo-hyoïdien, dont quelques faisceaux se confondent parfois avec des faisceaux obliques ou postérieurs du mylo-hyoïdien, au niveau de leur insertion sur le corps de l'os hyoïde.

Bibliographie :

Macalister. Transact. of Roy. Ir. Acacl.j 1871. M. Whinnie, cité par Macalister, in Mémoire précédent. Meckel. Anat. comparée, t. VIII, p. 596. CuviER. Leçons d'Anatomie comparée, t. IV, p. 5. DuvERNOY. Note, in 2^ édition des Leçons de Cuvicr, t. IV, p. 503. Watson. Anatomrj of the indian Eléphant [Journ. of Anat. and PhysioL, 1874, p. 131).

ARTICLE IV

ANOMALIES DU MUSCLE GÉNIO-HYOÏDIEN.

Les muscles génio-hyoïdiens sont constitués par deux cordons charnus, s'étendant, de chaque côlé de la ligne médiane, de l'os hyoïde au maxillaire, au-dessus du mylo-hyoïdien qui les recouvre entièrement. Leur extrémité supérieure prend naissance sur les apophyses géni inférieures, au-dessous du génioglosse ; leur extrémité inférieure vient se fixer sur la face antérieure du corps de l'hyoïde.

§ L — Fusion des deux muscles sur la lig-ne médiane. —

Les deux génio-hyoïdiens sont séparés l'un de l'autre par un interstice celluleux toujours très mince, quelquefois à peine visible. Que cet interstice disparaisse complètement, les deux faisceaux se fusionnent et constituent un muscle unique impair et médian. Cette disposition a été rencontrée par Hallet, par Theile, par Macalister et par moi-même,

Anatomie comparée. — Les Cétacés dont les sterno-hyoïdiens sont réunis en un muscle unique médian, ne possèdent également qu'un seul génio-hyoïdien. On trouve de même, chez le fourmilier, un muscle génio-hyoïdien impair et médian « s'attachant, d'une part, à l'arc du menton par un tendon unique et se

MUSCLE GÉNIO-HYOÏDIEN. 287

fixant, d'autre part, au corps de l'os hyoïde par deux ventres. » (Guvier.)

§ II. — Faisceau surnuméraire provenant de la g^rande corne de l'os hyoïde; double g-énio-liyoïdien. — Macalister signale, d'après Horner, comme une anomalie du géniohyoïdien, la présence d'un faisceau accessoire qui prendrait naissance sur la grande corne de l'os hyoïde. Cette insertion, passée sous silence par Cruveilhier et Sappey, est pourtant considérée comme normale par Theile : « Régulièrement, dit-il, on trouve encore, en dehors du génio-hyoïdien, un faisceau grêle, qui se dirige en avant, au bord inférieur de la grande corne de l'hyoïde. »

Supposons ce faisceau kératoïdien parfaitement distinct du faisceau principal à insertion basi-hyoïdienne, nous aurons alors deux faisceaux à peu près parallèles, ou, si l'on veut, deux muscles génio-hyoïdiens. C'est vraisemblablement à l'existence d'une portion externe nettement distincte, et peut-être aussi un peu plus développée que d'habitude, qu'il convient de rattacher l'observation que rapporte Mayer d'un muscle géniohyoïdien, « double des deux côtés » .

§ III. — Union avec quelques muscles voisins. — a) Macalister a vu le faisceau mento-hyoïdien se confondre en partie avec le génio-hyoïdien. Il existait, dans ce cas particulier, une absence partielle du muscle mylo-hyoïdien, ce qui nous explique l'anomalie.

/5j — Le même anatomiste a rencontré des cas où le géniohyoïdien présentait des connexions intimes avec les deux muscles linguaux qui l'avoisinent : le génio-glosse et Vhyo-glosse.

Amtomie comparée. — D'après Meckel, les génio-hyoïdiens et les génio-glosses sont confondus chez le pangolin. De même chez les Oiseaux, les génio-hyoïdiens et les génio-glosses des Mammifères sont représentés par un muscle unique (Guvier), naissant, au-dessus du mylo-hyoïdien, sur le bord et sur la face interne de chaque mandibule et se portant de là sur la corne

hyoïde, autour de laquelle il s'enroule plus ou moins. Ce muscle est très développé et Irès long chez les picSj les torcols, les colibris et les ornismyes.

Bibliographie :

Macalister. Transact. of Roy. Ir. Acad., 1871.

Maykr. Beschreibung des menschlichen Kôrpers, t. III, p. 547.

Meckel. Anat. comparée , t. VIII.

CuviER. Leçons d'Anat. comparée, 2° édit., t. IV, p. 491 et 505. Theile. Encycl. anat., Myologie, p. 74.

ARTICLE V

§ I. — Muscle stylo-maxillaire. — Je l'ai déjà décrit et interprété plus haut. (Voyez muscle stylo-hyoïdien, chap. III, art. II, p. 233.)

§ II. — Muscle pétro-hyoïdien (Calori). — C'est encore là une variété du muscle stylo-hyoïdien dont les insertions supérieures se sont déplacées. (Voyez ce muscle.)

§ III. — Muscle mento-hyoïdien (Macalister). — Le savant professeur de zoologie du Dublin a décrit sous ce nom, en 1867, un faisceau musculaire placé en avant du ventre antérieur du digastrique et s'étendanl de l'os hyoïde à la symphyse du menton. Fort variable dans sa forme et ses dimensions, il peut être constitué par un faisceau impair et médian ou bien par deux bandelettes charnues, symétriques et parallèles. Dans un cas fort remarquable, Macalister l'a rencontré sous la forme d'un triangle dont le sommet correspondait au menton et la base à l'os hyoïde.

Ce petit muscle peut présenter des connexions intimes avec le ventre antérieur du digastrique. J'ai déjà écrit plus haut que, dans un cas d'absence partielle du mylo-hyoïdien, on l'avait vu se confondre en partie avec le génio-hyoïdien.

La situation superficielle du mento-hyoïdien et l'union possible de ses faisceaux avec les faisceaux du peaucier ont amené Macalister à le considérer comme une dépendance de ce dernier muscle. Une telle interprétation convient probablement à un certain nombre de cas; elle ne saurait être appliquée à tous. Macalister lui-même rapporte que, sur un sujet observé par lui, le mento-hyoïdien n'était que le prolongement au-dessus de l'os hyoïde du sterno-hyoïdien. Nous avons déjà décrit cette anomalie et rappelé, à propos d'elle, la disposition singulière du sterno-hyoïdien qui, chez certaines espèces, franchit sans s'y arrêter l'os hyoïde pour venir s'attacher au maxillaire inférieur (muscle slerno-maxillaire) .

S'il convient donc de rattacher certains faisceaux mentohyoïdiens au système du « Platysma myoïdes » , il en est d'autres qui appartiennent manifestement au groupe des muscles sternohyoïdiens.

Du reste, le muscle mento-hyoïdien se retrouve à l'état normal chez quelques chauves-souris (Macalister) et chez V hippopotame (Humphry) où il se continue, en bas, avec les faisceaux superficiels du sterno-hyoïdien.

§ IV. — Faisceau musculaire masto-carotidien (Testut) . — J'ai rencontré en février 1881, sur le côté droit d'un sujet faiblement musclé, une petite bandelette musculaire de 4 millimètres de largeur s'étendant, le long du bord interne du sterno-mastoïdien, du bord antérieur de l'apophyse mastoïde à la gaîne des vaisseaux carotidiens, à la hauteur du cartilage thyroïde. Walsham a rencontré deux fois, en 1880 et en 1881, une semblable anomalie.

Ce petit muscle masto-carotidien n'est évidemment qu'un faisceau du sterno-mastoïdien incomplètement développé qui, au lieu de gagner le sternum (point d'insertion normal), s'est arrêté sur une aponévrose, à quelques centimètres plus haut, et s'y est fixé. C'est le cas de rappeler ici ces faisceaux incomplets des muscles sous -hyoïdiens formant le coraco-cervicalis, le costocervicalis, le sterno-cervicalis, etc., etc.

290 LES AN0MM.1ES MUSCULAIRES CHEZ l'hOMME.

§ V. — Muscle auriculo-styloïdien (synonymes : stylo-auriculaire de Hyrtl, auriculo-glosse de Macalisler, depressor auriculœ de Lauth). — C'est un faisceau musculaire, généralement très grêle, qui, se détachant du cartilage du conduit auditif externe, se porte en dedans vers l'apophyse slj'loïde et vient se terminer suivant les cas : 1° sur celte même apophyse ; 2° dans le stylo-glosse qu'il renforce (cas de Gruber, cas de Walsham) ; 3° sur l'aponévrose cervicale (cas de Walsham). Du reste, ce petit muscle présente dans sa constitution des variantes nombreuses : il peut être monogastrique ou posséder deux ventres réunis l'un à l'autre par un tendon intermédiaire. Il peut être un vrai biceps, soit avec deux faisceaux d'origine, soit avec deux faisceaux de terminaison. Dans le premier cas de Walsham, il était encore plus complexe : se détachant du cartihige du conduit auditif par deux têtes distinctes, il se divisait de nouveau, avant sa terminaison, pour envoyer un premier faisceau sur l'apophyse styloïde, un deuxième faisceau sur l'aponévrose cervicale, en arrière delà carotide.

Le muscle auriculo-styloïdien a été successivement décrit, en 17 i9, par Duverney; en 1830, par Laulh ; en 1840, par Hyrtl; en 1854, par Gruber; en 1861, par Souchon et Rambaud; en 1880 et 1881, par Walsham.

Avec Gruber, je crois qu'il convient de considérer le faisceau auriculo-styloïdien, devenant parfois un véritable auriculoglosse, comme un faisceau accessoire du stylo-glosse. On sait que, dans le phoque, ce dernier muscle provient «non de l'apophyse, mais de la portion inférieure du conduit auditif externe » (Meckel).

§ VI. — Muscle occipito-hyoïdien (Perrin). — Ce faisceau musculaire, dont le nom seul indique suffisamment les insertions, a été décrit pour la première fois, en 1871, par J. B. Perrin, qui en a rencontré trois cas dans les salles de dissection du King's Collège. Dans le premier cas, le muscle occipito-hyoïdien prenait naissance sur l'occipital au-dessous du trapèze et, se portant en bas, en avant et en dedans, il recou-

FAISCEAUX SURNUMÉRAIRES DE LA RÉGION SUS-HYOIDlENNE. 2i91

vrait la face externe du sterno-cléido-mastoïdien, un peu audessous de l'apophyse raastoïde et se divisait dans la région sus-hyoïdienne en deux portions : l'une s'attachait à la grande corne et à la petite corne de l'os hyoïde; l'autre, située un peu au-dessus de la précédente, se perdait sur l'aponévrose du constricteur moyen. Une intersection aponévrotique, correspondant au point où l'occipito-hyoïdien croisait le sterno-mastoïdien, divisait ce muscle en deux ventres.

Dans le deuxième cas, le muscle, affectant la forme monogastrique, s'attachait uniquement à la grande corne de l'os hyoïde.

Dans le troisième cas, le muscle occipito-hyoïdien, également monogastrique, se détachait en arrière à la fois de l'apophyse mastoïde et de la ligne occipitale supérieure, et venait s'insérer en avant sur l'os hyoïde, immédiatement au-dessus de l'omohyoïdien.

Le stylo-hyoïdien et le digaslrique ne présentaient aucune disposition anormale dans les deux premiers faits de Perrin; dans le troisième, le digastrique envoyait un petit faisceau de renforcement à l'occipito-hyoïdien.

Depuis la publication du mémoire de Perrin, S. H. West, en 1873, et John Curnow, en 1874, ont pubUé chacun un cas d'occipito-hyoïdien, dont on trouvera la description dans le Journal of Anatomy and Physiology.

Plus récemment encore, en 1879, Max Flesch a rencontré un muscle occipito-hyoïdien, dans le laboratoire de RôUiker, à Wûrzbourg : c'était un faisceau large de 4 millimètres, épais de 1 millimètre, se détachant de l'occipital, près des insertions du muscle trapèze, se transformant en un tendon de 30 millimètres de longueur, au niveau du sterno-mastoïdien, redevenant charnu et se divisant bientôt après en deux faisceaux, comme dans le premier cas de Perrin : de ces deux faisceaux, le premier, antérieur et superhciel, venait se terminer sur le tendon intermédiaire du digastrique; le second, postérieur et profond, passait en arrière des branches de la carotide externe et se perdait sur le constricteur moyen du pharynx.

Anatomie comparée. — Le professeur Humphry, qui s'est

occupé de l'occipito-hyoïdien dans ses leçons de 1873, considère ce muscle comme une dépendance des muscles stylohyoïdien et digastrique, « an appendage, a superficiel appendage lo the stylo-hyoïd and digastric muscles » . Déjà, dans son mémoire, Perrin avait établi les homologies que présente son muscle avec le stylo-hyoïdien des Oiseaux.

Du reste, le faisceau homologue du muscle occîpito-hyoïdien existe, comme faisceau surnuméraire du digastrique, dans quelques espèces animales. Cuvier et Perrin l'ont rencontré chez le phoque commun; Cuvier et Laurillard l'ont décrit et figuré dans leur Atlas de Myologie comparée, chez Y hyène rayée : « Outre les stylo-hyoïdiens, dit-il, il existe un petit ruban musculaire, tout à fait externe, qui se rend de l'apophyse mastoïde à l'os hyoïde. » Ce faisceau est indiqué par les lettres S S, sur le dessin des planches 131 et 132.

Nous trouvons encore dans la Myographia comparata, de Douglas (p. 38), l'indication d'un muscle inio-cerato-hyoïdien, se portant de l'occiput à la grande corne de l'hyoïde.

Bibliographie :

Calori. Memorie délia Accademia di Bologna, 1868 et tirage à part. Macalister. Transact. of Roy. Ir, Acadonixj, 1871. ScHWEGL. Sitzungsb. a. k. Akad. Wien, Bd XXXIV. Walsham. 5' Bartholomew's HospUal Reports, 1881, t. XVII, p. 70. Cuvier et Laurillard. Planches d'Anatomie comparée, pl. 131 et 132. DuvERNEY. L'Art de disséquer méthodiquement les muscles du corps humain, Paris, 1749, p. 11 et 12.

GA.RENGEOT. Mijotomic, p. 68.

Lauth. Mém. de la Soc. d'Hist. naturelle de Strasbourg, t. I, 1830, p. 65. Hyrtl. Œsterreich. med. Jahrbuch, vol. XXX, 1840, p. 345; et Lehrbuch, 5 Auflaege, p. 329.

Gruber. Bull, de l'Acad. imp. de Saint-Pétersbourg, 1854, vol. XIII, p. 257,

et vol. XV, p. 206.

Gruber. Henle u. Pfeufer's Zeitschrift, 3, Reihe X, p. 368. SoucHON et Rambaud. Gaz. méd., 1861, n" 37, p. 585. Douglas. Mgographia comparata, p. 38.

Perrin. On a peculiar additional Digastric Muscle (Journ. of Anai. and

PhysioL, may 1871, p. 251).

West. On a peculiar Digastric Muscle (Journ. of Anat. and PhysioL,

nov. 1873, p. 150).

MUSCLE SPLÉNIUS.

CuRNOW. Notes of some muscular irregularities (Journ. of Anat. and

Phijs., may 1874, p. 379).

M. Flesch. Varietœten Beobachtungen, etc., Wûrzburg, 1879. HuMPHRY. Observ. in Myology, 1872, p. 137, et British Med. Journ., 1873,

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