‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 3 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA TOPOGRAPHIE DE LA CArt»ELLA 6RECA.

M. Michel de Rossi, une des lumières de la géologie, comme son frère, dont il est le collaborateur, est le prince de l'archéologie chrétienne, a soigneusement analysé, dans la fioma sotterranea *, le cimetière de Priscille, distingué à tous les titres. Ce cimetière n a pas été d'abord creusé et taillé, comme presque tous les autres, pour des sépultures. C'était originairement un arénaire aux larges ambulacres, légèrement circulaires, où roulaient les chariots. Les Pudens, ou les Juifs Aquila et Prisca, y exploitaient la pouzzolane. L' arénaire a été transformé en cimetière par des travaux de construction. Les Pudens, Aquila et Prisca y ont été déposés, et avec eux de riches parents ou amis, comme en font foi de magnifiques peintures et de belles épitaphes gravées sur le marbre, et aussi nombre de pauvres gens, ainsi que le démontrent ces loculi fermés avec trois briques et contenant l'épitaphe grossièrement tracée au minium ou oxyde rouge de plomb. La place manquant aux morts avec le temps, des galeries cémétériales, en ligne droite et de peu de largeur, pour ménager l'espace et la dépense, ont rayonné autour de ce noyau dans tous les sens et de degré en degré. On y a enterré de la fin du second siècle environ au commencement du cinquième. Au centre du noyau antique est la cappella surnommée greca.

Voici en quels termes M. de Rossi décrit sa physionomie générale et celle de la région environnante, rappelant dans la Roma sotterranea ce qu'il vient de dire dans les Immagini scelte délia B. V. Maria :

» T. I. Analisi geologica ed architettonica, p. 33. Un plan oflre dans tous ses détails la partie de Tarénaire, devenue cimetière, qui touche à la cappella greca, et ses premières dérivations proprement cémétériales.

LA CAPPELLA GRBCA il

hà résvmé, dît-il, dans cet écrit, quelquet-nns des arguments démontrant la. très hante antiquité de la région de ce cimetière, au centre duquel est ce qu'on appelle la cap}iella greca; région que j*ai déclarée être la primitive et Toriginaire, celle où eurent leur sépulture les premiers Pudens et d'insignes martyrs, d'où est Tenue à la nécropole de Priscille une si grande renommée. Aujourd'hui on déblaie le centre de cette région, et le déblaiement apporte la vérification que là précisément était le groupe grandiose des cryptes historiques indiquées par noa topogr^bes ^ Les caractères d'antiquité de la cappella greca et de toute la région environnante sont le style classique des fresques ; les scènes qui y sont représen* tées, dissemblables, pour la plupart, des types consacrés du cycle des peintures chrétiennes : les très beaux ornements en stuc ; une famille spéciale d'inscriptions tracées au minium sur les tuiles, où les formules solennelles de Tépigraphie chrétienne n'apparaissent pas encore, mais des noms nus, quelquefois le salut apostolique pax tecum, très-souvent le symbole de Tanere. Là encore^ dans les inscriptioas gravées sur la pierre, je remarque des caractères d'une rare beauté et de formes classiques ; là l'épitaphe d'un TITVS FLAVIVS Felicissimvs. Enfin les hypogées ou les sépulcres où règne ce groupe de monuments archaïques sont très (fifférents de l'excavation cémétériale accoutumée. Les ambulacres sont un. antique arénaire qu'on a commencé à former en une petite sépulture ; de là ont nyomié ensnite les voies creusées par les fossoyeurs chrétiens. Les sépulcres sont la plupart de petites niches surmontées d'un arc et destinées % recevoir de grands sarcophages. Bosio a vu là beaucoup de ces sarcophages, et nous voyons encore Bombre de leurs fragments. La crypte majeure, vulgairement appelée cappella greca, n'est pas taillée dans le tuf, mais toute construite et sans loculus aucun : elle a été destinée, elle aussi, à des sarcophages seulement '. •

Six ans plna tard, en 1870, M. de Rossi ajoutait, chemin faisant, ces lignes intéressantes aux précédentes :

Dans cette suscQte nécropole, dont l'origine remonte au premier siècle de FEgKse romaine, on a récemment exploré la région centrale et primordiale, riche dt ptinlares très antiques et de nombrevx et divers indices d'archaïsme. Le dernier sceau de vérité a été imprimé à ces indices par la découverte d'un grand nomhre d'épitaphes de fidèles ensevelis là, les unes .peintes sur des tuiles, les tutres gravées en lettres de formes classiques, dictées dans le style de la plus exquise latinité épigraphique et appartenant à des personnes dont les noms s'adaptent à la {génération qui a vécu au temps des Jules, des Claude et des premiers àurMe Angoste '.

* < Les plus fameuses cryptes du cimetière de Priscille », dit M. de Rossi, p. 173.

' Borna sotterranea, 1864, 1. 1, p. 188 ; voir p. ISfâ. ' Bulletino, 1870, p. 56.

ii LA CAPPELLA GRECA

Voici maintenant la topographie de la région précise de la cappella greca et de la cappella elle-même. Je la puis donner d'après le plan inédit du cimetière de Priscille, levé par M. Michel de Rossi, dont il a bien voulu me faire copier une partie. Ce plan, dressé sur réchelle d'un cinq centième, est suppléé pour la cappella greca par celui plus étendu de d'Agincourt \ et par mes notes ou souvenirs.

Sous l'emplacement, peu s'en faut, de la basilique de Saint-Sylvestre *, un escalier antique débouche sur le flanc et au milieu d'une grande église souterraine, d'un alignement irrégulier et un peu tournant comme une galerie de l'arénaire. L'église mesure environ 24 mètres de longueur sur une largeur moyenne d'à peu près 4 mètres. Deux lucernaires l'éclairaient aux deux extrémités. Les deux côtés et un des fonds sont flanqués de huit chambres inégales ayant sur l'église une ouverture parfois réduite à un simple couloir. Elles portent des traces de diverses époques, depuis le siècle d'Auguste, ce semble, jusqu'au siècle de Constantin. L'une, carrée, à côté de l'escalier, garde quelques vestiges de ses peintures qui rappellent assez le second siècle : on croit reconnaître le Bon- Pasteur au centre de la voûte. Une seconde, en forme de croix, à l'extrémité, à droite, de l'église, en descendant l'escalier, offre quelque vestige du stuc encore si lin du second siècle et de sa peinture légère et élégante ; le monogramme constantinien est sur la pierre d'un loculns postérieur : les graphites abondent, indiquant un sanctuaire historique. Une troisième, en face de l'escalier, porte les caractères de la plus haute antiquité. C'est une salle carrée, basse, toute couverte à l'origine de grands rinceaux en relief du stuc le plus fin et du dessin le plus classique. On en trouve çà et là des traces sur les murs ainsi que des restes de génies tenant les tiges de ces rinceaux. Deux vastes chambres priment toutes les autres, à égale distance de l'escalier et vers les angles opposés de l'église.

L'une, du côté de l'escalier même, est une crypte rectangulaire à abside, de quelques 6 mètres de long sur 4 de large, gardant de nombreux restes de son revêtement de marbre, mais ayant perdu toutes ses peintures ou mosaïques, et offrant pour tout renseigne-

• Tome VI, pi. IX.

* Immagini, etc., p. 18, — Voir planche J.

LA CAPPELLA GRUCA 13

ment un bisôme ou tombeau à deux corps à la place de Tautel, vers rentrée de Tabside, et, entre ce tombeau et le fond de l'abside, un tombeau d'enfant qui a eu le privilège de reposer auprès des saints.

L'autre, vis à vis de Tescalier, est une crypte en forme de croix ayant une nef presque rectimgulaire et trois niches à la tète et aux bras : celles de la tète et du bras droit, polygones enbas^ sphériques en haut, celle du bras gauche irrégulièrement carrée. Les premières ont contenu des sarcophages, et chacune en pouvait recevoir trois. L'ornementation en est sévère, sans figure humaine, sans guirlande végétale. Autour de l'entrée de la troisième, règne une large bande circulaire de rinceaux en stuc : cette niche a contenu un ou plusieurs sarcophages. La nef présente intérieurement, à l'entrée et au fond, cette bande de rinceaux dont nous venons de parler; dans sa partie inférieure règne ime ornementation architecturale qui parait être de la fin du III<' siècle et continue dans les niches ; il en est tout autrement de sa partie supérieure. La voûte à part, dont le revêtement de stuc est presque entièrement tombé, elle est toute recouverte de peintures à personnages, accompagnées de quelques ornements ; et ces peintures nous reportent d'abord à la première moitié du second siècle ou à la fin du premier.

La crypte mesure plus de six mètres de long et autant de large, d'un bras à l'autre de la croix. La nef, rectangle irrégulier, a 0"* 88' et 0" 66 sur les côtés de l'entrée ; environ 1" 16 pour l'entrée même, soit environ 2° 70 sur ce côté tout entier ; 3° 44 sur le côté gauche ; 3" 00 su le côté droit. La voûte est un dôme ellipsoïde dont les extrémités reposent sur deux tranches de sphère, appuyées sur un grand arc s'avançant du fond du mur : triple ascension absidale où l'imagination reconnaît en germe les grandioses merveilles de Sainte-Sophie. La hauteur, à compter du soi primitif, abaissé au centre de la salle^ mais conservé visiblement sur un des bords et dans un des bras de la croix^ est d'environ 3"^ jusqu'à la naissance de la voûte, 3°" 50 jusqu'au centre. La hauteur est de quelques 30' de plus au centre de la croix entre les niches. La' crypte a été retournée vers la fin du troisième siècle. L'entrée était d'abord au côté opposé « Féglise souterraine, et la nef actuelle formait le sanctuaire. Une porte a été percée dans le mm* du fond, en mutilant une des figures peintes sur le mur. Elle n'a pas été placée

14 LA GAPPBLLA 6RBCA

au miKètt, iiuds ajtetée de manière à présenter au-deaaus du datre de la porte un grand buste oonservé de la peinture et^ sur les côtés, les figures correspondantes du tableau. Un dôme, orné de peintures» aujourd'hui méconnaissables^ sauf une orante àTun des pendentifs, et trois niches autour du dôme^ celle de gauche ayant pour fond un mur qui ferme l'ancienne entrée, sont devenus alors le sanctuaire, fin reUMUnant de nouveau la crypte et en défonçant Tune ou peutêtre les deux niéhes des bras de «roix^ pour faire un couloir aboutissant à Tescalier par un étroit circuit qui dérobait l'entrée du lieu saint, on a la crypte primitive.

Les fossoyeurs modernes, ayant remarqué dans la nîche de droite deux inscriptions grecques tracées au minium : « O^pifjioç Necrropiavi) « (Acexapca Y^uxu-ranj, Obrimos à Nestoriané bienheureuse, très-chère —

<( 0Cp«{«.0( naXXoâto) y}jiàx\jraxt»i av«\|/ia> ouvoxoXaary] M.vr|(jiT}; xaptv, Obrimos à la

4( mémoire de Palladios, son très-cher cousin et compagnon détude^ » ont appelé cette crypte cappella greca; et ce nom lui est resté d'autant plus aisément que ses peintures rappellent bien celles de Pompéi et ont un air grec qu'on ne rencontre nulle part ailleurs dans les catacombes.

Il ne me paraît pas impossible ni même très difficile de savoir le nom historique de ces deux cryptes magnifiques, et peut-être le nom respectif de chacune.

La cappella greca, d'après M. de Rossi, est <( la crypte centrale * » de « la région centrale et primordiale ' » du cimetière de Priscille, du « centre primordial où l'excavation commença '. » C'est donc la diambre de Pudens, ou celle d'Aquila et Prisca, ou une chambre très prochaine de celles-là. La splendeur exceptionn^le de la cappella greca, le culte qui s'est fait auprès et dedans nous disent môme assez que c'est une des deux, ou une chambre attenant à l'une des deux, et que la seconde chambre, d'une splendeur diverse, mais pareille, est l'autre. Or voici que des conjectures si plausibles sont confirmées par des indications positives. Le pèlerin qui, entxe 625 et 638, visita les cimetières de Rome, venant an ohnetfère de

* ImmcLQ,, p. 10.

« BulUL, t870, p. 56.

' Immag,, p. 48.

LA GAPPraiA ORKGA t^

PHwnlto, dOTteudit de hi basilîqixe de 6i»]it^)dv6Btr6t où il vit le tottbeau de œ pape, à ses pieds saint Syrice^ à droite saint Céleatiu et saint Marcel^ ailleurs les martyrs Philippe et Félix, dans la îcatacûflabe. Là, il dit avoir meontré saint Grescentilus {Iwz Crescen^ tien), martyr, en une vaste crypte qu'il appelle eavernid, spehmom ; c'est te cuMenlum clarmi des AieteSi Pnkiril ajoute : a JEn une autre, » sainte Prisque, mart3nre, repese, et FimiUs {Hm» Symetrîus) dans » un cubiùubim, quand vous sortez^ et, en une autre ^verne, sainte » Pdéenlieoiie, marty^e^ et Praxède : Et m ^pekmca CrescerOmst n marîir, ei in altéra S, Prisca^ martyr, et FmMs pausai m euéieulo » quando exeas et in altéra S. Potenciana, martyr, et Praocidis * » L'auteur de la Notitia portanmt, i)iarum, ecciesiarum eirca urèem Romam, qui écrit entre 64S et 682, a vu les choses de même : Deinde basilica S, Silvestri... et prope Paulus et Crescentianus, Prisca et Semelrtus, Praxedis, Potenttana pausant *. Voilà bien les deux sanctuaires illustres que nous rencontrons près de Tescalier antique, quando exeas : la cappella greca et la petite basilique revêtue de marbre ; et puisque Pudentienne et Praxède sont ici d'un côté, Prisca la martyre, de l'autre, qui a dû être inhumée près d'Âquila et Prisca ses ancêtres, comment ne pas être frappé de l'identité ?

L'inspection de la région centrale du cimetière confirme bien cette hypothèse. La partie du plan publiée par M. Michel de Rossi ' offre à quelques 30 mèrtres à l'ouest de la cappella greca, près dtf puits antique par cù on tirait la pouzzolane et dont les chrétiens ont fait un lucemaire, deux escaliers. L'un aboutit près d'une petite basilique d'environ 4 m. If2 de long, qui pourrait bien être une des spehmca du pèlerin ; mais je n'en vois pas une seconde. Il en est de même de l'autre escalier. Il n'y a rien là d'ailleurs des constructions grandioses qu'on a droit d'attendre au lieu des sépultures des Pudens, des martyrs Symetrius et Prisca, d'Aquila et Prisca ; et il n*est pas naturel qu'elles aient été placées si près du puits par où les ouvriers ont dû continuer plus ou moins longtemps leurs travaux.

* Roma sott,^ t. 1, p 176.

^ /Wd., p. 177,

' fbid., 1. 1, analisi, p. 32.

16 LA CAPPELLA GREC A

Elles sont bien à quelque distance de là, en se rapjHrochant de la voie Salare, aux bouts de la grande église souterraine qui les réunit.

Mais où était la chambre de Prisca, où celles de Pudentienne et Praxède, vues par le pèlerin, près de l'escalier? Peut-être pourronsnous le savoir aussi.

M. de Rossi^ parlant de la basilique de Saint-Sylvestre et de ses ruines^ dit : « L'emplacement que ces ruines couvraient corres- » pond exactement à la région du souterrain où se voit notre pein- » ture : je Tai constaté moi-même ». Il s'agit de la peinture de la Vierge contemporaine des peintures de la cappella greca \ Or, le

> Immagini, p. 18. — Bosio a vu ces rainée, et ses indications nous amènent à placer là la basilique de Saijit-Sylvestre. Un des deux lucemaires voisins qu'il indique se retrouve à quelques mètres au nord du cubiculum de la Vierge, à l'ouest de la cappella greca. Voici son précieux texte omis par Aringfai :

c Entrandosi dunque in questa Vigna (de' Guppeis), per il cancello, che stà sopra la strada maestra Salaiia, si scorgono à mano destra moite muraglie, e vestigii di fabriche antiche, tutte coperte d'edera ; le quali dimostrano esser state d'una chtesu, vedendosi li vestigii délia tribuna e dslle cappelle : e crediamo fosse la Chiesa del Cimiterio, da alcuni chiamato di S. Silvestro ; dalla quale di sopra habbiamo fatto mentione : e poco lontano dalU medesinii vestigii di fabricbe verso la medesima mano destra, si trova Tadito del Cimiterio trà le rovine di certe muraglie, parimente coperte d'edera ; di maniera, cbe difûcilmente si protrebbe ritrovare da chi non havesse la prattica. Si trova trà le medesime una semita, che va scendendo alquanto à basso, e poi arriva ad un piano (se bene molto ripieno di terra) dove si trovano due bocche del Cimiterio, ambidue verso Ocddente ; e crediamo, che siano gli antichi aditi di esso Cimiterio : percioche nel principio d'una di esse bocche^ vi trovammo un cubicolo tutto stuccato ; in messo délia volta del quale è un spiraglio quadro da ricever il lume, ancur hoggidi aperto ; et quindi poco lontano si vede un altro simile spiraglio nelP istessa volta ; pero chiuso, e di forma rotonda, di palmi sel in circa di circonferenza. Intomo a dette cubicolo si vedono alcuni aditi che rispondono nel Cimiterio ; ripieni pero di maniera, che ci risolvemmo di lasciar questa bocca e tentar d'entrar per Taltra che (come habbiamo dette) e quivi antiqua ; la quale consiste in un pertugio cavato nel tufo, che ritrovammo aiigustissimo, etc. (p. 533). »

Ce texte démontre bien que la basilique de Saint-Sylvestre était à l'ouest de la cappella greca ^ et ainsi que le pèlerm du septième siècle, descendant de cette basilique, a dû rencontrer la cappella avant la petite basilique souteri-aine. C'est donc, nous Talions dire, à la cappella qu'il faut attribuer les sépultures de Prisca et de Symétrius, à la petite babilique celles de Pudentienne et Praxède.

C'est le 19 octobre 159^ que Boâio pénétra, à travers les ruines de la basilique de SaintrSyivestre, dans le cimetière de Priscille.

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Voie Salare — au 3' mille environ de Rome.

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