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Les apologistes grecs du IIe siècle de notre ère

Le livre que je publie aujourd'hui n'est pas une étude tout à fait complète de l'Apologétique chrétienne au 11e siècle. J'ai presque négligé de parti pris ce qui semble cependant, à première vue, constituer l'élément le plus important et le plus caractéristique de toutes les Apologies : je veux dire la polémique contre le paganisme. Du moins n'en ai-je parlé que dans la mesure où il le fallait pour apprécier la valeur intellectuelle et la culture de chaque apologiste. J'ai plutôt demandé à Justin, à Tatien, à Athénagore ou à Théophile, leur témoignage sur l'état de la doctrine chrétienne en leur temps; j'ai recherché quelle part personnelle chacun d'eux a prise au développement de cette doctrine, et en quoi la philosophie, — platonisme ou stoïcisme, — a contribué à cet apport. Mon dernier chapitre, où je passe en revue les écrits anonymes, a pris, par la force des choses, une forme un peu plus complexe : que les auteurs de ces écrits ne nous soient pas connus, cela n'est au fond que secondaire ; mais la date même en est souvent très controversée, et je ne pouvais faire usage des données qu'ils contiennent sans avoir justifié celle que je leur assigne.

Les Apologistes grecs de l'époque antonine ne sont pas de grands esprits, quoiqu'en ces dernières années on les ait peut-être un peu trop rabaissés. Mais il ne faut pas croire, parce que leurs idées ne sont jamais bien profondes, qu'elles soient toutes d'interprétation aisée. Une pensée qui s'ébauche et n'arrive pas toujours à prendre possession d'elle-même, qui se révèle par des tendances parfois assez incohérentes plutôt qu'elle ne s'exprime en formules claires et ne s'organise en un système parfaitement logique, est aussi périlleuse à bien traduire qu'une pensée

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savante <'i subtile. Je me suis appliqué à bien comprendre Justin (m Tatien, dont le premier a ouvert beaucoup de voies, mais n'\ avance pas très loin el n \ marche pas d'un pied très bût, tandis que le second non- déconcerte par la bizarrerie de Bon allure. Ma méthode esl donc très simple; elle esl philologique ci historique ; < 1 !• • consiste à bien entendre la langue de chaque auteur, à pénétrer ses proc Idée 'I i spression ou de composition, à me Familiariser avec ses habitudes d esprit, à déterminer I»1 d< .•I l,i qualité de sa culture; «II* repose avanl toul sur l'analyse minutieuse des textes. Si elle m'a conduit parfois à des conclu simi< un peu différentes de celles qui ^"ni généralement re< je prie qu'avanl de les rejeter on examine les textes sur lesquels je les Ponde, el l'explication littérale que j'en ai donnée. Si mon travail peut avoir quelque utilité, c'esl en cela qu'elle consisti rà. Je n'ai pas l'espoir de n'avoir jamais introduil dans les idées que j'ai tâché de débrouiller un élémenl étranger, — quel critique, si sévèremenl qu'il se surveille, n'est pas un jour la dupe de lui-même? — mais j'ai toujours pris garde d éviter ce péril; j'ai toujours pensé à ne pas prêter aux Apologistes plus d'esprit <ju ils n'en avaient, — ni, inversement, plus de sottise; et j'ai partout fait effort pour me placer à leur propre point de vue.

Beaucoup jugeronl certainement que j'ai trop restreint l'influence de la philosophie sur la théologie naissante; je n ai pourtant aucunement l'intention de la nier, ni même de la diminuer. Mais j'ai eu le plus vif souci <l en expliquer la nature véritable, et de ramener toujours les idées des apologistes à leur principe : ce principe n'est pas dans la philosophie. I'"ur la doctrine du Verbe en particulier, ils n'onl pu l'éclaircir et la développer qu'avec l'aide de la philosophie ; mais ils l'ont trou1 — Justin même déjà. — dans le prologue A\\ IV Évangile. La démarche décisive a été faite avant eus par le mystérieux auteur de ce prologue; il est plus que douteux qu'aucun d entre eux eût

OSé prendre, de lui-même, une initiative aussi hardie.

Je n'ai pas donné une bibliographie complète; les bons manuels d'histoire de la littérature chrétienne ne sonl pas t aujourd'hui1; il me sut lit d'\ renvoyerune fois pour toutes. En général, je n'ai mentionné que les travaux les plus récents, et je

i. Le plus récent est celui de B.Jordan, Geschickte der altchristlicken Literatur, Leipzig, Quelle and Meyer, ign.

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