CHAPITRE Vï • Groupe des întertransversaires cervicaux
Je comprendrai, sous ce titre, les muscles intertransversaires des Traités classiques, le muscle droit latéral et le muscle atloidomastoidien, ce dernier appartenant à l'anatomie anormale.
MUSCLES INTERTRANSVERSÂIRES CERVICAUX.
ARTICLE PEEMIER
MUSCLES INTERTRANSVERSAIRES CERVICAUX.
LONGS INTERTRANSVERSAIRES.
Les apophyses transverses des vertèbres cervicales sont reliées entre elles, de chaque côté des corps vertébraux, par des lames musculaires aplaties et quadrilatères qui s'étendent verticalement de l'une à l'autre, au nombre de deux pour chaque espace. Ces petits muscles intertransversaires (intertransversarii, intertransversales), placés, l'un en avant, l'autre en arrière, interceptent entre eux un espace assez régulièrement clos que traversent à la fois, en se croisant à angle droit, l'artère vertébrale et les branches antérieures des nerfs rachidiens. Celui qui est situé en arrière, réunissant le bord postérieur de la gouttière où glisse le nerf au bord inférieur de l'apophyse transverse qui est au-dessus, mérite véritablement le nom de muscle intertransversaire. Les éléments osseux sur lesquels il s'insère par ses deux extrémités, représentent réellement les apophyses transverses des vertèbres cervicales. Quant aux muscles antérieurs, ils s'attachent, en haut comme en bas, sur la partie la plus antérieure des apophyses cervicales, c'est-àdire sur les éléuients du squelette qui représentent, pour cette région, les arcs costaux ; de là les noms nettement significatifs qui leur sont quelquefois donnés, à juste titre, de muscles intercostellaires (Strauss-Durckeim) .
Les variations anatomiques, dont ces muscles sont susceptibles, peuvent porter : 1° sur le nombre; %° sur l'étendue :
§ L — Variations portant sur le nombre. — Déjà les auteurs classiques sont loin d'être d'accord sur le nombre des muscles intertransversaires, tant antérieurs que postérieurs, que présente l'homme à l'état normal. Tandis que M. Sappey n'en décrit que 11, six en avant et cinq en arrière, Theile, Cruveilhier, Beaunis et Bouchard en comptent 1i, deux
pour chaque espace : les premiers s'étendant de l'apophyse transverse de l'atlas à l'apophyse transverse de l'axis, les derniers réunissant l'apophyse transverse de la 7*^ cervicale à l'apophyse transverse de la 1""° dorsale et au col de la 1" côte. On comprend, dès lors, combien a peu d'importance l'absence d'un ou de deux 'de ces petits muscles.
Macalister parle de muscles intertransversaires doubles ; cette disposition relève d'une double modalité : ou bien de la présence d'un interstice cellulo-graisseux divisant en deux portions le muscle normal, ou bien de l'apparition d'un faisceau surnuméraire. C'est ici le cas de rappeler que, chez les Oiseaux, où les apophyses transverses présentent trois tubercules, les espaces intertransversaires sont comblés, d'après Alix, par quatre ordres de faisceaux : x) des faisceaux allant directement d'un tubercule interne à un tubercule interne suivant; /5j des faisceaux allant obliquement d'un tubercule interne à un tubercule moyen ; y) des faisceaux se rendant d'un tubercule moyen à un tubercule externe ; è) des faisceaux enfin réunissant; l'un à l'autre, deux tubercules externes.
§ II. — Variations portant sur rétendue 5 long-s intertransversaires. — La hauteur des lames musculaires, dont il est actuellement question, est exactement représentée, dans la majorité des cas, par la hauteur elle-même des espaces intertransversaires où elles sont situées. On voit quelquefois cependant (j'ai observé moi-même trois cas de ce genre) un muscle intertransversaire sauter une apophyse transverse et venir chercher ses points d'attache sur une vertèbre plus élevée. Il convient de donner à ces muscles aberrants le nom de Longs intertransversaires, par opposition au nom de Courts intertransversaires, sous lesquels on peut désigner les muscles normaux.
Nous avons déjà vu, dans des séries d'un autre ordre, des faisceaux musculaires verticaux franchir ainsi, sans s'y arrêter, l'arc osseux qui, dans les conditions normales, lui donne ses points d'insertion et se terminer anormalement sur l'un des
MUSCLES LONGS INTERTRANSVERSAIRES. 315
arcs similaires placés au delà. Exemple : intercostaux internes s'unissant au petit oblique, par dessus les dernières côtes (p. 194); surcostaux longs de Haller, se fixant sur la côte, au-dessus de leur insertion transversaire. (Voyez partie, p. 196.)
Au lieu de sauter une seule apophyse transverse, ce qui est le cas le plus ordinaire, le muscle long intertransversaire peut en franchir plusieurs et l'on a ainsi, couché sur la face antérieure de ces mêmes apophyses, entre les scalènes et le long du cou, un petit ruban musculaire, à direction verticale, s'insérant sur les apophyses voisines de ses deux extrémités et aussi quelquefois sur les apophyses intermédiaires. Telle est la disposition qui a été signalée et décrite par Sandifort, sous le nom de Musc, singularis colli (de la 2" et de la 3® apophyse transverse à la 5*^) ; par Kraùse, sous le nom de Transversalis corvicis médius (de la 2*^ à la 6*^ ou à la 7"^) ; par Retzius, sous le nom de Transversalis cervicis anticus (de la 4® à la 6'^) ; Knott a observé deux cas de ce genre : le premier était entièrement conforme à celui de Retzius; dans le second, le muscle anormal remontait jusqu'à l'axis.
Anatomie comparée. — L'apparition d'un long intertransversaire me paraît résulter d'un développement exagéré d'un de ces petits muscles que l'arc hœmatal n'a pas rencontré dans son évolution excentrique et n'a pu ainsi segmenter. Si l'on veut rencontrer à l'état normal, dans la série animale, ces longs intertransversaires, il faut l^es chercher sur la partie de la colonne vertébrale qui présente le plus de mobilité latérale et où les intertransversaires se présentent avec leur maximum de développement. C'est ainsi que, sur la queue, ces muscles « sont étendus en une seule bandelette rciusculaire et aponévrotique entre toutes les apophyses transverses » (Cuvier).
Quant aux formations observées par Sandifort, Kraiise, Retzius et Knott, elles me paraissent avoir leurs horaologies dans quelques-uns de ces muscles transversaires que Strauss- Durckeim a décrits, chez le chat, sous le nom d'Isocèles. C'est une série de muscles longitudinaux, formant une longue chaîne entre
les scalènes et le long du cou. Strauss-Durckeim en décrit six . il y a nnanifestement, dans ces faisceaux plus ou moins confondus entre eux, des éléments du muscle long du cou et des scalènes de l'homme; mais il y a aussi des éléments qui doivent être rattachés d'une façon tout aussi manifeste à notre système intertransversaire, et dans lequel l'esprit retrouve aisément les longs intertransversaires, simples ou complexes, de notre anatomie anormale. Qu'on en juge par la description des deux premiers que j'emprunte textuellement à Strauss-Durckeim :
« Le premier isocèle naît par de très fortes fibres tendineuses superficielles sur l'angle postérieur de l'apophyse transverse de l'atlas, au-dessus de l'attache du premier scalène, avec lequel il est souvent confondu; mais quelquefois aussi leurs tendons sont distincts jusqu'à l'os. De ce point, le muscle se porte en dessous et en arrière, contourne les scalènes en avant, en se portant en dedans, et se divise en quatre chefs, qui se fixent, par des tendons grêles, sur les extrémités des apophyses coslellaires (partie antérieure des apophyses transverses) des 3'^, 4^, 5*^ et 6" vertèbres cervicales. Le second isocèle se fixe à l'apophyse transverse de l'axis, parle tendon correspondant des scalènes et se divise en trois chefs qui se rendent aux apophyses costellaires (partie antérieure des apophyses transverses) des 3", 4** et S'' vertèbres cervicales, en se rendant sur les mêmes tendons que les chefs du premier isocèle. »
Bibliographie :
Sappey. Anatomie descript., t. II, p. 174. Cruveilhier. Anat. descript., t. I, p. 198.
Beaunis et Bouchard. Nouv. éléin. d'Anat. descript., 3^ édit., p. 210. Macalister. Transact. of Rojj'. Ir. Acad., 1871.
Alix. Essai sur l'apparcit toconotour des Oiseaux; th. doct. ès-sciences,
Paris, 1874, p. 378.
Retzius. Forhandlingei-, oed Skandincwisk Naturforsk, 1841, p. 767. Knott. On Abnornialities in huinan Myolo-gy {Proc. of Roy. Irish Acad.,
december 1881, p. 415).
KraûsEj cité pai" Knott. Ibid. " CuviER. Leçons d'Anat. comparée, t. I, p. 278. Strauss-Durckeim. Anatomie du chat, t. II, p. 279.