‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 26 sur 99 · LES TROIS ABSIDES DE LA CAPPELLA GRECA · texte numérisé non relu

LES TROIS ABSIDES DE LA CAPPELLA GRECA

Le sanctuaire de la cappella greca était carré comme le Saint-des- Saints du Tabernacle de Moïse et du Temple de Salomon qui, relevé par Zorobabel, a reçu le Christ. Il rappelait cette habitation première de Dieu qu'a remplacée le Christ lui-même, dont le corps est un « temple ', » « dans lequel la plénitude de la Divinité habite « substantiellement' ». Encore le Christ a-t-il vu le privilège de Tantique Saint-des-Saints lui survivre ici-bas. Quarante ans après son ascension au ciel, Dieu y prolongeait les traces de sa présence ; il y accueillait le frère, entendez le cousin^ du Christ, Jacques, évoque de Jérusalem, qui venait à genoux suspendre les foudres grondant sur la cité déicide ; et ce n'est qu'après le martyre a Jérusalem de ce nouvel Elle et, à Rome, de Pierre et de Paul, que Dieu et ses anges firent entendre le terrible « sortons d'ici », et livrèrent l'habitation quinze fois séculaire de Dieu à la sape et aux flammes des Romains. On comprend dès-lors que les premiers chrétiens aient eu à cœur d'imiter dans les sanctuaires de leurs églises la forme sacrée du Saint-des-Saints ; et qui s'étonnera de la trouver, au lieu de l'abside des basiliques romaines, dans l'église apostolique du cimetière de Priscille ?

Mais si le sanctuaire de cette église était carré comme le Saintdes-Saints, le corps même de l'église qui répondait au Saint du Tabernacle et du Temple, n'était point comme lui simplement rectangulaire. Les trois côtés du rectangle, réduit à une sorte de carré, «e terminaient par des bras ; et tout l'édifice présentait la forme, -(-, d'une croix grecque. C'est le dessin, nous le verrons, du chi grec, X, lu lettre initiale du nom du Christ et son plus ancien monogramme ; et c'est en même temps une flgiAe approchant de la croix, en qui les chrétiens se sont empressés de voir la croix

1 Voir la gravure qui est ci-après dans le texte et la planche X, Uoan.,n, 19, 21.

» Colos., II, 9.

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même. C'était le signe du Christ imprimé sur le front des chrétiens^ dans le sacrement de la Confirmation qui leur donne, avec la plénitude de TEsprit-Saînt, leur caractère et leur nom d'oints du Seigneur. Il était bien naturel qu'il imprimât sa forme à Téglise matérielle où se réunissait TEglise spirituelle du Christ et que l'Epouse mystique du divin Epoux prit avec lui le rendez-vous des saints mystères sur son nom et sur sa croix. Ces mystères n'étaient-ils point, d'ailleurs, le sacrifice même de la croix perpétué au sein de la transfiguration qu'il à reçue de la résurrection du Christ ? Aussi, à chaque instant, peut-on reconnaître dans les chambres carrées, à trois absides ou arcosolia, des catacombes l'image assez frappante du chi eî de la croix ; cette image apparaît dans les premières grandes basiliques, celles du Sauveur et de Saint-Pierre bâties par Constantin, celle de Saint-Paul entreprise par Théodose ; elle marque la Sainte-Sophie de Justinien, toutes nos églises du Moyen-Age et le Saint-Pierre de Jules II ; elle règne encore aujourd'hui dans la plupart de nos temples ; et aucun n'est consacré que le pontife n'ait dessiné sur son pavé le chi, dit croix de Saint-André, avec les lettres des deux alphabets grec et latin, rappelant que le Christ a fait nn en lui l'Orient et l'Occident, et n'ait marqué avec le saint-chrême les douze colonnes de l'édifice, image des douze Apôtres, du même signe du Cluist et de la Croix. C'est à l'église du cimetière de Priscille que nous trouvons le plus ancien type de la forme consacrée de nos églises. 11 est dessiné un peu librement selon les exigences des lieux et la coutume des catacombes, mais il est dessiné manifestement. La cappella greca offre à l'ceil une croix grecque, qui est tout à la fois le signe du Rédempteur et celui de la Rédemption *.

Entre les bras de la croix est un dôme plus vaste, mais un peu moins élevé que celui du sanctuaire. Toute sa décoration est à peu près tombée. Ce qui en reste semble porter le cachet de la fin du IIP siècle ou du couran£du IV^Ce sont des Orantes à trois des quatre pendentifs plus ou moins réguliers. Une, du côté du sanctuaire, se distingue à peine, mais est encore entière, avec les dimensions mé- , diocres d'une Orante ordinaire. On reconnaît les traces de deux

' Voir planche 1, 2.

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autres, de dimension colossale, aux deux angles les plus éloignés du sanctuaire lui-même. Ces Orantes semblent indiquer, au centre de la voûte, quelque image du Christ, vers qui leurs bras s'élèvent. Ce n'était point le Bon Pasteur, puisqu'il était à la voûte voisine. Ce pouvait être Orphée, sa variante, qu'on trouve dans une des chambres primitives de l'antique cimetière de Domitille, au-dessus d'Orantes, dont Tune joint les mains et élève vers lui les yeux, le Bon Pasteur apparaissant sous un arcosolium au fond de la chambre '. Nous avons vu, dans une chambre plus récente de ce même cimetière,Orphée représenter, au-dessous derEnfant-Dieu,les merveilles de paix du règne messianique '. Au cimetière de Saint-Callixte, il sertjàim centre de voûte, de variante au Bon Pasteur '.Nous savons qu'Horace avait présenté Orphée aux Romains comme le type d'un civilisateur divin; et Virgile, lui aussi, l'avait montré « adoucissant « les tigres, et faisant mouvoir les chênes avec son chant » :

Mulcentein tigres et ageniem carminé quercus *.

Jeux d'esprit des poètes, dérivant plus ou moins des oracles des prophètes, et très-propres à les rappeler aux païens devenus chrétiens! Il n'y aurait rien de surprenant de voir le mythe d'Orphée au cimetière de Priscille, où d'ailleurs on rencontre, comme à celui de Domitille, le mythe de Psyché ". Mais le dôme, s'il a offert une image du Christ, n'a pas offert nécessairement celle-là, bien que ce soit la plus naturelle. Au lieu d'Orphée, il a pu y avoir, par exemple, Noé dans l'arche, vers qui descend la colombe avec le rameau d'olivier, où Moïse apportant les tables de la Loi au peuple, deux sujets qu'on voit à des centres de voûte, près d'Orphée et du Bon Pasteur, au cimetière de Domitille *.

Ce sont là des conjectures pouvant donner une idée quelconque de la fresque perdue. Une chose seule est certaine, c'est la présence

« Aringhi, t. I, p. 5i5, 5i7, 549.

* Ibid., p. 563.

» Rom. soit., t. II, tav. X.

* Georg., IV, v. 510.

* Sur un fond de coupe trouvé en 1693 et conserré à la bibliothèque vaticane. Buonarruoti, Osservazioni, p. 193. — R. P. Garucd, Vetri, p. 191.

* Aringhi^ 1. 1, p. 551, 555.

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d'Orantes aux pendentifs du dôme. Elles répondent, au dehors du sanctuaire, aux Saisons gui dedans bénissent le Seigneur. Ce sont comme des compagnes de Susanne, TOrante par excellence et le type de TÉglise. Elles représentent les fidèles, venant prier sur les pas des Mages, chefs évangéliques deradoration,qui sont à rentrée, au dedans du sanctuaire. Ces Orantes, dans Tétat présent de la peinture, paraissent ne dater que de Tépoque où la chapelle a été restaurée. Mais leur origine pourrait bien remonter à celle même de sa construction ou de sa première décoration.

L'entrée de la chapelle était au bras de croix de droite, en regardant le sanctuaire. Ce bras n'a pas d'abside ronde comme les deux autres. C'était d'abord un simple couloir, depuis fermé par un mur droit, dont on reconnaît l'addition et les matériaux moins délicats que ceux du corps du monument.

Nous reviendrons bientôtsur cette abside carrée. Commençons par décrire les deux autres.

I. — Au fonddelachapelle,enface de l'ancien sanctuaire, est une abside ronde dont la conque offre quelques restes d'ornenSentation à peu près effacés. D'Agincourt a heureusement dessiné cette abside, à une époque où les traits se distinguaient mieux. Son dessin publié sous ce titre : « Ornement de l'une des niches demi-circulaires de « la même chapelle «'ne laisse aucun doute sur l'identité. Il n'y a qu'une autre niche demi-circulaire à la cappella greca, celle qui offre deux inscriptions grecques dans la niche; et celle-là n'eut jamais de pareils ornements ni même d'autre ornement que ses inscriptions *.

Abside do la cappella greea, faisant face à l'ancien sanctuaire dessinée par d'Agincoart, t. VI, pi. IX, 44.

1 Planche X, 1.

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Le thème décoratif de notre abside est simple et beau. Il rappelle celui de Fabside du tombeau des Nasons dont les fresques paraissent être du temps des Àntonins S et celui d'une abside du IP siècle du cimetière de Priscille *. Trois demi-circonférences, coupées par sept fragments de rayon, ofiVent, dans les cellules de leur double zone, douze disques pareils aux besants du blason du Moyen-Age, qm rappellent, dans TApocalypse, le nombre apostolique^ et aussi la couronne de douze étoiles de TÉglise aux jours de son triomphe ^. D'une quatrième demi-circonférence, enveloppée de près par ces deux zones, pendent deux branches de laurier se rejoignant en forme d'arc, et attachées en haut par doux bandelettes qui tombent verticalement. Noble fond de sépulcre, j'allais dire nobles armoiries, bien séant à un chrétien et surtout à un martyr !

Il pouvait y avoir sous cette abside deux sarcophages, comme vous en reconoaitrous deux à l'abside ronde voisine. Il y en avait du moins un — et probablement il n'y avait que celui-là — contenant le corps d'un défunt dont nous pouvons prononcer le nom avec une sorte de certitude, le prêtre-martyr Symétrius.

Nous avons vu, au commencement de ce travail, qu'un des deux pèlerins du YII^ siècle dont nous possédons les itinéraires a rencontré, à l'une des chapelles souterraines qui sont près de l'escalier donnant dans la grande basilique — à la cappella greca, avonsnous dit, sur divers indices — la martyre Prisca et Symétrius, objets de la vénération publique. L'autre pèlerin est allé prier également à ces tombes sacrées. On n'a sur Symétrius d'autres renseignements que ceux fournis par l'anonyme qui a pris le nom du prêtre Pastor, contemporain et ami des saintes Pudentienne et Praxède. Il a groupé sous l'autorité de ce nom les traditions romaines, qui n'étaient déjà plus de fraîche date, ce semble, sur ces illustres vierges. Mais, comme il parlait en face de certains monuments matériels ou liturgiques du culte, quand son récit paraît en porter les traces, il n'est point sans autorité. Or, voici ce qu'il dit de Symétrius dont le tombeau était un des rendez-vous de la piété romaine :

> BUlori, LepiHure,.eiCt t&v. IV.

* Aringhi, t. II, p. 291.

' Apoc, XII, 1.

LÀ CAPPELLA GRECA 251

t Alors la rameur publique apprit à l'empereur Antonin qu'il y avait des réunions de chrétiens au titre de Praxède. Il envoya aussitôt ses agents et il se saisit de beaucoup d'entre eux. Il se saisit en particulier du prêtre Semetrius avec vingtdeux autres, et^ sans jugement, il ordonna de les punir du glaive. La bienheureuse Praxède recueillit leurs corps la nuit et les ensevelit dans le cimetière de Priscille le sept des calendes de juin *. :»

Ces trois faits, le caractère sacerdotal de Symétrius, ses relations avec Praxède, son martyre ne semblent pas douteux : le tombeau et les louanges annuelles récitées à la fête du saint ont dû fournir à Técrlvain des renseignements authentiques sur ces points essentiels. Le chiffre des vingt-deux compagnons de martyre de Symétrius vient probablement d'une inscription tumulairc ou de la liturgie qui l'aura tiré peut-être de là, et mérite considération. C'est autour de la capella greca que cette cohorte de martyrs a reposé. Chacun a dû avoir son loctilus, sa niche, dans les couloirs sacrés, puisqu'ils avaient péri par le glaive et qu'on avait pu recueillir leurs corps et non pas seulement leurs cendres. Mais le chef de la glorieuse cohorte, le prêtre de l'église domestique de Praxède, enlevé de l'autel pour le martyre est venu reposer dans l'église même du cimetière de la famille. Tout semble indiquer que, comme défunt, il a été le premier hôte de l'église. Il l'a consacrée avec ses palmes; et, revêtu de la pourpre du martyre, il a continué en quelque sorte d'y offrir, parmi les vivants et les morts, le divin sacrifice. Sa tombe est devenue un autel, qui sera un jour l'autel principal de l'église même.

Prêtre et victime, il reposait, en attendant, en face de l'autel primi-

' € Tune divulgatum est Antonino imperalori qund conventus fièrent christia" rorum in titulo Praxedis Misitque statim et tenuit mulios ex illis : inler quos tenuit Semetrium presbyterum cum aUis viginti duobus et eos sine audientia gladio puniri prœcepit. Quorum corpora noctu Beata Praxedis coVegit et in cœmeterio Priscillœ sub die Vil kal, junii sepelivit, i ActaSS., XIX maii. S, Pudentianœ acta. — S. Adon reproduit ainsi ce passage, en confondant le lieu de l'arrestation de Symétrius avec celui de sa sépulture : « Post muliorum martyrum sepulturas — in fer quos B. Symmetrium presbyterum cum aliia XXII apud tilulum supradicium (Pastoris) manibus suis sepelivit, qui per mariyrii palmam ad régna cœlorum transierunt — eadem beatissima virgo (Pra^ xedes) migravit ad Dominum, » S. Ado, Natale S. Praxedis virginis, Acta SS., XXIjulii.

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tif. La niche du fond est, en effet, la seule qu'on puisse lui attribuer. Celle de droite, en regardant le sanctuaire, a eu des hôtes dont nous allons lire les noms. Celle de gauche, dont Tarrangement et la construction même dénotent le IIP siëde environ, est celle de la martyre Prisca, immolée en ce siècle, d'après ses Actes. C'est bien le prêtre Symétrius, dont il faut voir la place à l'extrémité de la cappella greca : c'est bien lui le chapelain, si j'ose employer ce titre moderne, des fondateurs ou bienfaiteurs de la chapelle, des membres de la gens sénatoriale de Pudens, entrée pour ainsi dire par ses éminents bienfaits dans le Sénat de l'Eglise, admise à ses honneurs privilégiés, et effaçant ainsi l'éclat qu'elle tient de Romulus peutêtre par celui qu'elle vient de recevoir du pêcheur de Galilée, Pierre. Un prêtre romain attaché à cetlo illustre gens a reposé là. Et qui sait, si en lui tenant par les liens de la religion, il ne lui tenait pas aussi par les liens du sang? Le lieu de sa sépulture est loin d'écarter cette supposition. Il se pourrait que Symétrius fût un enfant béni donné par le Christ à la famille de Priscille et de Pudens, à la gens Comelia, celle des Gracques, devenue chrétienne, et donné par cette famille à l'autel du Christ qu'il décorera de son propre sacrifice. On peut entrevoir ces choses à la cappella greca où aucune sublimité, aucun charme ne doit étonner ; et assurément ce n'est pas à un prêtre à en détourner les yeux.

Mais la critique qui soulève de légitimes conjectures n'a garde de les transformer en téméraires affirmations. Symétrius fut prêtre, célébrant dans l'église domestique de la vierge Praxède, il fut martyr, il a reposé, nous en avons les indices, dans la cappella greca, à l'abside du fond, en face du saîietuaire : voilà tout ce que nous pouvons dire assurément ou prudemment. C'est bien assez pour la gloire de la chapelle. Praxède eût déposé Symétrius non dedans mais auprès, que sa gloire n'en serait guère diminuée. Dans cette hypothèse même, le nom de Symétrius serait inséparable de l'église du cimetière de Priscille.

IL De l'abside du fond passons à celle de gauche ^ Ici plus d'efforts de critique : le mur parle et nous dit les défunts qui ont dormi à l'ombre de sa demi-coupole.

> Planche X, 1.

Zuh. S^cufcuy , Arras

le la FlâncnsXni, Jrui^hit.II,j?.5o3.,^ZA,^^ Peintures dune chambre

LA CAPPELLA 6RECA 253

Deux sarcophages y ont été déposés. La conque offre les noms de ceux qu'ils contenaient et de celui qui les a déposés. Elle fait lire vers le milieu et sur le côté droit,, en lettres rouges de petite dimension, ces deux épitaphes :

OBPIMOC nAAAADIÛ lAYKYTATÛ ANEWIÛ CTNGXOAAGTH MNHMHC XAPIN

Obrïmos à Palladm,

Très-doux cousin^

Compagnon d'étude. En souvenir,

OBPIMOC NECTOPIANH MAKAPIA lAYKYTATH

.YA(-ffu{jLêKo ? pvaixi ?) M(vTifXTiç)

Xapiv Obrimos à Nestoriané, Bienheureuse^ très-douce {-Épouse ? Fenime ?) En souvenir.

Obrimos, l'auteur de ces deux épitaphes, nous est inconnu. C'est sans doute le mari de Nestoriané. Le titre de celle-ci qui commençait la troisième ligne et qui n'offre plus que la seconde lettre Y et un fragment, A, de la troisième, un M ou un N — faisant lire «uîAÔiÇ, compagne de vie, épouse, comme propose M. de Rossi, d'après le style courant des épitaphes, ou Y«vaixf, femme, comme a proposé le R. P. Garucci * — ce titre est celui d'une épouse, même avec la seconde lecture. En- la supposant vraie, le R. P. Garucci conclut qu' « il serait ainsi certain que Nestoriané fut la femme a d'Obrimos '. » Obrimos devait être un personnage considérable dans l'église romaine puisqu'il a possédé une des absides de l'église du cimetière de Priscille, l'ayant probablement fait construire, et y a mis deux fois sa signature.

* Storia délia Arte ehristiana, voL II, tav. LXXX».

* t ... La lerza linea deU^ épigraphe era del tuUo perita quando xo la iras* criêsi : soltanio rimanevano degli avanzi di lettere, che mi parvepoter supplire vuvottx^ (Avri(i.r|< */.^P^^) ^^^ sarebhecerto die Nestor iana fu moglie di Obrimo. i ibid.

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La première épiiaphe a été consacrée par Obrimos à son cousin, son cousin germain, probablement, selon la signification ordinaire du mot grec. Palladios est appelé a très-doux », comme Nestoriané « très-douce » : ce qui veut dire très-agréable, très-cher. Mais une épithète extraordinaire vient ensuite pour Palladios. Obrimos le qualifie de 2uv(yyoTa<yT^;. Cet adjectif ne figure pas dans les lexiques. On n'y trouve que le mot simple, «r/oXacmi;, de ce mot composé. Les lexiques greqs devront désormais un nouveau mot à la cappella greca. Palladios est dit à la lettre vacaiit avec Obrimos. A quoi ? Ce ne peut être qu'à Tétude des Saintes Lettres, ou à la prière, ou aux deux ensemble. La prière et Tétude s'harmonisent si bien I Afin que vous vaquiez à la prière, dit S. Paul aux époux chrétiens, avec le terme même qu'on lira à la cappella greca : tva crxoXa<r/)T8 '. De son côté S. Jean Climaque appelle (r/okaarriç celui qui, renonçant aux affaires du monde, s'applique à l'étude de la vie éternelle : De lis qui negotiis mundanis se abdicantes vitœ œtemse student *. Les clercs ou les religieux, exclusivement consacrés au service divin, nommeront les jours de la semaine des fériés ou vacances. Palladios et Obrimos étaient donc deux cousins qui, au sein du monde, s'adonnaient tout entiers aux choses divines. Ils étaient compagnons d'étude et de prière, en un mot, de contemplation, et ainsi bien nommés co-scholastiques.

Si on ne voulait voir dans Palladios qu'un simple condisciple ou compagnon d'école d'Obrimos, il faudrait toujours convenir qu'ils fréquentaient ensemble l'école chrétienne. Cette école, qu'on dit fondée à Rome par S. Justin, était une école de philosophes chrétiens, revenant bien à celle des hommes de science sacrée et de prière dont nous venons de parler. Ces scolastiques romains étaient du genre de ces thérapeutes alexsiudnns dont le juif Philon a tant fait honneur à la Synagogue et que l'Eglise aime à revendiquer pour les fils spirituels de S. Marc, disciple de S. Pierre.

La formule « MNHMHC XAPIN, en souvenir, » est celle des épitaphes grecques païennes et rappelle le MEMORIAE AETERNAE des épitaphes latines. XAPIN MNHMHC se lit ailleurs sur un monument

* I Cor., VIT, 5.

• Henri Etienne, Thésaurus Ungucè grœcœ.

LA CAPPELLA GRfiCA 255

chrétien *; et un marbre chrétien d'Arles, du III* siècle au plus tard, dédié par un mari à sa femme, donne la traduction même de la formule de la cappella greca : MEMORIAE CAVSA FECI *. Cette formule désigne le mémorial consacré à une personne distinguée ou chère ; et c'est ainsi qu-on appellera Mémoire, Mémoria^ d'un martyr, son tombeau, son oratoire, sa basilique.

Nestoriané est le sujet de la seconde épitaphe. Elle est appelée^' « douce » comme Palladios, mais tout d'abord « bienheureuse. » Cette expression fxoixapto; est toute chrétienne et s'appliquera d'une manière spéciale aux défunts. Leur cimetière ou dortoir est appelé « le lieu des bienheureux, Matxapojv x«)?oc, » dans l'épitaphe smvante du cimetière de Priscille, née de la même inspiration que la nôtre, si elle n'a été inspirée par elle :

ENOAAE HAYAEINA REITAI MARAPÛN

ENI xapû HN KHAEYE HAKATA EHN ©PEnTElPAN

rATKEPHI^ AriAN EN XPÛ

« Ici repose Paulinà dans le lieu des bienheureux. Pacata a rendu « les derniers devoirs à celle qui fut sa nourrice douce, sainte dans « le Christ *. » Paulina <( douce.» et « sainte ^ n<>i]^rissait Pacata du lait du Christ en même temps que du sien, pareille à cette nourriite d'Agnès du sein de laquelle la jeune fille, au bruit de la trompette du héraut proclamant la persécution, s'élancera pour voler au martyre *. » Sur le sarcophage , de Paulina, Pacata a fait sculpter, d'un côté de l'épitaphe, le Bon Pasteur rapportant sa brebis, paissant

* M. Martignj, p. 173.

' M. Le Blant, no 533 ; Bulïetinoi 1873, ip 53^ » Aringhi, t. II, p. 267.

* Fama referi sanctos dudum retuUsse parentes Âgnen cum lugubres canius tuba concrepuisset, Nutricis gremium subito liquisse puellam,

Sponte trucis calcasse minas rabiemque tyranni, etc. Inscription damasienne daat Toriginal est à Sainte-Agnès-hors-les-Murs.

256 LA CAPPELLA GRECA

ses brebis, allant traire ses brebis, ainsi que la martyre Perpétue Ta vu dans le ciel, et, de l'autre, une forte brebis reposant sous un grand arbre '. C'est le tableau du « lieu des bienheureux » dont le cimetière dePriscille, le cimetière chrétien, est comme le vestibule et l'image. C'est ainsi qu'en compagnie de Paulina et probablement avant elle, Nestoriané a été qualifiée de « douce » et « bienheureuse. »

L'origine de cette expression fxaxapto; appliquée aux défunts est dans l'Apocalypse. Ecris : Bienheureux les morts, ceux qui meurent dans le Seigneur. Oui dorénavant, dit [Esprit, qu'ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent et sont avec eux^ : ainsi disait la grande voix venant du ciel qu'entendit S. Jean après celle de l'ange qui s'écriait : Elle est tombée, elle est tombée la grande Bàbylone, après les tourments aux siècles des siècles dénoncés aux adorateurs de la Bête, après la patience exalté.e des saints qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus. Cette expression « bienheureuse » sera appliquée spécialement aux martyrs. BEATISSIMO MARTYR! JANVARIO, écrit S. Damase sur le marbre qu'il consacre au martyr S. Janvier ^ SANCTIS MARTYRIBVS ET BEATISSIMIS, portait l'inscription de la basilique des martyrs de Porto, Eutrope et ses sœurs Bonosa et Zosina ^ Nestoriané futelle martyre ? Cet indice n'est point suffisant. Mais Nestoriané fut assurément une de ces fidèles des commandements de Dieu et de la foi de Jésus dont l'Esprit-Saint a proclamé du haut du ciel la béatitude.

Le Christ l'avait déjà proclamée sur la terre. MAKAPIA rappelle le Maxapioi de l'Évangile *, dont les béatitudes semblent projeter ici leurs reflets. Nestoriané a été humble, endurante, versant de saintes larmes, ayant faim et soif de la justice, miséricordieuse, d'un cœur pur, pacifique, persécutée pour la justice, « bienheureuse » en un mot, selon la règle du Christ. On dit d'un mot toutes ces vertus. Ce mot est accompagné heureusement d'un autre.

« Aringhi, t. II, |p. 267.

« Apoc , XIV, 13.

» Bulletino, 1863, p. 16.

* Bulletiho, 1866, p. 47.

* Matt., V, 3.

LA CAPPELLA OREGA 257

Les vertus divines engendrent les vertus humaines. Nestoriané fut réponse « très-douce », c'est-à-dire très-agréable et de tous points très-chère ^XuxuTani ; mais c'est qu'elle était d'abord « !:!inheureuse » au sens chrétien, et comme le dira d'un ton divin notre langue^ tant qu'elle sera la vraie langue française, « béate. » Ce terme, qui, en Auvergne, désignait naguères encore une des plus utiles et des plus ravissantes créations de la civilisation chrétienne, la fenime pieuse juge de son peuple en son village, comme Débora sous son palmier, remonte aux catacombes. « Béate et très-douce, » c'est une certaine auréole souveraine descendue du ciel, sur les traits d'Eve régénérée par le Christ, laquelle a commencé avec Marie à s'écrier : « Toutes les générations m'appelleront <c bienheureuse. » Nestoriané a imité les vertus de Marie; elle a marché sur les pas de ses suivantes, les vierges romaines, Pudentienne et Praxëde : elle a été proclamée « bienheureuse » par Rome, et ce titre est inscrit sur ^a tombe, près de celle des saintes vierges, au cimetière de Priscille.

Le « MNHMHC XÂPIN, en souvenir, » tracé par Obrimos sur la tombe de sa femme se retrouvera, avons-nous dit, sur l'antique tombe d'une arlésienne. Simplicius souhaitant la paix à Vibia, (c épouse incomparable », avec qui il a fait, c'est-à-dire vécu quatre ans : PAX TECVM SIT VIBIA, ajoutera : MEMORISE CAVSA FECI \

Palladios, occupant le fond de la niche, Nestoriané la place de droite, il est probable que la place vide de gauche a été occupée par Obrimos, ou du moins lui a été destinée. ÎJno <( bienheureuse » et deux hommes, son mari et le cousin de son mari, « vaquant ensemble » à la contemplation des choses divines, avaient cette place d'honneur au cimetière de Priscille. Ce sont des ancêtres que peuvent revendiquer les religieux. En attendant que les fondateurs de leurs divers ordres, depuis le prophète Elîe jusqu'à S. Vincent de Paul, soient rangés par les papes en garde noble autour du tombeau de saint Pierre, on les voit dans la personne de Palladios,de Nestoriané et peut-être d'Obrimos, primer tout avec les martyrs, dans l'église du cimetière .de Priscille, où sont venus reposer les hôtes de S. Pierre et les compagnons de S. Paul.

* M. Le Blant, no 533. r ^

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Les trois noms de cette abside sont grecs : Obrimos, le fort, le hatdi, Palladios, Y homme de Pallas, Nestoriané^ la femme de la parenté ou de la clientèle de Nestor. A lire ces noms, on se croirait dans Homère. « Ce ne sont point là, à coup sùr^ des Latins, dit le « R. P. Garucci, mais des gens venus à Rome de quelqu'une des pro- « vinces romaines où la langue commune était la langue grecque ^)) Cette famille grecque est bien en harmonie avec les fresques si grecques de lat chapelle ; et peut-être ne fut-elle point étrangère à ces peintures, et le peintre .ou les peintres ne furent-ils point sans relation avec la famille. Il est toujours bien piquant de voir les Romains donner rendez-vous, dans Timportante église du cimetière de Priscille ou dans rentourage,aux Juifs et aux Grecs tout ensemble, comme pour rappeiei^ les paroles de S. Paul : Les Juifs demandent des mitacles et les Grecs cherchent la sagesse. Pour nous, nous préçhonsle Christ crucifié j scandale pot^r les Juifs, folie pour les Grecs, mais pour les élus, Juifs et Grées, le Gkrist, puissance de Dieu et sa^ gesse de Dieu ^ Au cimetière de Saint-Callixte, Rome honorera les martyrs que lui a envoyés la Grèce, quos Grœcia misit. Ici, c'est un philoi^ophe chrétien, c'est une satete femme, dont elle permet à leur digne parent de consacrer la mémoire. Les Occidentaux sont reconnaissants et gracieux aux Orientaux. Que l'Orient s'en souvienne ! Encore une fois si le hasard a fait que la plus ancienne chambre des catacombes romaines et la plus belle, au moins pour la théologie, s'appelAt la cappella greca, le hasard a été heureux.

A quelle date faut-il faire remonter ces deux épitaphes ? On ne peut hésiter qu'entre le second et le troisième siècle. L'absence de symbolisme chrétien et la fommle « en souvenir » continuée des païens pourraient nous reporter vers le second siècle. Palladios et Nestoriané seraient-ils deux des compagnons martyrs.de Symétrius ? A ce compte la qualification de « bienheureuse » appliquée à Nestoriané s'expliquerait à merveille. Ce serait une expression détachée de la huitième béatitude : Bienheureux ceux qui sontper-sécutés pour la justice, car à eux est le royaume des cieux ' 1 Mais

* Tav. LXXX».

• I Cor., I, 22-24.

» Matth., V. 10.

LA CAPPBUA GRECA 259

alors Palladios et Nestoriané auraient été avec Sym^triusrqbjetd'un culte public dont on ne trouve aucune trace. Disons seulement, ce qui parait incontestable, qu ils ont été des personnages importants dans TËglise romaine ; et ajoutons qu'ils ont été rattachés par les liens du sang ou de Tamitié à la famille de Pudens ou à celle d*AquUa et Prisca, sur le terrain desquelles nous sommes, familles, dont Tune est représentée à la cappella greca par le martyr Symétrius, Tautre par la martyre Prisca. A défaut de Tauréole du martyre ces deux noms semblent rayonner comme ceux d'Aquila et Prisca, de Pudens, Pudentienne et Praxède, de Tauréole de la sainteté. On comprend bien ainsi qu'ils aient été placés, comme sur de solennelles dyp tiques, dans Tabside de la cappella greca faisant face à rentrée ; et qu'avec leurs titres de vaquant à l'étude des Saints Livres et à la prière et de bienheureuse^ leurs noms aient été les premiers offerts aux yeux des fidèles qui venaient ici s'instruire, prier et se sanctifier.

III. — La troisième abside de la nef, formant le pendant de Tabside de Palladios et Nestoriané, n'existait pas dans le plan primitif. Avec ses deux murs latéraux, c'était simplement le couloir de l'entrée, offrant quelques places aux fidèles pour l'assistance aux saints mystères. L'entrée a été fermée par un mur droit, un peu oblique, comme l'exigeait la direction du couloir et qu'on distingue parfaitement aujourd'hui de la construction primitive. 11 en est résulté une petite chambre presque carrée et un peu inclinée sur l'apjie de la chapelle *. L'entrée de celle-ci a été transportée alors au fond du sanctuaire ; et l'église a été retournée en conservant toujours et en accentuant de plus en plus sa forme de croix. Elle s'est rapprochée des futures basiliques. Son dessin par terre rappelle à la fois le Saint-Pierre de Constantin et celui des papes, le bras gauche étant du premier, le bras d^oit du secon^. Le sanctuaire est devenu la nef ; l'a-b^i^e ronde du fond, où reposait, cjçoyons-nous le martyr Symétrius, s'est trouvée le sanctuaire ; l'abside ronde du bras droit a offert les sarcophages de Palladios et de Nestoriané ; l'abside carrée du bras gauche a reçu le sarcophage pour lequel elle a été créée, celui, nous parait-il, de la martyre Prisca. Le pèlerin du

> Planche X, 2. — Voir planche I, 2.

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VII* siècle a trouvé son tombeau avec celui de Symétrius, près de Tescalier, dans une chapelle qu'un examen attentif nous dit être la cappella greca.

Sous le second Claude, dit le Gothique, qui tînt l'empire de 268 à 270, la vierge Prisca, de la descendance, on n'en doute pas \ des juifs Aquila et Prisca, obtint, première Agnès, la palme du martyre à treize ans. C'est ce que portent ses Actes, qu'on ne rencontre, il est vrai, qu'au X* siècle*^ mais que rien n'oblige à contredire pour l'essentiel, et que l'Eglise suit dans la légende liturgique de la sainte. D'après ces Actes, Prisca, après avoir souflTert des tourments effroyables, fut décapitée sur la voie d'Ostie, à dix milles do Rome. A quelque temps de là, le pape S. Eutychien, qui siégea de 275 à 283, transporta son corps à Rome, où on le trouve, à côté de celui de Symétrius, au commencement du VIP siècle, dans une chambre du cimetière de Priscille, aux données de laquelle la cappella greca répond admirablement. C'est pour elle qu'a dû être construite l'abside carrée de cette chapelle.

Cette abside^ indubitablement surajoutée, porte divers indices du in« siècle finissant ou environ. Son mur de clôture est assez grossièrement construit; ses ornements de stuc, d'un dessin antique et tout pareil à ceux du sanctuaire de 1^ chapelle, sont d'une pâte beaucoup moins fine ; les loiu'ds ornements à fresques exécutés aux côtés de la porte ouverte au fond du sanctuaire, lors de la création de cette nouvelle abside, et la peinture des trois Hébreux refaite ou rafraîchie avec des tons relativement durs et criards trahissent la décadence de l'art qu'on rencontre au IIP siècle. Il y a, en im mot, une coïncidence frappante entre l'époque assignée à la martyre Prisca par ses Actes, l'indication du topographe du V1I° siècle nous faisant voir Prisca au lieu oii est la cappella greca et la physionomie de l'abside de cette chapelle et des remaniements auxquels sa création a donné lieu. Tout nous montre ici Prisca et la translation de son corps au cimetière de Priscille par le pape S. Eutychien, selon la tradition consignée dans les Actes de la martyre. La transformation de la cappella greca parait bien être le mémorial de sa canonisation.

* BulUiino, 1867, p. 45.

» Ibid.

Le stuc du mur vertical fermant Tabside carrée est tombé aujourd'hui, et il n*y a aucun indice de Tornementation qui apparaissait en arrière du sarcophage déposé là et lui faisait fond. Il ne reste rien non plus de Tornementation de la voûte cylindrique, Tancienne voûte du couloir du cimetière et de rentrée de la cappella greca. Mais une large bordure, offrant des enroulements de feuillage en stuc, orne àTintérieur Textrémité de cette voûte, du côté de l'église, au devant de l'oratoire. Cette bordure est toute pareille aux deux qui ornent l'entrée et le fond de l'ancien sanctuaire de la cappella *, et semble avoir eu pour intention d'indiquer aussi un sanctuaire. Le nom de la martyre Prisca revient encore à la pensée. On comprend que la rencontrant dans de telles conditions d'honneur et à côté d'elle, a l'abside voisine, Symétrius, dans des conditions un peu moins frappantes, le pëlerin du septième siècle ait déposé sur ses tablettes ses impressions dans cet ordre et en ces termes : « En une autre crypte, Ste Prisque et Fimitis (Symétrius) repose « dans une chambre à coucher, Et in altéra S. Prisca martyr et « Fimitis pamat in cubiculo. »

Telles sont les trois absides occupant le fond et les côtés du nouveau sanctuaire de la cappella greca. Nous avons vu la nef de la chapelle, qui est l'ancien sanctuaire, et montré la seconde croix du plan géométral de la chapelle succédant à la première. Nous avons étudié, d'autre part, toutes les peintures du sanctuaire primitif. Notre description de la cappella greca est finie. En l'achevant, qu'il nous soit permis d'y jeter encore un regard pour en résumer tout l'ensemble sous une forme nouvelle de synthèse théologique.

Le lecteur intelligent n'aura pas manqué d'observer que les peintures de cette « crypte merveilleuse » sont un exposé, sous forme historique ou allégorique de tous les dogmes fondamentaux de notre foi et une sorte de mise en tableau des douze articles du Symbole des Apôtres. On fait remonter la composition de ce Symbole aux jours qui précédèrent la dispersion des Apôtres de Jérusalem dans l'univers. Il est donc bien naturel d'en retrouver la substance sur les murs d'une église à côté de laquelle reposaient les hôtes de S. Pierre et les compagnons de S. Paul, et qui était un des princi-

• Planche X, 3. — Voir pi. I, 3. Cf. pi. IV, 1 .

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paux lieux de réunion de TÉglise romaine. Il n'est pas dîfaclle*de l'y retrouver en effet, articles par articles.

« La loi de la prière établit celle de la foi » dit l'axiome catholique *. Il est bien clair, d'abord, que les Romains entrant à la cap^ pella greca, y adhéraient d'avance aux enseignements de l'Église ; que ces Orantes dont on reconnaît trois encore à l'entrée sont des fidèles, c'est-à-dire des croyants ; et qu'ainsi le premier mot qu'on sent palpiter sur leurs lèvres est Credo.

In Deum Patrem omnipotentem, Creatorem cœli et terrai. Dieu le Père n'est aucunement représenté à la cappella greca ; et c'est, on peut le dire, sa représentation la plus parfaite. On l'entend trois fois dans l'Évangile, au Baptême du Christ, au Thabor, avant la Passion : on ne le voit jamais. «Personne n'a jamais vu Dieu : Le Fils uiiique qui est dans le sein du Père et celui qui Va fait connaître , dit S. Jean '. Personne, avait dit le Christ, n'a connu le Père que le Fils et celui à qui le Fils ta voulu révéler ' ; et S. Justin ne manquera pas d'alléguer ces paroles aux Juifs et de leur soutenir que c'est le Verbe et non le Père, comme ils le prétendent, qui a conversé avec Moïse *. Sur les sarcophages le Père sera parfois représenté par une figure humaine, qui, avec deux autres, compose le groupe de la Trinité '. Sur le sarcophage de Junius Bassus • et sur les mosaïques des basiliques, on le reconnaît dans uôe main souveraine émergeant d'un nuage et donnant le livre de la Loi à l'Agneau ou la couronne au Christ. Le silence absolu de la cappella greca semble plus éloquent et plus rigoureusement théologique. Il n'était pas besoin, d'ailleurs, de représenter le Père pour le rappeler aux fidèles. N'est-ce pas à lui que le Bon Pasteur, qui est à la voûte, rapporte sa brebis, disant : Père y ceux que vous m'avez donnés^ je n'en ai pas perdu un seul ' ? Et, dans cette église, n'est-ce pas au Père que s'adresse la prière : Vous prierez ainsi ; Notre Père qui êtes aux deux * ? « On offre, dit

^ Legem credendi statuai îex suppîicandi. « Joan., I, 18.

» Mattb., XI, 27.

* Apol., I, 63.

* Sarcophage de Saint Paul. M. Martigny, p. 597.

* Aringhi, 1. 1, p. 277.

^ Joan., XVIII, 9. •

»Matth.,VI,9.

LA CAPfXLt GRECA ^^

«S. Justin, parlante Rome de la réunion dominicale, le pain et la « coupe d'eau et de vin à celui qui préside les frères, et lui, les pre- « nant, adresse louange et gloire au Père de toutes choses, au nom « du Fils et du Saint-Esprit : il fait avec effusion Y Eucharistie (l*ac- « tion de grâces) pour les dons reçus de lui : et quand il a fini les « prières et rEucharistie, tout le peuple présent dit cette acclama- « tion : Amen *. » Amen est l'équivalent de Credo ; et, c'est ainsi qu'à la cappella greca où rien ne rappelle aux yeux « Dieu le Père », tous les échos redisent à l'esprit : Credo in Deum Patrem omnipotentem Creatorem cœli et terrœ.

Et in Jesum Christum, Pilitim ejus unicum Dominum nostrum. Ce second article du Credo était bien figuré par le Bon- Pasteur apparaissant à la voûte de la chapelle comme dans le champ du ciel et présidant aux S^aisons.

Qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine. C'est le tableau du dessus de rentrée de la chapelle, l'Adoration des

Passus sub Pontio Pilato, cnicifixtis, mortuus. C'est le rocher mystique touché par le bois, qui s'entr' ouvre et verse au peuple l'eau salutaire : c'est le Christ sur la croix qui de son côté ouvert épanehe l'eau et le sang dont naît et va s'alimenter l'Église.

Et sepultus, descendit ad inferos, lertia de resurrexit a mortuis. C'est le paralytique se levant et emportant son lit à sa maison. Daniel, sortant vainqueur des lions dans la fosse, était ici aussi, ce semble, figurant le Christ vainqueur de la mort. Lazare y était peutêtre ou n'était pas loin, et peut-être même Jonas, symbolisant, avec la résurrection des morts, celle du Premier-né d'entre les morts.

Ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis. Le Bon Pasteur représentait bien le Christ remonté au ciel d'oii il est descendu pour nous sauver.

Inde venturus est judicare vivos et mortuos. Le Christ, venant au secours de Susanne et châtiant Babylone, Daniel sauvant Susanne et montrant aux infâmes vieillards le lieu de leur supplice, nous mettçnt sous les yeux le jugement final du monde que doit faire le Christ.

« Àpol., 1, 65.

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Credo in Spiritum Sanctum. L'eau jaillissant du rocher frappé par Moïse, n*est-ee pas Teffusion de TEsprit-Saint?

Sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem. Susanne sainte, c'est TÉglise sainte. Fille de Juda à Babylone, elle représente Tunité et la catholicité de l'Église. Susanne et le Christ, Susanne et Daniel, les trois Hébreux, les trois Mages, c'est, sous toutes les formes, la communion des saints.

Memissionem peccatorum. Le paralytique est le type de la rémission des péchés.

Camis reswrrectionem. La résurrection de la chair était flgurée par Lazare peut-être, peut-être aussi par Jouas, à coup sûr par le paralytique.

Vitam stemam. L'image de la vie éternelle, c'est le Bon Pasteur avec toutes ses brebis ramenées par lui au Paradis.

Ce Credo peint de là cappella greca se retrouvera dans une quantité de chambres des catacombes romaines et sur une infinité de monuments chrétiens. Mais le plus souvent, il n'y a que des articles détachés du Symbole, des scènes prises ou inspirées de la composition générale et en tenant plus ou moins lieu. On se rappelle les feuillets du Livre des morts dont chaque tombé égyptienne contient quelques-uns, le li\Te entier ne se rencontrant guère nulle part. A la cappella greca le Credo est complet, et plus qu'ailleurs, ou je me trompe. Jamais^ en dehors de cette chapelle, je n'ai retrouvé un tel ensemble de tableaux, si bien choisis, si bien liés, si absolus dans leur enseignement, si parfaitement adaptés à une église chrétienne : église placée ici dès l'origine, comme elle le sera partout jusqu'à nos jours où les morts ne trouvent point grâce devant l'impiété, au centre d'un cimetière ou « dortoir » des morts, attendant dans la paix du Christ le réveil de la résurrection. Comme la cappella greca est la plus ancienne des églises qui soit venue jusqu'à nous avec sa décoration, c'est-à-dire sa théologie murale, c'est aussi Téglise modèle ; et on peut l'appeler l'église unique des premiers •iècles.

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