‹ Les anomalies musculaires chez l'hommeChapitre 88 sur 177 · ANOMALIES DU TRICEPS BRACHIAL · texte numérisé non relu

ANOMALIES DU TRICEPS BRACHIAL

Situé dans la loge brachiale postérieure, le triceps est le muscle extenseur cle l'avant-bras. Ce muscle, qui a été admirablement décrit par Theile, dans les Archives de Muller de 1839, est essentiellement constitué par trois portions entièrement distinctes à leur origine. De ces trois portions, l'une, plus longue, remonte jusqu'à l'omoplate : c'est la longue portion du triceps ou le long triceps; les deux autres, plus courtes, s'arrêtent à l'humérus; on les désigne généralement, dans nos Traités classiques, sous les noms de vaste externe et de vaste interne.

Le long triceps [anconeus longus de certains auteurs) s'attache en haut sur la portion sous-glénoïdienne du bord axillaire de l'omoplate, à l'aide de deux feuillets tendineux qui présentent, dans la majorité des cas, des connexions plus ou moins intimes avec la capsule articulaire. Le vaste externe (anconeus exlernus) prend naissance à la fois et sur l'aponévrose intermusculaire externe et sur la portion de la face postérieure de l'humérus qui est au-dessus de la gouttière de la torsion. Quant au vaste interne (anconeus internus), il se détache également de la portion de celte face postérieure qui est au-dessous de la gouttière, ainsi que de la cloison intermusculaire interne. Le nerf radial et les vaisseaux huméraux profonds séparent, l'un de l'autre, le vaste interne et le vaste externe. Les trois corps charnus du triceps se terminent sur une aponévrose qui se rétrécit en se rapprochant du coude, et finalement vient se fixer, sous la forme d'un tendon très épais et très résistant, sur la face postérieure de l'olécràne.

Le muscle triceps est un des muscles les plus constants dans leurs insertions comme dans leur morphologie générale. Les quelques variations qu'il présente peuvent être ramenées aux chefs suivants :

MUSCLE TRICEPS BRACHIAL. 415

§ I, — Variations dans l'étendue de l'insertion scapulaire.

— Les attaches scapulaires de la longue portion du triceps se confinent, chez l'homme, sur cette petite facette triangulaire qui est placée au-dessous de la cavité glénoïde de l'omoplate. Sur certains sujets, les faisceaux inférieurs du muscle, empiétant sur le bord axillaire lui-même, s'attachent à 1 ou 2 centimètres au-dessous de la surface triangulaire précitée. Tout dernièrement, j'ai vu le long triceps d'un sujet fortement musclé prendre ses insertions supérieures sur le bord antérieur de l'omoplate, dans une étendue de près de 4 centimètres.

Anatomie comparée. — • La longue portion du triceps est généralement plus développée chez les animaux que chez l'homme. Les espèces sont nombreuses où l'on voit ce muscle occuper la totalité du bord antérieur du scapulum. J'ai rencontré, pour ma part, cette disposition chez YUrsus américanus, dont le long triceps présente des dimensions remarquables; sur une section, faite à 4 centimètres au-dessous de ses insertions scapulaires, ce faisceau musculaire mesurait encore 9 centimètres de largeur et 4 centimètres d'épaisseur.

Le long triceps de deux Cercopithèques, que j'ai disséqués en 4881, descendait jusqu'à 2l centimètres de l'angle inférieur de l'omoplate. Sans être aussi développé, celui des singes anthropoïdes est toujours plus étendu que celui de l'homme. Voici comment Graliolet et Alix décrivent ce muscle chez le Troglodytes Aubryi : « Ses fibres supérieures d'attache forment un faisceau aplati, à la fois épais et large, qui s'insère par des fibres aponévrotiques très courtes sur toute la longueur du bord axillaire, en se glissant par leur extrémité dans l'angle qui sépare le grand rond du petit rond. Cette disposition limite, dans le bras du singe, les mouvements de rotation sur l'axe, et doit s'opposer en outre à la facilité des mouvements de circumduction active du membre hbre. Il n'en est pas de même quand le membre est fijié et le corps suspendu à ce membre allongé, toutes les fibres du muscle, de même que celles de l'accessoire du grand dorsal, se plaçant alors dans la direction même du bord axillaire de l'omoplate. Dans la marche sur le sol, la

disposition du muscle rappelle celle de tous les animaux quadrupèdes. »

§ III. — Faisceau surnuméraire du triceps j triceps à quatre chefs. — Ce faiceau surajouté peut se détacher : 1° de l'humérus; 2° du scapulum; 3° de la capsule articulaire de l'épaule; 4" de l'apophyse coracoïde :

a) — Faisceau surnuméraire détaché de l'humérus. — C'est un

petit muscle long et grêle situé entre le vaste interne et la longue portion et prenant naissance dans la région soustrochinienne. Il est signalé par Quain, Blumenthal, KôUiker. Dans le cas de Blumenthal, il existait en même temps une insertion sur la capsule de l'épaule. Meckel a signalé un chef surnuméraire pour le vaste externe.

Anatomie comparée. — Chez les Ruminants^ d'après Meckel, le vaste externe se partage supérieurement en deux chefs insérés l'un et l'autre sur l'humérus. Chez le chimpanzé d'Aubryi, Gratiolet et Alix ont vu le vaste interne constitué par « deux faisceaux presque parallèles, séparés par un sillon dans lequel chemine le nerf cubital. » Strauss-Durckeim décrit, chez le chat, sous le nom d'anconé moyen, un faisceau musculaire, complètement distinct des deux portions interne et externe du triceps et s'étendant, comme chacune d'elles, de l'humérus à l'olécrâne. Du reste l'anconé moyen se décompose lui-même en deux chefs distincts : le premier ou le plus long se détache du col même de l'humérus; le second prend naissance sur le côté interne de l'os; tous les deux se réunissent sur un même tendon avant d'atteindre l'olécrâne, et viennent se fixer sur l'angle postérieur du sommet de cette apophyse.

jSj — Faisceau surnuméraire détaché du bord axillaire. — J'ai

observé, au mois d'avril 1881, sur le côté droit d'une femme, un petit ruban musculaire large de % centimètres, épais de 5 millimètres, se détachant du bord axillaire de l'omoplate, dans le voisinage de l'angle, et venant se terminer sur la longue portion du triceps brachial, à 3 ou 4 centimètres au-dessous de son extrémité supérieure. Ce muscle possédait ainsi une double

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origine, l'une sur la portion supérieure du bord axillaire de l'omoplate (point d'insertion normal), l'autre sur la portion inférieure de ce même bord (point dlnsertion anormal). J'ai trouvé depuis, dans le tome XIV des Guy s Hospital Reports, la relation d'un fait à peu près semblable observé sur un nègre par MM. Bankart, Pye-Smith et Philips; mais ici le faisceau surnuméraire venait renforcer, non la longue portion, mais la portion interne du triceps.

Anatomie comparée. — Ce double chef scapulaire du triceps, anormal et très rare chez l'homme, se rencontre normalement, chez un grand nombre de Mammifères, notamment chez le fourmilier (Meckel), chez le Siphneus (Milne-Edwards), chez Y ornithorynque (Alix), chez le phoque (Duvernoy). Ce dernier anatoraiste a trouvé, chez le gorille, indépendamment du long triceps qui s'insère sur le bord axillaire, dans une étendue considérable, un deuxième faisceau s'attachant également au bord axillaire et venant renforcer le vaste externe.

Chez les Solipèdes, nous trouvons encore deux extenseurs de l'avant-bras, détachés du scapulum : l'un, désigné sous le nom de gros extenseur ou de grand scapulo-olécrânien, prend naissance sur le bord axillaire du scapulum, dans le voisinage de la cavité glénoïde; il est court, mais considérable; il affecte une forme triangulaire et représente la longue portion du triceps de l'homme. L'autre, le long extenseur de l'avant-bras ou long scapulo-olécrânien, s'applique contre la face interne du précédent; il se détache du reste du bord axillaire et se termine à la fois sur le bord postérieur de l'olécrâne ainsi qu'à l'aponévrose antibrachiale.

y) — ■ Faisceau surnuméraire détaché de la capsule articulaire

(M. capsuio-oUcrânien). — Ce mode d'inscrtiou, noté depuis déjà longtemps par Blumenthal et par Macalister, a été rencontré par moi, une seule fois, sur une jeune femme âgée de vingt ans. Du bord interne du triceps se détachait, à droite et à 4 centimètres au-dessus de l'olécrâne, un petit muscle parfaitement distinct, qui se portait verticalement en haut en suivant l'aponévrose intermusculaire interne. A l'union du tiers moyen

avec le tiers supérieur du bras, il se jetait sur un tendon arrondi et fort grêle. Ce tendon se bifurquait au niveau du trochin pour aller se terminer, par l'une de ses branches, sur le tendon du grand rond, par l'autre, sur la capsule fibreuse de l'articulation de l'épaule.

Comme variante de cette anomalie, je signalerai l'insertion de ce même faisceau sur le tendon du sous-scapulaire.

Ces faisceaux capsulo-olécrâniens ne sont vraisemblablement que des formes incomplètes du muscle suivant.

dj — Faisceau sumuméraire détaclié de l'apophyse coracoïde

{M.coraco-oiécrânien). — Ce faisceau de renforcement du triceps, parti de l'apophyse coracoïde, a été observé tout d'abord par le professeur Gruber. Dans un nouveau cas rapporté par Macalister, le faisceau coracoïdien coexistait avec un faisceau d'origine capsulaire.

Anatomie comparée. — Le professeur Humphry décrit, sous le nom de coraco-olecranalis, chez le Cryplohramhus japonicus, un faisceau charnu qui prend naissance sur l'apophyse coracoïde et vient se terminer sur l'olécrâne avec les trois portions ordinaires du triceps, qu'il vient ainsi renforcer. Ce faisceau coracoïdien du triceps se rencontre, en général, chez les Sauriens kionocrâniens, ainsi que chez les Crocodiliens. Dans ce premier groupe de Vertébrés, il naît, d'après M. Sabatier, du bord postérieur de la face interne du coracoïde; dans le second, il se détache à la fois du bord postérieur du scapulum et du bord postérieur du coracoïde, en dedans du costo-coracoïdien. C'est le triceps longus secundus de Haughton, chez Yalligator; Vexternum caput nmsculi-tricipitis de Bullmann, Vinnerer langer kopf des dreikopfigers Streckers de Meckel, le zweiter langer kopf des triceps de PfeifFer, etc.

Chez les Sauriens, ce muscle semble avoir été remplacé par un ligament.

§ III. — Faisceau surnuméraire détaché du g-rand dorsal

(accessoire du grand dorsal de Broca). — J'ai déjà longuement décrit ce muscle chez l'homme et chez les Mammifères, à propos

MUSCLE TRICEPS BRACHIAL.

du grand dorsal. Je ne saurais, sans tomber dans des redites, revenir actuellement sur ce sujet. (Voyez M. surnuméraire dorsoépitrochléen, P'' partie, p. 118).

§ IV. — Union avec les muscles de Tavant-bras. — Jenty a vu, dans un cas, le vaste externe se fusionner avec les faisceaux d'origine du cubital postérieur. Une pareille disposition rappelle ces faisceaux du muscle triceps qui, dans certaines espèces animales, ne se contentent pas de se fixer sur l'olécrâne, mais viennent s'épanouir sur l'aponévrose antibrachiale postérieure, laquelle donne attache, comuie on le sait, à un grand nombre de faisceaux constitutifs des muscles postérieurs de l'avant-bras. Ces faisceaux brachio-aponévrotiques postérieurs ont été signalés notamment, par M. A. Milne-Edvvards, chez le Siphneus de l'ordre des Rongeurs. Hyrtl décrit même, chez le Clamydophorus truncatus, sous le nom de Tensor fasciœ antebrachii, un faisceau musculaire qui se détache du triceps pour se perdre sur l'aponévrose de l'avant-bras.

Bibliographie :

Meckel. Anat. comparée, t. VI, p. 293.

Theile. Milliers Arch, 1839, p. 420.

Macalister. Transact. of Roy. Ir. Acad., 1871.

JentY, cité par Macalister, in Mémoire précédent.

Blumenthal. Henle u. Pfeufer's Zeitschrift, 3 Reihe XXXVI, p. 1.

Meckel. Ardu, 1826, p. 39.

Sabatier. Comparaison des ceintures et des membres, 1880, p. 248.

Bankart, Pye-Smith et Philips. Gurj's Hosp. Reports, t. XIV.

A. Milne-Edwards. Étude pour servir à l'histoire de la faune mammalo-

gique de la Chine, t. I, p. 93.

KÔLLIKER. Varietœten Beobachtungen, etc., Wiirzburg, 1879. Alix. Soc. Philomathique de Paris, 1867, p. 135,

— Discussion sur le Transformisme, in Bull, Soc. d'Anthr., 1868,

DuvERNOY. Recherches anatomiques sur le phoque commun, p. 64.

Miall et Greenwood. The Anatomy of the indian Eléphant {Journ. of

Anat. and Phys., Januai-y 1878, p. 268). Testut. Système locomoteur de /'Drsus americanus (en préparation). HuMPHRY. Observations in Myology, p. 34.

Chauveau. Anatoinie comparée des Animaux domestiques, p. 273,

DuvERNOY. Les grands Singes pseudo-anthropomorphes, p. 86.

Strauss-Durckeim. Anaioiaic du chat, t. II, p. 349.

Hyrtl. Dcnskschrift der k. Akad. d. Wcssensch. in Wien, Bd IX, 1855, p. 37.

ARTICLE II

FAISCEAUX TENSEURS DE LA SYNOVIALE DU COUDE. MySCLE SOUS-ANGONÉ.

Nous avons déjà vu, dnns un des articles précédents, que quelques faisceaux musculaires, détachés de la face profonde du brachial antérieur s'inséraient sur la synoviale articulaire du coude, qu'ils attiraient en haut dans le mouvement de flexion de l'avant-bras. Ces faisceaux tenseurs antérieurs que Portai signalait déjà, en 1806, dans son Cours (VAnatomie médicale, sous le nom de capsularis sub-brachialis, ne sont généralement qu'une dépendance du brachial antérieur, dont la dissection la plus minutieuse ne saurait les séparer. Des cas de tenseurs distincts ont été cependant observés par Hewit et par Daw^son.

A la région olécrânienne du coude, on rencontre également, au-dessous du triceps, des faisceaux charnus plus ou moins différenciés, qui s'insérant d'une part sur l'humérus, vont se terminer, d'autre part, sur le prolongement sous-tricipital de la même synoviale. Theile, qui fait de ces faisceaux son muscle sous-anconé (sub-anconeus), en donne la description suivante : « Lorsqu'on coupe transversalement le triceps, un peu au-dessus de l'articulation du coude, et qu'on renverse complètement la portion inférieure sur l'avant-bras, on découvre sans peine deux faisceaux musculaires, l'un externe, l'autre interne, dont tantôt l'un, tantôt l'autre est plus prononcé, qui naissent au-dessus de la fosse olécrânienne, près du bord externe et du bord interne de l'humérus, descendent en ligne directe, et s'attachent à la capsule de l'articulation du coude, tout à fait séparés du triceps. » Ce muscle serait, comme on le voit,

MUSCLE SOUS-ANCONÉ. 42i1

l'analogue du sous-crural et servirait, dans les mouvements d'extension de l'avant-bras, à tendre la synoviale du coude.

Ces faisceaux tenseurs postérieurs ne sont nullement signalés par Cruveilhier, Sappey, Gray, etc., qui les considèrent comme une dépendance du triceps.

J'ai cherché, sur bien des sujets, le muscle sous-anconé de Theile, et je crois pouvoir résumer les résultats de mes recherches, sous la forme des propositions suivantes :

a) — J'ai trouvé bien rarement les deux faisceaux distincts, tels que les décrit l'anatomiste de Berne, mais ils existent : je les ai vus, avec une dépendance complète, au moins sur trois sujets.

(3) — Sur le plus grand nombre des sujets, je n'ai trouvé qu'un seul faisceau tenseur, partant soit de la région susépitrochléenne, soit de la région sus-épicondylienne et .se portant obliquement sur le cul-de-sac olécrânien.

y) — Ces faisceaux, qui peuvent être distincts du muscle triceps dans toute leur étendue, sont intimement unis, dans la majorité des cas, avec la face profonde de ce muscle, du moins dans leur portion supérieure. Kulœnsky, dans un article publié dans les Archives de Reicliert, sur le muscle sous-crural et le muscle sous-anconé, considère cette dernière formation comme étant toujours une dépendance du triceps.

d) — L'insertion inférieure du faisceau tenseur peut se faire exclusivement sur la synoviale: mais, le plus souvent, elle se prolonge jusque sur l'olécrâne, adhérant ainsi à la synoviale, par sa face profonde, dans une étendue de 1 ou 2l centimètres.

ej — Son volume est excessivement variable : à côté de faisceaux très développés, j'ai trouvé des faisceaux minuscules mesurant à peine 1 centimètre de longueur, sur 5 milHmètres de largeur.

'C) — Sur un sujet, j'ai rencontré un muscle véritablement énorme, inséré sur toute la largeur de la face postérieure de l'humérus et venant s'insérer uniquement sur le prolongement sous-tricipital de la synoviale. Avant d'atteindre ce point, il était renforcé par quelques fibres détachées de la face profonde

des vastes; mais il était, à son origine, complètement distinct de ces derniers muscles.

Bibliographie :

Theile. Muller's Arch., 1839, p. 420, et « Myologie» trad. Jourdan, p. 222.

Sappey. Traité d'Anatomie descript., t. II, p. 317.

Cruveilhier. Traité d'Anat. descript., 1. 1, p. 662.-

QuAiN. Eléments of Anaiomy, edit., 1878, p. 207.

Gray. Anatomy descript. and Siirg., 8^^ edit., p. 274.

Macauster. Transact. of Roy. Ir. Acad.j 1871.

Hewit, cité par Macalister, in Mémoire précédent.

PORTAL. Cours d'Anatomie médicale, Paris, 180G, p. 251.

Dawson. Edimb. Med. and Sunj. Journ., vol. XVllI, p. 82.

KuLŒNSKY. Reichert u. Dubois-Rcymond's Arch., 1869.

ARTICLE II

(Syn. epitrochleo-anconeus de Gruber, anconeus-epitrocidearis de Wood, anconé interne de Ciivier, anconeus sextus de Galton.)

Lorsqu'on examine le côté interne de l'articulation du coude, après avoir enlevé la peau, le pannicule adipeux sous-cutané et l'aponévrose superficielle, on constate la présence d'une bandelette aponévrotique s'étendant transversalement de l'épitrochlée à l'olécrâne, et complétant en arrière la gouttière profonde épitrochléo-olécrânienne, dans laquelle passe le nerf cubital. Elle réunit, dans la plupart des cas, les tendons supérieurs des deux portions du cubital antérieur et circonscrit au-dessous d'elle, concurremment avec ces deux portions musculaires, un petit espace triangulaire à base supérieure, limité comme suit : en haut, par le bord inférieur de la bandelette fibreuse précitée ; en dedans, par le chef épitrochléen du cubital antérieur; en dehors, par le chef olécrânien du même muscle. Nous retrouvons dans ce triangle le nerf cubital, représentant assez bien la verticale abaissée du sommet vers la base.

L'arcade fibreuse épitrochléo-cubitale que je viens de décrire

MUSCLE SURNUMÉRAIRE ÉPITROCHLÉO-CUBITAL 42l3

sommairement, et que certains auteurs considèrent à tort comme une dépendance de l'aponévrose superficielle, a une signification tout autre : c'est le reliquat d'un organe disparu d'un muscle épitrochléo-cubital, qui est constant dans un grand nombre de Mammifères, et qui se reproduit encore de temps à autre chez l'homme, à titre d'anomalie reversive.

§ I. — Le muscle épitrochléo-cubital chez Thomme. —

Le muscle épitrochléo-cubital devait être connu de Malgaigne; nous Usons en effet, dans son Traité d'anatomie chirurgicale, cette phrase bien significative : « En dedans, on trouve le muscle anconé, sorte de prolongement du triceps, qui recouvre une gouttière osseuse constituée par l'olécrâne et l'épi trochlée dans laquelle passe le nerf cubital. » Malgaigne était assez familiarisé avec la dissection pour ne pas placer du côté de l'épitrochlée, l'anconé des auteurs classiques qui s'attache à l'épicondyle ; le faisceau qu'il signale est bien évidemment un muscle épitrochléo-cubital.

Henle et Luschka donnen' également, dans leur Traité d'anatomie, la description d'un faisceau musculaire qu'ils ont rencontré entre l'olécrâne et l'épitrochlée.

Le muscle épitrochléo-cubital était donc connu en 1867, lorsque parut le Mémoire de Gruber consacré à ce muscle; mais l'analomiste russe en a fait une étude si complète, non seulement chez l'homme, mais chez les Mammifères, qu'il est juste de reporter sur lui tout l'honneur d'une pareille découverte. L'année suivante, Gruber complète ses recherches d'anatomie comparée dans un deuxième travail, où se trouve décrit le muscle épitrochléo-cubital dans plusieurs espèces nouvelles, notamment chez le Cercopithecus sabœus et Vlnnuus nemestrinus .

Depuis la publication des Mémoires de Gruber, le muscle épitrochléo-cubital a été retrouvé et décrit par Wood, sous le nom à' anconeiis-epitrochlearis, par Macalister et par Gallon qui lui a consacré un intéressant article, dans le Journal of Anatomy de 1874.

1° Description du muscle. — Le muscle épitrochléo-cubital

s'insère d'une part sur l'épitrochlée, d'autre part sur le bord interne et la face postérieure de l'olécrâne; il est placé sous l'aponévrose superficielle, en arrière du nerf cubital, réunissant les deux insertions supérieures du cubital antérieur. Voilà les caractères généraux de ce muscle, ceux qui conviennent à (ous les cas. Mais le faisceau épitrochléo-cubital est trop mobile dans sa forme, ses dimensions, ses points d'attache, comme le sont du reste tous les organes atrophiés, pour que nous nous contentions de cette description trop sommaire. Il est des variantes que nous devons faire connaître.

Pour ce qui a trait à la forme du muscle, il est généralement rubané et quadrilatère, sa largeur étant plus considérable que sa hauteur. Mais il peut aussi être cylindrique, fusiforme ou même triangulaire; et, dans ce dernier cas, la base du triangle correspond à l'épitrochlée. Sur un sujet, je l'ai vu constitué par deux ventres réunis, l'un à l'autre, par un tendon moyen; sa direction était fortement oblique de haut en bas et de dehors en dedans. Ses deux ventres, affectant une disposition fusiforme, s'attachaient : le supérieur, sur la portion sus-épitrochléenne de la cloison inlermusculaire interne ; l'inférieur, sur le bord interne de l'olécrâne et aussi sur l'aponévrose anlibrachiale. Le muscle tout entier mesurait, en longueur, 55 millimètres, ainsi répartis : ventre supérieur, 30 millimètres; ventre moyen, 5 millimètres; ventre inférieur, 2lO millimètres.

Dans un cas dont on trouve le dessin dans le premier mémoire de Gruber (pl. I, fig. 5), le muscle épitrochléo-cubital était double et chacune de ces divisions présentait une forme digastrique.

Le muscle épitrochléo-cubital peut être charnu dans toute son étendue; il peut être aussi charnu seulement à sa partie moyenne, tendineux à ses deux extrémités. Il n'est pas rare de le rencontrer avec un seul tendon, soit à son extrémité épitrochléenne, soit à son extrémité cubitale.

Son volume est tout aussi variable; entre cette masse quadrilatère, rouge et bien nourrie, qui recouvre tout l'espace épitrochléo-olécrânien et correspond au développement maximum du

muscle, et le simple ligament qui représente son plus haut degré d'atrophie, nous avons tous les intermédiaires. J'ai vu sur quelques sujets, qui ne présentaient en apparence qu'une simple arcade fibreuse, quelques fibres musculaires doubler cette arcade au niveau de sa face antérieure ; le muscle, quoique bien atrophié, n'avait pas totalement disparu.

Le muscle épilrochléo-cubital constitue, dans la majorité des cas, un muscle parfaitement distinct; comme aussi quelquefois il semble se confondre avec la portion inférieure du vaste interne; je crois que cette fusion n'est qu'apparente. J'ai toujours trouvé, pour ma part, même dans les cas où la fusion paraissait intime, un interstice séparatif qui me permettait d'isoler les deux, muscles. Cette indépendance du faisceau épilrochléo-cubital ressort encore de son mode d'innervation.

%° Innervation. — Le rameau nerveux du muscle épitrochléocubital peut reconnaître une triple origine : tantôt il émane du tronc même du nerf cubital, à une hauteur variable; tantôt il provient d'un rameau que ce même nerf cubital envoie à l'articulation du coude; enfin on l'a vu se séparer du cubital par un tronc commun avec la branche du muscle cubital antérieur. Dans tous les cas il appartient à la zone tributaire du nerf cubital. Le radial ne l'innerve jamais : Gruber parle d'un sujet chez lequel la longue branche interne que le radial envoie à l'articulation du coude, passait à côté du muscle épitrochléocubital, sans lui abandonner le moindre filet.

3° Fréquence. — Elle me paraît suffisamment établie par les statisliques suivantes : du 9 janvier au 20 février, Gruber l'a cherché sur 100 cadavres (79 hommes et 21 femmes), sur 200 régions du coude par conséquent. Il l'a trouvé sur 34 sujets (26 hommes, 8 femmes); 19 fois des deux côtés (15 hommes, 4 femmes); 15 fois d'un côté seulement (11 hommes, 4 femmes). Il résulte de cette statistique que le muscle épitrochléo-cubital se rencontre sur un tiers des sujets et sur un quart des bras.

Wood, faisant des recherches analogues en 1866, dans les

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salles de disseclion du Kings Collège, n'a rencontré le même muscle que 4- fois sur 36 sujets, 3 fois des deux côtés, 1 fois sur le côté gauche seulement. Déjà, en 1866, Wood ne l'avait rencontré qu'une fois sur 34 sujets, et, en 1867, une fois également sur le même nombre de sujets. D'après ces recherches, la fréquence du muscle épitrochléo-cubital serait de 8 sur 104, soit 1 sur 17. Ces résultats diffèrent considérablement, on le voit, de ceux (|u'avait obtenus Gruber : aussi le professeur de Londres tire-t-il cette conclusion, qui paraîtra toute naturelle, que l'anomalie qu'il décrit s'observe plus fréquemment dans la race russe c|ue dans la race anglosaxonne.

Je n'accepte toutefois celte conclusion qu'avec une extrême réserve; le professeur Macalister, étudiant dans le même pays que Wood, était arrivé à la proportion de 1 sur 4.

Je suis arrivé moi-même, dans les salles de disseclion de la Faculté, aux résultats suivants. En 1881, j'ai examiné 49 coudes appartenant à un nombre de sujets indéterminés; j'ai rencontré le muscle épitrochléo-cubital, avec un développement variable, 12 fois. Au mois de janvier 1883, j'ai disséqué le côté interne du coude sur 13 régions, appartenant à 9 sujets, j'ai trouvé le muscle 4 fois. En totalisant ces deux résultats, nous arrivons à la fraction 16/62, soit un peu moins de 1/4, comme représentant la fréquence du muscle épitrochléocubital. Ma statistique, on le voit, concorde parfaitement avec celles de Gruber et de Macalister.

4° Action. — Gruber considère ce muscle comme un organe de protection pour le nerf cubital et les vaisseaux qui l'accompagnent. Je ne conteste certes pas qu'un faisceau charnu placé en arrière du nerf cubital ne puisse bien le protéger contre les chocs extérieurs; mais il serait superflu de démontrer qu'un ligament aurait tout aussi bien répondu à cet usage, et que si la nature avait voulu tout simplement proléger le nerf cubital, elle aurait placé là un organe fibreux, non un organe musculaire.

L'épitrochléo-cubital, par ce seul fait cju'il est musculaire,

doit se contracter, et quand il se contracte, faire exécuter un mouvement à l'un des leviers sur lesquels il s'insère. Devient-il un accessoire de l'extenseur de l'avant-bras, en d'autres termes se conlracte-t-il quand le triceps se contracte? je ne le crois pas, et je n'en veux pour preuve que son mode d'innervation qui le rattache au nerf cubital (branche du médian, nerf fléchisseur), tandis que le triceps reçoit les branches du nerf radial.

En considérant, dans le muscle qui nous occupe, ses points d'attache et sa direction transversale, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il a pour fonction de rapprocher l'olécrâne de l'épitrochlée, ou si l'on veut de la ligne médiane. Tel est le rôle qui est dévolu à ce muscle, chez les animaux dont l'articulation au coude est conformée de façon à permettre au cubitus des mouvements de latéralité; chez l'homme, qui a son articulation huméro-cubitale disposée pour des mouvements exclusifs de flexion et d'extension, il ne saurait être question d'adducteur de l'olécrâne. Un pareil rôle ne saurait donc convenir au muscle épitrochléo-cubilal. Voilà pourquoi il s'atrophie et disparaît.

§ II. — Le muscle épitrochléo-ciibital chez les Mammifères. — J'ai déjà dit plus haut que le muscle épitrochléocubital, anormal chez l'homme, se retrouvait normalement (comme du reste toutes les dispositions anatomiques dites Anomalies reversives) dans la série zoologique. Cette assertion a été mise hors de doute par les nombreuses dissections de Cuvier, de Gruber, de Mûrie, de Mivart, de Galton, etc., etc. Ce serait sortir du cadre que je me suis tracé que de décrire ici les variations nombreuses que subit le muscle épitrochléocubilal dans la série des Mammifères ; je renvoie le lecteur sur ce point aux mémoires originaux. Je me contenterai de dresser la liste des nombreuses espèces où ce muscle a été rencontré, indiquant entre parenthèses, pour chacune d'elles, le nom de l'anatomiste qui l'a signalé.

Je ne puis m'empêcher de remarquer cependant que la • formation musculaire qui s'étend de l'olécrâne à l'épitrochlée,

assez différente parfois dans ses formes extérieures, du muscle épilrochiéo-cubilal que nous rencontrons chez l'homme, se rapproche beaucoup de ce muscle chez les singes inférieurs, {)Our disparaître d'une façon à peu près complète chez les Anthropoïdes. Graliolet et Alix l'ont bien décrit chez les Troglodytes Aubryi, Wood l'a bien rencontré chez Vorang, mais il n'en est nullement question dans les descriptions que Vrolik, Church, Champneys, Duvernoy, Bischoff nous ont données de la myologie du chimpanzé, de Vorang, du gibbon et du gorille. J'ai vainement cherché ce muscle, moi-même, dans les deux Anthropoïdes [chimpanzé et orang) que j'ai disséqués jusqu'à ce jour.

Le muscle épitrochléo-cubital a été rencontré dans les espèces suivantes :

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