‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 57 sur 177 · ANOMALIES DU MUSCLE SPLENIUS · texte numérisé non relu

ANOMALIES DU MUSCLE SPLENIUS

Muscle aplati et généralement fort mince, le splénius prend naissance sur le sommet des apophyses épineuses des 4 ou 5 premières dorsales et de la 7^ cervicale, et, au-dessus

de cette dernière, sur le ligament cervical dans une étendue variable suivant les sujets. Le plus souvent, les faisceaux, charnus les plus élevés correspondent à l'union du tiers supérieur avec le tiers moyen de ce ligament : les fibres qui constituent la masse du splénius se portent en haut et en dehors et se divisent chez l'homme en deux corps charnus d'inégal volume; le corps charnu interne, qui est le plus volumineux, se porte vers la tête (splenius capitis) où il s'insère sur l'apophyse mastoïde, sur la portion mastoïdienne du temporal et sur les deux tiers externes de la ligne occipitale supérieure. Le corps charnu externe, moins long que le précédent, vient s'attacher par deux faisceaux distincts sur le sommet des apophyses transverses de l'atlas et de l'axis (splenius colli.)

Les variations anatomiques que présente ce muscle, peuvent être classées comme suit :

§ L — Fusion des deux portions du splénius. — Cette anomalie peut se produire suivant deux modalités différentes : ou bien les deux splénius, splenius capilis et splenius colli, sont totalement fusionnés (cas de Meckel, de Macalister), ou bien le faisceau atloïdien seulement du splénius colli est confondu avec le splénius capitis, le faisceau axoïdien restant indépendant (cas de Henle, cas de Theile).

Ânatomie comparée. — Chez les animaux, les deux portions du splénius, quand elles existent (car la portion cervicale fait souvent défaut), sont plus intimement unies que chez l'homme. Elles sont entièrement confondues chez quelques Rongeurs, en particulier chez V agouti et le porc-épic (Meckel). La portion cervicale, dans ces deux espèces, s'arrête à l'atlas.

§ IL — Absence du splenius colli. — J'ai constaté cette disparition de la portion cervicale du splénius, une fois seulement, et chez un nègre. Le splenius capitis était pourtant très développé, et se rapprochait plus qu'à l'ordinaire de la protubérance occipitale externe. Cette anomalie doit être fort rare : je ne l'ai vue mentionnée nulle part.

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Anatomie comparée. ~- Le splénius colli est absent, d'après Meckel, chez le chameau, la marmotte, le castor, ï écureuil, le rat-taupe du Cap, le cabiai, le hamster. Le splénius ne s'attache également qu'à la tête chez la sarigue et le kanguroo, et chez un grand nombre de Carnassiers, tels que le phoque, Y hyène, le chat, le chien, la martre, la loutre, Vours, le coati, le blaireau, le po<to, etc., etc.

Parmi les singes, le gorille (Bischof), Y orang-outang (Testut), le Troglodytes Aubryi (Gratiolet et Alix), le Troglodytes niger possèdent un splénius colli; mais ce muscle fait défaut chez quelques espèces simiennes inférieures, notamment chez le papion, les Makis et les Loris.

§ IIL — Insertion du splénius à la protubérance occipitale.

— Juxtaposés sur la ligne médiane jusqu'à la hauteur de la troisième vertèbre cervicale, les splénius s'écartent à partir de ce point, interceptant ainsi entre leurs bords internes un espace triangulaire à base supérieure, au fond duquel apparaissent le complexus' et le digastrique de la nuque. Les dimensions de ce triangle varient, on le conçoit, avec le degré d'obliquité des faisceaux du muscle et avec l'étendue de son insertion sur le ligament cervical. Je ne sache pas qu'on ait rencontré chez l'homme la disparition complète de ce triangle et, par suite, l'insertion du splénius à toute la longueur de la. ligne courbe occipitale. Toutefois je trouve consigné, dans le mémoire si souvent cité de Macalister, un fait qui dénote, chez le splénius, une tendance à occuper toute cette ligne et à recouvrir toute la surface des complexus : il s'agit d'un faisceau charnu qui, s'échappant du bord interne du splénius, venait s'attacher à la protubérance.

En 1873, J. Curnovv a également observé, dans les salles de dissection du Kings Collège, un petit muscle qui, se détachant à la fois du splénius et du ligament cervical, à la hauteur de la troisième apophyse épineuse, venait se fixer à la ligne courbe occipitale, en dedans du splénius.

Anatomie comparée. — Chez VUrsus americanus, j'ai vu le

splénius s'attacher sur la ligne occipitale jusque sur la protubérance et se confondre à ce niveau avec celui du côté opposé. J'ai noté plusieurs fois une disposition semblable chez quelques Cercopithèques. Broca a noté la même disposition chez le Cynocephalus sphynx. Le Troglodytes niger m'a offert des splénius beaucoup plus développés que celui de l'homme ; ils se confondaient, sur la ligne médiane, dans presque toute leur étendue : à peine apercevait-on, dans le voisinage de la protubérance, un petit triangle séparatif.

Chez le chat, les deux splénius ne laissent entre eux aucun intervalle (Strauss-Durckeim) ; il en est de même le plus souvent, d'après Meckel, chez les Edentés, les Rongeurs et les 3farsupiaux.

§ IV. — Insertion anormale du splénius coUi à la troisième cervicale. — Cette insertion à la 3® cervicale serait assez fréquente, d'après Cruveilhier; elle a été rencontrée par M. Chudzinski chez un nègre. Le splénius colli, large de 3 centimètres, se séparait de la portion céphalique, au niveau de la 1''® dorsale, et se décomposait en trois faisceaux musculaires qui, à la hauteur de la 5® cervicale, se réunissaient pour former un plan tendineux, lequel donnait bientôt naissance à un nouveau corps charnu. Ce dernier plan musculaire se décomposait enfin en trois faisceaux qui venaient se fixer sur les apophyses transverses des 3 premières cervicales. Une observation à peu près semblable a été rapportée, en janvier 1881, par Francis Shepherd.

Anatomie comparée. — L'insertion du splénius colli à l'atlas et à l'axis (type humain) n'est pas une règle anatomique commune à tous les Vertébrés. Ces points d'attache peuvent à la fois se restreindre ou se multiplier : chez le daman et chez le cochon, en effet, le splénius colli ne s'insère qu'à l'atlas (Meckel). Parlant du splénius des Mammifères, Cuvier dit : « Il fournit communément trois languettes aux apophyses transverses des vertèbres cervicales, qui suivent l'atlas; quelquefois même cette porfion est séparée et forme un

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splénius du cou. » Chez le cheval^ le splénius colli s'attache à la colonne cervicale, jusqu'à la cinquième (Chauveau). Chez Vaï, d'après Meckel, cette portion cervicale du splénius s'attache aux six premières vertèbres cervicales. Il est bon de se rappeler que Vaï a deux vertèbres cervicales de plus que l'homme.

§ V. — Situation superficielle du splénius colli. — On a

vu le splénius colli recevoir un faisceau de renforcement situé, avant d'atteindre ce dernier muscle, sur la face postérieure du petit dentelé postérieur et supérieur. Nous étudierons ce faisceau anormal dans l'article suivant, [Voy. art. II, M. splénius accessoire, de Walther.) Dans un cas plus intéressant observé par Wood, la portion cervicale du splénius tout entière était placée en arrière du muscle dentelé,

§ VI. — Faisceau de renforcement provenant de l'ang^ulaire. — Wood et avec lui Cloquet ont signalé un faisceau charnu partant de l'angulaire et venant renforcer le splénius. Il convient de considérer cette anastomose comme un faisceau d'origine scapulaire du splénius.

Cette insertion du splénius à l'épaule nous est offerte par la taupe, où ce muscle présente un développement considérable.

§ VII. — Division du splénius capitis en deux portions distinctes. — Cette division a été observée par Môser : le splénius de la tête était constitué par deux portions à peu près distinctes : l'une, l'interne, se détachait plus particulièrement des Si*^, 3®, 4", 5^ et 6^ cervicales et venait s'insérer à l'occipital; l'autre, l'externe, naissait des vertèbres situées au-dessus et se fixait à l'apophyse mastoïde.

Anatomie com-parée. — Cette séparation des faisceaux occipitaux et des faisceaux mastoïdiens du splénius serait très commune chez les Mammifères, d'après Meckel ; elle constituerait même, d'après lui, la disposition la plus fréquente. [Loc. cit., t. VI, p. 138.) Chez le porc (Chauveau), le splénius

se termine en avant par trois corps charnus volumineux. L'inférieur, qui représente le splénius du cou, s'insère à l'atlas; les deux autres, qui constituent le splenius capitis, viennent s'attacher : l'un, à la crête mastoïdienne; l'autre, à la protubérance occipitale. On ne rencontre que les faisceaux mastoïdiens chez le cheval; les insertions occipitales s'observent seules chez le fourmilier.

Bibliographie :

MôSER. Mcckel's Arch., vol. VII, p. 224.

WOOD. Proc. of Roy. Soc. of London, t. XV, p. 520; et Transact. of Roy.

Soc. of London, 1869.

Macalister. Transact. of Roy. Ir. Acad., 1871. Broca. L'ordre des Primates [Bull. Soc. d'Anthrop., 1869, p. 312). Chudzinski. Revue d'Anthrop., t. III, p. 22 et p. 404. CuRNOW. Joiirn. of Anat. and Physiol. Juae 1873, p. 304. Chauveau. Anatomie comparée des Animaux domestiques, p. 203 et 213. Shepherd. On some anatomical variations (Journ, of Anat. and Phys.,

t. XV, p. 294).

Meckel. Anatomie comparée, t. VI.

CuviER. Leçons d' Anatomie comparée, t. I.

Gratiolet et Alix. Rech. sur l'Anat. du Troglodytes Aubryi, 1866, p. 135.

ARTICLE II

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