Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de Priscille
Dieu, qui a consigné les annales de la création dans les entrailles de la terre, a consigné celles des origines du christianisme dans les entrailles de Rome. Les inscriptions, les peintures, les sculptures y offrent un Nouveau-Testament monumental, accompagnant dès l'origine celui des Saintes- Écritures, un musée de la Patrologie primitive. Fermé au Moyen- Age, ce musée a été réouvert, en face du Protestantisme et de ^a science de faux nom^ par la main de la Providence suscitant, à l'appui du Concile de Trente, Bosio, le Christophe Colomb de la Rome souterraine. Notre siècle, où la vieille gnose ne connaît plus de bornes dans la négation audacieuse et moqueuse, a vu se renouveler ce bienfait. Au moment où Pie IX, acquittant son vœu de Texil, allait poser la couronne d'Immaculée sur le front de la Vierge, ennemie du Serpent, qui a a anéanti toutes les hérésies dans « le monde entier, » en 1853, un second Bosio, Jean-Baptiste de Rossi, heureux cHent de V homme envoyé de Dieu qui avait nom Jean, découvrait le vrai cimetière de Calixte. Le 18 septembre, au lendemain d'une audience, gravée dans nos cœurs, de Pie IX, au Quirinal, nous contemplions en place répitaphe originale du pape S. Corneille, et à côté, son nom peint au temps de Charlemagne, dans une crypte de ce cimetière, à laquelle on pourrait donner le nom de San- Salvador du Nouveau-Monde scientifiquement retrouvé des nécropoles chrétiennes. Elles sont apparues l'une après l'autre à l'appel du révélateur, faisant la preuve de leur nom.
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Presque toutes les chambres historiques, celles des martyrs, rendez-vous assidus des fidèles qui y ont multiplié leurs traces, sont révélées à cette heure. Des milliers de documents, éclairés par la chronologie des lieux, de l'art et des dates, mettent sous nos yeux, dans tous ses quartiers, la Rome du Christ, de S. Pierre à S. Innocent I", et nous offrent ses vestiges quatre siècles au-delà. N'appelons pas la Cité sainte des morts reconquise une Pompéi sacrée. Un visiteur du siècle de Constantin a écrit à la pointe du fer sur la chaux, au vestibule de l'église du cimetière de Calixte, son vrai nom et ses titres : Jérusalem, cité et glorification des Martyrs de Dieu, Jérusalem, civitas et ornamentum Martyrum Dei \
Un des plus anciens quartiers de cette cité, le plus ancien qui nous ait conservé tout un ensemble de monuments nous reportant aux Apôtres, est le cimetière de Priscille. I/égUse de ce cimetière offre au théologien, à l'artiste, à l'historien un attrait unique, que viennent accroître les sujets en partie mystérieux de ses fresques. Cet attrait n'a cessé de m'y porter depuis les jours du Concile, où le cimetière n'était pas encore visité par les étrangers, jusqu'à l'année 1888.
Les 2, 5 et 8 janvier 1876 paraissaient dans le Monde trois articles, le Cimetière de PriscillCj la Cappella Greca, les peintures de la chapelle, qui sont le premier chapitre de ce livre ; en mars et en avril de la même année, les chapitres sur Susanne Le directeur de la Revue de VArt Chrétien, le regretté chanoine Corblet, m'amena alors à y publier, avec planches et dessins, une monographie de la chapelle, C'était le plus beau des cadres pour rattacher à une source primitive et sans rivale tous les sujets classiques des catacombes et leur dérivés dans les antiques basiliques. Il m'a entraîné. J'ai appliqué à l'étude de ces sujets tout ce que la Bible, la Théologie, la Patrologie, l'Archéologie m'ont fourni
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de lumières et j'ai poussé, aussi loin que Fa permis mon Intel-' ligence^ les investigations et les calculs. Par les chapitres à peu près neufs sur Susanne, le Signe du Christ, le Phénix, le lecteur jugera des efforts, s'il n'admet les succès. Quoi qu'il en soit, il ne trouvera pas, je l'espère, qu'on ait excédé en me faisant intituler ce travail étendu, et tout général, bien que partant d'un point psvlicnlier: Les Antiquités Chrétiennes. Le livre avait paru en dix-neuf articles dans la Revue de VArt Chrétien,de février 1877 à avril 1881, et il allait paraître en volume, avec quelques modifications, quand des circonstances inattendues en ont suspendu de semestre en semestre, jusqu'à ce jour, la publication. En tête du Bulletino de 1880, M. deRossi avait donné la première partie de ses Excavations et découvertes dans le cimetière de Prisdlle. Ce travail m'imposait une addition. Par une série de contre-temps, dont l'illustre auteur et ses lecteurs impatients n'ont cessé de gémir, les fouilles n'ont pu être continuées qu'à l'automne de 1885. Elles nous ont donné le plan complet et minutieux de la région de la Cappella Greca, dont le frère de M. de Rossi, M. Michel, m'avait remis gracieusement l'esquisse, publiée en tête de ce livre. Ce plan, dont M. de Rossi, a bien voulu me feire un tirage à part, m'a permis en analysant le texte — ^al à un volume — qui l'accompagne, de mettre sous les yeux du lecteur un trésor d'inscriptions et d'images, montrées à leur place dans des couloirs et des cryptes de la seconde moitié du premier siècle et de la première moitié, ou un peu au-delà, du second, formant avec la Cappella Greca un tableau vivant et unique de l'Église naissante. Nous sommes ainsi transportés dans cette sainte Cité^ la Jérusalem nouvelle d'icibas^ image de la Jérusalem d'en haut, et, comme elle, VÉglise des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans le ciel \ Ici
* Apoc. XXI, ; Habr. XII, 22, 2â, . j
les premiers-nés sont les compagnons de S. P^ul, Ipg hôtep de S, Pierre. ^
Puis, au commencement de 1888 et en 1889, des découvertes inattendues sont venues révéler le nom, l'un des premiers de Rome, des propriétaires du champ du cimetière de Priscille, les Acilii Glabriones^ l'hypogée antique des memr bres chrétiens de cette famille, et, dans cet hypogée k^ présence de la tombe de la fondatrice du cimetière, l'hôtesse . de S. Pierre, la matrone sainte Priscille. La fin de 1890 €|st venue révéler enfin les fondements de l'église du cimetière, construite à la paix de l'Église, au-dessus de cet hypogée, égUse sur-terre succédant, sans Teffacer, à l'église souterraine des persécutions, la Cappella Greca.
Notre attente obstinée de dix ans pour la publication de ce hvre et la rédaction complète de son Appendice obligé, n'a-t-elle pas été heureusement, j'allais dire un peu miraculeusement, récompensée ?
C'est en 1871 , à la suite d'une seconde visite à la CoppeZfei Greca avec son Éminence le cardinal Pitra et à la suite d'un second pèlerinage, le 25 mai, au tombeau de S. Grégoire VI[, fait, comme un premier en 1853, au sortir de la bénédictioa de Pie IX, que j'ai tracé les pensées initiales de ce grand, travail. C'est au retour d'un troisième pèlerinage, en 1885, pour le centenaire du grand champion de l'Église, dox^t la gloire a rayonné enfin au-dessus d'un abîme de blasphèmes, et de préjugés, que je l'ai repris pour l'achèvement. Pie IX, dont la bénédiction a été ma douce étoile dans les galeries des catacombes comme sur la route de Salerne, parmi Içs âpretés amêres des luttes sacerdotales, a droit d'en réclamjer ITiommage sur sa tombe, qui fait face à celle des martyr^, Etienne et Laurent. Que sa bénédiction, qui est d'un martyr aussi, vienne sur ce livre, enrichie de leurs bénédictions I
i3 mai i892t Centenaire de la naissance de Pie IX»
LA CAPPELLA GRECA
I>XJ CIMETIÈRE I^E I>RISCIIiIiE