S. Hygebald, abbé dans le Lincoln sbire
Il est évident par les noms que ce calendrier fut dans l'origine approprié au nord de l'Angleterre. Je n'en ai encore rencontré aucun appartenant aux églises du sud; mais Wanley (p. 291.) a extrait les noms suivans des litanies contenues dans un manuscrit de la bibliothèque de Norfolk, appartenant à la société royale.
martyrs. SS. Edward, Oswald, Edmond, Alban, Kenelm, ;£tbelbriht.
evèques et confesseurs. SS. Cuthbert, Swithin, Dunstan, Ethelwold, Birnstan, Elpbègc, Rumwold, Golumban , Erconwald , Hedda, Fritbestan, Gutblake, Iwig.
vierges. SSte* Etheldrithe, Eadgive, Sexburh, Eadburb , Withburh , -Etbcidrithe , Mildritbc, Osgith, Mildburh, F rithcswitb % jEthelburh, "Warburh, JElgiva, Maerwenn et £)thelflaeda.
Relativement aux images la science des deux Spelman les a mis à portée de faire quelques découvertes curieuses. Alfred-le-Grand, dans la préface de ses lois, a inséré un abrégé du Décalogue où étaient omis les
6o4 NOTES.
mots : * Tu ne feras pour toi-même aucune chose taillée. » Alors d'où pouvait donc venir une telle omission ? Sir Henry Spelman nous répond sérieusement qu'elle fut faite « par politesse pour l'Eglise romaine, qui, dès le temps quelle eut adopté le cuite des images , avait d'abord effacé le second commandement du Décalogue.» La fraude paraît cependant avoir inspiré au roi quelque remords , et pour accommoder l'affaire, avec sa conscience il ajouta le précepte suivant : « Tu ne feras pour toi-même aucun dieu ni d'argent ni d'or. » Voilà jusqu'où est allé sir Henry Spelman. ( Conc.y tom. I, p. 363.) Sir Jean Spelman poussa plus loin encore les découvertes de son père, et apprit au public que l'addition irrita la cour de Rome, et fut une des causes qui privèrent le roi de l'honneur d'une canonisation, (Speîm., Vie cC Alfred, p. 220, edit. Hearne.) Ces découvertes si importantes ont été accueillies avec applaudissemens et proclamées avec enthousiasme par le préjugé ou l'ignorance d'historiens postérieurs. (Smolett, vol. I, p. 374; Henry, vol. IH, p. a5 1.) Néanmoins les éloges qu'obtinrent les Spelman n'ont pas été universels , et si quelque antiquaire moderne est jaloux de leur disputer la palme de l'absurdité il peut encore trouver matière à sa sagacité en cherchant pourquoi le monarque a omis un autre commandement : « Tu ne convoiteras point la femme de ton voisin. » Peut-être un lecteur vulgaire attribuerait-il ces deux omissions à la même cause, persuadé que les préceptes omis étaient suffisamment compris dans ceux qui étaient exprimés.
NOTES. 6o5
A l'époque de la conversion de nos ancêtres les chrétiens de l'occident faisaient usage de différentes traductions latines des Ecritures. La même diversité eut lieu dans l'église anglo-saxonne pendant son enfance. A Lindisfarne on chantait les psaumes d'après une traduction du grec , corrigée par S. Jérôme ; à Cantorbéry suivant une autre traduction du grec, qu'Eddius appelle la cinquième édition. (Quintam editionem. Edd. Vit. S. Wilj., p. 45; A et. SS. Bened. Sœc., IV, tom. I, p. 678.) A Weremouth l'abbé Céolfrid procura à ses moines trois exemplaires ( des bibles ) de la nouvelle traduction et un de l'ancienne. (Bède, Vit. Abbat. IVirem., p. 299. ) La nouvelle traduction était celle de S. Jérôme. Elle fit bientôt abandonner l'ancienne , excepté dans l'office de l'église , où ils continuèrent à chanter les psaumes et quelques autres parties suivant l'ancienne version. Dans ses commentaires Bède est généralement d'accord avec la Vulgate actuelle, bien qu'il renvoie quelquefois à l'ancienne traduction; {Expos. Gènes., p. 34 j 36, edit. Wharton.) mais dans son analyse du cantique d'Habacuc il a suivi la version ancienne quoiqu'il cite de temps en temps celle de S. Jérôme et les différens textes des autres manuscrits. [Expos. Cant.Abac., p. 199, 2o3, 2o5, etc.)
Dans la version anglo-saxonne des évangiles publiée à Londres en 15^1, et réimprimée par Junius et Marshall à Dordrecht en i665, se trouvent plusieurs versets qui correspondent au célèbre manuscrit de Bèze, publié par le D. Kipling. C'est ce qui a fait
naître l'idée que l'Eglise anglo-saxonne se servait d'une version latine des Ecritures très différente de la Vulgâte. On peut néanmoins faire observer que tous les exemplaires de la Bible existant en manuscrit qu'on sait avoir appartenu aux Anglo-Saxons sont de la traduction de S. Jérôme. Quelques-uns sont très anciens : dans la bibliothèque appartenant au doyen et au chapitre de Durham se trouvent deux fort beaux exemplaires des quatre évangiles écrits vers Tan 700 ; (A. II, 16; A. II, 17.) dans le muséum anglais (Nero, D. 4-) il existe un autre exemplaire des évangiles écrit avec soin vers l'an 686 par Eadfrid, qui devint ensuite évêque de Lindisfarne. Ethelwald son successeur l'enlumina et le décora de plusieurs dessins élégans. L'anachorète Bilfrith l'enrichit de pierreries et d'ornemens d'or et d'argent en l'honneur de S. Cuthbert ; et le prêtre Aldred y ajouta ensuite une version interlinéaire. Pendant la translation du corps de S. Cuthbert en 885 cet exemplaire se perdit en mer 5 mais il fut retrouvé trois jours après. Si nous en croyons le rapport de Siméon de Durham l'eau ne l'avait point endommagé; (Sim., p. 1 17.) mais M. Wanley crut y apercevoir quelques taches qu'il attribua à cet accident : il est encore très bien conservé. Le révérend M. Stone à Stonyhurst possède un autre manuscrit plus ancien encore de l'évangile selon S. Jean, qu'on présume être le même que Bède dit avoir appartenu à S. Boisil, maître de S. Cuthbert. Une épigraphe d'écriture plus récente indique qu'il a été tiré du tombeau de ce saint; mais c'est probablement une méprise. L'histoire contemporaine de la traduction de S. Cuthbert dit que « le manuscrit qu'on ensevelit avec
I ui était un livre des Evangiles; (Act. SS, Bened. sœc. If^, p. 296.) que la copie de l'évangile de S. Jean qui avait appartenu à S. Boisil était conservée dans l'église dans un étui de peau rouge, et que l'évêque la traduisait en chaire pour le peuple, la tenant à la main. » {Ibidy p. 3o 1 .)
Comme tous ces manuscrits contiennent la version de S. Jérôme je pense qu'il ne doit y avoir entre la traduction anglo-saxonne et le Codex de Bèze qu'un rapport accidentel. Tel est le rapport qui existe dans plusieurs passages entre ce Codex et le célèbre manuscrit de l'abbaye de Corbie; et il est assez probable qu'une copie de ce manuscrit ait été apportée en Angleterre par quelques-uns des moines qui, sur l'invitation de S. Dunstan, quittèrent Corbie pour aller instruire les cénobites anglo-saxons. Ce fut bientôt après qu'on en fit une traduction.
Il est bien connu que plusieurs des voyelles et des diphthongues grecques sont diversement prononcées par les habitans actuels de la Grèce et par les sa van s de quelques-unes des nations plus occidentales. Après la renaissance des lettres les raisonnemens ou l'autorité de Manutius,' d'Erasme, de sir Jean Cheke, de Bèze, de Gretser et de quelques autres engagèrent différentes universités à rejeter l'ancienne prononciation pour en adopter une nouvelle. Il serait difficile sans doute de décider entre les avantages respectifs des deux systèmes; mais il est plus curieux et plus aisé de découvrir la manière dont on enseignait aux Anglo-Saxons à prononcer les lettres grecques. Ce fut Théodore de Cantorbéry qui introduisit en Angleterre la connais-
sance de cette langue. (Bède, Hist.y 1. IV, c. 2.) Il était originaire de Tarse en Cilicie, et versé dans la littérature grecque, d'où l'on pourrait sans témérité conclure que la prononciation qu'il enseigna était la même que suivaient à cette époque les naturels de la Grèce.
Dans la bibliothèque de Gotton ( Galba, A., 18.) se voit un petit manuscrit qu'on dit avoir autrefois appartenu au roi Athelstan. Il fut écrit en 703, treize ans après la mort de Théodore. ( Ibid, f. 16. ) Il contient un calendrier orné de gravures, un psautier, des prières, et un fragment des litanies en langue grecque, mais en caractères anglo-saxons. L'écrivain paraît avoir ignoré le grec, et avoir transcrit quelque autre copie ou avoir écrit sous la dictée d'un autre. De là proviennent quantité d'erreurs dans cet ouvrage : mais son système général d'orthographe dénote clairement les sons qu'on donnait alors aux voyelles et aux diphthongues. Pour l'agrément du lecteur je transcrirai le Pater noster et un abrégé du Credo; mais auparavant il sera nécessaire d'avertir que dans l'orthographe anglo-saxonne les voyelles a, ey i doivent être prononcées de la même "manière qu'elles le sont en latin par tous les peuples de l'Europe, à l'exception des Anglais.
IIccT/p r,|xwvo£v rot; ovpavoi;- ayiarôîQTw to ova/xa <rov. eXOs™ n Pater iuiouoyntys uraais agîasthito onaman su. Klthetu e BafftXsta <rov ytvrtQnT<* to Ssfojjxa oov, uç ev ovpava» xat em tt; Busilia s genitthito to theliman su, oss en uuranu ke ep tas 7*35" tov aprov npv tov smovatov âoç r,u.iv ffr,/x£pov, xat aysç rt[tiv gis. ton arton imoa ton rpiossion doss imin simero. Ke afîes iuiin r* ©f€i>>jprra Tjpav wç xoi r,ptnç oftsptîv toi; ofsàerMi «pav ta ottïtrmata inion os ke imis aftîoram tas opliilelas imon
xat fxyj eweveyxrjç rlficu; stç *r«pa*p>v , «Ma puo~at y;ptaç am> tov ke mi esininkes imas is perasmon, ala ryse inias apo tu
7T0V>jp0V.
poniru.
Fliç-evw etç tteov rrarepa TravTOxparopa, xat etç Xptçov lnaovv Pistheu is then paiera pantocratero , ce is Criston ihu vtov avTOv tov ptovoyevrj , tov xuptov yjpwv , tov yevyjôevTa ex yon autu ton monogen ton quirion imon, ton genegenta ek TrvevpuxToe aytov , ex Maptaç ttjç Trapôsvov , tov are ttovtiov IIt>aTOv pncumatus agiu ec Maria tis parthenu. ton epi Pontio Piiatu ç-avpeoGevra, TayevTa, ry rptTY) yjptepa A vaçavTa ex vexpwv, ava€avTa staurothenta, tafinta, te trite imera anastanta ec nicron, anaunta nç touç ovpavovç, xa0>jpisvov ev o*eÇta toi» waTpoç, oQev epjçerat
is tos ura nos; catimenon in dcxia tu patros, oten erchete xptvat Çwvraç xat vexpovç. Kat etç 7rvsvpta aytov, ayt (tov xotvwvtav )
criue zontas ce nicros. Ce is pneuma agion agri ayeo-tv aptapTtwv, o*axpo; avaç-afftv. apt»jv.
nfisin nmnrtion, sarcos anasta. Amen.
Afin qu'on ne s'imagine pas que ce soit une orthographe particulière à l'écrivain du manuscrit j'y joindrai un autre échantillon du premier chapitre de la Genèse, tiré d'un manuscrit anglo-saxon de la bibliothèque Bodléienne. (NE.D.,II$ f. 28; Hicks, The*., p. 1 68, en a publié un fac-similé.)
Ev ap^>j eTrotr^ev 0 Qeoç tov ovpavov xat txjv yrjv. h ô*c yn En archi epoeisen o thcos ton ouranon ce tin gin. 1 de gi
nv aoparo; xat axaTaTxevoTro;- xat oxotoç ïjv 67rav&> r/jç aôWov.
in aoratos re acatascenastos. ce skotos in epano tis abussu.
Kat Trvevpx 6eov ere<pepeTO ewavo) tov vo^aTOç. Kat etTrev 0 0eoç
Ce phneuma theu epefereto epano tu ydatos. Ce ipen o theos
7ev»j0»jTO fwç, xat tytvero ywç. Kat ettfev 0 Qsoç to <pa>ç on xaXov.
genethito fos, ce egeneto fos. Ce iden o theos to fos oti kalon
Kat o^te^uptcrev 0 Q&oç.
Ce chechorisen o theos. ,
Cette manière d écrire le grec n était pas particulière aux Anglo-Saxons ; elle se retrouve dans le modèle que Mabillon a donné des caractères dans le Codex Dyonisianus. (De re Diplomate, p. 367.)
Htçcvu ftç «va 6«ov 7raTep«-xat ttç ro ïrvrupx ro ayiov to Piateugo is eiia thoon patera-ke is to pneuma to ngion to XVCCOV XOU Ç0W7T010V, to ex tou jraT&oç. kyrion ke xoopiou , to ek tu patros.
Il faut avouer que ces extraits offrent bien des erreurs; cependant si l'on compare attentivement les mots et les syllabes où l'oreille était moins susceptible de méprise on en conclura, je pense, que non seulement la voyelle 1, mais aussi n , et les diphthongues 11 et ot étaient généralement prononcées de la même manière, et correspondaient à Vi anglo-saxon , et que la diphtbongue ai avait le son long et aigu de Ya anglais actuel , et c'est pour cette raison qu'on la rendait toujours par la voyelle anglo-saxonne em Sous ces rapports la prononciation de nos ancêtres paraît parfaitement d'accord avec la prononciation des Grecs modernes. «Dans eu, «1,0*, »j, u, dit de La Rocca, vicaire - général de l'île de Syra, les hellénistes de Paris prétendent qu'il faut prononcer les trois premières comme si elles étaient deux lettres aï, ei\ oï; à l'égard des deux autres, la première e, la seconde comme L Nous prononçons au contraire la première comme e, et les quatre autres comme t. » (Précis historique sur Vile de Syra, p. 159. Paris, 1790. )
M. Turner, dans son quatrième volume, pag. 574,
NOTES. 6ll
a fait une description savante de la poésie vernaculaire des Anglo-Saxons. Ce qui la caractérise principalement semble être une inversion constante dans la phrase avec l'usage fréquent de la consonnance, de la métaphore et de la périphrase. Il paraît qu'on ne recherchait ni ne rejetait la rime. Elle ne se rencontre que rarement. 11 est difficile , peut-être même impossible, de réduire la mesure à des règles certaines. Parmi les nombreux écrivains qui l'ont tenté pas un n a réussi. Si l'on voulait me permettre une conjecture je dirais que leur versification consistait dans un arrangement de mots qui s adaptait aisément à quelque air favori de leur nation. Toute leur poésie dans l'origine devait se chanter sur la harpe.
Il ne déplaira peut-être pas au lecteur de voir cidessous un petit échantillon de poésie anglo-saxonne , qu'on croit avoir été composée par Cœdmon, le célèbre moine de Whitby. Bède l'a traduit dans son Histoire ecclésiastique; mais il avoue que sa version ne rend pas exactement la force et l'élégance de l'original. ( Bède , 1, iv , c. 24. ) Les vers anglo-saxons se trouvent dans la traduction de Bède par Alfred , et l'on a généralement prétendu qu'ils avaient été copiés par ce prince sur quelque ancien manuscrit. Il me semble également vraisemblable qu'ils étaient de la composition du traducteur royal.
Maintenant nous devons louer
Le gardien du ciel ,
La puissance du créateur,
Les pensées de son intelligence ,
Les ouvrages du père de la gloire.
Disons comment lui , le Seigneur
Etemel de toute gloire
6l2 NOTES.
Commença lu création.
Il forma d'abord Pour les enfans de la terre Le ciel comme une voûte; Divin créateur!
Le gardien de l'homme, Le Seigneur éternel , Fit ensuite La vaste terre, La terre destinée aux Puissant modérateur ! (t)
EPITAPHIUM ALCWIFI.
Hic, rogo, pauxillum veniens subsiste , viator,
Et mea scrutator pectore dicta tuo.
l t tua , deque mois , cognoscas fata figuris,
Vertitur en spccies, ut mea , su que tua. Quod nunc es fueram , famosus in orbe viator :
Et quod nunc ego sum tuque futurus cris. Délia as mundi casso sectabar amore ;
Nunc cinis et pulvis, vennibus ut que cibus. Quapropter potius animam curare mémento
Quam carnem, quoniam haec manet, illa périt. Cur tibi rura paras? Quam parvo cernis in antro
Me tenet bic requies, sic tua parva tiet. Cur Tyrio corpus inhias vestirier ostro
Quod moi esuriens pulvere vermis edet?
Ut flores pereuut veuto veniente minaci,
Sic tua namnue caro . eloriu tota Derit. Tu mibi redde vicem, iecior, rogo, carminis lui jus,
Et die, da veniam, Christe, tuo famuïo. Obsecro nulla munus violet pia jura «epulcri
Personet angelica donec ab arce tuba.
Qui jaces in tumulo, terne de pulvere surge j
Magnus adest judex millibus innumeris.
Alchvrin nomen erat sophiam mi hi semper amanti ,
Pro quo funde preoes mente , legens titulum.
(i) Le défaut de caractères anglo-saxons ne ru'ayant pas permis de rapporter le texte je me suis borné à en donner une traduction aussi littérale qu'il m'a été possible de la faire.
( Note du Traducteur.)
NOTES. ÔJ 3
/ftc requiescit beatœ memoriœ domnus Alchwinus abbas, qui nbiit in pace XIV kalend. junias* Quando legeritis , o vos omnes , orate pro eo , et dicite : Requiem œternam donet ei Dominus.* — Cette épitaphe «tait gravée sur une table de bronze fixée contre le mur. (Fit. Aie, p. 161 ).
Dans ma relation sur Edwin j'ai osé lutter contre le torrent des écrivains modernes. (î) Ils semblent connaître à peine la personne ou l'histoire d'Ethelgiva : sa fille est l'objet de leur prédilection ; et après lui avoir prodigué tous les charmes dont le sexe féminin soit susceptible ils lui font épouser Edwin avant son couronnement , châtient rudement la bigoterie de ses prétendus ennemis , et lui font partager la disgrâce et les souffrances que j'ai attribuées à sa mère. On me permettra d'exposer dans cette note les autorités sur lesquelles est fondé mon récit.
t Quant aux noms des deux femmes M. Turner a produit une ancienne charte où elles sont appelées Ethelgiva et Elgiva. (Testes fuerunt Mlfgiva, régis uxor, et Mthelgiva, mater ejus. Ex hist. Abbend, Turn., vol. III, p. i63.) L'authenticité de l'acte, comme il le fait observer, est suspecte ; mais je nai aucun doute sur l'exactitude des noms. Dans le Biographe contemporain de S. Dunstan la mère est
(1) De ce nombre cependant devrait être excepté le D. Milner, qui dans son histoire de Winchester ( vol. I , p. i 53. ) a fait voir que llapin, Guthrîc, Girte et Hume, en écrivant l'histoire d'El^iva, ont substitue une fable de leur propre invention aux faits véritables, tels que les ont établis les anciens écrivains.
6l4 NOTES.
appelée Ethelgiva, {M S. Cleop. B. i3.) et le nom (TElgiva est souvent donné à la femme dont Edwin se sépara dans la suite. (Hoved,ann. 958; Wigorcu, ann. 958 ; Westmon. , ann. 958.)
II. Mais Elgiva nëtait-elle pas mariée à Edwin à ïépoque de son couronnement? Je répondrai négativement : i° ce mariage, autant que j'ai pu lire, n'est expressément affirmé par aucun écrivain ancien; 20 tous les historiens qui rapportent en détail ce qui se passa dans ce jour ne la traitent pas comme l'épouse , mais « comme la maîtresse du roi. » V oyez la note 2 , p. 481 ; 3° la Biographie contemporaine de S. Dunstan prouve évidemment qu elle n'était pas sa femme en ce que l'auteur attribue le peu de délicatesse d'Ethelgiva dans sa conduite à l'espoir qu'elle avait d'engager le roi à l'épouser elle-même ou sa fille. (Eo tenus videlicet quo sese vel etiam natam suam sub conjugali titulo illi innectendo sociaret. M S. Cleop. p. 76). Ainsi le roi lors de son couronnement n'était donc pas marie; et cette insulte si grossière faite à la reine par S. Dunstan est une invention des préjugés modernes.
III. Savoir si Edwin épousa Elgiva après son couronnement est une question plus difficile à résoudre. Il est reconnu qu'elle était sa proche parente (proxime cognatam, Malins., de Reg. 1. II, c. 7. ) et conséquemment le mariage, s'il eut jamais Heu , a dû être considéré comme nul d'après les canons qui, dans ce temps, avaient force de loi chez nos ancêtres peut-être que l'expression du moine de Ramsey, illicitum invasit matrimonium [Hist. Ram. , p. 390) et la qualification de reine que Wallingford donne à Elgiva ( Citron.
Walling. , p. 543. ) autoriseraient à croire qu'ils étaient alors mariés ; et un manuscrit de la chronique saxonne , ( Tib. B. , p. 4- ) dont M. Turner ( vol. III, p, 164.) a cité un paragraphe qui ne se rencontre point dans les autres exemplaires, affirme que Tan 958 l'archevêque Odon sépara Edwin d'Elgiva pour cause de parenté ; ( 958 ) mais le rapport des autres chroniqueurs est moins positif lorsqu'ils parlent de la séparation,' car ils font remarquer que l'archevêque en agit ainsi parce qu'Elgiva se trouvait ou la parente du roi ou sa maîtresse. ( Archiepiscopus regem Westsaxonum Edwium et Elfgivam , vel quia , ut fertur, propinqua illius exstiterit , vel quia ipsam sub propria uxore adarnavit, ab i aviron separavit. ( Hoved. ann. 958. Wigorn. ann. 958. Sim. Dunel. ann. 958), vel causa consanguinitatis , vel quia illam ut adultérant adamavit* (Westmon. ann. 958.) Cependant en supposant le mariage la date même de la séparation nous fournira une seconde preuve qu'il fut postérieur au couronnement du roi : autrement quelle raison donner de l'apathie ou de l'indolence d'Odon , ce prélat si actif et si inflexible, qui aurait différé trois ans ce qu'il devait regarder chaque jour comme un devoir impérieux et indispensable ? Si l'on attribue à la crainte son irrésolution pourquoi n'a-t-il pas saisi le moment favorable de l'insurrection ? pourquoi a-t-il attendu qu'Edwin fût solidement et paisiblement assis sur le trône de Wessex, de Kent et de Sussex ?
IV. Je ne sache pas qu'aucun écrivain ait cité le nom de la femme infortunée qui fut bannie en Irlande et cruellement mise a mort lors de son retour. 11
6lG NOTES.
n'y a pas de doute que ce fut Ethelgiva ou Elgiva. Nos historiens modernes prétendent unanimement que ce fut Elgiva; mais je ne puis me soumettre à leur autorité. i° Pour décider le différend il faut que nous ayons recours à Osbern , dans les mémoires duquel des écrivains postérieurs ont puisé leurs lumières. Dans sa relation sur le couronnement il qualifie Ethelgiva d'adultère, ( elle était alors femme d'un thane selon Brompton, p. 863.) et ajoute qu'elle était accompagnée de sa fille ; mais dès ce moment il perd de vue la fille, et reporte toute notre attention uniquement sur la mère jusqu'à ce qu'il la fasse mourir par les épéesdes insurgés. ( Repertiun simul curn adultéra et filia ejus.... Regem cum adultéra persequi non desistunt..... ipsani repertam subnervavere. (Osbern , p. io5, 106. ) Je n'imagine pas qu'on puisse lire attentivement le récit d'Osbern , et croire ensuite que ce fut la tille qui périt victime de la fureur des rebelles. 2° D'après les écrivains ci-dessus il paraît quElgiva vivait en o58, puisque c'est en cette année-là qu'elle fut séparée d'Edwin : maintenant la mort de la femme qui revint d'Irlande eut lieu en 966 ou au moins en 967. Osbern nous apprend qu'elle fut assassinée pendant la révolte des Merciens et avant le partage du royaume entre les deux frères , événemens qui se passèrent en 956 suivant les chroniques de Peterborough (p. 27.) et celles des Saxons, (p. 116.) et en 957 selon Siméon de Wigor et Matthieu de Westminster; ( V ide omnes ad ann. 9$J*) d'où il suit que la femme qui fut bannie et ensuite mise à mort a dû être non la fille , mais sa mère Ethelgiva.
De ces prémisses je devrais inférer que c étaient des femmes d'un haut rang, mais de mœurs dissolues, qui s'efforcèrent de corrompre le cœur de leur jeune souverain ; que la mère fut contrainte de quitter le royaume; qu'ayant osé revenir elle périt pendant la révolte, et quEdwin après son bannissement reçut Elgiva dans son lit comme sa maîtresse , ou l'épousa dans un degré prohibé, ce qui provoqua les censures de l'archevêque Odon. Si ces particularités sont vraies le récit torturé de Hume et la déclamation passionnée de M. Turner peuvent être abandonnés au vent.
Ex. IVolst. epist. ad Elplieg. epis. Winton.
Insuper exe cl. su m fecistis et addere teuipluni ,
Quo sine nocte manet continuata dies.
Tunis ab axe micat, quo sol oriendo coruscat,
Et spargit lucis spicula prima sus.
Stat super auratis virgao fabricatio hullis,
Aureus et totum splendor adornat opus.
Luna coronato quoties radiaverit ortu
Alterum ab îede sacra surgit ad astra jubar. Si nocte inspiciat hune practereundo viator,
Et terrain stellas crédit habere suas.
Additur ad specicm, stat ei quod vertice Gallus
Aureus ornatu , grandis et intuitu.
Dcspicit omne solum , cunctis supereminet a n i. s ,
Signiferi et Borea; sidera pulchra videns. Imperii sceptrum pedibus tenet i 1 le superbis ,
Stat super et cunctum Wintoniae populuui. Imperat et cunctis evectus in aera gallis ,
Et régit occîduum nobiiis imperium.
Inipiger imbriferos qui suspicit undique ventos ,
Sequc rotando suam prsnbct cis facicm , Turbinis borrisonos snffertque viriliter ictus,
Jntrepidus perstans, flabra, nives tolcrans.
6l8 NOTES.
Oceano solem sol us vidit ipse rucntem : Aurorae primum ternit et bîc radium.
A longe adveniens oculo vicinus adhaeret, Figit et adspectuni dissociante loco :
Quo fessus rapitur visu mirante viator, Et pede disjunetus, lumine junctus adest.
(Act. SS. Bened. scee. IV, p. 931.)