‹ Les antécédents historiques du "Je pense, donc je suis"Chapitre 28 sur 158 · Lettre à Mersenne, Ad. et T. III · texte numérisé non relu

Lettre à Mersenne, Ad. et T. III

be Civitatr l)ci : » Vous ra'avtv, obligé de ni'av»'rlir du passage do ï^aint -Augustin auquel mon Je pense, donc je suis a quelque rapport : je l'ai été lire aujourd'hui en la Bibliothèque de cette ville, et je trouve véiitablement qu'il s'en sert pour jirouver la certitude de notre être, et ensuite pour faire voir (ju'il y a en nous quelque image de la Trinité, en ce que nous sommes, nous savons que nous sommes, et nous aimons cet être et cette science qui est en nous ; au lieu que je m'en sers pour faire connaître que ce moi qui pense est une substance immatérielle et qui n'a rien de corporel ; qui sont deux cho- >es fort différentes. Et c'est une chose qui de soi est si simple et si naturelle à inférer, qu'on est de ce qu'on doute, qu'elle aurait pu tomber sous la plume do qui que ce soit ; mais je ne laisse pas d'être bien aise d'avoir rencontré avec Saint- Augustin » '.

I>a réponse (ic Descartes exclut-elle riiypothoso d'une lecture du De Trinitate, faite anlérieuremenl à la rédaction de ses écrits ? Nous ne le pensons pas. Puisqu'il s'y agit seulement de la p<^nsée exprimée dans le De Civitnte Dei, le philosophe n'affirmerait rien d'inexact en réduisant le Cogito augustinien, pris dans ce texte seulement, à une preuvo de la certitude de notre être et de la présence on nous d'une image de la Trinité. Et sans doute, si Descartes a lu h cette date les passages du De Trinitate, les traiter par prélérition et profiter de ce que son correspondant paraît les ignorer pour s'attribuer la priorité de la preuve do la spiritualité de l'àmo par le Cogito, indiquerait chez lui une passion oxcossive de l'originalité. .Nfais cette constatation n'est pas faite pour étonner ceux qui l'onnaissent son caractère, son orgueil d'inventeur, l'indifférence et parfois le mépris qu'il témoigne à l'égard d'auteurs estimables ou même illustres, ses contemporains ou ses prédécesseurs. Son dessein est de reconstruire par les seules forces de sa pensée l'édifice des sciences en « bâtissant dans un fonds » tout à lui. II croit avoir réellement accompli le travail préliminaire de destruction qui consiste « à se défaire de toutes les opinions qu'on a reçues auparavant en sa créance »,

1. Ad. et T., III. 2i':-2i8. — Cf. une lettre de Descartes an Père Mesland du 2 mai 1644, Ad. et T., IV, 113.

et il se dsitingue fièrement lui-même des deux sortes d'esprits de la réunion desquels le monde « est quasi composé » : ceux qui, « se croyant plus habiles qu'ils ne sont, ne se peuvent empêcher de précipiter leurs jugements, ni avoir assez de patience pour conduire par ordre toutes leurs pensées » ; ceux qui, « ayant assez de raison ou de modestie pour juger qu'ils sont moins capables de distinguer le vrai d'avec le faux que quelques autres par lesquels ils peuvent être instruits, doivent bien plutôt se contenter de suivre les opinions de ces autres qu'en chercher eux-mêmes de meilleures ». Aux uns et aux autres, il donne le conseil de ne pas l'imiter et de s'en tenir aux u principes reçus », de peur de s'égarer lorsqu'ils se seront écartés du « chemin commun » ^

Pourtant lui-même n'a rien oublié des thèses favorites de la philosophie scolastique étudiée dans sa jeunesse 2. Les habitudes réalistes contractées par son esprit à La Flèche, sous l'influence de l'enseignement des jésuites, pèsent encore d'un poids très lourd sur sa pensée dont elles arrêtent ou ralentissent l'élan. Bien plus il continue à estimer cet enseignement, encore que dans le Discours de la Méthode il déclare n'y avoir pas trouvé d'autre profit que la découverte de son ignorance. En Hollande il a emporté une Somme de Saint -Thomas ^. Il demande à Mersenne de lui envoyer un abrégé de la philosophie de l'Ecole ; il se souvient des Conimbres, de Toletus et de Rubius *. — Comme l'a remarqué M. Espinas, il subordonne même parfois « l'achèvement de ses travaux à la possession des livres nécessaires » ^. Sa doctrine du libre

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