DÉDUCTIONS GÉNÉRALES ET PARTICULIÈRES
§ I. — Voici les faits généraux qu'on déduit de cette esquisse historique :
1° Les Apôtres, hommes grossiers et illettrés, emmenaient avec eux des concubines chrétiennes (Agapètes), afin de ne pas enfreindre la loi de Jéhovçih contre la fornication païenne ;
2* Partie intégrante des institutions primordiales de la Communauté chrétienne, le concubinage s'est développé en deux directions différentes :
A. La première a été celle de la loi naturelle qui pousse l'homme à se créer une famille ; or c'est la famille qui est le fondement de la morale et de la civilisation.
B. La seconde a été celle du libertinage purement vénérien; or la préoccupation exclusive de la volupté amène fatalement la dégradation morale.
La seconde direction a été, dansTÉglisecatholique, de beaucoup la plus considérable.
Toutefois la première s'est maintenue chez un grand nombre de clercs jusqu'à ce que Léon IX et surtout Grégoire VII (milieu du xi® siècle) eussent absolument interdit le mariage et le sous-mariage ;
3° La Papauté a lutté plus de cinq siècles avant de triompher de la résistance des clercs qui suivaient la première direction. Ne voulant pas être rejetés en
dehors derhumanité, les clercs s'obstinaient ouvertement ou en secret à se créer une famille",
4" Dans les rangs du clergé banni de la famille, la rudesse des mœurs primitives, mais sous laquelle battait un cœur humain, fit place à la corruption raffinée.
La fermentation putride des mœurs du clergé fut hâtée et consommée par Taccroissement de ses richesses et de sa puissance ;
5° L'efTroyable corruption de la Papauté et de rÉglise romaine fut la cause prépondérante de l'explosion de la Réforme au xvi* siècle.
La Réforme est le plus grand fait social de l'histoire européenne avant la révolution de 1789.
§ II. — Particulièremeut, notons les points suivants qui sont en flagrante contradiction avec certaines affirmations de TÉglise romaine :
1" Le mariage des clercs a été le fait primitif; il a été supprimé par la Papauté dans un but politique, après quinze siècles d'existence ;
2® La dissolubilité du mariage a été admise par l'Église catholique durant un siècle, le vm* siècle ; Conciles de Verberie, deCompiègne, deFrioul;
3** L'esclavage a été constamment admis et pratiqué par l'Église catholique. C'est la philosophie et une grande fraction du protestantisme qui l'ont abolie
4** Enfin, il est peu vraisemblable que l'Église catho-
1. Deux nations européennes conservent encore Tesclavage : ce sont les deux plus catholiques, l'Espagne et le Portugal. La Papauté, qui est souveraine maîtresse dans ces pays, n'aurait qu'un mot à dire pour que l'esclavage fût aboli ; ce mot, elle ne Ta jamais prononcé.
lique, corrompue et corruptrice, au moins dès le IV® siècle, ait sauvé la civilisation et fait Téducation morale de la Société européenne*.
1. La question du Catholicisme, éducateur de la société européenne, comprend deux éléments : 1<* la doctrine catholique; 2o l'exemple des mœurs donné par le clergé. S'il n'y avait que ce second élément, le problème serait résolu par le tableau des mœurs du clergé contenu dans ce chapitre. Mais le premier élément « la Doctrine » exige une démonstration toute particulière. En tout cas, « Il est peu vraisemblable », est une induction très modérée, très circonspecte, qui a le mérite de ne pas dépasser la portée des faits et par conséquent d'être inattaquable.
Notice sur les Anges et les Démons.
Exh*ait de Michel Nicolas. Doctrines religieuses des Juifs^ IP partie, chap. III et IV. — §1". La croyance aux anges est restée vague chez les Juifs durant le temps qui a précédé la captivité de Babylone. Les différents passages de l'Ancien Testament dans lesquels il est fait mention des anges ne les représentent jamais comme des agents de Dieu. Us apparaissent aux hommes pour exécuter quelque mission divine*. Parfois ils sont dépeints comme entourant le trône de TÉternel (III Rots, XXII, 19). Formaientils, pour les Hébreux, une hiérarchie céleste, divisée en plusieurs classes, subordonnées les unes aux autres ? Rien ne paraît l'indiquer. Il est parlé une seule fois {Josué, V, 13-15) d'un ange chef des armées de l'Éternel. Il serait téméraire de conclure de ce passage isolé que les Hébreux regardaient la milice
1. Exode, XXIII, 20; XXXU, 34. | Nombres, XX, 16. | Il Rois, XXIV, 16-17. I III Rois, XIX, 5, 7. | IV Rois, I, 3. | X/X, 35, etc.
céleste comme organisée hiérarchiquement. £n résumé, tout ce que les anciens Hébreux savent des anges, c'est qu'ils sont des êtres d'une nature supérieure à celle de l'homme, les messagers de l'Étemel et les exécuteurs de ses ordres.
Dans les deux siècles qui précèdent l'avènement du Christianisme , on trouve une angélologie bien autrement développée. Les attributions des messagers célestes sont déterminées ; ils ne sont plus des agents de la Divinité en général, chacun d'eux a un département spécial; ou, pour mieux dire, ils sont classés en catégories dont chacune a des fonctions particulières ; et les principaux d'entre eux, ceux du moins dont le rôle est le plus actif, sont désignés par des noms propres. D'où provient ce développement donné à la théorie des anges? De l'influence du Mazdéisme qui , pendant et après la^captivité de Babylone, pénétra si profondément les croyances religieuses des Juifs. Dans le Mazdéisme, l'armée céleste est commandée par sept archanges appelés Arnschaspands; il y eut sept archanges dans l'armée de Jéhovah. Dans le Mazdéisme, certains anges appelés Féf'ouëî's protègent chaque homme; ils sont pour ainsi dire la personnification des bonnes pensées et des bons sentiments. 11 y eut, dans les croyances juives, des anges gardiens attachés à la personne de chaque homme, dont ils personnifient les bonnes pensées et les bons sentiments.
§ II. — La croyance aux mauvais esprits, avant la captivité de Babylone, ne dépassait pas chez les Hébreux les limites d'une vague superstition populaire. Ils avaient peuplé les ruines de fantômes nocturnes et les déserts de spectres velus à forme de
bouc^ Les maladies mentales et Tépilepsie qui les accompagne si souvent, ils les attribuaient à la funeste influence d'êtres méchants*. Il n'y a pas trace d'ailleurs dans les Livres saints, avant la captivité de Babylone , nous ne disons pas d'une théorie des puissances infernales, mais même de l'idée que le mal dérive d'elles. Cette doctrine était impossible chez un peuple qui regardait le bien et le mal comme des dispensations de Jéhovah,
On ne peut se dissimuler que la démonologie ne répugne fortement à l'esprit sémitique. Une doctrine qui suppose un dualisme bien prononcé est en opposition manifeste avec le monothéisme hébraïque, comme d'ailleurs avec tout monothéisme conséquent avec lui-même. On ne peut s'étonner qu'elle n'ait pas de racines dans l'Ancien Testament. Elle se fit plus tard une certaine place dans la littérature juive; mais elle n'a jamais eu ce caractère sérieux qui distingue les enseignements de la Synagogue. Elle ne se présente au milieu des croyances juives que sous la forme d'une superstition populaire ; et encore , dans ces étroites limites , elle n'est pas sortie d'un travail intérieur de la nation. Apportée du dehors, la démonologie ne pénétra jamais bien profondément la
1. Isaïe, XIII, 21. Les traductions ordinaires portent « les monstres horribles ». M. Reuss, dans les Prophètes, II, p. 187. traduit par « les Satyres » avec cette note : u Les Satyres sont des espèces de démons à l'aspect hideux, à la peau velue, semblables à des boucs, dont l'imagination populaire peuplait les solitudes du désert. » — Isaïe, XXXIV, 14. | Apocalypse, XVIII. 2. I Tobie, VIII, 3.
2. L'épilepsie, dans FAntiquité et encore aujourd'hui dans tout rOrient, est regardée comme un mal surnaturel ; de là les noms de morbus sacer, mal sacré, mal divin.
384 LES APÔTHES.
conscience religieuse des Juifs et n'alla guère audelà du cercle des jeux plus ou moins frivoles de rimagination.
La croyance juive aux mauvais esprits se forma sous rinfluence du Mazdéisme. Mais cette influence, arrêtée par la résistance que lui opposait l'esprit sémitique, ne produisit que des efiets peu sensibles. Le dualisme de la religion des Perses ne put vaincre ni même altérer le monothéisme hébraïque. Il ne réussit tout au plus qu'adonner quelque consistance aux antiques imaginations populaires.
Il paraît que la démonologie gagna du terrain parmi les Juifs depuis le milieu du second siècle avant l'ère chrétienne jusqu'au moment de la ruine de Jérusalem. L'historien Josèphe parle fort souvent des démons (le nom de Satan ne se trouve jamais dans ses écrits) ; et comme ses croyances sur ce sujet étaient sans aucun doute celles de la pluralité de ses coreligionnaires de la Palestine, on peut conclure de ses paroles que ce genre d'idées avait fait des progrès. Il tient les démons pour les â?nes des mo7*ts qui se plaisent à tourmenter les vivants S à établir leur domicile dans leurs corps, à les frapper de maladies. Il y a là un développement évident de l'ancienne croyance qui rapportait les maladies mentales et l'épilepsie à l'influence des mauvais esprits. Mais Josèphe sait aussi bien que l'ange Raphaël conjurer les démons. Cet art, très-répandu probablement à cette époque parmi les Juifs, est dû selon lui à
1. Josèphe était pharisien; les Pharisiens croyaient à la résurrection. Les Sadducéens^ fidèles en cela au Mosaisme, ne croyaient pas à la vie future.
Salomon , il consiste dans l'emploi de certaines formules et dans celui d'une certaine racine qu'il appelle Baaras et qui est couleur de feu. Il suffit d'approcher cette racine du nez d'un possédé pour que le démon soit aussitôt forcé de l'abandonner. La plante à laquelle elle appartient croît aux environs de Machaerus. On ne peut l'arracher de la terre sans s'exposer aux plus grands dangers. L'imprudent qui teqte cette opération est immédiatement frappé d'un coup mortel. Mais il y a heureusement un moyen d'éviter ce triste dénouement. Quand on a trouvé la plante et qu'on l'a dégagée de la terre qui l'entoure, il n'y a qu'à attacher la racine à un chien qui chassé vivement l'entraîne après lui. La pauvre bête meurt, il est vrai; mais l'homme est sauvé et peut s'emparer sans danger de la merveilleuse racine. Le grave historien est pleinement convaincu de la vérité de ce qu'il raconte. Il a vu lui-même un prêtre, nommé Éléazar, faire sortir un démon, au moyen de ce talisman, du nez d'un possédée II n'y arien à ajouter à ce récit qui complète la démonologie quelque peu puérile des Juifs Palestiniens.
Notice sur Satan.
Aujourd'hui les mots synonymes de Satan, le Diable , le Démon, le Roi des enfers y le Malin, etc., ont le