‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 111 sur 167 · CLARKSON · texte numérisé non relu

CLARKSON

Je ne mens jamais, madame; je suis très occupé; ça m'embrouillerait trop.

Alexandre Dumas fils (2).

Voici un amusant exemple des complications qu'entraîne un premier mensonge.

Un enfani, en l'absence de son maître, s'est amusé avec un hanneton, a renversé l'encrier et taché un superbe exemplaire des commentaires de César. Le maître va rentrer, et l'enfant échafaude dans sa tète toute une histoire qui puisse le dispenser d'avoir à s'accuser du hanneton :

Ce qui m'effrayait le plus, c'était d'avoir à avouer le hanneton... Cela me faisait frémir.

Satan, dont je ne me défiais point pour l'heure, se mit à m'offrir des calmants. Satan est toujours là à l'heure de la tentation. Il me présentait un tout petit mensonge. Durant mon absence, cet infâme chat de la voisine serait entré dans la chambre, et aurait renversé l'encrier sur le chapitre quatre de Bello Gallico. Comme je ne devais point sortir entre les leçons, j'aui'ais motivé mon absence sur la nécessité d'aller acheter une plume. Comme les plumes étaient dans une armoire à ma portée, j'aurais aVoué avoir perdu la clé hier au bain. Comme je n'avais pas eu permission hier d'aller au bain, et que je n'y avais récl-

(i) Louison, II, VIII. OEuvres, Charpentier, (2) L'Étrangère, V, v. C. Lévy.

DEVOIRS DE l'homme ENVERS SON PROCHAIN ^o5

lement pas été. j'aurais supposé y avoir été sans permission, et avoué cette faute, ce qui aurait jeté sur tout l'artifice beaucoup de vraisemblance.

R. TOPFFEU (i).

Il est une catégorie de mensonges qu'on se permet facilement, SOUS prétexte qu'il s'agit de choses oiseuses ou de plaisanteries. Rappelons-nous qu'

Il n'y a pas de mensonges insignifiants.

Paul BOURGEÏ (2).

J'ai toujours trouvé admirable ce mot de saint Thomas d'Aquin. Il était à son travail, lorsqu'un jeune frère vint lui dire: « Regardez donc ! voilà un bœuf qui vole en l'air! » Le saint se met à sa fenêtre, et l'autre éclate de rire : « Gomment avez-vous pu croire cela? » — « Il me semblait bien plus naturel d'admettre qu'un bœuf volât en l'air que de supposer qu'un religieux put mentir. »

Edouard Drumont (3).

Ne mentons jamais, et sous aucun prétexte. Souvenonsnous que

Satan a deux noms, il s'appelle Satan et il s'appelle Mensonge

Victor Hugo (4).

III. Calomnier, dit le catéchisme, « c'est accuser quelqu'un d'un défaut qu'il n'a pas ou d'une faute qu'il n'a pas commise. » La calomnie est donc un mensonge joint aune médisance, et elle a l'odieux de ces deux lâchetés réunies. C'est un ennemi qui s'avance en rampant, qui vous frappe sans que vous puissiez lui résister ni même l'apercevoir, et qui s'en va ensuite aussi lâchement qu'il est venu.

« La calomnie!.. J'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté,

(x) Nouvelles genevoises, la Bibliothèque de mou oacle. Ciiarpeiitier.

(2) Mensonges, xvi. Lemevre.

(3) La Fin d'un monde, VIIF, m. Saviae {^) Les Miser Mes, l, Ml, i. Hetzel.

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pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien... D'abord un bruit léger, rasant le sol comme une hirondelle avant Y ovsige, pianissimo, murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando, débouche en bouche il va le diable, puis tout à coup, ne sait comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'œil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient... un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait (i)? »

Nous ne pouvons que répéter de la calomnie ce que nous disions de la médisance : évitons de l'encourager en l'écoutant avec plaisir, gardons-nous bien de nous en faire l'écho et de nous en rendre ainsi complices.

rV. La dernière forme de vol que nous voulions signaler ici, c'est la violation des secrets dont nous pouvons être dépositaires. Que la confiance ou le hasard les ait mis en notre possession, nous devons les considérer comme des dépôts sacrés, et les conserver de manière à pouvoir h s rendre intacts à leurs maîtres.

D'aiUeurs, le meilleur moyen qu'un secret soit Ivec gardé, c'est de ne le confier à personne. « Toute révél-^+ion d'un •ecret, dit La Bruyère, est la faute de celui qui l'a confié (a). »

Je vous dirai que plus un secret a de gardes Et moins il est gardé, tout au rebours des rois.

Emile Augîer (3)

(i) Beaumarchais, le Barbier de Séville, II, viii.

{2) Caractères, v.

(3) Diane, III, m. C. Lévy.

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