AVANT-PROPOS
LeS noms de Stuart et deRevett, si justement célèbres parmi les artistes , nous dispensent de toute réflexion sur les antiquités d’Athènes, qu’ils ont mesurées et restaurées avec tant d’exactitude et de discernement. La réputation de cet ouvrage, et son prix trop élevé, nous ont fait penser qu’une réduction exacte, et d’un bas prix , pourrait être de quelque utilité pour l’art , en mettant dans les mains de tout le monde ces chefs-d’œuvre que tant de jeunes gens ne peuvent se procurer.
Nous n’ignorons pas la préoccupation actuelle des esprits en faveur des arts du moyen-âge, et l’espèce d’ouhli qui semble menacer ceux de l’antiquité : cette réaction était inévitable après le goût exclusif pour les Grecs et les Romains, au temps si près de nous encore de la république et de l’empire, et ceci fera peut-être dire que nous choisissons mal l’instant de notre publica-
cation. Ceux qui nous feraient cette objection envisageraient d’une manière toute différente de la nôtre la position présente de 1 art qui nous occupe, et voici les raisons que nous croirions pouvoir leur opposer.
Sans approuver complètement la tendance à l’engouement des arts du moyen-âge , nous sentons tout ce qu’il peut y avoir d’heureux dans ce premier effort tenté contre l’admiration exclusive de l’antique. Nous croyons que généralement tout système exclusif , en fait d art , n’est propre qu’à égarer dans des réactions exagérées ( témoin le règne de Louis XV , où le mépris de leur antique simplicité amena les formes les plus bizarrement contournées) , et c’est précisément par cette raison que nous réclamons en faveur du siècle de Péri clés. Nous pensons qu’aucune époque n’est à négliger, qu’elles ont toutes leurs genres de beautés qui ne peuvent ni se comparer ni se nuire, qu’elles ont toutes la môme valeur, comme traditions qui doivent nous guider, sans être susceptibles d’être copiées à moins de grands changemens, et que vouloir * proclamer la supériorité de l’une sur les autres est une erreur dangereuse. Aux yeux de tous
ceux qui se sont un peu occupés des causes qui donnent naissance à des types nouveaux dansles arts, une architecture nouvelle est aujourd’hui tout-à-fait impossible. On ne peut pas prétendre de nos jours à l’invention , on ne peut que combiner les débris du passé; mais on aurait tort de croire pour cela, qu’on ne peut que reproduire textuellement les exemples que “nos prédécesseurs nous ont laissés. Aucun des siècles que nous admirons n’est calqué sur les précédens, et ceux même de transitions, qui dans un ordre inférieur ont bien aussi quelque beauté, ne doivent leur caractère distinctif, leur originalité, qu’aux efforts tentés pour quitter des routes trop battues, et préparer instinctivement l’enfantement des arts futurs.
La tâche est donc présentement aussi difficile et plus pénible qu’aux temps florissans, puisqu’on marche sans but déterminé, et que rien ne peut indiquer bien clairement si l’on se meut dans une bonne direction. Mais, à défaut de l’inspiration religieuse, seul foyer où les arts peuvent se fondre et prendre une forme nouvelle , la science du passé est le seul guide qui puisse aujourd’hui garantir des écarts de la
bizarrerie et du mauvais goût, et l’on ne saurait trop s’étayer, dans ces instans difficiles, des chefs-d’œuvre de tous les temps.
C’est dans la conviction de ces idées, que nous avons entrepris de vulgariser les connaissances artistiques enfouies dans les bibliothèques, en publiant, sous un format peu dispendieux, un parallèle ou résumé de tout ce que l’architecture a fourni de remarquable dans tous les pays et dans tous les temps, et que nous avons commencé par celle des Grecs, comme étant la plus pure et présentement la mieux comprise , nous proposant de publier incessamment, dans des traités séparés, celles des Indous, des Egyptiens , des Romains , des Arabes, des Maures, des Goths , ainsi que celle connue sous le nom de Rernaissance. /
ACROPO LIS.