Voir à l'Appendice N» 3. Les Agitateurs en Judée
perspicacité. Ils prévoyaient que les prédications exaltées qui, dans le passé, avaient semé tant de ruines, finiraient par causer la perte totale de la Judée. Ce n*est pas que leurs craintes naquissent d'un généreux sentiment de patriotisme. Non ; Tun des traits distinctifs des hauts clergés est précisé* ment de n'avoir aucun patriotisme. Mais le massacre du peuple Juif sur lequel ils régnaient eux et leurs familles ; mais la destruction de Jérusalem et du Temple, source de leurs immenses richesses, étaient pour eux le brisement des deux ressorts de leur vie, le Pouvoir et l'Argent*. Aussi, sans aimer les Romains, s'appuyaient- ils sur eux, et s'efforçaient-ils de supprimer tout ce qui pouvait faire naître leurs alarmes. De là leur vigilance à l'égard des attroupements populaires, et leur sévérité envers ceux qui rassemblaient la foule autour d'eux. Peu importait que ce fût pour un motif puéril, soit controverse orthodoxe, soit effusion mystique ; il suffisait qu'il y eût rassemblement. Gomme les Romains pouvaient s'en émouvoir et intervenir, les Sadducéens donnaient tous leurs soins à prévenir ces concours de la multitude et à les dissiper. Fait d'une haute importance qui, pour avoir été méconnu, a rendu inexplicables les incidents de Thistoire de Jésus et des Apôtres. On a voulu voir le Fanatisme orthodoxe écrasant la Révolution religieuse là où la Politique et ses soucis étaient seuls en jeu ; on a érigé en persécution sacerdotale ce qui, en réalité,
1. Le portrait des Sadducéens, classe dirigeante, de Jérusalem, présente une frappante analogie avec celui des hommes politiques qui, dans nos Assemblées, forment le groupe du Centre droit.
n'a été qu'une suite de mesures de police prises en vue d*ôter tout prétexte à l'intervention de l'Autorité romaine.
Résumé, — Au temps des Apôtres, les Romains avaient laissé le Gouvernement de la Judée à l'Aristocratie sacerdotale. Mais, instruits par les soulèvements du passé, ils surveillaient de très-près les rassemblements populaires et tout ce qui paraissait trahir une agitation sourde. A l'occurrence, ils déployaient une implacable rigueur.
L'Aristocratie sacerdotale comprenait le petit groupe des Hérodiens et le grand parti des Sadducéens. Incrédules, hautains, avides d'honneur et d'argent, les Sadducéens occupaient tous les hauts emplois et en tiraient d'immenses bénéfices.
La politique qu'ils suivaient se déduisait logiquement de leur position vis-à-vis du Peuple juif et visà-vis des Romains :
l** Caste sacerdotale, la source de leurs richesses et de leur puissance résidait dans les croyances religieuses du Peuple juif; il leur fallait donc maintenir dans son intégrité l'orthodoxie officielle.
2° Protégés par les Romains, mais connaissant la sévérité des conquérants pour tout mouvement politique, il fallait les rassurer et, pour cela, s'opposer à toute agitation, à tout rassemblement, quel qu'en fût le mobile ou le prétexte.
§ V. — Lie Grand Sanhédrin.
Le Grand Sanhédrin, ou mieux Synhédrin, était le Tribunal suprême. 11 se composait de soixante-dix membres, sans compter le Président, choisis parmi
les Prêtres, les Anciens et les Docteurs de la Loi; il représentait par conséquent trois ordres de citoyens : le Clergé; les laïques et les légistes. Le Grand Sanhédrin siégeait à Jérusalem.
Les villes de province avaient de petits Sanhédrins composés de vingt-trois membres que nommait ou ratifiait le Grand Sanhédrin. Ces Petits Sanhédrins s*appelaient aussi Beth-dm, Maisons de justice.
Les attributions et Tautorité du Grand Sanhédrin ont beaucoup varié selon les vicissitudes de la Nation elle-même. Après le retour de Babylone, le grand Sanhédrin exerça Tautorité souveraine. Sous les princes Asmonéens et sous Hérode, il n'eut plus qu'une autorité subalterne.
Après la mort d'Archélaûs, TAristocratie sacerdotale, qui dominait dans le Grand Sanhédrin, reprit tout à coup rhégémonie qu'elle possédait avant répoque des Macchabées ou princes Asmonéens.
Mais son pouvoir et ses attributions furent sous la dépendance des conquérants romains. Or la conduite des Romains, qui occupaient militairement le pays, variait selon le caractère des Procurateurs et selon rétat calme ou troublé du Peuple juif. Quoi qu'il en soit, sous la haute surveillance des Romains, le Sanhédrin était chargé de toute la direction des affaires intérieures, impôts, lois, applications juridiques, ordre public, etc.
§ VI. — Le Nazlréat.
On appelait nazir ou naziréen et plus tard nazaréen, mot hébreu qui veut dire séparé, tout homme qui
faisait vœu de se consacrer au Seigneur pour un temps plus ou moins long. L'ensemble des cérémonies que le nazir devait accomplir s'appelait le naziréat. Le chapitre VI des Nombres en contient toutes les prescriptions. C'était une institution essentiellement mosaïque. Les personnes de toute tribu qui faisaient de tels vœux, devaient s'abstenir de vin, de liqueur enivrante et de raisins secs ou frais. Pendant tout le temps du naziréat, le rasoir ne devait point passer sur la tête du nazir. Si, durant les jours de consécration, le nazir venait à contracter une souillure, c'était à recommencer. Les rites et les purifications étaient fixés avec précision par la Loi. La durée du vœu était déterminée d'avance par le nazir lui-même : elle était le plus souvent de sept ou de trente jours ^ Lorsque le nazir avait atteint, en toute pureté, la limite des jours assignés, il devait oifrir certains sacrifices ; puis, le Prêtre lui rasait la tête : le naziréen était alors délié de ses vœux. Mais les sacrifices de libération coûtaient assez cher : aussi étaitil plus facile de contracter le vœu de naziréen que de s'en affranchir. « Il y avait autour du Temple, dit M. Renan, une troupe de pauvres gens qui avaient fait des vœux et qui attendaient que quelque Riche voulût bien payer pour eux. Faire tondre un nazir était un acte de piété, et on cite des occasions oti de puissants personnages, en actions de grâces d'une
1. U y avait aussi des nazirs perpétuels, comme le furent Samuel, Samson, Jean le Baptiste, etc. Nous avons encore aujourd'hui l'analogue de ces deux sortes de naziréat : 1** dans les vœux temporaires que font certains dévots, neuvaines, retraites, pèlerinages, jeûnes, vêtements noirs, etc. ; 2® dans les vœux perpétuels des moines et des moinesses tels que les Trappistes, les Carmélites, etc.
faveur signalée du ciel, en firent raser des centaines, à peu près comme au Moyen Age il était méritoire de payer des gens pour faire des pèlerinages et pour entrer dans la vie monastique. »