‹ Les apologistes laïques au dix-neuvième siècleChapitre 122 sur 167 · LE CAPITAINE · texte numérisé non relu

LE CAPITAINE

Une lâcheté ?

HENRI

Oui, mon capitaine, toujours ! Je ne suis pas un grand raisonneur, moi ; mais on ma appris ça ici dès mou «nfance. L'homme qui se tue donne sa démission et se déclare inutile.

George Sand (i).

Je crois que la mort patiente du dernier des mendiants sur sa paille est plus sublime que la mort impatiente de Gaton sur le tronçon de son épée ! Mourir, c'est fuir ! On ne fuit pas...

...Ou la vie est un don, ou elle est un supplice. Si elle est un don, il faut la savourer jusqu'à la fin comme un bienfait, et si elle est un supplie^', il faut la subir comme une mystérieuse et méritoire expiation de nos fautes

Lamartine (2).

• ♦ Le suicide, pour employer le mot de Victor Hugo, est l'acte d'un imbécile. Que veut-on en se donnant la mort? se fuir :

Egarer ton hideux toi-même,

C'est le rêve que tu poursuis.

Mais dans quels tournants, dans quel puits,

Par quel tortueux stratagème?

Pas d'abnégation suprême

Qui puisse ôter l'homme de lui.

M. Rollinat (3).

Ainsi, l'on se tue pour se détruire, et 1 on reste vivant. L'existence ne fait que changer de manière, et l'on se retrouve avec les mêmes fautes, les mêmes remords, les mêmes douleurs, ou plutôt avec une faute, un remords et une douleur de plus. Dès lors, n'a-t-onpas fait un mauvais calcul et un acte insensé ?

(i) Caclio, II, IV. C. Lévy.

(2) Cours familier de littérature.

[5) L'Ah.me l'imperdible. Gliarpentier.

43a APOLOGISTES LAÏQUES

Bah ! se tuer ? Soit, si l'on détruisait Quelque chose. Mais prendre une attitude altière Pour disjoindre un moment quelques grains de matière, Cest là métier de dupe et jeu de marmouset.

Jean Richepin (i).

A quoi bon te tuer, puisqu'il faudra te retrouver

Au fond d'éternels aujourdhuis Devant ton éternel toi-même ?

Maurice Rollinat (2)

Enfin le suicide est l'acte d'un méchant. C'est, en effet, une usurpation delà puissance divine : « notre vie, dit le catéchisme, appartient à Dieu, qui seul a le droit d'eu fixer le terme. »

Un homme représente toujours une force quelconque, et il n*a pas le droit de la supprimer, parce qu'il ne la tient pas de lui-même : c'est Dieu qui la lui a confiée.

George Saxd (3).

Un poète a rendu cette vérité d'une manière vivante. Psyché est venue au bord d'un fleuve dans le dessein de s'y précipiter. Les saules, les cygnes, les roseaux rju rivage prennent une voix pour l'en détourner, lui montrant ainsi que toute la nature obéit à la loi divine, et que seul l'homme s'en écarte en abrégeant de lui-même le nombre de ses Jours.

LES saules

Quand tombe au cours de l'onde une fleur, une feuille. C'est qu'un oiseau les brise ou qu'une main les cueille, Ou que, mûres, le vent les sème dans le jonc : Nul rameau de son gré ne s'arrache du tronc

(i) Les Blasphèines, la Mort impossible. Dreyfous.

(2) L'Abimc, l'Imperdable. Charpentier.

(3) Cadio, IT, iv. C. Lévy.

DEVOIRS DE l'homme EX VERSLUI-MÊME 4^3

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