‹ Les antiquités sémitiquesChapitre 1 sur 2 · RUE BONAPARTE · texte numérisé non relu

RUE BONAPARTE

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LES

Messieurs,

[n montant, pour la première fois, jdans cette chaire créée pour répondre à un desideratum des sciences historiques, dont les besoins croissent avec les progrès, je veux, avant tout, adresser à mes nouveaux collègues et à notre éminent administrateur des remerciements au nom même des études spéciales auxquelles ils ont donné droit de cité, et que, grâce à eux, j'ai charge désormais de représenter ici. Je suis heureux de reconnaître publi-

quement, avec l'autoritii de fraîche date que je tiens d'eux, le service signalé qu'ils ont rendu à ces études, en se prononçant si fortement sur l'uiilîté qu'il y aurait à faire place, dans cet établissement privilégié de la plus haute culture intellectuelle.

à une branche de recherches originales.

mûres aujourd'hui pour l'enseignement; à cette science de l'épigraphie et des antiquités sémitiques, dont les principes ci le développement sont, en très grande partie, nous pouvons le dire avec une légitime fierté, l'œuvre de savants appartenant à notre pays. L'on ne peut aussi que féliciter le ministre éclairé qui a favorablement accueilli ic vœu émis par l'assemblée des professeurs du Collège de France, ainsi que le chef de l'Étal qui a bien voulu lui accorder sa sanction,

A l'expression de ces sentiments inspirés par le souci d'un intérêt général qui sera certainement apprécié de tous, permettez-moi d'ajouter celle de ma gratitude personnelle pour le choix bienveillant dont j'ai Été l'objet.

Ce n'est pas, cependant, sans quelque émotion, je Tavoue, que je prends à mon tour la parole dans cette enceinte, où j'ai si souvent écouté celle des maîtres illustres et vénérés à qui je sais ce que je dois, car je leur dois ce que sais, à qui vous devrez en réalité ce que je pourrai vous apprendre.

La tâche serait peut-être moins lourde pour moi, Tappréhension moins grande, si, au lieu d'un enseignement à constituer de toutes pièces, qui doit justifier jusqu'à sa raison d'être, je n'avais qu'à prendre la suite d'un enseignement consacré par de longs et glorieux précédents ; s'il s'agissait seulement, comme c'est souvent le cas, de remplacer dans une de ces chaires fondamentales, un maître léguant à l'un de ses fidèles disciples, devenu son successeur direct, le champ même de ses études, avec le précieux héritage des traditions à suivre et des exemples à imiter pour continuer à le faire valoir. Vous comprendrez, j'en suis sûr, et vous l'excuserez, je l'espère, cette impression de

trouble chez l'obscur desservant, appelé du jour au lendemain à Thonneur redoutable d'officier sur un autel nouveau, dans ce temple imposant voué au culte de la science universelle; dans ce sanctuaire plusieurs fois séculaire de la raison humaine et de la pensée française, où, sous des vocables divers, nous adorons tous et nous servons avec une égale ferveur, chacun suivant ses moyens, et pour ainsi dire dans sa langue et selon son rite, une même divinité, multiple dans ses formes, une dans son essence : Téternelle Vérité.

Avant d'aborder devant vous l'examen général des matières qui feront l'objet de ce cours; avant de procéder à une reconnaissance rapide du terrain qui m'a été attribué en partage et que nous aurons à explorer, à défricher et à cultiver ensemble, j'ai à accomplir un pieux devoir qui

e va pas sans quelque tristesse. Je ne uis oublier, en effet, que, par une appliition de cette loi fatale régissant les loses humaines aussi bien que les êtres vants, la chaire d'épigraphie ctantiquis sémitiques doit son existence à la dissirition d'une autre chaire, celle de laniie et littérature turques, supprimée à la lort du titulaire, M. Pavct de Courteille, ui l'occupait avec tant d'autorité il y a uelques mois encore.

En prononçant le nom du savant oricniliste dont nous déplorons la perte ; au loment de lui succéder, sans avoir la onsolation de le remplacer dans ces élues qu'il aimait tant, j'ai d'autant plus à iKur de rendre à sa mémoire un suprême ommage que M . Pavet de Courteille a été ion premier maître. C'est lui qui m'a uvert les portes de cet Orient mystérieux ers lequel je me suis senti attiré dès le ébut de ma carrière ; c'est lui qui m'a pris ar la main pour m'en faire franchir le îuil, lui qui y a guidé mes premiers pas; t si, depuis, entraîné par les ardeurs et

les hasards de la recherche, après avoir longtemps suivi ses voies préférées, je m'en suis éloigne pour me jeter dans des régions moins connues, je n'ai jamais perdu le souvenir de celui qui, après avoir été pour moi le meilleur des initiateurs, était resté un de mes plus sûrs conseillers, un de mes patrons les plus bienveillants et les plus dévoués.

Son désir le plus cher eût été, je le sais, d'assurer la survivance de l'enseignement auquel il s'était si passionémeni consacré, en le transmettant à celui qu'il voulait bien considérer comme son élève de prédilection. L'intérêt supérieurde la science, qui réclamait une place pour un enseignement nouveau, n'a pas permis de réaliser complètement ce désir. L'on a jugé, après mûre délibération, qu'il y aurait avantage à opérer dans l'aménagement intérieur du domaine oriental, une mutation nécessitée par l'agrandissement du territoire déjà si vaste qu'il embrasse, et l'on a résolu de faire ce qui se pratique couramment en bonne administration, d'en aliéner une

parcelle pour pouvoir en acquérir une autre. La mesure n*a rien d'exceptionnel.

Le principe de la pérennité des chaires peut offrir autre part des avantages ; il est contraire aux libres tendances du Collège de France, qui veut que ses enseignements restent toujours susceptibles de se transformer au fur et à mesure des transformations de la science elle-même.

L'on aurait tort, d'ailleurs, de regarder ce remaniement comme impliquant Tamoindrissement d'un patrimoine que nous sommes tous également jaloux de voir maintenu dans son intégrité. Je me hâte de le dire, il n'entraînera pas, pour Téiude de la langue et de la littérature turques, les inconvénients qu'on aurait pu redouter, et cette considération a dû, sans aucun doute, peser dans la balance lors de la décision prise : celte étude garde heureuseftient, dans un établissement voisin, à rÉcole des langues orientales vivantes, un représentant de la plus haute valeur, un orientaliste consommé, entre les mains de qui elle ne périclitera pas. Si M. Pavet

de Courieille nous a été enlevé, M. Barbier de Meynard nous reste, et les auditeurs qui venaient ici chercher la connaissance de la langue et de la littérature des Osmanlis, sont toujours assurés de la trouver, non loin d'ici, aussi complète et aussi étendue.

Je n'essaierai pas de retracer aujourd'hui la vie et l'œuvre de M. Pavet de Courteille et d'énumérer les services considérables qu'il a rendus aux lettres orientales. Des voix plus autorisées et plus éloquentes que la mienne, des voix dont je ne pourais être que l'écho affaibli, se sont acquittées de cette tâche, à l'heure douloureuse où nous adressions un dernier adieu à l'homme de bien et de savoir qui s'était montré à tous égards — c'est dans sa concision le plus bel et le plus juste éloge que l'on puisse faire de lui — le digne petit-fils de l'immortel Silvestrc de Sacv.

Qu'il me suffise de dire que le souvenir des grandes qualités de M. Pavet de Courteille, de ses consciencieux travaux

et de ses instructives leçons, restera dans le cœur et dans l'esprit de tous ceux qui l'ont connu, admiré et aimé, aussi profondément gravé, aussi ineffaçable que le sera son nom sur ces tables de marbre, où notre Collège, s'inspirant d'une des pratiques les plus touchantes de la piété antique, perpétue la mémoire de ses serviteurs disparus.

Ce n'est certes point au Collège de France, qu'il est besoin d'insister sur les secours inappréciables et de toute nature que l'histoire, la philologie, et même la littérature proprement dite, peuvent tirer de l'étude critique des inscriptions et des antiquités — de l'épigraphie jointe à Tarchéologie. A ceux qui pourraient encore en douter, il suffirait, pour s'en convaincre, d'assister à quelques leçons de nies savants collègues chargés du cours

d'épigraphie et antiquités romaines et du cours d'épigraphie et antiquités grecques.

Ils comprendront bien vite, alors, pourquoi, depuis longtemps déjà. Ton a jugé utile d'élever ces chaires à côté de celles consacrées aux langues et aux littératures de la Grèce et de Rome; ils verront que ces enseignements parallèles, mais distincts, sont loin de faire double emploi.

Ce n'est pas seulement, en effet, dans les manuscrits, parvenus jusqu'à nous à travers des copies plus ou moins fidèles, que les Grecs et les Romains nous ont laissé la relation de leurs actes, et, souvent sous la forme d'immortels chefs-d'œuvre, le produit de leur pensée. Ils nous ont laissé aussi, gravées sur la pierre ou le métal, des milliers et des milliers d'inscriptions contenant les renseignements les plus variés, les plus circonstanciés, sur leurs croyances, leur culte, leurs usages funéraires, leur vie publique et privée, leurs institutions politiques, leur organisation sociale, juridique et militaire, l'exécution

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de leurs grands travaux ou de leurs œuvres d'art, leurs hauts faits de guerre.

Cest à Tépigraphiste qu'incombe le soin de recueillir et de dépouiller cette masse énorme de documents, disséminés un peu partout, et dont le nombre s'accroît chaque jour, grâce aux fouilles entreprises systématiquement, grâce aussi aux hasards des trouvailles accidentelles. A lui de déchiffrer ces inscriptions, de les restituer quand elles sont mutilées, de les traduire, de les commenter, d'en discuter le fond et la forme, le sens, la valeur et la portée ; d'en extraire, en un mot, les indications de toute espèce qui y sont renfermées; à lui enfin, de les réunir et de les classer géographiqucment et chronologiquement, par séries naturelles, en les comparant entre elles et en les éclairant les unes par les autres, dans ces vastes recueils auxquels on donne le nom de Corpus, Nom assez juste, car ce sont vraiment de grands touts organiques, et non de simples mosaïques faites de pièces et de morceaux, que ces énormes réper-

toires, toujours ouverts, toujours tenus au courant, et dans lesquels tous ces membres épars, étroitement rapprochés sur un plan méthodique et harmonieux, semblent retrouver, avec une unité réelle, les fonctions normales de la vie. Le Corpus des inscriptions grecques, et le Corpus des inscriptions romaines, tels qu'on a réussi à les constituer à la suite d'un long et incessant labeur, sont deux livres uniques dans leur genre; deux livres immenses qui, formés page à page, ligne à ligne, parfois lettre à lettre, nous offrent finalement Timage la plus exacte et la plus complète, la plus authentique et la plus instructive, de l'antiquité classique envisagée dans ses détails et dans son ensemble.

Plus d'une fois même ils nous permettent de contrôler et de rectifier de la façon la plus heureuse les livres tout faits que cette antiquité nous a transmis.

L'illustration naturelle de ces deux livres épigraphiques nous la trouvons dans les antiquités; dans ces monuments de toute espèce et de toute taille, le temple,

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le palais, le mausolée, la statue, le basrelief, le sarcophage, le vase, Tarme, Toutil, Tustensile, le cachet, la médaille, etc.. qui ne nous ont pas été conservés avec une moindre profusion que les inscriptions et sur qui fréquemment ces inscriptions mêmes ont été gravées. L'étude de ces monuments, grands et petits, n'intéresse pas seulement Tartiste, mais l'archéologue, qui, en les rapprochant des textes épigraphiques ou autres, en tire ou y apporte des lumières nouvelles pour la connaissance de la civilisation grecque et romaine.

Ce secours que, malgré Tample littérature qu'ils ont à leur disposition, les hellénistes et les latinistes, n'ont pas hésité à aller demander à Tépigraphie et à Tarchéologie combinées, les savants adonnés aux études sémitiques sont aussi

fondés à le réclamer. Plus fondés même, pourrait-on dire dans un certain sens; car, dans trop de cas, hélas! ce n'est pas simplement un supplément d'information qu'ils vont chercher là, c'est Tinformation même. S'il n'avaient pas la compensation des textes épigraphiques et des monuments, ils en seraient réduits à de pures conjectures sur plus d'un de ces anciens peuples sémitiques dont tout a péri, sauf le nom, et parmi lesquels, un seul, le peuple juif, a pu nous transmettre un livre comparable à ceux de la Grèce et de Rome. Je ne fais pas entrer en ligne de compte les Assyriens, qui se sont révélés à nous dans des conditions exceptionnelles. Aussi, au cours de cette esquisse, laisserons-nous de côté l'Assyrie à qui son système graphique — l'écriture cunéiforme — non moins que son importance historique, assigne une place tout à fait part dans la famille sémitique. L'assyriologie est une science autonome, et elle a, ici môme, son interprète attitré, dans la personne du savant éminent qui a été

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n des premiers à en asseoir les bases.

Vlômc après qu'on en a détaché TAssy- , le monde sémitique demeure encore ez vaste et assez complexe dans ses inies variétés, pour se prêter à de labouses et fructueuses recherches. Nous rons assez à faire de nous occuper exisivement des inscriptions et des antiités provenant des divers peuples sétiques qui ont fait usage de Técriiure habétique; et si j'ai une crainte, en surant du regard Tétendue de la tâche i m'est dévolue, ce n'est pas de voir la tière me faire défaut, mais bien les foret le temps nécessaires pour Tépuiser.

]lomme je le rappelais au commencent de cette leçon, c'est en France que science de l'épigraphie sémitique a été idée. L'on peut dire qu'elle Ta été lorsî, il y aura bientôt un siècle et demi,

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Tabbé Barthélémy a trouvé la véritable clef de l'écriture phénicienne et réussi à déchiffrer en partie Tinscription bilingue, grecque et phénicienne, découverte à Malte.

C'est en France aussi qu'elle a, depuis, accompli ses plus sensibles progrès. C'est incontestablement à l'effort de nos savants, au dévouement de nos explorateurs qu'elle doit ses plus heureuses conquêtes.

Sans méconnaître les services réels qui lui ont été rendus à l'étranger, nous sommes en droit de revendiquer une part prépondérante dans ses développements, et nous pouvons mettre au premier rang de ceux qui y ont le plus efficacement coopéré, des noms français : Judas, de Saulcy, de Longpérier, Renan, Waddington, de Vogué, Derenbourg, Berger, Halévy, Rubens Duval, Ledrain, etc., pour ne citer que les principaux.

La France a encore, sous le rapport de l'épigraphie sémitique, un autre avantage, tout matériel, mais qui n'est pas à dédaigner. C'est assurément notre pays qui

possède en originaux les documents les plus précieux et les plus abondants — les plus grandes et les plus belles pages de Tépigraphie sémitique.

La stèle de Mésa, roi de Moab; le vase de bronze dédié au Baal du Liban ; le sarcophage d'Echmounazar, roi de Sidon ; la stèle araméenne de Tcima; la stèle de Yehaumelek, roi de Byblos; le tarif des sacrifices carthaginois, représentent, avec une foule d'autres monuments congénères, de moindre valeur, conservés dans nos musées et dans nos galeries particulières, un ensemble unique au monde. La France jouit, à cet égard, d*unc incontestable supériorité sur les musées étrangers. Espérons qu'elle ne se la laissera pas enlever, comme elle Ta malheureusement fait sur d'autres points, et qu'elle saura garder cette avance en suscitant de nouvelles recherches qui aboutiront à de nouvelles trouvailles.

En attendant, l'on est heureux de constater qu'elle s'est montrée digne de cette bonne fortune, et de voir que tous ces

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matériaux recueillis, souvent au péril, parfois même au prix de leur vie, par des explorateurs français, ont été si magistralement élaborés par des savants français.

L'épigraphie sémitique a été définitivement constituée le jour où l'Académie des inscriptions et belles-lettres a résolu d'entreprendre, sur le plan des Corpus latins et grecs, publiés à Berlin, un Corpus des inscriptions sémitiques. La tâche a été répartie entre les membres les plus compétents de notre Académie. Après une période de préparation assez longue — car, il eût été imprudent de s'engager à la légère dans une telle entreprise — elle est aujourd'hui en pleine voie d'achèvement. Les fascicules se succèdent avec une rapidité croissante et Ton peut prévoir dès maintenant l'époque où ce recueil monumental, mené à bonne Hn,

pourra soutenir avantageusement la comparaison avec les recueils similaires dont on s'enorgueillit ailleurs.

L'idée première de cette œuvre grandiose a été inspirée par un savant qui est en même temps un penseur et un écrivain incomparables. Cest M. Renan qui en est, à la fois, Tâme et la tétc.

Entouré de collaborateurs d'élite, d*auxiliaircs choisis, il préside à son exécution avec une activité et une abnégation vraiment admirables, si Ton songe à tous ces autres travaux si profonds et si brillants qu'il sait mener de front avec ceux-ci, grâce à une énergie sans défaillance. L'hébrajsant illustre, qui a fait du monde sémitique tout entier son domaine propre, un domaine où il est maître sans sans conteste, avait toute qualité pour concevoir, toute autorité pour faire accepter, le projet d'une publication, dont nul mieux que lui n'était à môme de comprendre l'utilité et d'assurer le succès.

Non content de payer de sa personne, en se réservant, dans l'œuvre commune, une

des parties les plus chargées^ maïs aussi les plus intéressantes — celle des inscriptions phéniciennes — il s'est appliqué, depuis des années, avec une ardeur et une supériorité dont peuvent témoigner ceux qui, comme moi, ont eu Theur de suivre son cours, à Télucidation des principaux textes épigraphiques des autres peuples sémitiques. Dans cette chaire du Collège de France — restreinte, à Torigine, à Tétude philologique delà Bible, et singulièrement élargie par lui — M. Renan a été le véritable initiateur de renseignement de Tépigraphie sémitique, Mais il ne lui a pas suffi d'avoir créé cet enseignement, en quelque sorte, de ses mains ; de Tavoir acclimaté pour ainsi dire furtivement ici ; il a voulu que la branche, si amoureusement cultivée par lui, fît souche à son tour, et que, sortie de Tombre où elle avait grandi, transplantée en pleine terre, confiée aux soins d'un disciple formé sous ses yeux, elle devînt un arbre véritable, solidement enraciné et capable de donner tous ses fruits. Au moment où

s'est ouverte la succession de M. Pavet de Courteilie, c'est notre administrateur qui a plaidé auprès de ses collègues, et qui 1'^ gflgnée^ la cause de l'épigraphic sémitique qui lui était chère à tant de titres, ajoutant ainsi un nouveau service à tous ceux qu'il lui avait déjà personnellement rendus.

L'enseignement qu'on m'a fait Thonneur de me confier peut donc trouver ici même le meilleur des modèles, un modèle qui n'a qu'un défaut — c'est d'être bien difficile à imiter.

lia aussi son cadre tout tracé; c'est le cadre même dans lequel se sont judicieusement renfermés les éditeurs du Corpus inscriptionum semiticarum. 11 faut y comprendre les inscriptions phéniciennes trouvées en Syrie, dans la Phénicic propre, à Chypre, en Egypte, à Athènes, à Carthage, dans les diverses îles de la

Méditerranée; les inscriptions hébraïques, israélitcs, juives et samaritaines, recueillies en Moabitide, aux environs de Jérusalem, à Jaffa, à Naplouse, en Galilée, en Italie, en Espagne et en Gaule; les inscriptions araméennes d'Assyrie, d'Egypte, d'Asie Mineure, de l'Arabie du Nord, de Palmyre, de la Nabatène, du Sinaï; les inscriptions sabéennesde l'Arabie; les plus anciennes inscriptions syriaques, éthiopiennes et arabes.

C'est là. Messieurs, comme vous le voyez, un champ bien étendu, puisque, sauf une exception sur laquelle je me suis déjà expliqué, — celle des Assyriens, il embrasse la totalité des peuples constituant la famille dite sémitique, disséminés sur presque tous les points de la surface du monde antique.

Ces peuples, qui ont eu des destinées diverses et des fortunes bien inégales,

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présentent un certain nombre de mêmes traits caractéristiques qui les ont fait ranf,er sous une même dénomination — plus ou moins heureuse, mais entrée définitivement dans l'usage — celle de Sémites.

Parmi ces traits, le plus frappant et le plus essentiel est assurément l'étroite affinité de langues. L'identité linguistique n'implique pas toujours, nous le savons, l'identité ethnique, ni même l'identité anthropologique; mais clic autorise suffisamment l'historien à classer ensemble — ne fiit-ce que pour la commodité de l'étude — les groupes humains qui parlent ou ont parlé une mûme langue ou les variétés d'une même langue, puisque cela ne saurait être si ces groupes — unis ou non par les liens soit du sang, soit de la politique — n'avaient pas vécu, à un moment donné, d'une vie commune.

La parenté des langues sémitiques est aussi nette et, à certains égards, plus marquée peut-être encore que celle des langues indo-européennes.

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Elle se révèle dans le lexique aussi bien que dans la grammaire, par Texistence non seulement d*un même fond de racines, mais d'un même matériel de mots issus de ces racines, et par l'emploi d'un système de mécanismes grammaticaux tout particuliers dont les ressemblances ne peuvent être fortuites.

Les langues sémitiques se distinguent des langues des autres familles humaines surtout par deux propriétés fondamentales:

la première, c'est que les éléments ultimes auxquels on peut réduire les mots sont des racines pour ainsi dire infrangibles, formées de trois consonnes ou articulations radicales; la seconde, c'est qu'un grand nombre de variations flexionnelles très importantes se font, non pas à la fin, mais à rintérieur, dans le corps même des mots.

Bien que l'objet de ce cours ne soit point philologique, je vous demanderai la permission de faire en passant une brève remarque à ce propos et de vous

soumettre une vue personnelle sur un point qui touche à l'essence même des langues sémitiques, à la solution d'un des problèmes les plus difficiles qui puissent exercer la pénétration des linguistes.

Je suis porté à croire, pour ma part, que le phénomène si étrange des flexions internes et celui non moins étrange de la trilitéralité des racines sémitiques sont deux faits solidaires et, comme Ton dit en science, fonction Tun de Tautre; que, par conséquent, ils sont à expliquer Tun par l'autre.

La trilitéralité semble être une espèce d'état moléculaire irréductible des langues sémitiques. Il est bien probable, cependant, que ces racines trilitères si compliquées ne sont pas primitives et qu'elles se sont formées à un certain moment par l'union de plus en plus intime, la coalescence d'éléments plus anciens, qu'il serait assurément téméraire de prétendre isoler avec les moyens insuffisants dont nous disposons actuellement; mais ces éléments plus simples, ces atomes

constituant la molécule trilitère, n'ont pas été si fortement soudés qu'ils n'aient conservé pendant longtemps une sorte d'individualité et laissé entre eux comme des interstices.

C'est dans ces interstices libres, dans ces fissures invisibles pour l'étymologic, que s'exerce le jeu de ces flexions qui, aujourd'hui, nous semblent être internes, qui le sont même devenues réellement à la longue par la force de l'analogie et aussi peut-C*tre, dans une certaine mesure, par l'action conglutinante de récriture alphabétique appliquée au langage (i). Mais, à l'origine, ces flexions,

(i) C'est peut-ùtrc ce qui explique, d'une part, pourquoi les Assyriens ont conservé avec tant de ténacité le système de l'écriture syllabique, dont les procèdes de désarticulation correspondaient mieux à cet état primitif de la langue et où, de fait, à y bien regarder, il est encore apparent; pourquoi, d'autre part, tous les autres Sémites partisans du système alphabétique, désireux, avant tout, de bien accentuer, au contraire, l'unité de leurs mots formes par voie de conglomcration, ont évité, avec une significative ima-

qu'on devrait appeler intercalaires, n'étaient, à mon avis, que des modifications vocaliques ordinaires, s'exerçant normalement sur les finales d'éléments primitifs monosyllabiques qui se comportaient comme autant de petits mots indépenpendants, susceptibles d'être déclinés ou conjugués pour leur propre compte et réagissant les uns sur les autres, dans les limites de leurs combinaisons ternaires, au moyen de ces flexions mêmes.

Un autre trait qui rapproche intimement les uns des autres les peuples sémitiques, c'est la similitude des croyances religieuses. Et, par là, nous n'entendons

nimitc, d'en écrire les voyelles intérieures qui, par leurs variations Hexionncllcs (w, t, a), pouvaient en trahir aux yeux les déhisccnces. Je dis «c éviter », parce j'estime que le fait est intentionnel. Il me semble, en effet, difficile d'admettre que, si les Sémites n'ont pas noté les voyelles internes, c'est qu'ils ne l'ont pas pu ou su, quand on voit que les égyptiens, auxquels les Phéniciens ont emprunté les éléments de l'alphabet, avaient parfaitement les moyens de noter ces voyelles, et ne se sont pas fait scrupule de les employer.

pas seulement une même tendance d'esprit, un môme état psychologique, une unité idéale de substance théologique, mais bien une similitude réelle et matérielle dans les formes même revêtues et jusque dans les noms portés par les dieux des Sémites.

Le panthéon sémitique, au sujet duquel nous sommes restés si longtemps sans informations précises, s'est peu à peu ouvert à nous, grâce à des découvertes archéologiques qui n'ont pas dit leur dernier mot, et il nous a révélé toute une mythologie des plus curieuses, qui semble avoir formé chez les Sémites un tout aussi varié et à la fois aussi homogène que la mythologie grecque et romaine.

Affinité linguistique, affinité religieuse, voilà certes plus qu'il n'en faut pour justifier le groupement conventionnel des peuples sémitiques et nous autoriser à traiter d'ensemble les questions épigraphiques et archéologiques qui les concernent.

Je n'insiste pas sur l'usage, qu'on constate chez eux, d'un même système gra-

mÊÊi

phique, — récriture alphabétique, — puisque, comme nous le verrons dans un instant, Talphabet, bien qu'inventé par Tun d'entre eux, n'est pas demeuré leur apanage exclusif et a été bien vite adopté par des peuples appartenant aux races les plus diverses.

J'ai rapidement énuméré tout à l'heure les principaux représentants ethniques de la famille sémitique.

Examinons-les maintenant d'un peu plus près, afin de savoir ce que nous pouvons attendre d'eux pour l'objet de nos études, en nous attachant surtout à ceux qui se recommandent à notre attention, moins par leur masse intrinsèque que par l'importance de leur rôle direct dans l'histoire générale de l'humanité.

A cet égard, ce sont incontestablement les Phéniciens et les Israélites qui méritent d'être mis en première ligne ; car, malgré leur faible taille, ces deux peu-

pies, bien chétifs, si on les compare aux empires gigantesques dans l'ombre desquels ils semblaient devoir dire noyés, ont cxercii, chacun à sa manière, une influence diJcisive sur les destinées du genre humain et y ont laissé d'ineffaçables empreintes.

Les Phéniciens lui ont donné l'alphabet, c'est-à-dire cet A B C même dont nous nous servons encore aujourd'hui universellement ;

les Israélites lui ont donné un dogme, un ferment religieux IseTguijdéveloppam sous la forme du christianisme, a pénétré le monde entier et en a changé la face.

On est frappé de voir que ces deui grandes choses, l'écriture el la religion, qui dominent tout l'édifice de notre civilisation moderne et, se dressant à l'horizon de l'hisioirc, apparaissent tout d'abord aux yeux du philosophe comme le double et culminant symbole de cette civilisation, sont le produit immédiat d'un double emprunt fait, à bien des siècles d'intervalle, à une même race, la race

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sémitique, dans la personne de deux de ses plus infimes représentants.

En vérité, l'on dirait qu'il en est du développement intellectuel de Thumanité comme de la vie organique, et que là aussi c'est souvent à l'intervention des infiniment petits que sont dus les effets les plus énergiques, que sont réservées les actions modificatrices les plus profondes et les plus étendues.

La question de l'écriture, en particulier de récriture alphabétique, vaut bien la peine qu'on s'y arrête un peu, au moment d'entamer un cours consacré à l'étude de monuments épigraphiques parmi lesquels doivent figurer à la place d'honneur ceux du peuple même à qui nous sommes redevables de cette invention.

N'est-ce pas vraiment, quant on y réfléchit, un des plus précieux instruments créés par le génie de l'homme, un dcsi

plus merveilleux engins qui se puissent imaginer, que ce frêle réseau de quelques traits adroitement combinés, à Taide duquel il a réussi à saisir au vol ce qui semble le plus insaisissable, à prendre au piège, pour ainsi dire, et à mettre en cage les paroles, les « paroles ailées » comme les appelle le poète; cette écriture qui lui a permis de fixer sa pensée, de la communiquer à ses semblables sans le secours de la voix, de défier Tcspace et le temps en la propageant au loin et en la transmettant après lui aux générations futures?

Verba volant, scripta marient. Sans récriture, pas de lien entre le passé et le présent, pas de progrès possible; c'est l'humanité naissante piétinant sur place et condamnée à un perpétuel recommencement.

L'histoire est là pour nous l'apprendre :

un peuple qui n'a pas d'écriture est forcément un peuple barbare, et s'il entre en contact avec un peuple plus favorisé, une des premières choses qui lui emprunte c'est l'écriture. Toute civilisation digne

de ce nom implique la possession, sinon rinvention, d'un système graphique qui en est comme l'incarnation; qui, souvent même, nous en fournit la mesure par le degré d'avancement et de perfection de son mécanisme. Car, là comme ailleurs, le progrès ne s'est fait que par étapes, étapes longues et laborieuses. 11 a fallu des siècles et des siècles, il a fallu des efforts successifs de plusieurs races supérieurement douées, chacune améliorant l'œuvre de sa devancière et la léguant à la suivante qui l'améliorera encore, pour arriver à la conquête de cet humble ABC dont nous usons aujourd'hui comme en nous jouant, pour façonner cet outil intellectuel, magique en sa simplicité, ce portevoix silencieux de l'idée, à Taide duquel on peut vraiment parler aux yeux.

Pendant un temps incroyablement long, les empires de la vallée du Nil et de TEuphrate, l'Egypte et l'Assyrie, n'ont connu que des systèmes d'écriture hiéroglyphiques, basés sur l'idéographie et le syllabisme, d'une complication et d'une diffi-

culte que peuvent seuls apprécier les savants qui y ont eu la patience d'en pénétrer les secrets. Ces grands peuples n'ont pas réussi à arriver, — ou ils n'ont pas eu l'inspiration de s'y arrêter — jusqu'à l'alphabétisme, c'est-à-dire jusqu'à la forme la plus rationnelle de l'écriture, réduite à un nombre très petit de signes, et devenant la traduction purement mécanique du langage, la notation, quasi algébrique, de la parole analysée jusque dans ses derniers éléments phonétiques.

Les Egyptiens connaissaient et employaient concurrement les trois états de l'écriture : idéographique, syllabique et alphabétique; ils n'ont pas su s'en tenir au dernier, en renonçant résolument aux deux premiers. Alors môme qu'ils en étaient venus à pouvoir écrire, presque aussi bien, sinon aussi commodément que nous le faisons aujourd'hui, un mot quelconque, en notant lettre à lettre, avec leurs hiéroglyphes, ses consonnes et ses voyelles, ils n'osaient pas se tier à cette notation purement phonétique et recou-

raient encore à la notation idéographique ou symbolique qui faisait souvent double emploi avec Tautre. Ils n'ont pas eu le courage de brûler leurs vaisseaux.

Il ne fallut rien moins qu'une intervention étrangère pour faire entrer décidément l'écriture égyptienne dans cette voie de progrès au bout de laquelle était la perfection. Guidés par le sens pratique de leur race, les Sémites phéniciens, qui avaient avec les Egyptiens de constantes relations commerciales et politiques et s'étaient ainsi trouvés à même de juger les avantages et les inconvénients de leur manière d'écrire, firent ce que ceux-ci étaient incapables de faire. Ils eurent une idée — très simple — comme toutes les idées de génie. Ils choisirent dans la masse, presque sans limite, des hiéroglyphes, vingt-deux signes correspondant aux vingt-deux articulations principales de leur propre langue, et, ce choix fait, ils rejetèrent tout le reste en bloc, sans hésiter.

A chacun de ces vingt-deux signes, ils

attribuèrent une forme simplifiée, une valeur phonétique fixe, un nom mnémonique servant à le reconnaître et commençant par Tarticulation qu'il était chargé de représenter, enfin un rang déterminé dans une série classée une fois pour toutes. Forme, nom, valeur et rang sont restés sans changements essentiels, dans les caractères de Talphabet venu jusqu'à nous. Car les Phéniciens n'ont pas seulement créé l'alphabet ; ils n'en ont pas seulement doté les autres peuples de leur famille : ils l'ont donné aux Grecs — et, et en le donnant aux Grecs, ils l'ont donné au monde.

Le nom môme de Valphabet porte avec lui sa marque d'origine, puisqu'il est formé du nom des deux premières lettres. A, B, alpha -j- béta, qui ne sont autre chose que les deux mots phéniciens aleph, « le bœuf », bethy « la maison », désignant ces deux mômes lettres dans les langues sémitiques.

L'examen des perfectionnements et des modifications apportes par les Grecs à Talphabet, dont ils reconnaissaient eux-

lômes devoir le bienfait au Phénicien ladmus, nous entraînerait trop loin. Il uifira de rappeler que Talphabet grec, •es légèrement retouché, passa en Italie,

fut adopté par les Romains, et est deenu, par suite, celui de la plupart des lations modernes de culture européenne.

En résumé, Talphabet créé par les Phéniciens doit être regardé comme la souche 'énérable et féconde d*où sont sorties outes les écritures alphabétiques. Malgré eurs innombrables variétés, en dépit de livergences de formes parfois déroutantes, lous sommes en droit d'affirmer que tous es alphabets sont frères — ou, pour le noins, cousins. L'on arrive ainsi aux :onclusions les plus paradoxales, en apparence — les plus rigoureusement exactes en réalité; par exemple, à celle-ci, que notre alphabet et l'alphabet arabe, au premier abord si dissemblables, ont entre eux la plus légitime parenté.

Les Phéniciens, inventeurs et propagateurs de l'alphabet, ont dû en faire — cela semble assez naturel — un large usage pour leur propre compte. On aurait pu en douter, il y a quelques années encore, car, par une sorte de fatalité ironique, on n'avait réussi à recueillir jusqu'alors qu'un très petit nombre d'inscriptions phéniciennes. Depuis, d'heureuses trouvailles sont venues rompre le charme, et aujourd'hui, ce n'est plus par dizaines, ce n'est plus même par centaines, c'est par milliers que se chiffrent ces inscriptions. C'est Carthage surtout qui en a fourni le plus fort contingent. Il faut avouer que les inscriptions puniques de Carthage ne se distinguent pas, pour la plupart, par l'extrême variété de leur contenu. La majeure partie consiste en ex-voto religieux, consacrés à la déesse Tanit et

ÉÊà

au dieu Baal-Hammon, et rédigés selon des formules quelque peu monotones.

Elles ne laissent pas, cependant, prises dans leur ensemble, d'avoir leur intérêt, et de prêter, dans le détail, à mainte observation imprévue; d'autant plus que beaucoup d'entre elles sont accompagnées de représentations figurées qui ajoutent une valeur archéologique à leur valeur épigraphique.

On a découvert aussi une notable quan«tité d'inscriptions phéniciennes, sur divers points du bassin de la Méditerranée, où s'est exercée pendant si longtemps l'activité commerciale et maritime de cet infatigable petit peuple : en Sardaigne, en Sicile, en Italie, à Malte, à Délos, à Athènes et surtout dans l'île de Chypre.

La plupart de ces inscriptions ont un caractère religieux ou funéraire et contiennent d'inestimables renseignements sur les idées, les usages et l'histoire des Phéniciens.

C'est la Phénicie propre, la partie de la côte de Syrie où s'élevait le double ber-

ceau de la puissance phénicienne — Tyr et Sidon — qui, chose bizarre, s'est montrée jusqu'ici la plus avare d'inscriptions.

Il est vrai que le peu qu'elle nous en a livré rachète la quantité par la qualité. La Stèle de Yehaumelek, roi de Byblos, est un texte historique de premier ordre; la longue inscription gravée sur le beau sarcophage d'Echmounazar, roi de Sidon, ne lui cède guère en importance, bien qu'elle ne soit pas aussi ancienne qu'on l'a cru pendant longtemps; l'épitaphe, plus brève, du roi Tabnit, père d'Echmounazar, tout récemment découverte, est venue prendre place sans trop de désavantage à côté de celle de son fils et successeur.

En dehors des inscriptions tracées sur pierre, d'une nature plus ou moins monumentale, ou sur les objets de métal qu'ils colportaient un peu partout, les Phéniciens nous ont laissé bon nombre de petites gemmes gravées, servant de cachets et inscrites au noms de leurs propriétaires. Ces cachets, dont nous retrou-

^^crons l'usage répandu chez tous les autres peuples sémitiques, sont en général d'un grand secours pour Tépigraphie ; ils en sont, en quelque sorte la menue monnaie et Ton aurait tort de faire fi de cet appoint souvent précieux.

Mais de toutes les inscriptions phéniciennes à nous connues, aucunes ne saurait rivaliser, sous le rapport paléographique, avec les fragments du grand vase de bronze provenant de Chypre, qui porte une dédicace en Thonneur du Baal du Liban, faite par un fonctionnaire d'un roi des Sidoniens, homonyme du célèbre Hiram, roi de Tyr.

Les caractèrcydc cette inscription présentent des formes extrêmement archaïques et nous montrent Talphabet phénicien encore dans Tétat où il devait être au moment où les Grecs Tont emprunté.

Les inscriptions phéniciennes, sauf quelques difficultés qui nous arrêtent çà et là, mais dont nous finissons peu à peu par avoir raison, se traduisent couramment. Et pourtant les Phéniciens ne nous

ont laissé de leur langue ni lexique, ni grammaire, ni môme une page "de littérature. Cest que cette langue, comme nous Ta révélé Tépigraphic, est une langue sémitique presque identique à Thébreu.

Aucun, assurément des idiomes de la famille ne ressemble plus que le phénicien à la langue de la Bible ; c'est à croire, par moment, que le phénicien et Thébreu sont moins deux langues que deux dia« lectcs d'un môme langue, et qu'ils constituent réellement, ainsi qu'on a proposé de l'admettre, deux rameaux d'une même branche qu'on pourrait appeler hébraeophénicienne.

Le peuple d'Israël, en môme temps qu'il laissait tomber dans l'humanité cfe germe prodigieusement fécond du christianisme, nous a légué un livre unique en son genre, où se trouvent résumées, dans sa langue originale, toute son histoire et toute sa foi; un livre auquel des

millions de croyants vont, depuis des e cfitûinoo d e siècles, demander Taliment inépuisable de leurs âmes, un livre où les hommes de science cherchent et trouvent des informations, inappréciables par leur abondance et leur précision, non seulement sur les Israélites, mais sur tous leurs autres frères de la famille sémitique.

Nous voudrions, cependant, plus encore du peuple d'Israël. Nous aimerions avoir à mettre, à côté de la Bible, des inscriptions contemporaines des faits qui y sont relatés, quelques-uns de ces grands documents lapidaires qui sont les témoins vivants de l'histoire. Que ne donnerionsnous pas pour pouvoir confronter ce livre avec de pareils témoins, pour pouvoir tirer du sol même de la Palestine des pierres qui nous parleraient des événements qu'elle a vus se dérouler à l'époque juive; des monuments contemporains de ces événements, qui nous montreraient au naturel ce qu'étaient la vie publique et privée, la vie religieuse des Israélites?

Ce désir, hélas! n'a reçu jusqu'à ce

Grèce, l'Asie Mineure, i rie, Chypre, la Phénicie i livraient par myriades, reliques de Tépigraphie, h tait muette. Elle a été près* à rompre ce silence obstii est décidée que depuis que et encore, ne Ta-t-elle fait intervalles, comme à con trop souvent avec un laconis rant. Et pourtant ce sol de peut-être de tous celui auqi rions le plus de secrets à c plus de questions — des qu fois brûlantes — à poser.

Cette pénurie a de quoi Elle tient à plusieurs cause puis vous dire aujourH'^- '

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plan, elle semble, par un effet de perspective bien compréhensible, dépasser en grandeur et en hauteur tout ce que le reste de rhistoire nous laisse voir de plus grand et de plus haut. Cette impression et d'autant plus vive qu'elle se produit sur des imaginations plus jeunes, et, plus tard, il est difficile, même avec Taide du raisonnement, de corriger entièrement cette illusion d'enfance. Un simple coup d'oeil jeté sur la carte suffit, cependant, pour nous rappeler au sentiment de la réalité.

Qu'est-ce, après tout, en effet, que cette Palestine, cette Terre promise que se partagèrent avec tant de convoitise les douze tribus d'Israël? C'est un tout petit territoire relégué à l'extrémité méridionale de la Syrie et atteignant à peine, si on le mesure selon sa plus grande dimension, du nord au sud — de Dan à Bersabée, comme dit la Bible — une soixantaine de lieues de longueur.

C'est sur ce théâtre exigu que se jouent pendant des siècles les destinées de ce peuple dont les faits et gestes tiennent

dans nos ciudcs. dans nos préoccupations religieuses. Ton pourrait presque dire dans notre éducation historique, une si large place. La première condition pour estimer un tel peuple à sa juste valeur archéologique et éviter, de ce chef, tout mécompte, c'est de ramener préalablement, par la pensée, à la taille de cette scène, les hommes et les choses qui y ont figuré. Les minuscules royaumes de Judaet d'Israël font assez piteuse figure à côté des puissantes monarchies de rOrient. dont ils n'ont été. la plupart du temps, que de très humbles vassaux. On aurait donc tort de s'attendre à trouver en Palestine cette quantité de monuments, cette masse de ruines imposantes et de débris précieux, qu'on rencontre, par exemple, en Egypte et en Assyrie, et dont le nombre et la valeur sont toujours en raison directe de la grandeur matérielle et de la prospérité du passé auquel ils appartiennent.

Une autre cause de la pauvreté de la Palestine en matière d'archéologie bibli-

que, c'est le nombre des dominations di- 'verses qui s'y sont succédé sans interruption depuis les Juifs : Grecs, Romains, Byzantins, croisés d'Occident, Arabes et Turcs musulmans s'y sont tour à tour établis. Autant de constructeurs, autant de destructeurs des monuments antiques qui, selon là règle, fournissent des matériaux pour les édifices des nouveaux venus. Si Jérusalem a si parcimonieusement récompensé jusqu'ici les recherches entreprises au prix des plus onéreux sacrifices, c'est qu'elle a été habitée sans discontinuité; c'est qu'elle a toujours vécu, et que, pour vivre, elle s'est dévorée elle-même. Si elle eût été engloutie par quelque cataclysme subit; si elle en était, au moins, restée à sa chute retentissante sous les coups de Titus, nos chances de découverte seraient singulièment accrues.

Ne nous étonnons donc pas si l'épigraphie Israélite se réduit, jusqu'ici, à un fort petit nombre de textes, pour la plupart très courts ou très mutilés, mais qui sont

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l'épigraphie sémitique Poccasion de faire sa plus belle conquête. Je veux parler de la Stèle de Mésa,roi de Moab,de ce grand texte historique qui contient le récit des guerres soutenues par les Moabites contre les Israélites, et qui remonte au ix* siècle avant notre ère. Cette inscription d'une importance capitale, qui est à la fois la contre partie et l'équivalent d'une page originale de la Bible, est écrite dans un dialecte très voisin de Thébreu, et avce des caractères qui nous représentent le plus ancien spécimen connu de l'alphabet phénicien.

Une branche de la famille sémitique, bien distincte, et dont le développement est encore entouré d'obscurités, c'est celle des Araméens. De très bonne heure, elle nous apparaît détachée du tronc commun, mais il n'est pas toujours aisé de suivre, à travers les âges, ses capricieuses

et très importantes ramifications. Les monuments araméens écrits sont au nombre des plus anciens de l'épigraphie sémitique. A première vue, à n'en juger que par leur aspect paléographique, on pourrait prendre ces très vieilles inscriptions araméennes pour des inscriptions phéniciennes: récriture est encore sensiblement la môme; mais la langue présente déjà des différences spécifiques qui nous avertissent suffisamment que nous avons affaire à un dialecte sémitique tout particulier.

L'écriture elle-même ne tarde pas à subir, entre les mains des Araméens,des modifications qui iront toujours en s'accentuant. Cette évolution paléographique est pour nous d'un haut intérêt, parce qu'elle aboutit peu à peu à la formation de nouveaux types d'alphabets qui, à partir d'une certaine époque, s'imposeront — au détriment du type de l'alphabet phénicien pur — à la majorité des autres peuples sémitiques, y compris les Juifs et les Arabes, et même à des peuples de race toute diffé-

LES ANTIQUITÉS SEMITIQUES 5l

rente. Nous constatons, en outre, qu'en plusieurs cas, cette aramaisation générale de récriture a pour corollaire une aramaisation du langage.

Il est assez difficile de définir les causes historiques de cette diffusion progressive de Taramaïsme dans le sein de la famille sémitique, où il paraît n'avoir occupé à l'origine qu'une place assez restreinte, et où il finit par presque tout envahir. Mais c'est un fait constant, dont il nous faudra tenir grand compte quand nous aurons à nous occuper des monuments araméçns, très nombreux et extrêmement variés, qui sont venus jusqu'à nous, depuis les tablettes de Ninive et de Babylone jusqu'à cette abondante épigraphie palmyrénienne et nabatéenne, si abondante qu'elle pourrait former à elle seule deux petits Corpus spéciaux.

Parmi les faits qui peuvent expliquer, au moins en partie, cette poussée extraordinaire de l'aramaïsme, il en est un dont je ne puis me dispenser de parler. Chose singulière ce sont les Perses de l'époque

achéméitide qui, par Torganisation des bureaux de leur chancellerie royale, desservis probablement par un personnel araméen, ont été les agents les plus efficaces de la propagation de l'alphabet araméen jusqu'aux extrémités de leur vaste empire; les Perses, qui ne faisaient pas alors usage de cet alphabet pour euxmêmes, et qui avaient recours aux caractères cunéiformes pour écrire leur propre langue, complètement étrangère, d'ailleurs, à la famille sémitique. Non seulement c'est sous cette influence pefse, de nature toute politique, que l'écriture et la langue araméennesse sont répandues en Asie Mineure, en Syrie, en Egypte, dans l'Arabie septentrionale, mais c'est par cette voie détournée, par ce véhicule d'emprunt, que l'alphabet araméen est arrivé chez les Aryens orientaux, frères ethnographiques des Perses, et a pénétré jusqu'aux Indes. En effet, les alphabets indiens. Ton est maintenant d'accord sur ce point, sont d'origine araméenne, et ont dû prendre naissance dans les s^tra-

LES ANTIQriTFS SKNtlTKMTS 53

pics conhnani a rilindoukousch ci à riiidus, vers l'époque d'Alexandre. Voilà qui, soit dit en passant, est de nature à donner à réfléchir aux partisans à outrance de la haute antiquité et de Toriginalité de la civilisation indienne. Ajoutons — pour achever de marquer d'un trait l'extension de l'écriture araméenne en dehors du milieu sémitique — que c'est d'elle aussi que sont nés les alphabets pehlevis et zends de la Perse arsacide et sassanide, ainsi que les vieux alphabets tartares.

Une autre branche de la famille sémitique qui s'est également développée d'une façon indépendante,c'cst la branche arabe, comprenant les Sabécns d'Arabie, les Ethiopiens d'Abyssinie et les Arabes proprement dits.

Les Sabéens avaient créé, dans l'Arabie méridionale, un foyer de civili-

sation qui, avant Tislamisme et même avant Tère chrétienne, a rayonné dans toute la Péninsule, et dont Tactivité nous est attestée par la quantité considérable d'inscriptions qu'on a y recueillies. Ces inscriptions, dites himyarites, gravées en beaux caractères d'un aspect très lapidaire (i), sont rédigées dans une langue qui rattache franchement le sabéen au groupe arabe. Elles accompagnent souvent des représentations figurées, intéressantes pour Tarchéologie sémitique, et dont l'interprétation nous conduira à d'instructifs rapprochements et à de curieuses conclusions.

L'éthiopien, comme l'indiquent la langue et l'écriture, est un rameau sabéen

(i) Cette belle tournure lapidaire, cette régularité géométrique de Talphabet sabéen, qu'on ne retrouve au mâme degré chez aucun des autres alphabets sémitiques, me paraissent devoir ôtre attribuées à une influence indirecte, une sorte d'action de présence, de Talphabet grec. Les indices archéologiques, d^accord avec les vraisemblances historiques, tendent à confirmer cette vue.

transplanté hors de son habitat naturel, sur le sol africain. Il serait bien désirable, pour pouvoir les étudier avec sûreté, d'obtenir de bonnes reproductions des deux grandes inscriptions royales qui existent encore à Aksoum et qui paraissent remonter ax vi* siècle de notre ère.

L'apparition des Arabes musulmans nous fixe la limite chronologique à laquelle doit s'arrêter le programme officiel de ce cours.

Avec Mahomet s'ouvre une ère nouvelle : le monde de l'islam sort du cercle de nos investigations directes pour rentrer dans celui où se meuvent les spécialistes arabisants. Nous devrons cependant nous occuper, surtout pour la paléographie, des plus vieilles inscriptions en arabe pur, — de celles entre autres, jusqu'ici très rares, qui sont antérieures à l'hégire — ne fût-ce que pour déterminer la façon dont l'écriture arabe est issue d'une des variétés les plus dégénérées de l'écriture araméenne.

Nous aurons, d'ailleurs, à puiser sou-

vent dans le trésor de la langue et des traditions arabes, écrites et vivantes, savantes et populaires, pour résoudre certains problèmes qui se poseront à propos des plus anciens monuments de Tantiquité sémitique.

Car, ne l'oublions pas, si la forme arabe — la dernière, la plus imposante peut-être, la plus ample, en tous cas, qu'ait revêtue le sémitismc — en est, au double point de vue ethnique et linguistique, Texpression générale, elle en est aussi le résumé complexe et substantiel.

Jusqu'ici, Messieurs, je vous ai parlé surtout de Tépigraphie. Mais, il ne faut le perdre de vue, cette chaire n'est pas seulement une chaire d'épigraphie — c'est aussi une chaire d'antiquités sémitiques.

C'est dire que nous ne devrons pas nous borner au déchiffrement et à l'interpréta-

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tion des inscriptions; nous aurons aussi à nous occuper des monuments sur lesquels sont gravées ces inscriptions et qui, par leur forme, par leur destination, par les sujets figurés qui peuvent les orner, soulèvent parfois des questions d'un extrême intérêt. D'autres monuments du même genre, quoique dépourvus d'inscriptions, ne devront pas être négligés par nous.

Les deux peuples sémitiques qui méritent, à ce point de vue archéologique, d'attirer le plus particulièrement nos regards, ce sont encore les Phéniciens et les Israélites.

L'art phénicien, dans les spécimens qui nous en ont été conservés, se révèle à nous, comme procédant à la fois de l'art assyrien et de l'art égyptien. La position géographique de la Phénicie, placée entre ces deux grands centres de la civilisation antique, l'Assyrie et l'Egypte, explique suffisamment cette double influence.

L'étude de cet art mixte, de ses origi-

1 r.s ANTi(^i;iTi:s skmitkji.'Lï»

nés ei de son dcveloppcmeni, nécessitera des comparaisons qui nous entraîneront souvent au delà des limites du domaine sémitique, sur le terrain de rarchéologie orientale, et nous conduiront à des conclusions générales intéressant au plus haut degré l'histoire môme de Thumanité. C'est alors que se manifesteront dans toute leur étendue et dans toute leur diversité les influences de l'élément phénicien sur le monde grec et, par siiite, sur le monde romain. Nous verrons, qu'avec l'alphabet, les Phéniciens lui ont fourni, lui ont apporté des rudiments et des modèles, des thèmes de tout genre.

Ce petit peuple de marins intrépides et de commerçants industrieux a établi entre l'Egypte et l'Assyrie d'une part, la Grèce et l'Italie d'autre part, un mouvement de va et vient qui a été, à une époque reculée, un des facteurs les plus énergiques du progrès. Sillonnant en tout sens, pour les besoins de leur négoce, le bassin méditerranéen, qui a été un lac phénicien avant de devenir un lac grec,

LES ANTIQUITÉS SÉMITIQUES Sq

puis un lac romain, ils y ont colporté et mis en circulation bien des choses et, du même coup, bien des idées, rapprochant moralement et matériellement les hommes séparés par l'espace et par de profondes différences ethniques. Comme créateurs, le rôle des Phéniciens est peutêtre médiocre, comme propagateurs, il est immense.

Trait d'union vivant entre TOrient et l'Occident, ils donnaient d'une main ce qu'ils prenaient ou recevaient de l'autre.

Leur action s'est exercée un peu à la manière de celle de ces insectes qui, tout en butinant pour leur propre compte, transportent sur leurs ailes d'une fleur à l'autre les pollens fécondants et sont les artisans inconscients, mais nécessaires, de tant d'épanouissements normaux, de tant de croisements merveilleux.

6o LES ANTIQUITES SEMITIQUES

A côté de Tarchéologie phénicienne nous comptons faire dans ce cours une grande place à Tarchéologie biblique qui, pour se recommander à notre attention par des motifs d'un ordre tout différent, n'en est pas moins digne de la fixer.

Nous étudierons avec soin, d'après des documents authentiques et parfois inédits, les trop rares monuments de l'époque israélite que nous possédons et ceux, plus nombreux, appartenant aux dernières périodes de la vie juive en Palestine. Nous essaierons de résoudre, en nous transportant en quelque sorte sur le terrain et en nous entourant de tous les secours de l'exégèse et des traditions locales, ces épineux et attachants problèblèmes de géographie sacrée que soulève presque à chaque pas la lecture de la Bible et des Évangiles. Nous aurons enfin et surtout à nous occuper de ces ques-

LES ANTIQUITÉS SEMITIQUES 6l

tîons si passionément controversées de la topographie de Jérusalem ; à exposer les progrès qu'elles ont pu faire grâce aux excavations méthodiques qui y ont été entreprises dans ces dernières années; à indiquer, le cas échéant, les solutions dont elles sont susceptibles.

C'est autour de la ville sainte, on peut le dire sans exagération, que se concentre le principal intérêt de l'archéologie biblique, parce que c'est là qu'on peut attendre, dans un avenir plus proche peut-être qu'on ne saurait le supposer, les plus grandes découvertes. Jérusalem ne nous a pas dit tous ses secrets et elle nous ménage plus d'une surprise. J'espère vous montrer par exemple, au cours même de ces leçons, qu'il n'est pas impossible d'arriver à déterminer le point précis où il conviendrait de fouiller pour retrouver la nécropole, jusqu'ici vainement cherchée, des rois de Juda.

Les sépulcres de David, de Salomon, et de leurs successeurs !

Qui sait quels trésors épigraphiques et

archéologiques recèlent les flancs de la petite colline de Jérusalem, où a été creusé ce mystérieux hypogée royal dont il s'agit seulement de connaître Tentrée !

C'est sur cette dernière perspective, bien faite pour exciter tout notre zèle et encourager tous nos efforts, parce qu'elle autorise tous les espoirs, que je vous demanderai. Messieurs, la permission de clore cette revue rapide des principaux objets du cours d'épigraphie et antiquités sémitiques, en vous remerciant de l'attention que vous avez bien voulu m'accorder.

Le Puy, imp. Marchessou fils.

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