ANOMALIES DU MUSCLE BRACHIAL ANTERIEUR
Le muscle brachial antérieur, plus connu en Analomie comparée sous le nom de court fléchisseur de l'avant-bras, s'insère en haut sur la lèvre inférieure de l'empreinte deltoïdienne, sur lés deux faces antérieures et les trois bords de l'humérus, ainsi que sur les cloisons intermusculaires qui le séparent du muscle triceps. Les faisceaux, charnus du brachial antérieur se terminent en bas sur un tendon infundibuliforme, dissimulé tout d'abord dans ^épai^seur du corps musculaire, mais très apparent au niveau de l'articulation du coude, lequel vient se fixer au cubitus, sur cette surface rugueuse qui est placée audessous de l'apophyse coronoïde. Theile fait remarquer, avec raison, que parmi les faisceaux inféro-externes du brachial antérieur, il en est quelques-uns qui ne se terminent pas sur le tendon, mais gagnent directement la surface d'insertion cubitale.
Quoique moins nombreuses que celles du muscle précédent, les variations anormales du brachial antérieur présentent un haut intérêt. Je les classerai comme suit :
§L — Variations des insertions humérales. — Dans les conditions ordinaires, l'ensemble des fibres du brachial antérieur forme, au niveau de leurs insertions humérales, une
espèce d'angle ouvert en haut, dans l'aire duquel viennent prendre place, en le comblant entièrement, les faisceaux inférieurs du deltoïde. Il résulte de cette disposition que l'origine du court fléchisseur de l'avant-bras est, en réalité, constituée par deux languettes dont l'une, l'interne, est située en dedans du deltoïde; l'autre, l'externe, vient se placer en dehors du même muscle. Cette dernière s'élève généralement, sur l'humérus, un peu plus haut que sa congénère.
Ces deux languettes musculaires qui se réunissent intimement, dans la plupart des cas, au sommet du V deltoïdien, restent quelquefois distinctes, dans une étendue de 1 ou 2l centimètres, au-dessous de ce point ; mais, ce qui est particulièrement intéressant, c'est de voir la languette externe, plus développée qu'à l'ordinaire, franchir en haut ses limites habituelles et se rapprocher ainsi de la région des tubérosités.
Anatomie comparée. — Cette dernière variation est un acheminement vers une disposition anatomique qui est normale chez un grand nombre d'espèces animales. Le court fléchisseur de l'avant-bras est généralement plus long chez les animaux que chez l'homme ; tandis que chez ce dernier il n'occupe que la moitié inférieure de l'humérus, il en occupe toute la hauteur dans la plupart des Mammifères. Le corps charnu tout entier passe en dehors du grand pectoral et du deltoïde, et contournant l'humérus, vient chercher sa surface d'attache sur la région postérieure du col, au-dessous de la tête articulaire. Une pareille disposition a été signalée par Meckel chez le mouton, chez le daman, chez la taupe; par Milne-Edwards chez le Siphneus; par Miall et Greenwood chez Y éléphant des Indes, etc., etc. Je l'ai rencontrée moi-même chez le porc, chez le chien, chez le loup, chez le chat, chez le renard.
%\\. — Division du muscle en plusieurs portions 5 faisceaux distincts et surnuméraires ou brachiaux accessoires. — Le
muscle brachial antérieur forme, dans la majorité des cas, chez l'homme, une masse indivise et compacte, étendue de l'humérus au cubitus. Il est des cas cependant où le muscle,' unique
MUSCLE BRACHIAL ANTÉRIEUR.
à sa partie supérieure, se divise, à sa parlie moyenne ou en un point plus voisin du coude, en deux faisceaux distincts, presque toujours d'un inégal volume. De plus, ces faisceaux, provenant d'une véritable bifurcation du corps musculaire, peuvent être superposés ou juxtaposés, et, dans ce dernier cas, c'est presque toujours dans le sillon bicipital externe qu'on rencontre le chef surnuméraire.
A un degré plus avancé, l'interstice séparatif occupe toute la hauteur des deux faisceaux : il existe en réalité, dans ce cas, deux muscles distincts, et je propose de désigner le muscle surajouté sous le nom de muscle brachial accessoire. Comme dans le premier ordre de faits, le brachial accessoire peut s'étaler à la surface antérieure du muscle classique, qu'il recouvre en totalité ou en partie, ou bien en longer le bord externe, placé alors contre la face interne du long supinateur, dans la région du nerf radial (^). Quelques observations de Gruber tendraient à démontrer que le brachial accessoire pourrait aussi longer le bord interne du muscle normal. Je n'ai jamais rencontré moi-même cette dernière disposition, qui assuréujent doit être plus rare que la première.
Des faits de cette nature sont mentionnés par la plupart des anatomistes qui se sont occupés d'anomalies nmsculaires, Wood, Macalister, Gruber, etc., etc. J'ai rencontré, pour ma part, dans les salles de dissection de la Faculté, la plupart des variétés que je viens de signaler.
Le faisceau surajouté peut, à son tour, se diviser en plusieurs portions distinctes et constituer ainsi des muscles brachiaux antérieurs à trois et même à quatre chefs. Clason a signalé un fait de ce genre : des quatre faisceaux constitutifs du muscle, l'un se portait sur le cubitus, deux s'attachaient au radius; le quatrième passait, à la manière d'un pont, sur l'artère cubitale et rejoignait le rond pronateur.
Le [joint le plus intéressant de l'histoire de ces faisceaux
(') A cette deruière variété appartient le petit muscle qui a été décrit par Halbertsma sous le nom de Supinator hreois acccssorius (voyez plus loin, Long supinateur).
surajoutés est assurément leur mode d'insertion sur l'avantbras. Je renvoie cette élude au paragraphe suivant. Mais je veux tout d'abord rappeler qu'il est des espèces animales dont le brachial antérieur, divisé plus ou moins profondément, rappelle les dispositions anormales ci-dessus indiquées chez l'homme.
Amtomie comparée. — La division du brachial antérieur en deux portions s'observe normalement chez quelques Rongeurs, notamment chez le lapin et le lièvre (Macalister), ainsi que chez le Dasyprocta cristata (Mûrie et Mivart). La même disposition a été rencontrée par Humphry chez V agouti. M. Sabatier signale également deux portions dans le brachial antérieur des Crocodiliens .
J'ai trouvé moi-même, chez VUrsus americanus, deux brachiaux antérieurs complètement distincts : a) le premier, situé en dedans (brachial antéro-inlerne) , affectait la forme d'un faisceau charnu cylindrique, naissant sur la face interne de l'humérus, au-dessous des insertions du deltoïde, et se fixant en bas, à l'aide d'un tendon large de 5 millimètres, sur la base de l'apophyse coronoïde; |5j Le second, placé plus en dehors (brachial antéro-externe) , était deux fois plus volumineux que le précédent; il se détachait en haut de l'extrémité supérieure de • l'humérus au-dessous de la lête articulaire; contournant cet os, il passait en dehors du deltoïde et du grand pectoral et gagnait la région antérieure du bras. Il se terminait là, au niveau du pli du coude, sur un tendon nacré et très résistant, lequel venait se fixer à la face antérieure du cubitus, un peu audessous du tendon précédent.
Remarquons en passant, avec le professeur Humphry, que cette division du brachial antérieur en deux portions distinctes situées l'une en dedans, l'autre en dehors de l'axe de l'humérus, sont les représentants des deux courts extenseurs (vaste interne et vaste externe) que l'on rencontre à la face postérieure du bras, et établissent ainsi une analogie frappante entre le groupe des fléchisseurs et le groupe des extenseurs de l'avantbras.
MUSCLE BRACHIAL ANTÉRIEUR. 401
§ III. — Variations des iasertioas antibracUiales. — Je ne
connais aucune observation d'insertion totale du brachial antérieur en dehors du cubitus. Mais autant est constante l'insertion cubitale du brachial antérieur, autant sont variables les modes de terminaison de ses faisceaux surnuméraires et de ses portions accessoires. En compulsant les nombreuses observations qui ont été publiées sur ce sujet et celles que j'ai recueillies moi-même, nous voyons que cette insertion surajoutée peut se faire :
1 ° Sur le cubitus ;
S!" Sur le radius ;
3° Sur le tendon du biceps ;
4° Sur l'aponévrose antibrachiale ;
5" Sur la synoviale du coude.
a) — Insertion sur le cubitus (faisceau surnuméraire brachio-cubital).
— Ces faisceaux peuvent être juxtaposés au brachial antérieur ou lui être superposés. Dans le pretnier cas, ils longent le bord externe ou interne du muscle ; dans le second, ils le recouvrent plus ou moins. D'autre part, les deux tendons cubitaux peuvent s'insérer isolément sur l'os, ou bien se fusionner ensemble avant de l'atteindre. Des faits de muscles surnuméraires brachiocubitaux ont été signalés par Henle, par Hildebrandt, par Gruber. J'ai rencontré moi-même, sur deux sujets, une division du brachial antérieur en deux portions distinctes: l'une antéroexterne, l'autre postéro-interne. Ces deux portions, complète* tement séparées dans leur portion humérale, ne se fusionnaient qu'à la région du coude, à deux centimètres au-dessus de leur surface d'insertion. L'une et l'autre étaient innervées par le musculo-cutané ; la portion superficielle recevait, en outre, un filet récurrent très grêle du nerf radial. Turner a observé une disposition analogue sur un nègre, avec cette variante toutefois, que le faisceau profond envoyait un paquet de fibres à la tubérosité bicipitale du radius.
l^J — Insertion sur le radius (faisceau, surnuméraire brachio-radial) .
— Cette anomalie est loin d'être rare. J'ai pu en recueillir et en analyser 19 observations : 1 appartient à Fuhrer, 1 à Cla-
son, 1 à Henle, 1 à Dawson, 1 à Turner, 1 à Chudzinski, 3 à Macalister, 8 à Gruber; les 2 autres me sont personnelles. Dans ces deux dernières, le faisceau surnuméraire, assez grêle, se détachait du côté externe du brachial antérieur et s'attachait à la tubérosité bicipitale, en arrière du tendon normal du biceps. C'est là, en efFet, le mode d'insertion le plus fréquent du faisceau surnuméraire brachio-radial. Mais on l'a vu s'attacher encore : à la fois au cubitus et au radius (Turner); à la fois sur le brachial antérieur et sur le radius (Gruber); à la fois sur le radius et le rond pronateur (Gruber); à la fois sur le radius et l'aponévrose (Gruber).
Dans la série des faits que je viens d'analyser, le brachial antérieur, tout en conservant une insertion sur l'os interne de l'avant-bras, vient s'attacher également sur l'os externe. Une pareille disposition se trouve réalisée normalement chez un grand nombre de Vertébrés.
Anatomie comparée. — « Parmi les Mammifères, le brachial antérieur est seulement cubital chez ceux dont le cubitus joue le rôle capital et presque unique dans la flexion du coude ; tels sont, avec l'homme, les Singes, les Carnivores, les Monotrèmes, dont le cubitus, très développé, forme la plus grande partie de la surface articulaire de l'avant-bras au coude, et atteint la face de flexion de l'avant-bras à ce niveau par son apophyse coronoide. Mais chez beaucoup de Mammifères non claviculés, tels que le cheval, les Ruminants, les Rongeurs, chez lesquels le cubitus perd de son importance et est retiré en arrière, abandonnant la face de flexion du coude pour la céder au radius, le brachial antérieur s'insère sur le radius, en même temps que sur le cubitus, et même parfois principalement sur le radius. » (Sabatier).
Telle est ce qu'on pourrait appeler la formule anatomique de l'insertion inférieure du brachial antérieur; pour me borner aux espèces chez lesquelles ce muscle a une insertion radiale, je signalerai le daman (Meckel), le rhinocéros (Macalister), le /S/p/meus (Milne-Edwards) , le P hascolar clos ciner eus (Young),etc.
y) — Insertiou sur le tendon duhiceps (faisceau surnuméraire hrachio-
MUSCLE BRACHIAL ANTÉRIEUR. 403
bicîpîtau. — Il n'esl pas rare de voir les faisceaux que le brachial antérieur envoie au radius se fusionner, auparavant, avec le tendon du biceps, pour gagner avec lui leur surface d'insertion osseuse. Sur un sujet que j'ai disséqué en janvier 1882!, le muscle brachial antérieur du côté droit était constitué par deux corps charnus, tous les deux aplatis et superposés. Le brachial superficiel s'insérait comme le profond sur le cubitus; mais à 3 centimètres au-dessus du coude, il envoyait au tendon du biceps, et, par son intermédiaire, au radius, un gros faisceau de fibres charnues. Ce n'est là, on le conçoit, qu'une variété de l'anomalie précédente; sa signification anatomique est la nïême.
dj — Insertion sur l'aponévrose (faisceau surnuméraire hrachio-aponévrotique; brachio-fascialis de Voodj. — DaUS Un CaS observé par Wood,
le brachial antérieur était renforcé en dehors par un faisceau surnuméraire, lequel se perdait en partie sur le long supinateur, et en partie sur l'expansion aponévrotique du biceps. Struthers a rencontré un vrai muscle brachio-aponévrotique, se détachant du bord externe du brachial antérieur et venant se terminer sur l'aponévrose de la région sous-épitrochléenne ; ce faisceau croisait en écharpe l'artère humérale et le nerf médian.
Hyrtl, Sœmmering, M. Whinnie, Theile, Lauth, ont publié des obiervations de cette nature ; on en trouvera de nouvelles, fort détaillées, dans le mémoire déjà cité de Gruber. «J'ai vu, ditle savant anatomiste russe, en résumant ses observations, j'ai vu, sur de nombreux sujets, soit des faisceaux détachés du brachial antérieur, soit de véritables muscles surnuméraires, se jeter sur l'aponévrose antibrachiale, ou bien directement, ou bien en empruntant l'expansion aponévrotique du biceps. J'ai vu leurs tendons devenir très forts et très larges, si larges même qu'ils recouvraient entièrement le paquet vasculo-nerveux du bras. »
Anatomie comparée.^ — Rolleston a rencontré, sur l'un et l'autre bras d'un chimpanzé, une bande musculaire qui rappelle de tous points les faisceaux brachio-aponévrotiques que je viens de décrire chez l'homme. Elle se détachait de l'extrémité
supérieure et externe du brachial antérieur et venait se perdre sur l'aponévrose de l'avant-bras.
e) — Insertion sur la synoviale articulaire (faisceaux tenseurs de la
synoviale). — Ces faisceaux charnus, généralement fort grêles, peuvent s'isoler entièrement du muscle brachial antérieur et constituer ainsi de petits muscles distincts, représentant, à la région antérieure du coude, le sous-anconé de la face postérieure. (Voyez plus loin, chap. III, p. 420).
§ IV. — Union avec quelques muscles voisins. — Le muscle brachial antérieur peut s'unir plus ou moins intimement:
a) — Avec le deltoïde. — (Voyez ce muscle.)
/5j — Avec le coraco-brachiai. — Je signalerai tout à l'heure, à propos de ce dernier muscle (p. 407), le passage possible dans le brachial antérieur de quelques faisceaux charnus du coraco-brachiai. Ces faisceaux directs coraco-cubilaux ont été notés par Theile, Hyrtl, M. Whinnie, Wood, etc.
Anatomie comparée. — 11 est des espèces animales où les insertions propres du brachial antérieur et du coraco-brachiai sur l'humérus sont plus intimement unies que chez l'homme. Chez le Pteropus, notamment, le brachial antérieur se continue directement, d'après les dissections du professeur Humphry, avec le muscle coraco-huméral.
y) — Avec le biceps. — (Voyez ce dernier muscle).
d) — Avec le rond pronateur. — Le professeur W. Gruber a vu, sur deux sujets, un faisceau détaché du muscle brachial antérieur venir se terminer : chez le premier, à la fois sur le radius et sur le rond pronateur; chez le second, uniquement sur le rond pronateur. Des faits de cet ordre avaient été signalés, avant lui, par Wood et par Macalister.
e) — Avec le long supinateur. — Wood a rencontré plusieurs fois un faisceau charnu se détachant du côté externe du brachial antérieur et se jetant dans le long supinateur, en avant du radial. Dans un cas de Macalister, il existait un brachial antérieur surnuméraire lequel, se bifurquant à son extrémité inférieure, venait se terminer à la fois sur le long supinateur et sur
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l'expansion aponévrotique du biceps. J'ai rencontré, en 1881, sur un sujet fortement musclé, une fusion à peu près complète du long supinateur et du brachial antérieur; la dissection la plus minutieuse ne put me permettre d'isoler entièrement les deux corps charnus; le nerf radial passait au-dessous de cette masse commune. Tout récemment, Reid et Taylorontvu, dans les salles de dissection du S' Thomas s Hospital, un long supinateur fortement réduit de volume se détacher du bord externe du brachial antérieur, comme une simple émanation de ce dernier muscle.
Anatomie comparée. — L'union du long supinateur et du brachial antérieur s'observe normalement chez un grand nombre de singes. Duvernoy l'a notée sur le gorille; je l'ai rencontré moi-même sur plusieurs Cercopithèques. J'ai même vu, sur un sujet appartenant à ce groupe zoologique, un petit faisceau spécial se détacher de la face antérieure du brachial antérieur et venir se confondre, à la hauteur du pli du coude, avec le long supinateur qu'il pénétrait par sa face interne.
Bibliographie :
Meckel. Anatomie comparée, t. VI, p. 291.
Milne-Edwards. Myographie du Siphneus, in Étude pour servir à l'histoire
de la faune mammologique de la Chine, t. I, p. 93. MiALL et Greenwood. The Anatomy of the indian Eléphant (Journ. of
Anat. and Physiol., January 1878, t. XII, p. 267). Macalister. Transact. of Roy. Irish Academy, 1871. Sœmmkring, cité par Macalister, Transact, of Roy. Ir. Acad., 1871. Weber-Hildebbandt. Ibidem.
M'Whinnie. Ihid.
Hyrtl. Lehrbuch der Anatomie, p. 326 et 863. Quain. Anatomy of Arteries, p. 270 et pl. 37, fig. 384. Dawson. Edimb. med. Journ., vol. XVIII, p. 82.
Clason. Muskel Anom. obscrverade pa Anatomisalen {Upsala Lak. for
Fôrhandl., Bd III, Hft 2.
VoiGT. Arch. fur Heilkunde, 1863, Leipzig, p. 27. — Il s'agit dans le fait
de Voigt d'un cas d'absence complète du brachial antérieur, sur un
sujet ovl le radius faisait également défaut. Gruber. Mullcr's Arch., 1848, p. 427.
Macalister. On the Homologies of the flexor muscles of the Vertebrate limb. {Journ. of Anat. and Physiol., 1868, p. 283).
Mûrie et Mivart, cités par Macalister, in Mémoire précédent. HuMPHRY. Observations in Myology, 1871.
Sabatier. Comparaison des ceintures et des membres^ 1880. Testut. Appareil locomotâur de Z'Ursua americanus (en préparation). Turner. Notes on a dissection of a negro {Journ. of Anat. and Physiol., t. XIII, p. 382).
Gruber. Ueber die Varietœten d. Musc, brachialis internus (Bull, de
l'Acad. de Saint-Pétersbourg, 1868, p. 259). Fuhrer, cité par Gruber, in Mémoire précédent. Lauth, cité par Gruber, in Mémoire précédent.
HuMPHRY. On tlie Disposition and Honiologies of the extensor and flexor muscles of the leg and foreani {Journ. of Anat. and Phys., May 1869, p. 329).
WOOD. Proc. of Roy. Soc. of London, t. XV, p. 234, 526 et 542. Chudzinski. Revue d'Anthrop., t. III, p. 28.
Duvernoy. Des caractères anatomiques des grands singes pseudo-anthropomorphes, p. 87.
Champneys. Muscles and Nervcs of a Chimpa«zee and Anubis {Journ. of
Anat. and Physiol., 1871).
Reid et Taylor. S' Thomas's Hospital Reports, 1879. YouNG. The Muscular anatomy of the Koala ( l'hascolarctos cinereus)
{.Journ. of Anat. and Physiol., Jauuary 1882, p. 217).
ARTICLE III
ANOMALIES DU MUSCLE OORAOO-BRACHIAL.
Le coraco-brachial se présente généralement chez l'homme sous la forme d'un muscle épais plus ou moins prismatique, étendu de l'apophyse coracoïde à la face interne de l'humérus. Son insertion coracoïdienne, confondue avec celle de la courte portion du biceps, a lieu sur le sommet et sur le bord interne de celte apophyse, dans le voisinage du tendon scapulaire du petit pectoral. Quant à son insertion humérale, elle est tout aussi variable que l'attache inférieure du deltoïde; on la rencontrerait à la partie supérieure du tiers moyen de l'humérus suivant Winslow ; à la partie moyenne de cet os, suivant Boyer; un peu au-dessus de la partie moyenne, suivant Bichat ; sur l'extrémité inférieure de la lèvre interne de la coulisse bicipitale, d'après Hyrtl; sur la partie moyenne du bord interne de l'hu-
' MUSCLE CORACO-BRACHIÂL. 407
mérus, suivant M. Sappey, etc. Les divergences des auteurs, à cet égard, nous disent assez quelle est la part des variations individuelles sur la mobilité de cette insertion inférieure du coraco-brachial.
Même mobilité dans l'étendue des connexions de ce dernier muscle avec le court biceps. J'ai vu ces deux muscles se séparer nettement l'un de l'autre, à 4 millimètres seulement audessous du sommet de l'apophyse coracoïde ; je les ai trouvés confondus, chez d'autres sujets, jusqu'à 5 et 6 centimètres audessous de ce même point. Entre ces degrés de fusion qu'il faut considérer, je crois, comme extrêmes, se rencontrent tous les intermédiaires.
Il n'est pas rare de voir les fibres les plus internes du muscle coraco-brachial se porter jusque sur la cloison intermusculaire interne. On a signalé même des faisceaux qui se portaient dans le vaste interne; j'ai observé moi-même ces faisceaux sur plusieurs sujets. Vrolik a également décrit et figuré, chez le chimpanzé, un petit ruban charnu qui se détachait du coracobrachial et se terniinait dans la portion interne du triceps. Quelques faisceaux enfin du coraco-brachial, se comportant à cet égard comme les faisceaux du deltoïde, peuvent franchir, sans s'y arrêter, leur surface d'insertion normale et se jeter dans le muscle brachial antérieur.
Les quelques variations anatomiques que je viens de signaler sont sans importance; celles qui suivent présentent au contraire un haut intérêt.
§ L — Insertion sur le col humerai [court coraco-brachial de Wood). — C'est un faisceau musculaire qui tantôt émane de la masse commune du coraco-brachial et du court biceps, tantôt se détache isolément de l'apophyse coracoïde et vient se terminer sur le col chirurgical de l'humérus, au-dessous du trochin. Je me suis déjà longuement occupé de cette formation dans un précédent article ; j'ai déjà établi qu'elle existait normalement dans un grand nombre de Vertébrés, et j'ai donné d'elle l'interprétation qui me paraissait la plus rationnelle. Je n'y
reviendrai pas. (Voyez muscles surnuméraires de la région scapu-^ laire antéro-interne, p. 357).
§ TI. — Insertion sur rextrémité inférieure de Thumérus
[long coraco-brachial de Wood). — Avec le professeur Wood, je désignerai, sous le nom de long coraco-brachial, un faisceau anormal annexé au coraco-brachial classique avec lequel il est généralement fusionné dans sa portion supérieure, mais dont il peut être complètement distinct. Il est assez commun, dans ce dernier cas, de voir le nerf musculo-cutané passer entre le muscle normal et le muscle surajouté. Mais, ce n'est pas là une disposition constante : le long coraco-brachial peut exister, alors même que le nerf perforant passe beaucoup plus bas à travers la masse charnue qui constitue le coraco-brachial ordinaire. Quoi qu'il en soit, le long coraco-brachial, parti de l'apophyse coracoïde, en dedans de la masse commune au coraco-brachial et au court biceps, se porte en bas et un peu en dedans, croise le paquet vasculo-nerveux et vient s'attacher, suivant les cas, sur le bord interne de l'humérus à 21 ou 3 centimètres au-dessus de l'épitrochlée, sur l'aponévrose intermusculaire interne à la même hauteur, ou même sur l'épitrochlée. Tai observé plusieurs fois, après Theile et Gruber, les deux premières variétés; Wood a décrit et figuré la troisième.
J'ai vu dans un cas, sur le côté gauche d'un homme adulte, le long coraco-brachial ou plutôt une forme incomplète de ce muscle, se terminer sur cette apophyse sus-épitrochléenne qui, signalée par Otto, par Knox, a été décrite avec tant de soin par M. Gruber en 1856 et a fait tout récemment encore, au dernier Congrès international de Londres, l'objet d'une intéressante communication de Struthers. Dans mon observation, qu'on pourra lire in-extenso dans les Bull, de la Soc. d'Anthropologie, le tendon du long coraco-brachial était continué audelà de l'apophyse sus-épitrochléenne par une bandelette fibreuse, laquelle se portait d'autre part sur l'épitrochlée; en dedans de l'apophyse anormale passaient l'artère cubitale et le
MUSCLE CORÂCO-BRACHIÂL. 409
nerf médian; l'artère radiale (l'humérale se bifurquait sur ce sujet à 3 centimètres au-dessous du creux axillaire) se trouvait en dehors.
Le professeur Wood a figuré un fait analogue, avec ces variantes toutefois que le long coraco-brachial me paraît plus développé que sur mon sujet et que le paquet vasculo-nerveux est situé tout entier en dehors de l'apophyse.
Anatomie comparée. — Si chez l'homme le muscle coraco-brachial ne dépasse qu'exceptionnellement la portion moyenne de l'humérus, il est quelques Mammifères où l'insertion de ce muscle sur la tubérosité interne du coude constitue la règle. C'est ainsi que chez le porc-épic et f écureuil, d'après Meckel, le coraco-brachial descend presque à l'extrémité inférieure de l'humérus ; il s'insère également sur le condyle interne (épitrochlée), chez les Cétacés en général, chez quelques Ruminanls, chez le tatou, chez les Makis, etc.
Chez VOrnithorynchus paradoxus, Wood signale la présence d'un long coraco-brachial qui descend jusque sur le canal suscondyloïdien.
Chez le chat, il n'existe généralement, comme je l'ai fait remarquer plus haut, qu'un court coraco-brachial arrêté au col chirurgical. Il peut se développer cependant, de l'aveu même de Strauss-Durckeim, chez quelques sujets de cette espèce, un coraco-brachial plus étendu qui vient s'insérer, en bas, sur la partie postérieure de la crête interne de l'humérus.
J'ai rencontré moi-même, chez VUrsus americanus, en avant de deux courts coraco-brachiaux, un long coraco-brachial, gros faisceau cylindrique en haut, aplati en bas, se terminant par son extrémité cubitale dans une fossette sus-épitrochléenne de 2 cent. 1/2 d'étendue.
§ III. — Division en deux portions distinctes. — Dans le plus grand nombre de cas, le nerf musculo-cutané se contente de se creuser un canal dans le muscle coraco-brachial, sans le diviser ; sur quelques sujets, le nerf de Cassérius traverse une nappe celluleuse, laquelle, se prolongeant en haut et en bas.
fragmenle la masse du coraco -brachial en deux portions distinctes et parfaitement isolables par la dissection.
Cette division complète ou incomplète, qui rappelle la disposition du coraco-brachial chez plusieurs espèces simiennes, se rencontre fort rarement, si je m'en rapporte à mes propres observations. Elle nous paraîtra toute naturelle si nous admettons avec M. Sabatier que le coraco-brachial représente, à lui tout seul, au membre thoracique, la masse des adducteurs fémoraux, toujours divisée en plusieurs muscles distincts.
§ IV. — Absence du muscle. — L'absence du muscle coraco-brachial aurait été constatée chez un monstre par Barkow. Je ne connais pas d'autre observation de celte anomalie.
Anatomie comparée. — J'ai déjà signalé plus haut un certain nombre d'espèces de Mammifères, le chat et la civette, par exemple, chez lesquels le muscle analogue du coraco-brachial de l'homme, normalement absent, était remplacé par un court coraco-brachial.
Si l'on s'en rapporte aux recherches de Meckel, le kangurou, parmi les animaux à bourse, serait entièrement privé de coracobrachial. Ce muscle ferait également défaut, d'après Cuvier, dans la chauve-souris; je dois ajouter cependant qu'il a été rencontré par Maisonneuve chez le Vespertilio murinus.
§ V. — Rapports variables du nerf musculo-cutané avec le muscle coraco-brachial. — Le trajet du nerf musculocutané est assez exactement indiqué par une ligne oblique dont les deux points extrêmes seraient : en haut, la branche externe d'origine du nerf médian ; en bas, le côté externe du tendon du biceps. Cette ligne traverse dans son tiers supérieur le muscle coraco-brachial, et, dans ses deux tiers inférieurs, la couche cellulo-graisseuse qui sépare le biceps du brachial antérieur. Cette perforation du muscle coraco-brachial par le tronc nerveux n'est pas constante : dans certains cas, le nerf glisse le long du bord interne du muscle, puis s'incurvant en dehors.
MUSCLE CORACO-BRÂCHIAL. 411
il pénètre entre le coraco-brachial et la courte portion du biceps, pour poursuivre à partir de ce point son trajet ordinaire. Une pareille disposition est mentionnée par la plupart des anatomistes, notamment par Cruveilhier, par Valentin, par Quain, etc., etc. Cruveilhier la considère comme étant loin d'être rare. J'ai le regret de ne pas partager son opinion, car sur 105 bras que j'ai examinés à cet égard, pour écrire mon Mémoire sur la portion brachiale du îiprf musculo-cutané, je ne l'ai rencontrée que 1 1 fois; encore est-il bon d'ajouter que, dans 6 cas, le nerf musculo-cutané était fusionné avec le médian ; en ne tenant pas compte de ces derniers faits, ce qui est logique, nous arriverons au chiffre de 5 sur 105, comme indiquant la fréquence d'une pareille anomalie.
J'ai observé les 5 cas précédents chez des femmes : 4 fois l'anomalie n'existait que d'un côté, 1 fois seulement elle était bilatérale. Du reste, la disposition ultérieure du nerf ne présentait aucune particularité digne d'être notée.
Dans un cas fort curieux, j'ai vu le nerf musculo-cutané perforer uniquement l'extrémité inférieure du muscle coracobrachial. La boutonnière était située sur la ligne d'insertion du muscle à l'humérus et le nerf du biceps se détachait du musculocutané, un peu au-dessus de cette boutonnière.
Anatomie comparée. — Le nerf musculo-cutané ne traversait pas le coraco-brachial chez le chimpanzé disséqué par Vrolik; ce n'était peut-être là qu'une disposition exceptionnelle, car j'ai rencontré moi-même, chez le chimpanzé, une disposition qui se rapproche sur ce point de l'anatomie de l'homme. Mais il est de nombreuses espèces où le nerf musculo-cutané ne perfore jamais le muscle coraco-brachial, celles notamment qui ne possèdent pas de nerf musculo-cutané distinct et chez lesquelles les musdes brachiaux antérieurs reçoivent isolément leurs nerfs du médian. J'ai rapporté des faits analogues chez l'homme, dans mon Mémoire précité, où l'on trouvera du reste la description anatomique du nerf musculo-cutané sur le chimpanzé, Vorang, quelques Cercopithèques, le bonnet-chinois, le renard, les Solipèdes, les Ruminants, le cochon, le loup.
§ VI. — Lig^ament brachial interne de Struthers. — Il
n'est pas rare de rencontrer, au-dessous et un peu en dedans du coraco-brachial, une bandelette fibreuse plus ou moins large et plus ou moins résistante qui, s'insérant en haut sur le trochin, sur le tendon du sous-scapulaire ou dans leur voisinage, descend verticalement en bas pour se confondre avec l'extrémité inférieure du muscle qui nous occupe. Je l'ai vu, dans deux cas, descendre jusqu'à la surface même d'insertion du muscle; elle contracte généralement des connexions plus ou moins intimes avec la cloison intermusculaire interne. Cette bandelette fibreuse que Struthers à signalée dès 1854, sous le nom de ligament brachial interne, a été figurée par Henle comme une corde résistante qui se tendrait et se soulèverait dans les contractions du muscle coraco-brachial, pour empêcher la compression de l'artère circonflexe.
Dans une observation que nous devons à Calori, cette bandelette était en rapport par son extrémité supérieure avec un muscle tenseur accessoire, qui n'était vraisemblablement qu'une forme incomplète de l'huméro-capsulaire.
La signification du ligament de Struthers me paraît fort obscure; quelques-unes de ses variétés, sinon toutes, pourraient peut-être être considérées comme des vestiges fibreux du long coraco-brachial de Wood.
Bibliographie :
WlNSLOW, BOYER, Hyrtl et Sappey. Loc. cit.
Otto. De rarior Scel. hum. cum Animal, sceleto Analogiis, p. 25, Taf. I, flg. 10 et 11.
Vrolik. Anat. du Chimpanzé, 1841, pl. 19 et pl. 4. Knox. Edimb. med. a. surg. Journ., 1841, p. 125. Struthers. Edimb. monthly Journ., 1848.
— Anatom. and Plujs. observât., 1854, p. 125.
— Transact. of intern. med. Congress, London, 1881^ p. 148. Gruber. Neue selt. Anomalien, p. 28, Taf. I, &g. 1.
— Monographie sur le canal Eupra-condyloïdeus internus. Saint- Pétersbourg, 1856.
Theile. Myologie, trad. Jourdan, p. 215. Meckel. Anatomie comparée, t. VI, p. 280. Valentin. Névrologie, p. 510.