SUSANNE. — LA TENTATION DE SUSANNE. — LES PERSÉCUTEURS DE L'ÉGLISE
Le sujet de Susanne est admirable pour représenter FÉglise. L*Église est Tépouse du Christ, de laquelle saint Paul écrivait aux Corinthiens ; « Je suis jaloux de vous de la jalousie de Dieu, car je « vous ai fiancés à un Époux unique et je veux présenter au Christ « une vierge chaste *. » Or, réponse chaste par excellence, n'est-ce point Susanne ? L'Église est Orante: elle est la personnification de la prière au sein de laquelle elle est née, par l'opération du Saint-Esprit, le jour delà Pentecôte : Omnes erarU persévérantes unanimiter inoratione,., et repleti sunt omnes Spiritu Sancto^; et où doit-elle mieux figurer, comme Orante, que dans le lieu de la prière? Mais, rOrante de l'Ancien-Testament, n'est-ce point Susanne, entre toutes
les saintes femmes : Exclamavit autem voce magna Susanna
exaudivit autem Dominas vocem ejus ^? L'Église est, à la suite de son Époux, en proie de toutes parts à la tentation, à la calomnie, à l'infamie, aux derniers supplices : Convenerunt...adver$us Jesum,,, Herodes et Pondus Pilatus cum Gentibus etpopulus Israël... Etnunc Domine respice in minas eonan, s'écrient d'une voix les Apôtres*. Et ne voilM-ilpas les abominables juges, persécuteurs de Susanne? L'Eglise^ enfin, est assistée par le Christ, qui a promis d'être avec eUe jusqu'à la consommation des siècles, elle est continuellement sauvée en ses. périls mortels par l'Esprit du Christ, résidant en elle et devenu son âme, FEsprit du « Dieu vivant, » qui est en personne « la vie éternelle. » Eh bien ! c'est cet « Esprit-Saint » qui était en
* Planche U.
« Il Cor., XI, 2.
.»Act.l, 14;II, 4.
* Dan., Xin, 42, 44* » Act., IV, 27, 29.
LA CAPPELLA GRECA 57
Baniel et que le Seigneur suscita pour délivrer Susanne et confondre ses calomniateurs et bourreaux. L'Eglise donc, en un oratoire appelé de son nom même église y ne pouvait, sous des traits bibliques, offrir une plus heureuse image d'elle-même que Susanne.
L'image était doublement heureuse dans un cimetière. Ce que la foi chrétienne tenait à y proclamer par-dessus tout, c'était la victoire sur la mort, la résurrection, l'immortalité, le paradis assuré par le Christ mourant au pécheur, et à plus forte raison au juste qui meurt en lui. Or, dans la Bible des Septante, que les fidèles avaient entre les mains à Rome, au moment de nos peintures, l'histoire de Susanne mentionne jusqu'à neuf fois le paradis, napotSeico;. C'est le jardin d'agrément de l'époux de Susanne. En dehors de ce paradis, on trouve celui de la Genèse, celui promis par le Christ au bon larron, celui où fut ravi saint Paul, et qu'a vu saint Jean dans la Jérusalem céleste. Aucun, avec des signes distinctifs, ne figure le paradis céleste sur les monuments chrétiens. C'est sous les simples images de la béatitude pastorale qu'il apparaît d'ordinaire. Mais maintes fois aussi le jardin de Susanne ou de l'Orante qui lui ressemble, nous rappelle ou nous représente le paradis. En réalité, si l'on veut retracer tout le drame de la vie chrétienne, la victoire sur le péché et la mort, le paradis reconquis qui en est le prix, l'émouvante et sublime tragédie de Susanne, avec le paradis de son époux, où elle triomphe de la tentation et où la main de Dieu l'arrache au trépas pour lui assuré la félicité de ce paradis même, est un sujet qu'on peut dire unique dans la Bible.
Le symbole avait un à-propos particulier à Rome, où saint Pierre avait écrit de l'Église ce mot rappelant Susanne, Daniel et les trois Hébreux : « l'Église qui est à Babylone ; » à Rome, la prostituée de l'Apocalyse, dont le nom est « spirituellement S.odome et l'Egypte, » mais surtout Babylone : « Sur son front un nom est « écrit : Mystère : Babylone la grande, la mère des fornications et K des abominations de la terre *. » C'est pourquoi saint Hippolyte, disciple de saint Irénée, qui tenait à Rome, au commencement du troisième siècle, la chaire de docteur fondée par saint Justin *, et
» I Pet., V, 13. - Apoc., XVII, 5. 4
* Voir M. de Rossi, Bulletino, 1866» p. 88.